Joseph Louis Alexis MICHON
Portrait de Joseph Louis Alexis MICHON

Joseph Louis Alexis MICHON

  • Né le 17 juillet 1836 (dimanche) - Paris, Seine, Ile-de-France, France
  • Décédé le 22 mai 1904 (dimanche) - Paris, Seine, Ile-de-France, France, à l'âge de 67 ans
  • Inhumé - Paris, Seine, Ile-de-France, France
  • Préfet du Puy-de-Dôme
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Parents

Union(s) et enfant(s)

Frères et sœurs

Événements

17 juillet 1836 :
Naissance - Paris, Seine, Ile-de-France, France
15 rue d'Hautefeuille, 6e
25 avril 1863 :
Mariage (avec Marie Henriette REICHMANN) - Paris, Seine, Ile-de-France, France
22 mai 1904 :
Décès - Paris, Seine, Ile-de-France, France
33 rue de Babylone, 7e
Autre événement : Élection - Marly-sous-Issy, Saône et Loire, Bourgogne, France
Maire
Inhumation - Paris, Seine, Ile-de-France, France
Cimetière du Montparnasse, 14e
Études : Docteur en médecine
Profession : Préfet du Puy-de-Dôme - Clermont-Ferrand, Puy de Dôme, Auvergne, France

Notes

Le 27 novembre 1885 naissait Bernard dernier fils de Joseph Michon et Marie Reichmann. Ses frères et sœur avaient une vingtaine d’années de plus que lui.
<p>Pour fournir le lait pour le nouveau né, la solution la plus ‘‘simple‘’,fut de faire venir depuis La Marrière par le train, une vache, probablement une normande,</p>
<p>Etienne, le grand frère de vingt ans fut chargé de la ramener à pied avec une corde depuis la gare d’Orsay jusqu’à la rue de Babylone.</p>
<p>Une étable était aménagée dans les sous-sols du 33.</p>
<p>Au cours du trajet, une vache aime la régularité, arriva l’heure de la traite, elle refusa d’avancer si on ne la débarrassait pas de son lait.</p>
<p>La formation littéraire très complète d’Etienne ne comprenant pas la traite, il chercha chez une crémière quelqu’un pour le faire et n’en trouvant pas fut contraint de traire la vache lui-même tant bien que mal dans le caniveau.
<p>L’histoire ne dit pas quand mourut la vache du 33.</p>
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<p>Joseph MICHON (1836 -1904) par sa fille Marguerite</p>
<p>Mon cher père, Joseph, Louis, Alexis Michon, né le 17 juillet 1836, était le fils aîné du Docteur Louis-Marie Michon, qui a été une des grandes figures médicales du 19ème siècle à Paris, tant en raison de son habileté comme chirurgien, a une époque ou, l’anesthésie n’étant pas connue la dextérité du praticien avait une grande importance qu'en raison de sa haute valeur morale, de sa conscience professionnelle, reconnue de tous, de son exquise bonté et de son désintéressement. Mon grand-père a laisse à tous ceux qu'il a soignés un souvenir ineffaçable. L'abbé Perreyve lui a donné, avec une dédicace, un exemplaire de sa « Journée des malades « et Je pense que ce saint prêtre si longtemps malade, avait en vue mon grand-Père quand il a tracé le portrait du médecin capable de soutenir moralement et de réconforter ceux qu’il soigne. Mon grand-père Michon était originaire de Saône-et-Loire. Il est né à Blanzy le 2 novembre 1802. Son père Joseph Michon, avait fait ses études médicales au régiment du Roi à Nancy, mais il avait renoncé à la médecine militaire pour prendre, dans son pays, la modeste situation de médecin de campagne, imitant en cela son père, médecin à Montcenis et fils lui-même d’un médecin au Creusot, pour subvenir aux besoins de ses 4 fils et de sa fille. Mon grand-père passa son enfance au Creusot d'abord, puis chez le frère de son père Monsieur l'abbé Bernard Michon, curé de St-Bérain, où il apprit à lire, à écrire, le catéchisme et les éléments du latin. Il termina ses études classiques au collège d Autun. Son père étant mort sa mère Marie Duvergne, femme intelligente et laborieuse, du élevé ses cinq enfants avec les revenus d'un petit domaine près de Montcenis. Mon grand-père le seul des quatre fils du docteur Joseph Michon, vint à Paris