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Louis Charles Claude MICHON
Louis Charles Claude MICHON
- Né le 24 juillet 1839 (mercredi) - Paris, Seine, Ile-de-France, France
- Décédé le 20 avril 1916 (jeudi) - Marly-sous-Issy, Saône et Loire, Bourgogne, France, à l'âge de 76 ans
- Inhumé - Marly-sous-Issy, Saône et Loire, Bourgogne, France
Parents
- Louis-Marie MICHON 1802-1866
- Louise ALEXANDRE 1816-1900
Union(s) et enfant(s)
-
Marié le 24 juin 1867 (lundi), Couches, Saône et Loire, Bourgogne, France, avec
Marie MARTIN 1843-1932
dont
- Edouard MICHON 1868-1954
Frères et sœurs
- Joseph Louis Alexis MICHON 1836-1904
- Louis Charles Claude MICHON 1839-1916
Événements
- 24 juillet 1839 :
-
Naissance - Paris, Seine, Ile-de-France, France
123 rue Saint-jacques, 5e
- 24 juin 1867 :
- Mariage (avec Marie MARTIN) - Couches, Saône et Loire, Bourgogne, France
- 20 avril 1916 :
-
Décès - Marly-sous-Issy, Saône et Loire, Bourgogne, France
La Forge
- Inhumation - Marly-sous-Issy, Saône et Loire, Bourgogne, France
- Études : Docteur en médecine
Notes
Joseph et Louis MICHON: deux frères complémentaires Les deux frères Joseph et Louis, bien que différents dans leurs caractères et leurs modes de vie resté très liés toute leur vie. Nous y associons naturellement la mémoire de nos grands-mères Marie REICHMANN et Maria MARTIN, dont les personnalités et les familles seront évoquées dans un prochain numéro. Une famille restreinte, mais une nombreuse descendance Seuls enfants de Louis-Marie et Louise MICHON, avec juste trois années d'écart les Deux frères Joseph et Louis MICHON restèrent très liés toute leur vie, malgré des caractères différents. Après leurs études au lycée Louis-le-Grand, puis à la Faculté de médecine, entre autres, et leurs mariages respectifs, leurs modes de vie divergèrent Un parisien et un provincial Joseph fut avant tout un Parisien. Constructeur de l'hôtel particulier du 33 rue de Babylone, il s'y installa et garda toute sa vie cette résidence parisienne, malgré ses nombreux séjours à l'étranger (en Angleterre, pendant la guerre de 1870) et en province( à Orléans et Clermont-Ferrand. quand il fut nommé préfet, à la Marrière ou en Corse). Louis épousa une provinciale et le devint lui-même. Après son mariage il s'installa à Marly sous-Issy, faisant de La Forge sa résidence principale, jusqu'à la fin de sa vie. Des frères engagés dans la vie publique Très brillant intellectuellement, Joseph s'investit pendant quelques années dans la vie politique (voir la notice consacrée à l'ancien préfet du Puy-de-Dôme). Il côtoya ainsi les ténors de la classe politique nationale de l'époque. Par_exemple. la famille Schneider, dont, pour la petite histoire, un membre vient de racheter et de réaménager la maison familiale de Couches. Quant à Louis il contribua toute sa vie à la vie publique de sa région. Elu maire de Marly-sous-Issy dès l’âge minimum autorisé par la loi (vers 25 ans), il resta le premier magistrat de sa commune jusqu'à sa mort. Également conseiller général de Saône-et-Loire pendant plusieurs années, Louis avait une haute conscience de ses responsabilités électives. Ainsi, de 1914 a 1916, allait-il tous les jours à sa mairie dans son "panier", voiture à cheval de l'époque. Seule la maladie qui le frappa pendant les vacances de Pâques 1916 l'obligea à y renoncer pendant les quinze derniers jours de sa vie. Des frères bâtisseurs Au cours de sa vie, Joseph fut, très jeune, le concepteur de plusieurs constructions familiales. , _ ,_ , „ Après son mariage, il construisit l'hôtel particulier du 33, rue