Introduction : Retrouver la Trace d'un Ancetre dans la Guerre

La Seconde Guerre Mondiale a touche pratiquement chaque famille francaise. Entre la mobilisation de 1939, la debacle de juin 1940, l'Occupation, la Résistance, la déportation, le STO et la Libération, des millions de Francais ont vu leur destin bascule. Il y a de fortes chances que l'un de vos ancêtres ait ete directement concerne.

Retrouver le parcours d'un ancêtre pendant cette période est une démarche a la fois généalogique et memorielle. Les sources sont nombreuses, souvent numérisées, et parfois émouvantes. Fiches de prisonnier, dossiers de résistant, listes de convois de déportation, demandes de rapatriément : chaque document raconte un fragment d'histoire que votre famille a peut-être oublié ou tu.

Ce guide vous accompagne pas à pas. Il couvre les sept grands profils (soldat, prisonnier, résistant, déporté, requis du STO, membre des Forces Françaises Libres, victime civile), détaille les bases de données en ligne, et vous explique comment demander des dossiers aux archives militaires.

Avant de commencer

Rassemblez d'abord tout ce que votre famille possède : livret militaire, citations, photos en uniforme, lettrès de captivité, certificats de démobilisation, cartes de rationnement, médailles. Chaque document est un indice qui orientera vos recherches dans la bonne direction.

Si vous débutez en généalogie, consultez d'abord notre guide pour se lancer en généalogie afin de maîtriser les bases.

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Identifier le Statut de votre Ancêtre

La première étape, et la plus déterminante, consiste à identifiér dans quelle catégorie se trouvait votre ancêtre pendant le conflit. Chaque statut ouvre des pistes de recherche différentes et oriente vers des fonds d'archives spécifiques.

Interrogez votre famille. Explorez les tiroirs, les greniers, les albums photos. Un livret militaire indique un soldat mobilisé. Des lettrès portant un numéro de stalag signalent un prisonnier de guerre. Un certificat FFI pointe vers la Résistance. Une carte de travail en Allemagne renvoie au STO.

Soldat mobilisé

Appelé ou rappelé sous les drapeaux en 1939-1940, il a combattu lors de la campagne de France ou dans les campagnes ultérieures (Afrique du Nord, Italie, Libération).

Prisonnier de guerre

Capturé par l'ennemi, interné dans un stalag (sous-officiers et soldats) ou un oflag (officiers) en Allemagne ou dans les territoires occupés. 1,8 million de Français furent prisonniers.

Résistant

Membre des FFI, FTP, d'un réseau ou d'un mouvement de résistance intérieure. Agent des réseaux de renseignement, de sabotage ou d'évasion.

Déporté

Déporté pour motif racial (Shoah), politique (résistance) ou comme otage. Interné dans les camps de concentration ou d'extermination nazis.

Requis du STO

Envoyé en Allemagne au titre du Service du Travail Obligatoire (à partir de février 1943). Environ 600 000 à 650 000 Français furent requis.

Forces Françaises Libres

Engagé volontaire auprès du général de Gaulle dès 1940, ayant combattu au sein de la France Libre (Bir Hakeim, Normandie, Alsace...).

Victime civile

Tué, blessé ou sinistré lors de bombardements, représailles, combats de la Libération. Réfugié, évacué des zones de combat.

Un ancêtre, plusieurs statuts

Il est fréquent qu'un même individu ait traversé plusieurs de ces catégories : soldat mobilisé en 1939, fait prisonnier en 1940, évadé du stalag, entré en résistance en 1943, puis de nouveau combattant à la Libération. Ne vous enfermez pas dans une seule piste -- suivez le parcours chronologique complet.

Consultez l'état civil

L'acte de décès reste un point de départ fondamental. S'il porte la mention "Mort pour la France", vous savez immédiatement que votre ancêtre figure dans les bases de données de Mémoire des Hommes. Utilisez notre moteur de recherche des décès INSEE pour un premier repérage rapide.