pour y faire ses études médicales. Il fut fort apprécié de ses maîtres, le plus célèbre fut Dupuytren; et lorsque, en 1835, il épousa Mademoiselle Louise Alexandre, fille d'un riche marchand de bois ayant des propriétés dans le Morvan et dans le Loiret, il avait une situation faite et était chirurgien du lycée Louis-le-Grand. Mademoiselle Alexandre, donc ma mère était née Berthault, avait une sœur qui devint Madame Cornu et fut la mère de Madame Thoureau et de Monsieur Louis Cornu, père de Mme Edouard Michon. Elle avait aussi un frère, beaucoup plus jeune quelle, qui épousa Mme Maringe et avec qui mes parents ont eu une grande intimité. Les enfants de ce jeune oncle de mon père ont été: Monsieur Alexis Alexandre, Madame Devoucoux et Monsieur Louis Alexandre. Le grand père maternel de mon père avait, près de Chateau-Chinon, la petite propriété du « Chat » où il réunissait ses petits-enfants, et dont mon père se souvenait avec joie. Mes grands-parents ont occupé jusqu'en 1864 un modeste appartement au lycée Louis-le-Grand menant une vie de famille simple, recevant quelques intimes comme Littré, sa femme et sa fille, le docteur Grillot que j'ai bien connu et dont la femme, intelligente et bonne, m'a témoigné une grande affection. Le docteur Danyau avait été le maître de mon grand-père; celui-ci lui était resté reconnaissant de l'accueil qu'il avait reçu dans sa famille comme jeune étudiant, et mes parents ont toujours conservé d'excellentes relations avec sa fille et son gendre le Docteur et Madame Bucquoy, père et mère de Madame Deligand et de Madame Anatole Chauffard. Un élève de mon grand père le docteur Gosselin, gendre de Monsieur et Madame Bussy et père de madame Hiacynthe Chauffard a été un des amis intimes de la famille de mon père. C’est au lycée Louis le Grand que mon père est né et a été élevé. Il y a fait d’excellentes études classiques et y eu beaucoup de succès. Ayant à la fois une belle intelligence et une grande facilité de travail, il a aisément conquis les grades de docteur es-lettres, de docteur en médecine et de licencié es-science Etant sérieux et travailleur, il eut de bonne heure le désir de fondre un foyer. Des amis lui firent connaître Mademoiselle Marie de Reichmann, qui avait eu le malheur de perdre ses parents : elle lui plût comme le prouve un billet qu’il écrivit, après une entrevue à mme Delacroix, parfaite amie de ma mère qui avait reporté sur celle-ci une profonde et presque maternelle affection. Le mariage de mes parents fat célébré à Saint-Etienne-du-Mont, paroisse de mon père, et leur union fut bénie par le curé de Notre Dame des Champs Pour tous les deux, ce mariage a été la source de beaucoup de bonheur. Ma mère était capable d’apprécier l’intelligence, la distinction et la bonté de mon père. Elle l’admirait et l’aimait et se plia volontiers au genre de vie qu’il désirait. La seule chose regrettable, c’est que mes parents se sont trouvés très jeunes en possession d’une fortune très belle pour l’époque, et que mon père n’a pas été astreint à assurer par une carrière l’entretien de sa famille. Elève de Littré et de Claude Bernard, doué comme il l’était, il eut put faire une brillante carrière de professeur dans l’enseignement supérieur. Il était trop intelligent pour ne rien faire : il fit de la politique. Il avait eu l’occasion d'être présenté au Comte de Pans par son excellent ami le docteur Henri Gueneau de mussy ; il lui voua une affection qui ne se démentit jamais, et le Prince le traita toujours très amicalement. Peu après leur mariage , le 11 Juin 1863, mes parents allèrent assister, à Kingston sur la Tamise, au mariage du Duc de Chartres, frère du comte de Paris, avec la comtesse Françoise d’Orléans, fille du prince de Joinville. Ma mère fut très charmée par l'accueil de la reine Amélie, veuve de Louis Philippe, qui s’était retirée à Twickenham. Je n’ai pas