Gaston Marie Lucien DU LAURENT DE MONTBRUN 10E VICOMTE ◉ Sosa : 4

Gaston Marie Lucien DU LAURENT DE MONTBRUN 10E VICOMTE

◉ Sosa : 4 · génération 3

  • Né le 16 février 1901 (samedi) - Saint-Nicolas-Près-Granville, Manche, Normandie, France
  • Décédé le 7 décembre 1978 (jeudi) - Granville, Manche, Normandie, France, à l'âge de 77 ans
  • Militaire, Officier de l'armée Française
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Parents

Union(s) et enfant(s)

Frères et sœurs

Événements

16 février 1901 :
Naissance - Saint-Nicolas-Près-Granville, Manche, Normandie, France
7 décembre 1978 :
Décès - Granville, Manche, Normandie, France
Profession
Officier
Domicile - 50400 Granville France
2 Boulevard Girard Despariries
Titre : Vicomte
(5 févr 1927) :
Mariage (avec Yvonne Louise Marcelle DEVAUX) - Lagny-sur-Marne, 77400
Arrondissement de Pontoise

Notes

Religion: Catholique Romain
<p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Journal de Gaston du Laurent de Montbrun</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Jusqu&rsquo;au 10 juin 1940, ma vie a &eacute;t&eacute; celle de tous les combattants qui se trouvaient en Alsace &agrave; cette &eacute;poque, une vie de garnison dans une bourgade.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>J&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; me replier avec mon C.I.D. faisant des &eacute;tapes de 30 &agrave; 35 km et m&ecirc;me de 52 km. Les Allemands nous sont apparus le 13, mais ils n&rsquo;&eacute;taient pas tr&egrave;s agressifs. Il n&rsquo;y avait gu&egrave;re que des escarmouches
d&rsquo;arri&egrave;re-garde. Le 19 juin, mon groupement (car je commandais un groupement compos&eacute; de mon C.I.D., une compagnie hippo. et une compagnie du Q.G.) gagnait en chemin de fer Epinal,
o&ugrave; je devais m&rsquo;&eacute;tablir en t&ecirc;te de pont, lorsque le chef de gare de L&eacute;panges pr&eacute;vient que les Allemands se trouvent en avant &agrave; une dizaine de kilom&egrave;tres. Je fais faire demi-tour &agrave; mon train et nous allons d&eacute;barquer &agrave; Bruy&egrave;res. J&rsquo;y retrouve mon g&eacute;n&eacute;ral de division qui reprend sa compagnie et m&rsquo;envoie m&rsquo;&eacute;tablir en cantonnement d&rsquo;alerte &agrave; Laval pour &eacute;tayer, si besoin est, le 23</p></p><p><p><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">bataillon de chasseurs alpins. Rien ne se passe dans la nuit, mais nous apprenons le soir de la bouche m&ecirc;me du mar&eacute;chal P&eacute;tain, par radio, que l&rsquo;armistice est demand&eacute;, mais qu&rsquo;il faut continuer &agrave; combattre. Inutile de dire notre &eacute;tat d&rsquo;&acirc;me. Pour ma part, je n&rsquo;ai pu m&rsquo;emp&ecirc;cher de pleurer comme un enfant. Mais enfin, il a fallu se ressaisir car j&rsquo;avais autour de moi 18 officiers et je commandais &agrave; 700 hommes. </span></span></p></p><p><p>Le 10 juin, on
m&rsquo;enl&egrave;ve la compagnie hippo et je suis renforc&eacute;, th&eacute;oriquement car je ne l&rsquo;ai jamais vu, par un bataillon r&eacute;gional de protection, qui doit &ecirc;tre sous mes ordres et nous nous organisons &agrave; Laval que nous quittons &agrave; 20 h pour aller boucher la trou&eacute;e de Neune &agrave; Lave-lines devant Bruyeres. Le 21 juin, &agrave; 7 h du matin, un colonel d&rsquo;artillerie prend le commande-ment de la place avec G.R.D., un groupe d&rsquo;artillerie et mon C.I.D. A 10 h, il me propose de ne pas combattre. Je refuse, car le 19 juin, tout mon bataillon, en quelque sorte, avait chant&eacute; la marche lorraine et les Allobroges lorsque je lui avais annonc&eacute; que nous allions combattre quoique encercl&eacute;s.