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Les Grandes Bases de Données en Ligne

Plusieurs bases de données majeures, gratuites et accessibles en ligne, rassemblent des millions de fiches individuelles liées à la Seconde Guerre Mondiale. Voici les incontournables.

2.1. Mémoire des Hommes

Site officiel du Ministère des Armées

memoiredeshommes.defense.gouv.fr

C'est LA référence pour les recherches militaires françaises. Le site a été entièrement refondu en juin 2025 avec une nouvelle interface, un moteur de recherche basé sur Elasticsearch (bien plus rapide qu'avant) et surtout une recherche transversale qui interroge simultanément toutes les bases de données.

Pour la Seconde Guerre Mondiale, Mémoire des Hommes donne accès à :

Morts pour la France 1939-1945

Fiches individuelles des militaires et civils décédés portant la mention "Mort pour la France". Chaque fiche indique l'état civil, le grade, l'unité et les circonstances du décès.

Prisonniers de guerre

Nouvelle base ouverte à l'indexation collaborative. Fiches de prisonniers de guerre français de la Seconde Guerre Mondiale avec informations de captivité.

Résistants

Plus de 600 000 noms de résistants issus des dossiers d'homologation des FFI, FFC et RIF. Fiches individuelles avec état civil et rattachement au réseau ou mouvement.

Sépultures de guerre

Localisation des tombes dans les nécropoles nationales et les cimetières militaires. Indispensable pour retrouver le lieu d'inhumation d'un ancêtre mort au combat.

Registrès de Mauthausen

Trois registrès du camp de concentration de Mauthausen récemment mis en ligne, permettant d'identifiér des déportés passés par ce camp.

Recherche transversale

Depuis la refonte de 2025, vous pouvez lancer une recherche sur le nom et le prénom de votre ancêtre et obtenir en une seule requête les résultats de toutes les bases (Morts pour la France, prisonniers, résistants, sépultures...). C'est votre premier réflexe pour toute recherche 39-45.

2.2. Arolsen Archives

Centre international de documentation sur les persécutions nazies

arolsen-archives.org

Anciennement connu sous le nom d'ITS (International Tracing Service), les Arolsen Archives conservent 30 millions de documents concernant 17,5 millions de personnes persécutées par le régime nazi. Environ 90 % de ces archives sont numérisées et consultables gratuitement en ligne.

Les collections couvrent quatre grandes catégories :

  • Camps de concentration -- listes de détenus, registrès d'entrée, fiches de décès, effets personnels
  • Travail forcé -- fiches de travailleurs étrangers dans l'industrie et l'agriculture allemandes
  • Personnes déplacées -- registrès des camps de DP après 1945, demandes d'émigration
  • Persécutions et Holocauste -- listes de déportation, documents de ghettos, fichiers de la Gestapo

Demandes de recherche approfondies

Si la recherche en ligne ne donne rien, vous pouvez soumettre une demande de recherche gratuite directement aux Arolsen Archives. Leurs archivistes examineront les documents non encore numérisés et vous fourniront les résultats par courrier ou par e-mail. Cette démarche peut prendre plusieurs semaines mais donne accès à des documents introuvables en ligne.

2.3. Mémorial de la Shoah

Centre de documentation et mémoire

memorialdelashoah.org

Le Mémorial de la Shoah à Paris est le principal centre de documentation en France sur le génocide des Juifs d'Europe. Il propose plusieurs bases de données en ligne essentielles pour retrouver un ancêtre victime de la Shoah.

Le Mur des Noms

76 000 noms de Juifs déportés de France inscrits sur le mur du Mémorial. La base en ligne permet de rechercher par nom et d'obtenir la date de naissance, le numéro de convoi et la destination.

Listes de convois

Les listes nominatives des 79 convois de déportation partis de France vers les camps d'extermination entre 1942 et 1944, avec l'identité des déportés de chaque convoi.

Archives photographiques

Collections de photographies d'avant-guerre, de la période d'occupation et de la libération des camps. Certaines photos peuvent être rattachées à des individus identifiés.