encore parlé des liens unissaient nos parents à la famille Moreau. Le docteur Moreau, plus âg�� que mon grand père Michon, avait laissé cinq fils, messieurs Alexis Albert, Armand, Edmond et Alfred Moreau, et une fille Madame Honoré .Le docteur Alexis Moreau, ayant épousé une amie d'enfance de mon père. Mademoiselle Charpentier. Dont il a eu deux enfants, le Docteur Louis Moreau a été le père de Monsieur Adrien Moreau-Néret et de Madame Lucien Normand. Monsieur Alfred Moreau, dont la veuve a dépassé 90 ans, était le dernier fils du Docteur Moreau; sa fille Madame Descours-Desacres, mère de Madame Donon, est une de mes amies. C'est avec Monsieur et Madame Armand Moreau que mes parents ont eu la plus grande intimité, bien que Monsieur Moreau eût une dizaine d'années de plus que mon père. Les relations étaient entre eux vraiment fraternelles. Ma mère étant fille unique et le seul frère de mon père n'habitant pas Paris, mes parents ont été naturellement portés à vivre très intimement avec ces amis. Madame Moreau, née Labbé, a été la meilleure amie de ma mère: une femme d'une intelligence remarquable et d'une profonde piété qui a exerce une grande influence autour d'elle. Le fils aîné de Monsieur et Madame Moreau, mort vice-amiral en 1929 a appris à lire avec ma mère. Lui et sa femme Mademoiselle Meyer, n’ont cessé jusqu'à la mort de mes parents de leur témoigner une profonde affection; leur fils aîné le capitaine de vaisseau Jacques Moreau, et leur fille Madame Guéritault, restent de très bons amis pour mes enfants Le second fils de Madame Moreau, Pierre, est mort jeune, après une douloureuse maladie supportée très chrétiennement, laissant une veuve et deux filles, qui ont été très liées avec mes filles. Mesdames Hautefeuille et Renié. Monsieur François Moreau, filleul de ma mère, a épousé Mademoiselle Guiffrey et en a eu quatre enfants. Monsieur Armand Moreau, Mesdames Marchand et Oberîé et Mademoiselle Nicole. Mademoiselle Vieille a été élevée avec moi et a eu sur ma formation chrétienne une grande influence; elle a trois enfants : Monsieur Paul Vieille, Madame Ninnin et Madame Gentil Enfin la dernière fille de Madame Moreau, Madame Jacques Halle a six enfants Daniel, Claude, Jean, Charlotte, France et Jacqueline, qui a épousé un ingénieur, Monsieur d'Acremont. Après la mort de Monsieur Moreau, en 1881, peu après le décès d une fille aînée, Madame Henriot, mes parents n'ont cessé d'entourer Madame Moreau, et mon père, toujours prêt à rendre service, s'est beaucoup occupé de ses enfants, qui lui rendaient en échange une profonde affection. .„ Mon père était d'ailleurs très aimé des jeunes qu'il savait comprendre : le conseiller Beudant fils du doyen de la Faculté de droit de Paris et lui-même ancien doyen de Strasbourg le docteur Paul Boulloche qui l'a entouré de soins si affectueux, son frère le conseiller Boulloche, avaient pour lui une vénération très affectueuse. De la part de mon beau-frère Louis Aubert, c'était un véritable culte. Mon père avait un frère, de trois ans plus jeune que lui, qu'il aimait tendrement. Mon oncle Louis Michon, mon parrain, qui épousa en 1867 Mademoiselle Marie Martin habitait toute l'année à la Forge, commune de Marly-sous-Issy en Saône-et-Loire. aux confins de la Nièvre propriété venant de mes grands-parents. Il a été pendant longtemps, jusqu a sa mort, maire de Marly-sous-Issy, rendant service à tous et profondément aimé. Pendant la guerre, en particulier, mon oncle s'est dépensé sans compter pour le bien de ses administres; ses forces n'y ont pas résisté et il est mort très chrétiennement le 20 avril 1916, après quelques mois de douloureuse maladie. Mon oncle et ma tante faisaient chaque hiver un séjour à Pans chez mes parents ou ma grand-mère a vécu avec nous et est morte le 19 novembre 1900. En été, ma grand-mère était a La Forge où nous faisions nous-mêmes un séjour. C'était pour moi, comme jeune fille, un moment délicieux, et, depuis notre mariage, Henri appréciait comme moi l'hospitalité si affectueuse que nous et nos enfants avons toujours reçue à La Forge; nous aimions aussi le pays accidenté, où on découvrait toujours une jolie vue après avoir gravi une colline. 