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>A midi, nous &eacute;tions attaqu&eacute;s mais bien mollement. A 18 h, je pars faire une reconnaissance de mes compagnies et en revenant, vers 18 h 45, je me jette b&ecirc;tement sur un petit poste alle-mand qui me lance une grenade, offensive heureusement, qui me couche sur la route que je traversais. Aussit&ocirc;t, le capitaine allemand se jette sur moi et m&rsquo;enl&egrave;ve mon r&eacute;volver avant que j&rsquo;ai eu le temps de m&rsquo;en servir. Il se met &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi et me dit : &laquo; Mon camarade, c&rsquo;est la guerre &raquo;.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>A 19 h &agrave; peu pr&egrave;s, un de mes capitaines, qui me voyait, me cria : &laquo; Mon commandant, le co-lonel ordonne de se rendre, faut-il ob&eacute;ir ! &raquo;. Je lui r&eacute;ponds : &laquo; Vous &ecirc;tes le plus ancien apr&egrave;s moi, prenez le commandement et ob&eacute;issez &raquo;. Puis je me mets &agrave; sangloter. Le colonel appara&icirc;t bient&ocirc;t avec un drapeau blanc et parlemente avec l&rsquo;officier allemand qui &eacute;tait &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi. Le feu cesse progressivement mais, comme &agrave; un moment, il avait l&rsquo;air de reprendre, le
capi-taine allemand me force &agrave; prendre le drapeau blanc et &agrave; l&rsquo;agiter, car le colonel avait &eacute;t&eacute; em-men&eacute; &agrave; l&rsquo;arri&egrave;re. Enfin le feu cesse et
les allemands commencent &agrave; marcher vers Lavelines. Moi, je suis toujours couch&eacute; sur le sol, perdant mon sang. Mon capitaine, qui m&rsquo;avait interpel-l&eacute;, vient et me fait mon premier pansement. Je vois arriver les premiers prisonniers fran&ccedil;ais. J&rsquo;&eacute;tais couch&eacute; sur une civi&egrave;re apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; pans&eacute; par le m&eacute;decin allemand de leur poste de secours. J&rsquo;avais &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi deux officiers bless&eacute;s, l&rsquo;un &agrave; la t&ecirc;te, l&rsquo;autre &agrave; un pied. Pour nous</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>garder, un officier allemand, pistolet au poing, se tenait pr&egrave;s de nous. J&rsquo;aper&ccedil;ois tout &agrave; coup mes hommes. En t&ecirc;te, marchait un officier
adjoint. Il m&rsquo;aper&ccedil;oit et fait le geste de venir vers moi. Mais, voyant l&rsquo;officier ennemi, il recule. Celui-ci lui fait signe de venir. Il vient et me sert la main. D&rsquo;autres officiers et beaucoup de mes hommes l&rsquo;imitent. Ceux-ci voulurent me donner &agrave; toutes forces du chocolat, des cigarettes. Puis l&rsquo;un d&rsquo;eux me donne son b&eacute;ret car j&rsquo;&eacute;tais t&ecirc;te nue, les allemands m&rsquo;ayant forc&eacute; &agrave; jeter mon casque, et un autre me donne sa cou-verture. Ces humbles me touch&egrave;rent profond&eacute;ment, car ces hommes se d&eacute;pouillaient pour moi et n&rsquo;&eacute;taient pas certains d&rsquo;avoir un couvert pour eux. J&rsquo;eus la satisfaction d&rsquo;apprendre que le chef de bataillon, qui m&rsquo;avait attaqu&eacute;, avait &eacute;t&eacute; tu&eacute; et qu&rsquo;on venait de l&rsquo;enterrer pas loin de moi.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Les &eacute;vacuations commenc&egrave;rent par les bless&eacute;s allemands. Ne pouvant &ecirc;tre &eacute;vacu&eacute; que cou-ch&eacute;, je partis par le dernier convoi le 22 juin, vers 4 h du matin. Je fus hiss&eacute; dans un camion et en route pour Colmar o&ugrave; nous arriv&acirc;mes vers 6 h du matin &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital du Bon Pasteur. Apr&egrave;s ma reconnaissance d&rsquo;identit&eacute;, je fus men&eacute; &agrave; la salle d&rsquo;op&eacute;ration o&ugrave;, comme officier, je passais de suite. A 7 h et demi, je me r&eacute;veillais dans un lit. Pans&eacute; et gard&eacute; par deux soeurs, une alsa-cienne et une allemande. Ma