2.4. Base Maitron

Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social

maitron.fr

La Base Maitron héberge le Dictionnaire des fusillés, massacrés et exécutés 1940-1944, un projet collaboratif qui rassemble à ce jour plus de 23 700 notices biographiques de résistants, otages et victimes de la répression nazie et vichyste. Chaque notice détaille l'identité, le parcours, l'engagement et les circonstances de la mort.

Une base en constante croissance

Le Maitron est un projet universitaire collaboratif : de nouvelles notices sont ajoutées régulièrement par des historiens et des contributeurs bénévoles. Si votre ancêtre a été fusillé, guillotiné ou massacré pendant l'Occupation, il y a une chance réelle qu'il figure dans cette base. La recherche est gratuite.

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Retrouver un Soldat Mobilisé

Votre ancêtre a été mobilisé en 1939 ou a combattu lors des campagnes de 1943-1945 ? Voici les sources pour reconstituer son parcours militaire.

3.1. Le registre matricule

Le registre matricule militaire est le document fondamental. Il récapitule toute la carrière militaire d'un individu : signalement physique, affectations, campagnes, blessures, décorations, et le détail des services effectués (le "feuillet de campagne").

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Identifiez le bureau de recrutement

Il correspond généralement au département de résidence de votre ancêtre à ses 20 ans. Le numéro matricule figure souvent sur le livret militaire ou sur l'acte de naissance (mention marginale).

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Consultez les archives départementales

Les registrès matricules des classes 1921 à 1940 (soit les soldats de 39-45) sont progressivement numérisés par les archives départementales. Attention : les délais de communicabilité sont de 120 ans à compter de la naissance pour les registrès matricules (donc les classes jusqu'à 1906 sont librement accessibles en 2026, les suivantes sous dérogation ou en salle).

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Lisez le feuillet de campagne

Cette section du registre matricule détaille jour par jour (ou période par période) les affectations, les combats, les hospitalisations et les faits marquants. C'est ici que vous découvrirez l'unité dans laquelle votre ancêtre a servi.

3.2. Morts pour la France

Si votre ancêtre est décédé pendant le conflit, recherchez-le dans la base Morts pour la France 1939-1945 de Mémoire des Hommes. La fiche indique le grade, l'unité, la date et le lieu de décès, ainsi que le lieu de naissance et la filiation.

3.3. Journaux de marche et opérations (JMO)

Une fois que vous connaissez l'unité de votre ancêtre, vous pouvez consulter les journaux de marche et opérations de cette unité. Ces documents, conservés au SHD Vincennes, décrivent au jour le jour les déplacements, les combats et les pertes de chaque unité. Certains sont numérisés sur Mémoire des Hommes.

Sépultures de guerre

Si votre ancêtre est enterré dans une nécropole nationale, la base Sépultures de guerre de Mémoire des Hommes vous donnera la localisation exacte de sa tombe (nécropole, carré, rang, numéro de tombe). Vous pourrez ainsi vous rendre sur place pour un hommage personnel.

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Retrouver un Prisonnier de Guerre

1,8 million de soldats français furent capturés lors de la débâcle de juin 1940. La plupart passèrent entre deux et cinq ans dans des camps en Allemagne. Les sources pour les retrouver sont abondantes.

4.1. Stalags et oflags

Les prisonniers de guerre étaient internés dans des stalags (camps pour soldats et sous-officiers, numérotés par région militaire allemande : stalag IA, IIB, VIIA...) ou des oflags (camps pour officiers). Connaître le nom du camp est essentiel pour orienter vos recherches.

Où trouver le nom du camp ?

Examinez les lettrès et cartes postales envoyées par votre ancêtre pendant sa captivité : l'adresse de l'expéditeur comporte toujours le numéro du stalag ou de l'oflag, et souvent le numéro de matricule de prisonnier (Kriegsgefangenennummer). Les cachets postaux sont également précieux.

4.2. Les sources pour les prisonniers de guerre

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Mémoire des Hommes -- Base des prisonniers de guerre

Nouvelle base de données en cours d'indexation collaborative. Elle rassemble les fiches individuelles de prisonniers de guerre français de la Seconde Guerre Mondiale. Recherchez par nom sur mémoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr.