8 Pendant la guerre, ma mère, me belle-mère et moi y avons trouve un affectueux accueil en septembre 1914, quand Henri avait voulu nous éloigner de Paris. Mon oncle et ma tante ont eu quatre enfants : l'aîné, Edouard, après avoir commencé ses études au lycée de Nevers, est venu, à partir de sa « seconde » habiter chez mes parents qui n'ont fait aucune différence entre lui et leurs enfants; pour moi, il fut un frère de plus. Il n'a jamais cessé de témoigner à mes parents et à nous une profonde affection. Apres de brillantes études de médecine, ayant eu la médaille d’or comme interne des hôpitaux il a fait une très belle carrière, a été chirurgien de l'hôpital Cochin et de 1’ hôpital Beaujon, ainsi que de la Croix Rouge. Héritier des admirables qualités de mon grand-père Michon, lui aussi est fort aimé de ceux qu'il soigne avec un dévouement et un désintéressement peu commun Il n'a quitté le toit de mes parents que pour s'installer comme chirurgien, peu de mois avant son mariage avec notre cousine Mademoiselle Eugénie Cornu. Il est le père de Joseph et Claude Michon, ainsi que de Mesdames Félix et François Michon . Deux ans après la naissance d'Edouard, mon oncle eut sa fille Jeanne, mon amie intime qui a épousé en 1892 Gilbert Darrot de Chapt avec qui elle a été parfaitement heureuse j’usqu'a ce que Dieu la rappelât à Lui le 3 septembre 1930. Sa fille aînée Simone, est devenue notre belle sœur en épousant mon cher petit frère Bernard, La seconde a épouse Monsieur Albanel et la troisième a ��té enlevée à l'affection de ses parents quelques mois après être entrée aux Petites Sœurs de l'Assomption. ., Ma tante a eu une fille Marie qui n'a vécu que quelques mois, et la dernière fille de mon oncle et de ma tante a été ma cousine Alice, qui a épousé René Coquard et a reçu en dot le domaine de mes grands-parents à Marly, à 3 kilomètres de La Forge. Elle est la mère de Gustave et de Guy Coquard et de Madame Doussot. Elle remplaça pour moi la petite sœur désirée que je n'ai jamais eu. Mon frère Louis est né le 9 mars 1864. A ce moment, mes parents, demeurés jusque là dans l'appartement qu'habitait ma mère, 131 rue de Rennes, faisaient construire le petit hôtel de la rue de Babylone, sur un terrain venant du grand-père de ma mère, Madame Moisy. Mes grands-parents y eurent un appartement qu'ils n'ont pas occupé longtemps : mon grand-père est mort d'une attaque le 6 mai 1866, huit mois après la naissance de mon frère Etienne (17 août 1865) et ma grand'mère a alors vécu avec mes parents. Je suis née le 29 février 1868 à La Marrière, commune de Noyers dans le Loiret, où mes parents avaient fait construire un modeste cottage, agrandi en 1880, où ils passaient le moment des chasses. Mon père aimant beaucoup la chasse et fut jusqu'à sa mort adjudicataire de lots de chasse a tir dans la foret d’Orléans. Mon père jouissait beaucoup de ses enfants; son caractère tendre lui faisait aimer la vie de famille et j'ai été particulièrement choyé par lui. En raison de ses relations personnelles avec le Comte de Pans, et aussi de ses opinions anti-bonapartistes, mon père s'est présenté en 1869 aux élections législatives en Saône et Loire contre Monsieur Schneider candidat officiel du gouvernement impérial; c est Monsieur Schneider qui a été élu Pendant la guerre de 1870-71, nous sommes restés plusieurs mois en Angleterre pendant que mon père, non mobilisé, restait pourtant en France, venant de temps en temps nous voir. Après la rentrée des Princes, mes parents les voyaient fréquemment à Paris, ainsi que leur entourage, et