r&eacute;action &agrave; l&rsquo;&eacute;ther fut une crise de larmes. Enfin, je r&eacute;ussis &agrave; me maitriser et, rejetant les couvertures, je regardais mes jambes. H&eacute;las, elles &eacute;taient band&eacute;es et le sang apparaissait sur le c&ocirc;t&eacute; droit. J&rsquo;eus peur d&rsquo;une h&eacute;morragie mais les soeurs me rassur&egrave;-rent et, me voyant &eacute;veill&eacute;, elles partirent.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Le soir, un docteur allemand vint me voir et parut m&eacute;content de ce que je ne souffrais pas et n&rsquo;avais pas de fi&egrave;vre. Il en f&ucirc;t de m&ecirc;me le lendemain. Il me donna la signification de son m&eacute;-contentement en me disant que puisque je n&rsquo;avais pas de fi&egrave;vre et ne souffrais pas, il me fal-lait quitter son h&ocirc;pital o&ugrave; on ne gardait que les bless&eacute;s graves. Donc, &agrave; 7 h du soir, je partais avec deux bless&eacute;s allemands pour Fribourg o&ugrave; nous arrivions vers les 10 h du soir. Nous &eacute;tions admirablement re&ccedil;us : th&eacute;, plum-cake, cigares et cigarettes.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Le lendemain matin, j&rsquo;&eacute;tais men&eacute; &agrave; la
salle de pansement et je me bouchais les narines g&ecirc;n&eacute; par l&rsquo;odeur de mes jambes. Mais ce n&rsquo;&eacute;tait pas l&rsquo;infection, c&rsquo;&eacute;tait uniquement l&rsquo;odeur de la pommade. On m&rsquo;enfon&ccedil;ait dans les mollets des m&egrave;ches tremp&eacute;es dans de l&rsquo;huile de foie de morue.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Je restais quatre jours dans cette
ville o&ugrave; j&rsquo;&eacute;tais, para&icirc;t-il, le seul officier fran&ccedil;ais. Ils m&rsquo;&eacute;vacu&egrave;rent le 28 juin sur Balingen, du c&ocirc;t&eacute; de la fronti&egrave;re suisse, o&ugrave;, arriv&eacute; vers minuit, on me parqua avec d&rsquo;autres sur des paillasses pos&eacute;es sur le sol du hall d&rsquo;entr&eacute;e d&rsquo;un sanatorium. Enfin le 29, j&rsquo;allai retrouver d&rsquo;autres officiers dans une chambre o&ugrave; nous &eacute;tions cinq. Le commandant de l&rsquo;h&ocirc;pital venait causer avec nous le soir. Il cherchait &agrave; nous convaincre de la beaut&eacute; du r&eacute;gime hitl&eacute;rien. Nous cherchions &agrave; le convaincre, par contradiction, de la beaut&eacute; de notre r&eacute;gime.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Cela dura une
semaine et je fus emmen&eacute; dans une autre ville, dont je ne puis retrouver le nom dans ma m&eacute;moire, le 8 juillet. J&rsquo;y restai une dizaine de jours et le 17 juillet, sur mes ins-tances, j&rsquo;accompagnai tous les officiers de l&rsquo;h&ocirc;pital (nous &eacute;tions 12) vers une maison de repos dans la For&ecirc;t noire, qui fut l&rsquo;Oflag VA &agrave; Weinsberg, dans le Wurtemberg. Apr&egrave;s un court s&eacute;-jour de quatre jours &agrave; Heilbronn, je revins &agrave; l&rsquo;infirmerie-h&ocirc;pital de ce camp o&ugrave; je restai jus-qu&rsquo;au 12 octobre. J&rsquo;y