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Comité international de la Croix-Rouge (CICR)

Le CICR a tenu pendant la guerre des fichiers individuels de prisonniers de guerre. Ces archives sont conservées à Genève. Vous pouvez soumettre une demande de recherche en ligne sur icrc.org. La réponse est gratuite et comprend une copie de la fiche si elle existe.

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DAVCC Caen

La Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains à Caen conserve les dossiers individuels de prisonniers de guerre, incluant les documents de captivité, les rapports médicaux et les fiches de rapatriément. Voir la partie 8 pour la procédure de demande.

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Arolsen Archives

Les Arolsen Archives détiennent également des fiches de prisonniers de guerre, en particulier pour ceux qui sont décédés en captivité ou qui ont été transférés vers des camps de travail forcé. Recherche gratuite en ligne.

4.3. Le rapatriément

Les prisonniers de guerre français furent libérés et rapatriés entre 1945 et 1946. Les dossiers de rapatriément (conservés au DAVCC Caen) contiennent souvent un récit de la captivité, l'itinéraire des camps traversés et des informations sur l'état de santé au retour.

Les kommandos de travail

De nombreux prisonniers ne restaient pas dans le stalag principal mais étaient envoyés dans des kommandos de travail (détachements dans des fermes, usines ou mines). Le registre matricule et le dossier DAVCC peuvent mentionner ces affectations, qui sont précieuses pour reconstituer le quotidien de votre ancêtre pendant sa captivité.

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Retrouver un Résistant

Retrouver un ancêtre résistant est une recherche passionnante mais parfois complexe : la clandestinité impliquait pseudonymes, cloisonnement et peu de traces écrites. Heureusement, l'après-guerre a produit une abondante documentation administrative.

5.1. Les grandes catégories de résistants

L'administration française a distingué plusieurs statuts après la Libération, chacun donnant lieu à des dossiers spécifiques :

FFI -- Forces Françaises de l'Intérieur

Combattants des maquis et des groupes armés de la résistance intérieure, unifiés sous le commandement du général Koenig à partir de 1944.

FFC -- Forces Françaises Combattantes

Agents des réseaux de renseignement, d'évasion et de sabotage rattachés à la France Libre (BCRA). Réseaux comme Alliance, Confrérie Notre-Dame, Jade-Amicol...

RIF -- Résistance Intérieure Française

Membres des mouvements de résistance (Combat, Libération, Franc-Tireur, Défense de la France...) ayant obtenu la reconnaissance officielle après guerre.

FTP -- Francs-Tireurs et Partisans

Branche armée du Front national de lutte pour la libération de la France, liée au Parti communiste. Actions de guérilla urbaine et maquis.

5.2. Les sources pour les résistants

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Mémoire des Hommes -- Base des résistants

Plus de 600 000 noms issus des dossiers d'homologation des FFI, FFC et RIF. Chaque fiche comporte le nom, le prénom, la date de naissance, le réseau ou mouvement d'appartenance et parfois le grade. C'est la source la plus complète en ligne.

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Base Maitron -- Fusillés et massacrés

23 700 notices biographiques détaillées de résistants fusillés, massacrés ou exécutés entre 1940 et 1944. Recherche gratuite sur maitron.fr. Chaque notice raconte le parcours de vie, l'engagement et les circonstances de la mort.

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Dossiers d'homologation (SHD Vincennes)

Les dossiers individuels d'homologation FFI, FFC et RIF sont conservés au Service Historique de la Défense à Vincennes (sous-série GR 16 P). Ils contiennent les témoignages, certificats d'appartenance, états de service dans la clandestinité et les éventuelles citations. Consultables sur place ou par demande écrite.

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Musée de l'Ordre de la Libération

Pour les Compagnons de la Libération (1 038 personnes, 5 communes, 18 unités militaires), le musée de l'Ordre de la Libération met en ligne des biographies détaillées avec photos et documents d'archives.