spécialement le Docteur et Madame Henri Guéneau de Mussy et Monsieur et Madame Lambert de Ste Croix, 9 En 1874, mon père accepta du ministère de Broglie la Préfecture du Puy-de-Dôme. Pendant leur séjour à Clermont, mes parents allaient souvent chez le Duc et la Duchesse de Montpensier au château de Randan près de Vichy. Mon père occupa ce poste jusqu'à la fin de| 1875. Mes parents rentrèrent alors à Paris où mes frères firent leur Première Communion le 11 mai 1876. C'est à cette époque que mon père fit l'acquisition du Champ-de-Bataille, ancien château du maréchal de Créqui, près du Neubourg, dans l'Eure. Ma mère ne s'y plut_ pas et on le revendit, à ma grande joie, car j'aimais beaucoup mieux Marly pour y passer l'été. A la fin de 1877, mon père fut nommé préfet du Loiret. Il fut très apprécié à Orléans et y laissa un excellent souvenir. C'est l'époque la plus heureuse de mon enfance. J'y ai fait de bonnes amitiés et, surtout, j'y ai suivi un catéchisme qui a décidé de ma vie chrétienne. Monseigneur Dupanloup était alors évêque d'Orléans et avait comme coadjuteur Mgr Coullié qui lui succéda en 1878. Nous étions de la paroisse de la Cathédrale Ste Croix, où le catéchisme était confié à l'abbé Henri Chapon, fils spirituel de Mgr Dupanloup, qui devint plus tard évêque de Nice. Je n'aurai jamais assez de reconnaissance pour Mgr Chapon, qui, à l'exemple de Mgr Dupanloup. a été un grand directeur d'âmes et a laissé des œuvres très appréciées. Grâce à lui, j'ai fait une très bonne Première Communion le 5 juin 1879. Ce fut une grande peine pour moi de quitter Orléans en septembre 1879; mon p��re, très malade d'une pleurésie, donna sa démission dès qu'il pût être ramené à Paris, où il fut soigné par son ami le Docteur Henri Rendu.^1 Nous avons passé l'hiver suivant dans le Midi, d'abord à Hyères, où mon père s'est admirablement remis, puis en Italie et en Corse. Pendant trois semaines, nous avons fait le tour de la Corse en voiture, par petites étapes, déjeunant en plein air et couchant dans des auberges peu confortables. Mon père fît travailler tout l'hiver mes frères qui préparèrent ainsi leur baccalauréat; son don d'enseignement s'est manifesté à cette occasion et il a trouvé sa récompense dans le succès de ses élèves. Nous sommes rentrés en France pour le mariage d'Anne Thoureau, fille d'une cousine très chère de mon père et petite-fille de Madame Cornu, sœur de ma grand'mère avec Alfred Ferrand. Nous avons fait ensuite un petit séjour à Marly et à La Forge. Mon père avait été séduit par le climat du Midi et, à la fin de 1881, nous avons entrepris un nouveau grand voyage. Après avoir visité l'Espagne, où nous avons été reçus fort aimablement par le Duc et la Duchesse de Montpensier au Palais de San Lucar près de Cadix, l'Algérie, voyant la Kabylie à petites journées en voiture, nous nous sommes arrêtés en Corse au retour. C'est là que mon père, qui sentait le besoin d'occupations, acheta, pour y planter de^1 la vigne. une petite propriété dans la plaine orientale, à Pietroni, près d'Aléria, dans un site sévère mais très beau, au bord du grand lac marin de Diane, avec la vue des montagnes neigeuses en hiver, du centre de la Corse. Le docteur Rendu acheta, de moitié avec mon père, la propriété de Pietroni qui a été partagée plus tard et dont le docteur Rendu a revendu sa part L'acquisition de cette propriété nous a obligés à faire, en hiver, de fréquents séjours en Corse. Mon père y a trouvé un intérêt et un aliment pour son activité, mais il y a eu aussi bien des déboires qui l'ont souvent attristé. Au mois de mars 1883, je suis allée ainsi que mon père - ma mère, qui s'était cassé le pied, ne put nous accompagner - au mariage de Paul Moreau à Toulon. Au retour, après un court arrêt à Cannes, chez le comte de Paris qui y passait l'hiver, nous avons fait un rapide voyage aux lacs d'Italie et à Annecy, en