fus admirablement soign&eacute; et trait&eacute;. Je rentrai alors dans le droit chemin au camp, baraque 6, baraque et chambre que j&rsquo;avais choisies. J&rsquo;avais l&rsquo;espoir, bien petit, de</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>regagner la France lorsque, le 22 octobre, le premier train sanitaire partit. Je n&rsquo;y &eacute;tais pas. Il en fut de m&ecirc;me pour le second le 15 novembre.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Je d&eacute;sesp&eacute;rais de me voir d&eacute;signer lorsque, le 4 d&eacute;cembre, &agrave; l&rsquo;appel du matin, on appela le capitaine du Laurent. Je n&rsquo;entendis pas bien et comme je ne connaissais pas les douze cents officiers du camp, je ne r&eacute;pondis pas &laquo; pr&eacute;sent &raquo;. Heureusement notre chef de baraque, qui lisait &eacute;galement la liste avec l&rsquo;officier allemand, me dit : &laquo; Eh ! de Montbrun, tu t&rsquo;appelles aussi du Laurent ! &raquo;. &laquo; Oui &raquo;, r&eacute;pondis-je. &laquo; Alors, c&rsquo;est toi du Laurent de Montbrun &raquo;. Inutile de dire que je criai alors un &laquo; Pr&eacute;sent &raquo; tonitruant. Le 6 d&eacute;cembre, nous allons embarquer &agrave; la gare charg&eacute;s d&rsquo;adresses et de recommandations de mes camarades moins heureux. Quoique je marchasse encore avec deux cannes, les deux kilom&egrave;tres qui nous s&eacute;paraient de la gare ne me parurent pas longs.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Le 7 d&eacute;cembre, &agrave; 15 h, nous d&eacute;barquions &agrave; Constance. Ceux qui marchaient difficilement fu-rent transport&eacute;s dans un car et nous arriv&acirc;mes &agrave; une &eacute;cole o&ugrave;, d&eacute;sillusion, nous fumes gard&eacute;s comme nous ne l&rsquo;&eacute;tions pas dans le camp. Nous n&rsquo;avions pas le droit de descendre dans la cour sauf une heure par jour et par &eacute;tage. Il nous fallait alors tourner en rond. Si pr&egrave;s d&rsquo;&ecirc;tre libres, nous ne pouvions songer &agrave; nous &eacute;vader. Enfin, le 10 d&eacute;cembre &agrave; 5 h du soir, nous em-barquions dans le train sanitaire et bient&ocirc;t, la fronti&egrave;re germano-suisse franchie, nous aperce-vions un immense drapeau tricolore &eacute;clair&eacute; par des r&eacute;flecteurs, &agrave; 100 m &agrave; peine de l&rsquo;Allemagne. La Suisse nous f&ecirc;ta tout le long du trajet. Le 11 d&eacute;cembre au matin, nous &eacute;tions en France et nous &eacute;tions accueillis par une vibrante &laquo; Marseillaise &raquo;. Le 12 &agrave; 1 h du matin, nous arrivions &agrave; Bergerac, dernier point de destination du train et ville que j&rsquo;avais demand&eacute;e. Des autos nous attendaient &agrave; la gare et nous emmenaient &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital. Je passai la visite du m&eacute;-decin et fus propos&eacute; pour &ecirc;tre envoy&eacute; devant la commission de r&eacute;forme de Limoges. Au d&eacute;-jeuner, on nous fit un petit festin. Oh ! bien simple, mais bien fran&ccedil;ais : nous e&ucirc;mes un beefs-teak avec des pommes de terre frites, de la salade et du fromage avec une demi-bouteille de vin fin et du caf&eacute;. L&rsquo;apr&egrave;s-midi, nous nous couchions tous car nous &eacute;tions &laquo; pompettes &raquo;
n&rsquo;ayant plus l&rsquo;habitude du vin et &eacute;tant sous-aliment&eacute;s. Mon poids de 77 kg au moment de ma blessure, &eacute;tait tomb&eacute; &agrave; 55 kg. J&rsquo;avais rattrap&eacute; ma sveltesse de jeune soldat apr&egrave;s le peloton d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves-caporaux.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Ne pouvant aller &agrave; Granville avant ma r&eacute;forme, je demandai et