Pseudonymes et noms de guerre

Les résistants utilisaient des pseudonymes pour protéger leur identité et celle de leurs proches. Les dossiers d'homologation font le lien entre le pseudonyme et l'identité réelle. Si votre famille mentionne un "nom de guerre", notez-le précieusement : il peut être la clé pour retrouver le bon dossier.

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Retrouver un Déporté

Environ 160 000 personnes furent déportées depuis la France vers les camps nazis : 76 000 Juifs, 86 000 résistants, politiques et otages. Les sources varient selon le motif de la déportation.

6.1. Déportation pour motif racial -- la Shoah

Pour retrouver un ancêtre juif déporté depuis la France, trois sources principales s'imposent :

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Mémorial de la Shoah

Le Mémorial de la Shoah met en ligne les listes des 76 000 Juifs déportés de France. Recherchez par nom pour obtenir la date de naissance, le numéro de convoi, la date de départ et la destination. Le Mur des Noms, sur le site du Mémorial à Paris, porte l'inscription de chaque nom.

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Arolsen Archives

Avec 30 millions de documents, les Arolsen Archives sont la plus grande collection au monde sur les persécutions nazies. Vous y trouverez des fiches d'entrée dans les camps, des listes de transport, des registrès de décès, des documents sur les effets personnels confisqués. 90 % des fonds sont numérisés. La recherche en ligne est gratuite.

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Yad Vashem

La base de données des noms des victimes de la Shoah de Yad Vashem (Jérusalem) contient des millions de noms recueillis grâce aux témoignages de survivants et de proches. Les "pages de témoignage" peuvent contenir des informations introuvables ailleurs.

6.2. Déportation politique et de résistance

Pour les résistants et les politiques déportés vers les camps de concentration (Buchenwald, Dachau, Ravensbrück, Mauthausen, Neuengamme...), les sources sont différentes :

Fondation pour la Mémoire de la Déportation

Le Livre-Mémorial recense les déportés partis de France par mesure de répression, avec des notices individuelles détaillant le parcours concentrationnaire.

DAVCC Caen

Les dossiers individuels de déportés sont conservés à la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains. Ils contiennent les pièces officielles, les témoignages et les documents de rapatriément.

Arolsen Archives

Les registrès des camps de concentration constituent une source majeure : fiches d'immatriculation, registrès d'infirmerie, listes de transfert entre camps, certificats de décès.

Registrès de Mauthausen

Trois registrès du camp de Mauthausen récemment mis en ligne sur Mémoire des Hommes. Utiles pour identifiér les déportés passés par ce camp et ses kommandos (Gusen, Ebensee, Melk...).

Internement avant déportation

Avant d'être déportés, beaucoup de victimes ont été internées dans des camps français : Drancy, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, Compiègne-Royallieu, le Fort de Romainville... Les archives de ces camps d'internement sont conservées aux Archives nationales et dans certaines archives départementales. Les registrès de Drancy sont consultables aux Archives nationales (site de Pierrefitte-sur-Seine).

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Retrouver un Requis du STO

Le Service du Travail Obligatoire, instauré par la loi du 16 février 1943, a contraint entre 600 000 et 650 000 jeunes Français à partir travailler dans les usines, mines et fermes du Reich. Retrouver leur trace demande de croiser des sources nationales et locales.

7.1. Les archives départementales

Les archives départementales sont la première source pour les requis du STO. Elles conservent les listes de départ, les correspondances entre les préfectures et les services de la main-d'oeuvre, les recensements de travailleurs et les dossiers individuels de réfractaires.

Séries à consulter

Recherchez dans la série W (archives administratives postérieures à 1940) et dans les fonds de la préfecture. Les cotes varient d'un département à l'autre, mais les inventaires en ligne mentionnent généralement "STO", "main-d'oeuvre" ou "travail obligatoire". N'hésitez pas à contacter le service des archives par e-mail pour demander les cotes pertinentes.

7.2. Les Archives nationales

Aux Archives nationales (site de Pierrefitte-sur-Seine), le fonds AN F/22 (Travail et Sécurité sociale) contient les archives centrales du STO : correspondances ministérielles, statistiques, listes de contingents et dossiers de réclamation.