compagnie de Madame Moreau, de ses deux filles, de son frère Monsieur Labbé et de la fille de celui-ci. Mes parents eurent de grandes satisfactions dans mes deux frères; Louis fit son droit,jusqu'au grade de docteur, sans subir jamais un échec, et Etienne fut reçu, à 19 ans, en 1884,l'Ecole Normale-Lettres, à son premier concours. Le 27 novembre 1885, naquit mon cher petit frère Bernard, dont je fus la marraine et Louis le parrain Dans la très grande joie que je ressentis, je ne pouvais me douter que, 44 ans plus tard verrai s'en aller ce frère si tendrement aimé. Mes parents ont eu pour ce cher petit un amour de prédilection; je l'ai aimé presque comme un fils, et je reporte cette affection sur sa chère femme et ses cinq enfants. Aussitôt le rétablissement de ma mère, nous sommes partis pour la corse, emmenant Bernard, et y avons passé l’hivers ? Nous menions à Piétroni une vie sévère, mon père s’occupait de sa propriété et je le secondais dans des expérience de chimie agricole ayant pour bu de retirer des bois du maquis de l’acide acétique. Notre excellent ami M Marchetti habitait avec nous, et nous voisinions de temps en temps avec M de Limpérami ancien sous préfet de mon père, et sa femme, gens charmant et des plus cultivés. Quand un de mes frères pouvait venir je m’amusais beaucoup et j'ai conservé le souvenir de courses un peu folles à cheval avec Louis, à travers la campagne, En 1887 des bruits de guerre circulaient qui alarmaient mon père. Nous sommes revenus à Paris au printemps, et c'est fort peu de temps plus tard que M Faignon, frère de notre cousine madame Rambourg, proposa Henri pour moi à mes parents. Ceux-ci, quoique bien décidés par avance à ne pas me marier si jeune, ne purent refuser un parti leur offrant tant de garanties. C'est le 21 juin que j'eus la joie d'épouser Henri, union qui a fait et fait encore le bonheur de ma vie. Mes parents considérèrent Henri comme un fils et une profonde affection les unit à mes beaux-parents. Henri fut présenté par mon père seulement au duc de Chartres et au duc de Montpensier- le comte de Paris et son fils aîné le duc d'Orléans avaient été exilés en 1886, à la réception données dans l'h��tel de la duchesse de Gahéra, tue de Varenne à l’occasion des fiançailles de la Princesse Amélie avec le Prince héritier du Portugal. Le Comte et la Comtesse de Paris écrivirent des lettres bien affectueuses à mes parents et m'envoyèrent une très belle broche en brillant et saphir. Mon mariage resserra encore les liens d'affection qui unissaient mes parents à Madame Rambourg, si bonne amie de mes beaux-parents. Nous allions chaque année chez elle à Chateauvert. Etienne ayant été, au sortir de l'Ecole Normale, envoyé à l'Ecole de Rome, mes parents louèrent à Rome un petit appartement pour y passer quelques mois de 1’hiver 1887-88 avec Bernard. Nous pûmes les rejoindre pour trois semaines. Au même moment, M. de la Rocheterie, bon ami de mon père et candidat malheureux sur la même liste que lui aux élections législatives du Loiret en 1885, y faisait un séjour avec sa fille, mon amie très chère Elisabeth. Ce fut un charme de plus. Mes parents terminèrent l���hivers en Corse, où ils eurent la visite de Monsieur et de Mademoiselle de la Rocheterie. Presque chaque hiver, ils y passèrent quelques mois et nous avons pu leur faire une visite au début de 1889. Mon père en a rapporté, en 1893, une fièvre typhoïde qui mit ses jours en danger, mais il s'est bien remis. Il avait eu la joie de marier Louis à Antonia Bouchot le 4 novembre 1891, et de voir naître mes enfants Joseph et Madeleine et mon neveu Louis. Au début de 1894 son nés mon fils Jean et mon neveu Pierre. Etienne épousa en octobre 1895 Suzanne Salet dont, il eut trois fils Georges, François et Louis-Marie. Mon neveu Félix est né le 11 septembre 1896 et notre chère petite Jeanne le 12 septembre 1897. Mon