🌳 du Laurent de Montbrun
par Landry
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Alfred Marie Jean-Baptiste Guy DU LAURENT DE MONTBRUN 9E VICOMTE ◉ Sosa : 8
Alfred Marie Jean-Baptiste Guy DU LAURENT DE MONTBRUN 9E VICOMTE
◉ Sosa : 8 · génération 4
- Né le 9 janvier 1873 (jeudi) - Domfront, Domfront en Poiraie, Orne, Normandie, France
- Décédé le 27 mars 1953 (vendredi) - Granville, Manche, Normandie, France, à l'âge de 80 ans
- Capitaine commandant la 4e compagnie du 2e régiment d'infanterie, chevalier de la légion d'honneur
Parents
- Gaston Marie Jean-Baptiste Guy DU LAURENT DE MONTBRUN 8E VICOMTE 1840-1921
- Blanche Julie Rose Elisabet Marie LE COURT DE SAINTE-MARIE DE GUELLE 1844-1923
Union(s) et enfant(s)
-
Marié le 9 janvier 1898 (dimanche), Cherbourg-Octeville, Cherbourg, Manche, Normandie, France, avec
Anna Marie Augustine SALLIEN 1876-1926
dont
- Gaston Marie Lucien DU LAURENT DE MONTBRUN 10E VICOMTE 1901-1978 ◉ Sosa 4
- Elisabeth Marie Blanche DU LAURENT DE MONTBRUN 1903-1937
- Germaine Marie Anne DU LAURENT DE MONTBRUN 1906-1985
- Jeanne Marie Marthe DU LAURENT DE MONTBRUN 1911-1921
- Marié le 15 octobre 1930 (mercredi), Cherbourg-Octeville, Cherbourg, Manche, Normandie, France, avec Anne Marie Eugénie LE CHANTEUR DE PONTAUMONT 1879-1955 divorcés
Frères et sœurs
- Alfred Marie Jean-Baptiste Guy DU LAURENT DE MONTBRUN 9E VICOMTE 1873-1953 ◉ Sosa 8
- Julie Delphine Marie Anne Emilie Rosa DU LAURENT DE MONTBRUN 1876-1967
- Marthe Elisabeth Marie Anne Louise Juliette DU LAURENT DE MONTBRUN 1877-1942
Événements
- 9 janvier 1873 :
- Naissance - Domfront, Domfront en Poiraie, Orne, Normandie, France
- 9 janvier 1898 :
-
Mariage (avec Anna Marie Augustine SALLIEN) - Cherbourg-Octeville, Cherbourg, Manche, Normandie, France
Mariage avec: Anne, Marie, Eugénie LECHANTEUR DE PONTAUMONT
- 15 octobre 1930 :
-
Mariage (avec Anne Marie Eugénie LE CHANTEUR DE PONTAUMONT) - Cherbourg-Octeville, Cherbourg, Manche, Normandie, France
Mariage avec: Alfred, Marie, Jean, Baptiste, Guy DU LAURENT DE MONTBRUN
- 1931 :
-
Domicile
Adresse:
Adresse: - 1931 :
- Divorce (avec Anne Marie Eugénie LE CHANTEUR DE PONTAUMONT)
- 27 mars 1953 :
- Décès - Granville, Manche, Normandie, France
-
Domicile
Adresse:
Adresse: , Cherbourg -
Autre événement
Officier
- Titre : Vicomte
Notes
Religion: Chrétienne
<p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Journal de Guy du Laurent de Montbrun</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ère </span><span style="font-size: medium;">partie:</span></span></p> <p style="text-align: justify;">28 janvier 1915 – Départ pour le front. Je quitte Granville par une belle journée ensoleillée. C’est dur de quitter les siens en se disant que peut-être on ne les reverra pas. Ma pauvre femme
pleure toutes les larmes de son corps. Ma mère a bien de la peine ainsi que mon vieux papa. Mes quatre petits ne comprennent pas encore le déchirement de cette séparation. Jean-nette (4 ans) a dans ses yeux étonnés une grande tristesse et m’a dit hier qu’elle avait bien de la peine de me voir partir.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Mon ordonnance Godet est partie hier avec mon cheval. 1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">incident : ma bride est perdue ; j’en trouve heureusement une autre au magasin du corps. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">J’ai vu ma soeur Rosa et mes deux neveux avant de partir ; ma bonne Rosa avait le coeur gros. Beaucoup de monde à la gare, des secrétaires de mon ancien bureau de trésorier : l’adjudant Lehouchu, le sergent Sebire, Pasquier, Lion, Rosse, des officiers : Capitaine Allain, lieutenants Bougé, Melin, Cristiani, Berthet, Courtin, Savy, M. Vandel, Greslé, mon ordon-nance Garnier et enfin mes parents. A 11,7 h le train se met en marche, me voilà parti pour Paris et le Bourget 1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ère </span><span style="font-size: medium;">étape. Arrivé au Bourget, j’apprends que je ne puis partir que le lendemain. Je me mets à la recherche d’un hôtel pour coucher. Je me décide à repartir pour Paris afin de trouver un gite. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">29 janvier – J’ai passé une partie de la journée à Paris ; j’y ai déjeuné. Ma matinée s’est pas-sée en recherches dans la gare du Bourget pour retrouver mon ordonnance et mon cheval. On a fini par me dire vers midi que, par erreur, ils étaient partis pour Dunkerque le matin-même. Je dois les retrouver à Amiens. Je quitte le Bourget à 7,36 h pour Saulty-Larbret où je dois arriver demain vers 7 h du matin. J’ai passé une partie de mon après-midi à chercher des bottes en caoutchouc pour faire plaisir à maman. Je n’en ai trouvé aucune me convenant dans les grands
magasins. C’est un luxe dont on peut se passer.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">30 janvier – Je suis parti du Bourget à 7,36 h. J’ai passé la nuit en chemin de fer en compa-gnie du commandant Bardot du 47<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">qui rejoint également l’armée. Je retrouve comme commissaire du train le commandant Clerbout que j’ai eu comme capitaine-adjudant-major à mon bataillon du 73</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">à Aire. L’inquiétude de mon wagon de cheval m’empêche de dormir jusqu’après Amiens que nous passons sans arrêter. J’apprends que ce wagon a été accroché au train à Longuau et je puis reposer tranquille à partir de 3 h du matin. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">31 janvier – En arrivant à Saulty, je trouve le colonel Etienne qui vient d’être nommé au commandement du 2<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">. Il vient du 1</span><span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">zouaves et a l’air d’un chef très bien, bonne impres-sion. Nous apprenons la mort du colonel Ivonnet tué deux jours auparavant. Je suis présenté au général Wirbel commandant le 10</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">corps et au général Anthoine commandant la 20</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">division d’infanterie. On m’affecte à la 4</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">compagnie du 2</span><span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">. Je suis en pays de connais-sance ayant à ma compagnie le lieutenant Dior, les sous-lieutenants Lhotellier que j’ai eu comme élève-caporal au 25</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">et Allix ancien sergent secrétaire de mon bureau de trésorier. Le capitaine Pompon, plus jeune que moi, commande mon bataillon. Je suis trop nouveau </span></span>pour me prévaloir de mon ancienneté et j’accepte volontiers cet état de chose (Pompon a trois mois d’ancienneté de moins que moi). On entend le canon de Warlus où nous cantonnons pour huit jours. Tablée de jeunes sous-lieutenants qui donne bonne impression. Ils sont gais et on ne se douterait guère que tout ce monde a risqué sa vie chaque jour.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">février – J’ai dormi sur la paille dans mon sac de couchage cadeau de ma bonne maman. J’ai dormi mais c’est un peu dur ; je manque d’habitude ; ça viendra. J’ai vu Goguillot le chef de musique du 25</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">et nous avons parlé