de Babylone à l'emplacement d’un petit pavillon appartenant à la famille de sa femme depuis plusieurs génération. Il s’y installa avec sa famille. Ses parents y eurent aussi leur appartement, ou ils moururent. Cet hôtel est resté depuis un immeuble familial. Signalons aussi que Joseph acheta l'immense château du Champ de Bataille avec son hectare de toit. Il s'empressa malgré tout de le revendre quelques années après. Sans avoir la même ambition que son frère, Louis n'hésita pas à agrandir et moderniser la maison de La Forge achetée par leur père. Les deux frères firent des acquisitions en commun: lots de portes et de fenêtres... Des frères ouverts au progrès Dans le discours prononcé aux obsèques d'Étienne MICHON, M. Paul JAMOT qualifie le père d'Étienne d'"homme éminent, de curiosité universelle". En effet, Joseph a toujours eu envie d'expérimenter, n'hésitant pas à l'occasion à y associer son frère. Nous en voulons pour preuve les trois exemples suivants : Ayant acheté une grande propriété dans la plaine d'Aléria en Corse, Joseph eut l'idée, un des premiers, d'y planter des vignes. En décembre 1957, le patron du bistrot du lieu se souvenait encore du vieux M. MICHON arrivant en voiture à cheval pour s'entretenir avec son régisseur. Joseph eut l'idée de produire de l'alcool de topinambour, il chargea son frère Louis de la concrétiser dans sa propriété de la Forge. La cuve dans la basse-cour fut longtemps le témoin de cette expérimentation. A La Marrière, Joseph mit en pratique lui-même nombre de ses idées novatrices. Véritable architecte de cette construction, il y intégra quantité de techniques révolutionnaires pour l'époque : chauffage à air chaud circulant à l'intérieur d'une double cloison, volets escamotables dans les murs, salle de bain moderne entièrement carrelée, éolienne pour alimenter la maison en eau (voir l'article consacré à La Marrière dans le numéro 1). Dans le domaine des placements également, Joseph fit preuve d'audace. Ayant vendu une propriété, il plaça le produit de la vente en Angleterre sur un compte joint au nom de quatre personnes, technique alors inconnue en France. Des frères très attachés à leur famille Si Joseph était un homme public, ses enfants ont bénéficié de sa vaste expérience. Ainsi profita-t-il de ses nombreux trajets pour faire l'instruction de ses fils. Lorsqu'il traversait la France en voiture à cheval pour rejoindre la Corse, ses enfants apprenaient concrètement géographie et sciences naturelles. Mais Joseph leur enseignait beaucoup plus. Son fils Étienne par exemple, n'alla jamais en classe jusqu'à sa rhétorique (équivalent de la première actuelle), et pourtant, il lisait couramment grec et latin. Ses neveux aussi ont profité de son accueil. Ainsi Joseph a-t-il reçu chez lui son neveu Edouard pendant ses études de médecine. Étant lui-même docteur en médecine, il eut beaucoup d'influence sur son jeune neveu. De cette époque datent les liens privilégiés - une véritable intimité - établis entre Edouard et ses cousins germains Louis et Étienne. Comme son frère, Louis également avait le sens de la famille, recevant toujours avec plaisir enfants et neveux.
<p>François-Xavier NIZERY</p>
<p>_____________________________________________________________________________</p>
<p>Joseph MICHON par Louis MICHON, son fils Malgré la personnalité exceptionnelle de Joseph MICHON, peu de notices biographiques lui sont consacrées. Aussi, les pages qui suivent sont-elles particulièrement précieuses. Rédigées par son fils Louis MICHON, elles ont été retrouvées par Geneviève MICHON (F).