père voyait ses enfants heureux et de nombreux petits enfants autour de était très lui; il était tendre pour eux; il s'occupait beaucoup de l'éducation de Bernard comme ,1l s’était occupé de celle de Louis et d'Etienne mais il lui manquait d'avoir une carrière et il en souffrait. Toujours fidèle à son affection pour le comte de Paris, il allait souvent le voir en Angleterre et la mort du Prince, le 8 septembre 1894, fut une grande peine pour lui. Le 19 novembre 1903 mon père ressentit brusquement la première atteinte de la maladie qui devait l'emporter et qu'on ne reconnut pas tout d'abord. Il me chargea de lui amener un prêtre de la paroisse, « celui qui s'occupe des pauvres » me dit-il, ne cherchant pas un prêtre connu, et animé surtout du désir de s'humilier. Le prêtre vint et renouvela plusieurs fois sa visite pendant les longs mois que dura la maladie. Mon père avait une affection toute particulière pour ma fille Madeleine, âgée de douze ans, et il voulait que, chaque soir, elle fit sa prière auprès de lui. Nous l'entourions de notre mieux et il recevait les soins affectueux et dévoués de notre ami le Docteur Boulloche, qui ne put le guérir de sa méningite cérébro-spinale maladie peu connue alors. Le 22 mai au matin, il eut une attaque qui le priva de la parole il reçut l'Extrême-Onction et conserva la vie sans donner signe de connaissance jusqu'au matin du 23 mai 1904. Sur le désir exprimé par ma mère, j'étais partie pour la messe, et c'est à la chapelle des Missions Etrangères qu'Henri est venu me prévenir que j'avais perdu le meilleur des pères. Il n'avait cessé de me manifester une profonde tendresse, et, après mon mariage il confondait Henri dans la même affection. Son caractère sensible, presque a l'excès 'lui faisait ressentir vivement toutes les inquiétudes; il l'a bien montre pendant la grave pneumonie de mon fils Joseph et pendant les fréquentes maladies d'enfant de ma petite Jeanne. Sa mort fut pour nous tous un grand chagrin. Ce fut un malheur tout particulier pour Bernard qui n'avait que 18 ans et qui avait pour son père un culte et une confiance absolue, Ce fut pour lui un véritable désespoir, et, malgré la grande affection qu'avait pour lui ma mère il ne redevint heureux que quand il épousa ma chère belle-sœur Simone. Nos amis sentirent vivement la perte de mon père. Je n'oublierai pas le regard si aimant de l'amiral Moreau le contemplant sur son lit la veille de sa mort. Mon beau-frère Louis Aubert pour qui mon père avait été si bon, a écrit à ma mère une lettre bien touchante dont voici un extrait : « Depuis la disparition de mon cher Père, celui que vous pleurez avait bien voulu me faire dans son grand cœur une place privilégiée et je lui avais, en échange, voué une reconnaissante affection dont je n'avais jamais mieux réalisé la profondeur que depuis hier Son jugement sûr, sa bonté indulgente, nul plus que moi n'a été à même de les apprécier et aussi cette tendre et discrète sympathie que je lisais dans ses yeux, que sa poignée de main me traduisait, et qui bien souvent m'a renvoyé ému et réconforte. Puis c’était son dévouement pour ma mère. qui m'a été si précieux quand, toutes les fois que je m'expatriais, je savais que, auprès d'Henri, un autre cœur à l'unisson veillait sur elle Je n’ai | même pas eu la consolation d'être là pour rendre un suprême hommage à mon grand Ami et c'est pour moi un amer regret. Que de choses affectueuses et émues, j'ai lu dans ses yeux puis ce si lent message, le dernier qui devait passer entre nous et qui maintenant encore est vibrant dans mon âme. » . , Monsieur de Limpérani a écrit sur lui un long et affectueux article dans le «Petit Bastiais » et mon père a été regretté de tous ceux qui, de près ou de loin, avaient connu son exquise bonté, son accueil bienveillant et sa parfaite droiture.
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