de mon ancien régiment. Que de disparus ! Il me raconte la mort héroïque de mon brave camarade de Biève. Le colonel Verillon commande toujours le 25</span><span style="font-size: xx-small;">ème</span></span></span><span style="font-size: medium;">. Il tombe de la neige et il y a une boue bien désagréable. J’ai pris une deu-xième ordonnance Lebas. Hier j’ai voulu aller à la messe, impossible d’entrer dans l’église pleine de soldats jusque sur les marches. Comme cette guerre fait refleurir l’esprit
religieux. L’héroïsme des aumôniers et prêtres soldats y est bien pour quelque chose. Que diraient les éteigneurs d’étoiles envoyant cela. Des instituteurs, jadis agents politiques des radicaux, por-tent ostensiblement sur leur poitrine des médailles de la Vierge. Il y a quelque chose de chan-gé en France et l’horrible cataclysme sauvera peut-être notre beau pays. La guerre fait refleu-rir les vieilles vertus françaises.</span></p> <p style="text-align: justify;">2 février – La vie du cantonnement de Warlus continue. Un détachement est arrivé de Gran-ville avec deux sous-lieutenants Christiani et Lebel officiers de réserve.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">3 février – Je suis allé aujourd’hui à cheval à Simencourt où est cantonné le 3<span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">bataillon. J’y ai vu le commandant Pinon, mon ancien adjoint le sympathique lieutenant Haemerlin et mon ancien camarade de collège le capitaine de la Groudière.</span></p> <p style="text-align: justify;">4 février – Nous partons demain, paraît-il, pour Saint-Nicolas près Arras. Les obus y tom-bent. Que Dieu nous protège.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">5 février – Départ de Warlus. Nous arrivons à Saint-Nicolas à 8
h du soir. Le canon tonne, mais les obus allemands ne tombent pas de ce côté. Je m’installe dans la cave du château à coté de Pompon. C’est un endroit peu
sûr car il est sur le passage des obus de gros calibre lancés sur notre artillerie proche.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">6 février
– J’ai bien dormi. Les Boches n’ont pas bombardé. Je vais visiter les tranchées avec le lieutenant Vallée commandant la 3<span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">compagnie. Nous partons à 9 h. Pendant la route, les obus allemands passent au-dessus de nos têtes avec un bruit sinistre qui produit une drôle d’impression. Retour sans incident. Les balles sifflent. En rentrant, je déménage pour me mettre dans une cave plus sûre. La cave du château voisine de celle où j’étais cette nuit a été démolie par un obus de 105 ; tout y a été pulvérisé. Un lieutenant d’artillerie a été tué à la tranchée 2 par un obus de 77. Demain, je prends le service à la tranchée 2 avec ma compagnie.</span></p> <p style="text-align: justify;">7 février
– Mauvaise nuit ; il y a des rats énormes dans ma cave. Je n’ai pas fermé l’oeil et c’est une mauvaise préparation pour prendre la tranchée. Nous y
partons à 5,30 h du matin. Que la journée est longue. Les balles sifflent continuellement, les obus ronflent au-dessus de mon poste. C’est un bruit auquel je ne puis m’habituer. Je crois que je ne sortirai de mon poste de commandement que quand je ne pourrai pas faire autrement. Il n’est pas cependant à l’abri des obus et il en est tombé à moins de 50 mètres une douzaine. Où est mon vieux Gran-ville, mes chers parents, ma femme chérie et mes quatre petits enfants. Quand donc ferai-je encore sauter sur mes genoux ma petite Jeannette, ce bon petit diable ? Que ce bon temps, mon Dieu, revienne vite, qu’il revienne surtout. Quelle horreur que la guerre et quels criminels ceux qui la déchainent et font
le malheur de tant de braves gens, par ambition ou pour une richesse dont on peut se passer. Que ceux-là viennent donc vivre des journées d’angoisse dans le fond d’une tranchée. Après cela, on peut vivre n’importe où dans la plus misérable chaumière et on trouvera la vie belle. Je suis donc arrivé dans la tranchée par un boyau d’environ 2 m de profondeur y compris le parapet. La tranchée est double : tranchée de tir et tranchée de commandement. Dans la tranchée de tir, il y a des