<p>MICHON (Joseph, Louis, Alexis), né le 17 juillet 1836 à Paris, probablement 15 rueHautefeuille, épousa en 1863 Mlle Marie Henriette REICHMANN en l'église de Saint-Étienne du Mont. Docteur en médecine pour répondre au désir de son père, héritier d'une très longue lignée de médecins, docteur es lettres, licencié es sciences naturelles, il obtint très jeune leprix d'Éloquence à l'Académie Française pour un Éloge au Cardinal de Retz*. Ces titres suffiraient à faire juger de la haute culture de son esprit et de sa faculté d'adaptation à tous les genres d'études, mais on ne saurait passer sous silence cent autres activités. Ayant travaillé avec Littré, ami de son père, et beaucoup avec Claude Bernard au moment où celui-ci écrivait son Introduction à la médecine expérimentale, il fut reçu à la Société de Biologie dès sa jeunesse. Au seuil de sa vieillesse, l'achat d'une propriété en Corse lui avait permis des cultures de vignes auxquelles il s'intéressa beaucoup (ce qui lui fournit, disons le en passant, l'occasion d'une étude scientifique de la malaria) et il devint membre du Conseil de la Société des Agriculteurs de France, sous la présidence du vieux marquis de Vogué. Il fit de la politique toute sa vie. Appartenant à l'opposition libérale à la fin du second Empire, il fut, en 1869 candidat dans l'arrondissement d'Autun contre M. Schneider président du Corps Législatif. C'était évidemment sans aucune chance de succès. En 1871 pour les élections à l'Assemblée Nationale, il figurait en tête de la liste conservatrice, mais ce fut la liste de gauche qui passa. Très lié avec les princes d'Orléans, et spécialement avec le Comte de Paris, il reçut les princes à leur retour d'exil en 1872 dans le petit hôtel qu'il avait construit, 33 rue de Babylone sur un terrain venant d'un grand-père de ma mère. Il fut préfet à deux reprises, préfectures de caractères assez différents. Envoyé à la fin de 1873 dans le département du Puy-de-Dôme par le ministère de Broglie, il écrivait, après le vote de la République, dans une petite plaquette qu'il intitulait : Projets constitutionnels : "Faisons une république en faute d'un roi".Il prit une grande part, avec ma mère, aux réceptions données au château de Randan par le duc et la duchesse de Montpensier. Ils étaient, d'autre part, en rapports avec toute l'aristocratie orléaniste du Puy de Dôme ; ils reçurent même, dans une réception officielle de la Préfecture la visite de tels légitimistes qui déclarèrent n'avoir jamais mis les pieds �� la Préfecture depuis 1830. Plus tard, en 1877, après l'échec du 16 mai, qu'il n'avait pas approuvé, il prit la préfecture du Loiret sous le ministère de M. Dufaure dont M. de Marcère était le ministre de l'Intérieur. Il la conserva même après la démission du Maréchal de Mac-Mahon qui l'honorait de sa bienveillance, sous le début de la présidence de M. Grévy, qu'il avait connu comme président de l'Assemblée Nationale en 1871. J'aime à dire que mon père eut toujours une grande bienveillance pour les personnes et un grand esprit de justice : c'est ce qui lui avait fait entretenir dans le Puy de Dôme, les meilleures relations avec des subordonnés animés de sentiments les plus bonapartistes ; c'est ce qui, dans le Loiret, le fit aller jusqu'à offrir sa démission à un nouveau ministre de l'Intérieur succédant à M. de Marcère, plutôt que de laisser toucher à tel de ses sous- préfets auquel on ne pouvait reprocher que l'ardeur avec laquelle il avait servi le gouvernement du 16 Mai. Quoi qu'il en soit, la république s'accentuait à gauche, et mon père ne tarda pas beaucoup à sentir qu'il devrait quitter l'administration : une pleurésie grave lui en fournit l'occasion, alors que cependant le conseil général du Loiret venait de lui voter une médaille à l'unanimité. "Lié d'amitié avec les princes d'Orléans et surtout avec le Comte de Paris, a écrit de lui, dans un article nécrologique, M. de Limperasie, qui avait été quelques 25 ans plus tôt sous-préfet à Montargis (mais non le sous-préfet qu'il avait eu à défendre), il n'en aurait pas moins continué à servir la République si elle ne lui avait semblé s'écarter des règles de modération