7.3. Autrès sources

Arolsen Archives

Les fiches de travailleurs étrangers en Allemagne (catégorie "travail forcé") incluent les requis du STO français. Elles mentionnent l'employeur, le lieu de travail et les dates de séjour.

DAVCC Caen

Les dossiers de victimes du STO (décédés en Allemagne, blessés, malades) sont conservés au DAVCC. Utiles si votre ancêtre est décédé ou a été blessé pendant son service.

Associations d'anciens du STO

Certaines associations départementales d'anciens du STO ont constitué des fichiers et des témoignages. Leurs archives sont parfois déposées aux archives départementales.

STO et réfractaires

Tous les requis ne sont pas partis : beaucoup ont refusé de se soumettre et sont devenus réfractaires, se cachant dans les fermes, les maquis ou sous de fausses identités. Si votre ancêtre était réfractaire, vous le retrouverez plutôt dans les archives de la Résistance (il a pu rejoindre un maquis) ou dans les dossiers de police et de gendarmerie (recherche de réfractaires).

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Demander des Dossiers aux Archives Militaires

Les bases de données en ligne ne contiennent qu'une fraction des documents existants. Pour aller plus loin, il faut s'adresser directement aux services d'archives compétents. Voici les trois principaux interlocuteurs et la marche à suivre.

Victimes des conflits

DAVCC -- Caen

La Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains, rattachée au SHD, est installée à Caen. Elle conserve les dossiers individuels des Morts pour la France, des prisonniers de guerre, des déportés, des victimes civiles et des personnes contraintes au travail en pays ennemi.

Comment faire une demande : adressez un courrier ou un e-mail au DAVCC en précisant l'identité complète de la personne recherchée (nom, prénoms, date et lieu de naissance), votre lien de parenté et le type de document souhaité. Le délai de réponse est de plusieurs semaines à plusieurs mois.

Adresse : SHD -- DAVCC, Rue Neuve Bourg l'Abbé, 14000 Caen.
E-mail : shd-caen.courrier.fct@intradef.gouv.fr

Dossiers administratifs militaires

BCAAM -- Pau

Le Bureau Central d'Archives Administratives Militaires à Pau conserve les dossiers administratifs des militaires (carrière, solde, pension). C'est l'interlocuteur pour les états de service officiels et les relevés de carrière militaire.

Comment faire une demande : courrier ou formulaire en ligne (via le site du Ministère des Armées) en précisant l'identité et le numéro matricule si vous le connaissez.

Adresse : BCAAM, Caserne Bernadotte, 64023 Pau Cedex.

Archives opérationnelles

SHD -- Vincennes

Le Service Historique de la Défense à Vincennes conserve les archives opérationnelles : journaux de marche des unités, dossiers d'homologation des résistants (sous-série GR 16 P), archives de l'état-major, correspondances opérationnelles.

Comment faire une demande : pour une consultation en salle de lecture, demandez un rendez-vous via le site du SHD. Pour une recherche à distance, adressez un courrier détaillé au SHD en précisant les cotes si vous les connaissez.

Adresse : SHD, Château de Vincennes, Avenue de Paris, 94306 Vincennes.

Forces Françaises Libres

Si votre ancêtre a rejoint les Forces Françaises Libres du général de Gaulle, ses archives sont réparties entre le SHD Vincennes (dossiers militaires, sous-série GR 12 P) et le Musée de l'Ordre de la Libération. Le site france-libre.net met en ligne une base de données des engagés volontaires des FFL avec des biographies détaillées.

Conseils pour vos demandes

  • Fournissez un maximum d'informations : nom, prénoms, date et lieu de naissance, numéro matricule, unité
  • Précisez votre lien de parenté -- certains documents sont soumis à des délais de communicabilité
  • Joignez une copie d'une pièce d'identité et, si possible, un justificatif de parenté (livret de famille)
  • Soyez patient : les délais de réponse peuvent atteindre 3 à 6 mois selon les services
  • Si vous habitez en région parisienne, la consultation sur place au SHD Vincennes est souvent plus rapide

8.1. Victimes civiles des bombardements

Si votre ancêtre était un civil victime de bombardements ou de combats, les sources se trouvent principalement au niveau local :

Archives municipales

Registrès de l'état civil (actes de décès avec mention des circonstances), listes de sinistrés, rapports de la défense passive, demandes d'indemnisation.