obtins un cong&eacute; de convales-cence pour Nice, chez la tante de ma femme. La pauvre femme avait perdu son mari en juillet. Elle fut toute heureuse de m&rsquo;h&eacute;berger surtout pour les f&ecirc;tes de No&euml;l et premier jour de l&rsquo;an. Nous all&acirc;mes &agrave; la messe de minuit, tr&egrave;s contents de nous retrouver.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Sur le conseil d&rsquo;un camarade devenu chef de bataillon et employ&eacute; &agrave; la place de Nice, je ne me pr&eacute;sentai pas devant la commission de r&eacute;forme. Un capitaine adjoint au commissariat d&rsquo;armes de Bergerac vint me voir &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital. Je lui fis un compte-rendu des &eacute;v&egrave;nements qui m&rsquo;avaient amen&eacute; &agrave; &ecirc;tre prisonnier. Sur son objection de me proposer pour la L&eacute;gion d&rsquo;Honneur, j&rsquo;eus le tort de lui dire, qu&rsquo;&eacute;tant officier d&rsquo;active, j&rsquo;estimais que ce que j&rsquo;avais fait ne le m&eacute;ritait pas. Et le commissariat de Bergerac fut trop heureux de trouver un sot comme moi et me proposa que pour la croix-de-guerre. Je regrette maintenant cette parole inconsid&eacute;-r&eacute;e d&rsquo;autant plus que mon beau-fr&egrave;re Paul, bless&eacute; dans son lit par une bombe, a obtenu et la croix-de-guerre et la croix de la L&eacute;gion d&rsquo;Honneur comme rapatri&eacute; sanitaire.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Ne d&eacute;sirant pas rester inactif, je profitai des d&eacute;crets d&rsquo;ao&ucirc;t et septembre pour demander un emploi s&eacute;dentaire en &eacute;tant vers&eacute; dans les adjoints-administratifs. Sur ces entrefaites, ma</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>femme et mes enfants me rejoignirent et ayant pu avoir un appartement, nous attend&icirc;mes mon affectation qui tardait bien &agrave; venir. Voyant cela, j&rsquo;allai &agrave; Vichy et trouvai, comme directeur de l&rsquo;infanterie, mon ancien chef de corps, le colonel Lafargue. Il me proposa de me garder &agrave; Royat. Mais, &agrave; Nice, on manquait de pain. Il fut assez chic pour me laisser gagner l&rsquo;Afrique du nord. Je fus nomm&eacute; &agrave; Sidi-Bel-Abb&egrave;s pour occuper l&rsquo;emploi de major au d&eacute;p&ocirc;t commun des r&eacute;giments &eacute;trangers. Nous y trouv&acirc;mes du pain blanc &agrave; discr&eacute;tion que les enfants man-geaient comme du g&acirc;teau. Mon poids, en raison des restrictions ni&ccedil;oises, &eacute;tait tomb&eacute; &agrave; 53 kg.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>La s&eacute;paration du d&eacute;p&ocirc;t commun des r&eacute;giments &eacute;trangers d&rsquo;avec le 1</p></p><p><p><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">r&eacute;giment ne plaisait pas au colonel et il ne voulait pas faire la scission. Je rendis compte, sur ses conseils, au Mi-nistre. Celui-ci fit &eacute;tudier la question par l&rsquo;&eacute;tat-major d&rsquo;Alger et, en f&eacute;vrier 1942, arriva l&rsquo;ordre d&rsquo;op&eacute;rer la scission. Mais, entre-temps, le 6</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">r&eacute;giment &eacute;tranger &eacute;tait revenu de Syrie et avait &eacute;t&eacute; dissous. Son colonel avait son commandant-major &agrave; caser et j&rsquo;avais eu le grand tort de vouloir rester chasseur. Aussi, je fus propos&eacute; par lui comme &eacute;tant disponible. J&rsquo;avais &eacute;t&eacute; nomm&eacute; en mars adjoint-administratif de 2</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">classe et maintenu &agrave; mon poste de major du d&eacute;p&ocirc;t commun des r&eacute;giments &eacute;trangers. </span></span></span></p></p><p><p>Sur proposition du commandant du d&eacute;p&ocirc;t, je permutai avec le major du 6</p></p><p><p><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">r&eacute;giment &eacute;tran-ger qui avait &eacute;t&eacute; nomm&eacute; &agrave; Vichy major du 6</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">tirailleurs &agrave; Tlemcen. Mais le capitaine tr&eacute;so-rier de ce r&eacute;giment &eacute;tait plus ancien que moi de deux annuit&eacute;s. Le colonel du 6</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">tirailleurs rendit