qui étaient les siennes. Mais il avait conservé l'entière estime de tous les partis et dans chacun d'eux des relations précieuses entretenues par la grande aménité de son caractère et son inépuisable bienveillance envers tous." C'est pendant sa préfecture du Loiret que mon p��re fit agrandir considérablement (avec un genre de murs extérieurs de son invention) son habitation de La Marrière qui n'avait été conçue au début, en 1868, que comme un petit rendez-vous de chasse. C'est vers la même époque qu'il acheta en Sologne la ferme de Bois-David à laquelle il adossa une petite chambre dans laquelle les deux lits et la table pouvaient s'appliquer contre les murs pour faire salon ou salle à manger. La chasse y était assez intéressante, mais surtout le semis de pins et une expérience de roue hydraulique à aubes - à laquelle il s'attacha beaucoup sans bien réussir - pour monter l'eau de la berge de la belle rivière de la Sauldre et créer quelques hectares de prairies irriguées, furent pour lui une sérieuse occupation. En même temps, il trouvait d'attrayantes relations chez des voisins qui devinrent, plus tard, acquéreurs de Bois-David, un peu avant mon mariage. C'est en revenant avec lui de Bois-David à La Marrière, que, au mois d'août 1883, et en traversant le village de Brinon sur Sauldre, que nous apprîmes la mort du Comte de Chambord ; ce qui faisait du Comte de Paris le représentant de la Monarchie légitime, et allait quelque peu modifier son entourage (Brinon sur Sauldre, c'est là qu'est la demeure des Wallets que les Louis-Marie en particulier connaissent bien pour avoir fait avec eux une croisière). La chasse, ce fut un peu comme la politique, la passion de mon père ; chasse à Marly en Saône-et-Loire, chasse en plaine de La Marrière mais surtout et pendant bien longtemps chasse en forêt d'Orléans, depuis avant 1870 jusque quelques mois avant sa dernière maladie. Ce n'est sans doute pas par passion, mais par dévouement paternel, qu'il se donna, avec de rares aptitudes, aux études littéraires de ses fils, laissant à d'autres maîtres la philosophie et les mathématiques ; il nous prépara même, en voyage, à la première partie du baccalauréat ; en sorte que personnellement, je n'ai jamais mis les pieds dans un établissement d'instruction. Quant à mon frère Étienne, merveilleusement doué, il eut évidemment à compléter ses études littéraires au Lycée Louis-le-grand pour entrer à l'Ecole Normale (lettres) à son premier concours, carrière que mon père fut heureux de lui voir embrasser. Au reste, mon père était resté lui-même si attaché à ses études classiques, qui avaient été excellentes, que, dans sa dernière maladie, je le vis prendre un jour pour le traduire à titre de distraction, un des passages réputés les plus difficiles de Virgile. La mort du Comte de Chambord, en 1883, ne changea rien en définitive à la ligne politique de mon père, ni à ses relations avec le Comte de Paris, si ce n'est que celles-ci prirent peut-être un caractère moins politique et de dévouement plus personnel. Retiré de l'administration depuis 1879, mon père se présenta sur les listes conservatrices dans leLoiret, aux élections législatives de 1885, au scrutin de liste et aux élections sénatoriales de 1889. D'autre part il m'emmena à plusieurs reprises faire de petits séjours au Château d'Eu., dont le Comte de Paris avait transformé les intérieurs et les dépendances et où j'étais accueilli avec la plus condescendante bienveillance ; et après le second exil de 1886, en Angleterre. Avec lui je me rendis en septembre 1894 aux obsèques du Comte de Paris, suivies en Habit noir comme par presque tous les Français venus avec émotion. Comme mes parents, Antonia et moi prirent le deuil. Mon père était nommé dans le testament du prince, comme un des plus vieux amis auxquels il tenait à voir distribuer un souvenir C'est bien encore par un souvenir de la Comtesse de Paris pour la fidélité de mon père, que lors de la mort de celui-ci le duc d'Orléans fut représenté à ses obsèques. Et c'est encore par les soins de la Comtesse de Paris que je fus invité, trois ans et demi après la mort de mon père, à me rendre, en Novembre 