Archives départementales

Rapports de préfecture sur les bombardements, listes de victimes, photographies aériennes, plans de reconstruction. Série W (archives postérieures à 1940).

DAVCC Caen

Dossiers de victimes civiles ayant obtenu la mention "Mort pour la France" ou une pension de victime civile de guerre.

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La Communauté : Ne Cherchez Pas Seul

Les recherches sur la Seconde Guerre Mondiale peuvent être complexes et émouvantes. Rejoindre une communauté de passionnés vous fera gagner un temps considérable et vous apportera un soutien précieux.

Le Centre de Généalogie (Discord)

Serveur Discord francophone dédié à la généalogie. Un salon est spécifiquement consacré aux recherches militaires et à la période 39-45. Entraide réactive et bienveillante, idéal pour poser vos questions et partager vos découvertes. Rejoindre le serveur Discord.

Chat d'entraide GeneBase

Notre chat d'entraide vous permet de poser vos questions directement sur GeneBase et d'échanger avec d'autres généalogistes en temps réel.

Forums Geneanet

Le forum de Geneanet dispose de rubriques dédiées aux recherches militaires. Vous y trouverez des discussions sur les unités, les camps et les parcours individuels. La communauté Geneanet compte des millions de membres et certains détiennent des informations rares.

Forums spécialisés Seconde Guerre Mondiale

Des forums comme forum-39-45.org rassemblent des historiens amateurs et des spécialistes qui peuvent vous aider à identifiér une unité, déchiffrer un document allemand ou localiser un camp. Ressource inestimable pour les recherches pointues.

Groupes Facebook

Plusieurs groupes Facebook sont dédiés aux recherches généalogiques liées à la guerre : recherche de prisonniers, identification de photos, histoire des stalags, mémoire de la Résistance. L'avantage : une réponse souvent rapide grâce à la taille des communautés.

Comment formuler une demande d'aide

Pour obtenir des réponses utiles, soyez précis dans vos demandes : indiquez le nom complet, les dates, le département, l'unité si vous la connaissez, et les recherches que vous avez déjà effectuées. Plus vous donnerez de contexte, plus les réponses seront pertinentes. Et n'oubliez pas de partager vos propres trouvailles en retour -- l'entraide fonctionne dans les deux sens.

Conclusion : Chaque Document Raconte une Vie

Retrouver le parcours d'un ancêtre pendant la Seconde Guerre Mondiale, c'est bien plus qu'un exercice généalogique. C'est redonner un visage et un nom à ceux que l'Histoire a parfois réduits à des statistiques. C'est comprendre ce que votre famille à traversé, ce qu'elle a enduré, et parfois ce dont elle n'a jamais parlé.

Les sources existent. Elles sont nombreuses, souvent gratuites et de plus en plus accessibles en ligne. Entre Mémoire des Hommes (refondu en 2025 avec sa recherche transversale), les Arolsen Archives (30 millions de documents numérisés), le Mémorial de la Shoah, la Base Maitron et les archives militaires du SHD, du DAVCC et du BCAAM, vous disposez d'un arsenal considérable pour mener vos recherches.

Commencez par ce que vous savez. Identifiez le statut de votre ancêtre. Consultez les bases de données en ligne. Et quand les sources numériques ne suffisent plus, n'hésitez pas à écrire aux archives -- les dossiers qui dorment dans les cartons contiennent parfois les réponses les plus émouvantes.

Commencez vos recherches maintenant

Utilisez notre moteur de recherche des décès INSEE pour vérifier les informations de base sur votre ancêtre, puis explorez les archives départementales en ligne pour les registrès matricules et les fonds locaux. Et si vous avez besoin d'aide, la communauté est là pour vous accompagner.