compte au Ministre qui nomma un autre commandant et me renvoya au d&eacute;p&ocirc;t &eacute;tranger comme charg&eacute; du mat&eacute;riel avec le titulaire comme adjoint. </span></span></span></p></p><p><p>Le colonel du d&eacute;p&ocirc;t commun des r&eacute;giments &eacute;trangers intervint &agrave; juste titre et fit remarquer que cette nomination aurait l&rsquo;inconv&eacute;nient de me placer en sous-ordre dans une administration dont j&rsquo;avais &eacute;t&eacute; le chef. Alors, le directeur de l&rsquo;infanterie m&rsquo;envoya au 5</p></p><p><p><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">tirailleurs-marocain &agrave; Oujda comme charg&eacute; du mat&eacute;riel. </span></span></span></p></p><p><p>Je faillis, l&agrave; encore, ne pas rester car le titulaire de l&rsquo;emploi, un lieutenant, avait demand&eacute; &agrave; passer adjoint-administratif et, comme il &eacute;tait connu par son colonel, ce dernier ne tenait pas &agrave; le voir partir. Mais en voyant mon dossier du personnel, il l&acirc;cha son lieutenant et me garda. Il &eacute;tait temps car Yvonne, enceinte, voyait le terme de sa grossesse approcher et risquait fort de ne pas avoir de logement.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Nous regrett&acirc;mes Sidi-Bel-Abb&egrave;s o&ugrave; nous laiss&acirc;mes de bons amis et des connaissances bien sympathiques. Depuis, les am&eacute;ricains d&eacute;barqu&egrave;rent et le 5</p></p><p><p><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">r&eacute;giment de tirailleurs partit pour l&rsquo;Italie. Inapte &agrave; faire campagne, je restai au d&eacute;p&ocirc;t qui fut bient&ocirc;t dissous. Je passai au 51</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">bataillon de marche de tirailleurs marocains o&ugrave; je trouvai un chef de bataillon charmant qui, malheureusement, ne resta pas longtemps. Il fut remplac&eacute; par un autre avec lequel je ne m&rsquo;entendis pas. J&rsquo;en partis heureusement assez vite pour entrer &agrave; l&rsquo;&eacute;tat-major de la subdivi-sion. Mais
les effectifs ayant &eacute;t&eacute; r&eacute;duits, j&rsquo;allais &ecirc;tre oblig&eacute; de partir ailleurs lorsque la place de commandement de la 81</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">compagnie de garnison fut libre. On m&rsquo;y nomma et j&rsquo;y &eacute;tais encore &agrave; la fin de la guerre. </span></span></span></p></p><p><p>A la suite de ses blessures, Gaston de Montbrun fut vers&eacute; dans le cadre des adjoints-administratifs des corps de troupe. Sa femme et ses enfants rejoignaient la France en 1945. Partis d&rsquo;Oujda le 3 ao&ucirc;t, ils &eacute;taient &agrave; Port-Lyautey le 6, s&rsquo;embarquaient &agrave; bord d&rsquo;un avion am&eacute;ricain pour Marseille et rejoignaient Granville o&ugrave; ils arrivaient le 9 ao&ucirc;t.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Marie Ardaillon est d&eacute;c&eacute;d&eacute;e &agrave; Amiens en d&eacute;cembre 1943. En 1939, Guy de Montbrun &eacute;tait trop &acirc;g&eacute; pour reprendre du service dans l&rsquo;arm&eacute;e. Il continua &agrave; jouir de sa retraite &agrave; Granville.</p></p><p><p>&nbsp;</p></p><p><p>Mais il se rendit bient&ocirc;t compte, apr&egrave;s l&rsquo;invasion allemande et les pr&eacute;paratifs de l&rsquo;Am&eacute;rique et de l&rsquo;Angleterre, que la guerre pourrait passer par sa petite ville. Il reprit donc la r&eacute;daction de son journal. Voir ce qu&rsquo;il a &eacute;crit : Annexe V, 2</p></p><p><p><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></p></p><p><p><span style="font-size: medium;">partie, page 73. </span></p></p><p><span style="font-size: medium;">&nbsp;</span></p>

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