1897, au marige de la Princesse Louise avec le Prince Charles de Bourbon Sicile, infant d'Espagne, mariage qui avait lieu à Woodnorton, l'ancienne propriété du duc d'Aumale, dont j'avais souvent entendu prononcer le nom par mon père sans qu'il y fût, je crois, jamais allé. La carte d'invitation donnait accès au train spécial qui nous mit en deux heures de Londres à Evesham. De ce mariage j'ai rapporté de très belles photographies que Marie connaît je crois. Ce qui est spécialement intéressant pour elle de noter ici, c'est que, il y a peu d'années, je me suis trouvé dans l'escalier de son père avec le Prince et son fils qui venait le consulter. C'est peu de jours après un retour du Château d'Eu, comme je venais de finir monvolontariat, que se produisit un des événements de la vie de mes parents qui furent le plus heureux pour eux et pour nous, la naissance, le 27 Novembre 1885, de mon très cher a petit frère Bernard, lequel avait ainsi 21 ans de moins que moi qui fus son parrain, et 16 ans de moins que ma soeur Marguerite qui fut sa marraine. Mon père s'occupa ardemment de lui et jouit de lui jusqu'à sa dernière maladie : époque à laquelle Bernard venait chaque matin travailler un moment dans la chambre du malade avant de partir au lycée. Mon père qui n'espérait plus guérir, me dit un jour : "Je vous ai tous bien aimés mais celui-ci c'est la chair de ma chair." Une autre fois. comme je passais mes journées presque entièrement auprès de lui, il me dit : Si je croyais guérir je serais impardonnable de te prendre ainsi tout ton temps. Dans les dernières années qui précédèrent cette maladie, mon père qui était très tendre. faisait chaque matin la tournée des ménages de ses enfants et ainsi contribuait à cette union entre eux. qui fût pour ma mère, pendant 25 ans, après lui un objectif atteint de la façon la plus heureuse. Il terminait ensuite presque régulièrement sa matinée en allant trouver, pendant son déjeuner. Madame Armand Moreau, incomparable amie de ma mère et de lui-même, grande chrétienne et femme du monde accomplie, pour laquelle mon père avait été depuis la mort de Monsieur Moreau, un bien précieux appui. Tombé malade d'une méningite cérébro spinale, maladie alors peu connue, les efforts médicaux du Docteur Boulloche et des consultants appelés ne purent l'en tirer. Il avait reçu plusieurs fois la visite d'un prêtre de la paroisse qu'il avait demandé à Marguerite de faire venir ; non un prêtre connu, mais "celui qui va auprès des pauvres", avait-il dit par esprit d'humilité. Tous les soirs, il voulait s'unir à la prière dite auprès de lui par sa petite fille Madeleine Aubert, âgée de 12 ans. En arrivant un matin, tandis que ma mère était dans son cabinet de toilette, je trouvai mon père tenant le Figaro à l'envers, comme s'il pouvait le lire dans cette position. C'était une attaque. Il reçut l'Extrême Onction en notre présence à tous, et aussi en présence de Madame Moreau, que, de longue date, il avait recommandé à ma mère de faire appeler lorsqu'il conviendrait. Je suis à peu près sûr que Louis arriva à temps du lycée. Le chagrin de notre mère et de nous-même fut extrême. Pour moi, c'est un véritable conseil de chaque jour que je perdais lorsqu'il mourut le 23 Mai 1904 à l'âge de 68 ans. Mon cher cousin Edouard s'associa profondément à notre chagrin. Il devait y avoir quelque vingt ans que, après ses études au lycée de Nevers, il était venu profiter de l'hospitalité de mes parents pour faire sa réthorique au lycée Louis le Grand, n était arrivé au moment où j'allais partir faire mon volontariat à Versailles, à l'automne 1864. Ses premières distractions furent ainsi de venir me voir le dimanche dans le petit landeau péniblement traîné par une seule bête à la côte de Sèvres, plein de famille.
<p>François-Xavier NIZERY</p>
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<p>Joseph MICHON par Louis MICHON, son fils Malgré la personnalité exceptionnelle de Joseph MICHON, peu de notices biographiques lui sont consacrées. Aussi, les pages qui suivent sont-elles particulièrement précieuses. Rédigées par son fils Louis MICHON, elles ont été retrouvées par Geneviève MICHON (F).
<p>MICHON (Joseph, Louis, Alexis), né le 17 juillet 1836 à Paris, probablement 15 rueHautefeuille, épousa en 1863 Mlle Marie Henriette REICHMANN en l'église de Saint-Étienne du Mont. Docteur en médecine pour répondre au désir de son père, héritier d'une très longue lignée de médecins, docteur es lettres, licencié es sciences naturelles, il obtint très jeune leprix d'Éloquence à l'Académie Française pour un Éloge au Cardinal de Retz*. Ces titres suffiraient à faire juger de la haute culture de son esprit et de sa faculté d'adaptation à tous les genres d'études, mais on ne saurait passer sous silence cent autres activités. Ayant travaillé avec Littré, ami de son père, et beaucoup avec Claude Bernard au moment où celui-ci écrivait son Introduction à la médecine expérimentale, il fut reçu à la Société de Biologie dès sa jeunesse. Au seuil de sa vieillesse, l'achat d'une propriété en Corse lui avait permis des cultures de vignes auxquelles il s'intéressa beaucoup (ce qui lui fournit, disons le en passant, l'occasion d'une étude scientifique de la malaria) et il devint membre du Conseil de la Société des Agriculteurs de France, sous la présidence du vieux marquis de Vogué. Il fit de la politique toute sa vie. Appartenant à l'opposition libérale à la fin du second Empire, il fut, en 1869 candidat dans l'arrondissement d'Autun contre M. Schneider président du Corps Législatif. C'était évidemment sans aucune chance de succès. En 1871 pour les élections à l'Assemblée Nationale, il figurait en tête de la liste conservatrice, mais ce fut la liste de gauche qui passa. Très lié avec les princes d'Orléans, et spécialement avec le Comte de Paris, il reçut les princes à leur retour d'exil en 1872 dans le petit hôtel qu'il avait construit, 33 rue de Babylone sur un terrain venant d'un grand-père de ma mère. Il fut préfet à deux reprises, préfectures de caractères assez différents. Envoyé à la fin de 1873 dans le département du Puy-de-Dôme par le ministère de Broglie, il écrivait, après le vote de la République, dans une petite plaquette qu'il intitulait : Projets constitutionnels : "Faisons une république en faute d'un roi".Il prit une grande part, avec ma mère, aux réceptions données au château de Randan par le duc et la duchesse de Montpensier. Ils étaient, d'autre part, en rapports avec toute l'aristocratie orléaniste du Puy de Dôme ; ils reçurent même, dans une réception officielle de la Préfecture la visite de tels légitimistes qui déclarèrent n'avoir jamais mis les pieds �� la Préfecture depuis 1830. Plus tard, en 1877, après l'échec du 16 mai, qu'il n'avait pas approuvé, il prit la préfecture du Loiret sous le ministère de M. Dufaure dont M. de Marcère était le ministre de l'Intérieur. Il la conserva même après la démission du Maréchal de Mac-Mahon qui l'honorait de sa bienveillance, sous le début de la présidence de M. Grévy, qu'il avait connu comme président de l'Assemblée Nationale en 1871. J'aime à dire que mon père eut toujours une grande bienveillance pour les personnes et un grand esprit de justice : c'est ce qui lui avait fait entretenir dans le Puy de Dôme, les meilleures relations avec des subordonnés animés de sentiments les plus bonapartistes ; c'est ce qui, dans le Loiret, le fit aller jusqu'à offrir sa démission à un nouveau ministre de l'Intérieur succédant à M. de Marcère, plutôt que de laisser toucher à tel de ses sous- préfets auquel on ne pouvait reprocher que l'ardeur avec laquelle il avait servi le gouvernement du 16 Mai. Quoi qu'il en soit, la république s'accentuait à gauche, et mon père ne tarda pas beaucoup à sentir qu'il devrait quitter l'administration : une pleurésie grave lui en fournit l'occasion, alors que cependant le conseil général du Loiret venait de lui voter une médaille à l'unanimité. "Lié d'amitié avec les princes d'Orléans et surtout avec le Comte de Paris, a écrit de lui, dans un article nécrologique, M. de Limperasie, qui avait été quelques 25 ans plus tôt sous-préfet à Montargis (mais non le sous-préfet qu'il avait eu à défendre), il n'en aurait pas moins continué à servir la République si elle ne lui avait semblé s'écarter des règles de modération qui étaient les siennes. Mais il avait conservé l'entière estime de tous les partis et dans chacun d'eux des relations précieuses entretenues par la grande aménité de son caractère et son inépuisable bienveillance envers tous." C'est pendant sa préfecture du Loiret que mon p��re fit agrandir considérablement (avec un genre de murs extérieurs de son invention) son habitation de La Marrière qui n'avait été conçue au début, en 1868, que comme un petit rendez-vous de chasse. C'est vers la même époque qu'il acheta en Sologne la ferme de Bois-David à laquelle il adossa une petite chambre dans laquelle les deux lits et la table pouvaient s'appliquer contre les murs pour faire salon ou salle à manger. La chasse y était assez intéressante, mais surtout le semis de pins et une expérience de roue hydraulique à aubes - à laquelle il s'attacha beaucoup sans bien réussir - pour monter l'eau de la berge de la belle rivière de la Sauldre et créer quelques hectares de prairies irriguées, furent pour lui une sérieuse occupation. En même temps, il trouvait d'attrayantes relations chez des voisins qui devinrent, plus tard, acquéreurs de Bois-David, un peu avant mon mariage. C'est en revenant avec lui de Bois-David à La Marrière, que, au mois d'août 1883, et en traversant le village de Brinon sur Sauldre, que nous apprîmes la mort du Comte de Chambord ; ce qui faisait du Comte de Paris le représentant de la Monarchie légitime, et allait quelque peu modifier son entourage (Brinon sur Sauldre, c'est là qu'est la demeure des Wallets que les Louis-Marie en particulier connaissent bien pour avoir fait avec eux une croisière). La chasse, ce fut un peu comme la politique, la passion de mon père ; chasse à Marly en Saône-et-Loire, chasse en plaine de La Marrière mais surtout et pendant bien longtemps chasse en forêt d'Orléans, depuis avant 1870 jusque quelques mois avant sa dernière maladie. Ce n'est sans doute pas par passion, mais par dévouement paternel, qu'il se donna, avec de rares aptitudes, aux études littéraires de ses fils, laissant à d'autres maîtres la philosophie et les mathématiques ; il nous prépara même, en voyage, à la première partie du baccalauréat ; en sorte que personnellement, je n'ai jamais mis les pieds dans un établissement d'instruction. Quant à mon frère Étienne, merveilleusement doué, il eut évidemment à compléter ses études littéraires au Lycée Louis-le-grand pour entrer à l'Ecole Normale (lettres) à son premier concours, carrière que mon père fut heureux de lui voir embrasser. Au reste, mon père était resté lui-même si attaché à ses études classiques, qui avaient été excellentes, que, dans sa dernière maladie, je le vis prendre un jour pour le traduire à titre de distraction, un des passages réputés les plus difficiles de Virgile. La mort du Comte de Chambord, en 1883, ne changea rien en définitive à la ligne politique de mon père, ni à ses relations avec le Comte de Paris, si ce n'est que celles-ci prirent peut-être un caractère moins politique et de dévouement plus personnel. Retiré de l'administration depuis 1879, mon père se présenta sur les listes conservatrices dans leLoiret, aux élections législatives de 1885, au scrutin de liste et aux élections sénatoriales de 1889. D'autre part il m'emmena à plusieurs reprises faire de petits séjours au Château d'Eu., dont le Comte de Paris avait transformé les intérieurs et les dépendances et où j'étais accueilli avec la plus condescendante bienveillance ; et après le second exil de 1886, en Angleterre. Avec lui je me rendis en septembre 1894 aux obsèques du Comte de Paris, suivies en Habit noir comme par presque tous les Français venus avec émotion. Comme mes parents, Antonia et moi prirent le deuil. Mon père était nommé dans le testament du prince, comme un des plus vieux amis auxquels il tenait à voir distribuer un souvenir C'est bien encore par un souvenir de la Comtesse de Paris pour la fidélité de mon père, que lors de la mort de celui-ci le duc d'Orléans fut représenté à ses obsèques. Et c'est encore par les soins de la Comtesse de Paris que je fus invité, trois ans et demi après la mort de mon père, à me rendre, en Novembre 1897, au marige de la Princesse Louise avec le Prince Charles de Bourbon Sicile, infant d'Espagne, mariage qui avait lieu à Woodnorton, l'ancienne propriété du duc d'Aumale, dont j'avais souvent entendu prononcer le nom par mon père sans qu'il y fût, je crois, jamais allé. La carte d'invitation donnait accès au train spécial qui nous mit en deux heures de Londres à Evesham. De ce mariage j'ai rapporté de très belles photographies que Marie connaît je crois. Ce qui est spécialement intéressant pour elle de noter ici, c'est que, il y a peu d'années, je me suis trouvé dans l'escalier de son père avec le Prince et son fils qui venait le consulter. C'est peu de jours après un retour du Château d'Eu, comme je venais de finir monvolontariat, que se produisit un des événements de la vie de mes parents qui furent le plus heureux pour eux et pour nous, la naissance, le 27 Novembre 1885, de mon très cher a petit frère Bernard, lequel avait ainsi 21 ans de moins que moi qui fus son parrain, et 16 ans de moins que ma soeur Marguerite qui fut sa marraine. Mon père s'occupa ardemment de lui et jouit de lui jusqu'à sa dernière maladie : époque à laquelle Bernard venait chaque matin travailler un moment dans la chambre du malade avant de partir au lycée. Mon père qui n'espérait plus guérir, me dit un jour : "Je vous ai tous bien aimés mais celui-ci c'est la chair de ma chair." Une autre fois. comme je passais mes journées presque entièrement auprès de lui, il me dit : Si je croyais guérir je serais impardonnable de te prendre ainsi tout ton temps. Dans les dernières années qui précédèrent cette maladie, mon père qui était très tendre. faisait chaque matin la tournée des ménages de ses enfants et ainsi contribuait à cette union entre eux. qui fût pour ma mère, pendant 25 ans, après lui un objectif atteint de la façon la plus heureuse. Il terminait ensuite presque régulièrement sa matinée en allant trouver, pendant son déjeuner. Madame Armand Moreau, incomparable amie de ma mère et de lui-même, grande chrétienne et femme du monde accomplie, pour laquelle mon père avait été depuis la mort de Monsieur Moreau, un bien précieux appui. Tombé malade d'une méningite cérébro spinale, maladie alors peu connue, les efforts médicaux du Docteur Boulloche et des consultants appelés ne purent l'en tirer. Il avait reçu plusieurs fois la visite d'un prêtre de la paroisse qu'il avait demandé à Marguerite de faire venir ; non un prêtre connu, mais "celui qui va auprès des pauvres", avait-il dit par esprit d'humilité. Tous les soirs, il voulait s'unir à la prière dite auprès de lui par sa petite fille Madeleine Aubert, âgée de 12 ans. En arrivant un matin, tandis que ma mère était dans son cabinet de toilette, je trouvai mon père tenant le Figaro à l'envers, comme s'il pouvait le lire dans cette position. C'était une attaque. Il reçut l'Extrême Onction en notre présence à tous, et aussi en présence de Madame Moreau, que, de longue date, il avait recommandé à ma mère de faire appeler lorsqu'il conviendrait. Je suis à peu près sûr que Louis arriva à temps du lycée. Le chagrin de notre mère et de nous-même fut extrême. Pour moi, c'est un véritable conseil de chaque jour que je perdais lorsqu'il mourut le 23 Mai 1904 à l'âge de 68 ans. Mon cher cousin Edouard s'associa profondément à notre chagrin. Il devait y avoir quelque vingt ans que, après ses études au lycée de Nevers, il était venu profiter de l'hospitalité de mes parents pour faire sa réthorique au lycée Louis le Grand, n était arrivé au moment où j'allais partir faire mon volontariat à Versailles, à l'automne 1864. Ses premières distractions furent ainsi de venir me voir le dimanche dans le petit landeau péniblement traîné par une seule bête à la côte de Sèvres, plein de famille.