créneaux en bois : c’est un trou carré qui traverse le parapet. Des guetteurs ont à leur disposition des périscopes pour regarder en face la tranchée allemande. On ne voit rien du reste si ce n’est une petite élévation de terre à 200 m. Devant la tranchée des fils de fer en forme de réseau appelé réseau brun ou des che-vaux de frise avec fil de fer barbelé, le tout bien démoli parce que constamment battu par les balles. Un boyau d’écoute que l’on occupe la nuit est creusé en avant.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">J’ai trois tranchées sous mes ordres avec un boyau conduisant à chacune près de mon poste qui est à peu près au centre. C’est une espèce de cave donnant sur la tranchée et recouverte de tôle ondulée avec des rondins et 25 cm de terre par-dessus ; un lit de camp dans le fond, 3 chaises, un poêle, deux tables. Le seul moment gai de la journée est celui où mes deux sous-lieutenants viennent diner avec moi. Dior malade est resté à Sainte-Catherine. Sa maladie est plus morale que physique. C’est compréhensible, tous en arrivent là plus ou moins vite après un temps de tranchée plus ou moins long, du moins les nerveux.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">8 février – 2<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">jour de tranchée, le nouveau colonel Jaguin, qui a remplacé le colonel Etienne appelé à un service d’état-major, est venu nous y voir. Je lui rappelle qu’il a été mon professeur d’histoire à Saint-Maixent. Il me dit par politesse se rappeler mon nom. A cette époque, on l’appelait « le père la Victoire ». Il m’a paru chercher à être aimable. Cette 2</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">journée s’est passée mieux que la 1</span><span style="font-size: xx-small;">ère</span><span style="font-size: medium;">, je m’habitue au bruit du canon et de la fusillade. Quelle vie, aller d’une cave dans un trou et réciproquement. Nous sommes redevenus les hommes des cavernes et nous nous cachons pour fuir la bête fauve ou obus qui nous poursuit. J’aime encore mieux la cave malgré les rats, on y est plus en sureté. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">9 février – Retour à Saint-Nicolas, je retrouve ma cave. Haemerlin et Vallée sont nommés capitaines, Labesse, lieutenant. J’adopte un fox abandonné. Il
chassera mes rats, c’est le seul moyen de vivre tranquille. Nous pouvons heureusement nous éclairer à bon compte toute la nuit. Il y a dans le village une fabrique de bougies abandonnée avec tous ses approvisionne-ments.</p> <p style="text-align: justify;">10 février – Journée passée à Saint-Nicolas. J’ai été reconnaitre le cantonnement de Sainte-Catherine où nous devons aller demain. Les Allemands bombardaient et après avoir passé la Scarpe, il est tombé un obus à 30 m derrière moi sur la maison voisine de celle habitée par Pompon.</p> <p style="text-align: justify;">11 février – Sainte-Catherine, la vie dans une maison abandonnée il est vrai, mais habitable. On revoit des gens qui ne sont pas militaires, femmes, enfants, car le pays n’a pas souffert du bombardement, on ne sait pourquoi. Les Boches n’ont pas encore découvert ça et pourtant il y a des batteries tout autour qui tirent chaque jour et ne reçoivent pas un obus. C’est un métier bien agréable que celui d’artilleur comparé à celui de fantassin. Ils ont autant de gloire et peu de mal. Tous les officiers couchent dans un lit, sont de garde rarement, jouent au bridge ou font de la musique. J’ai été dans la maison où habitaient plusieurs d’entre eux et ou Dior était convalescent. Je me serais cru dans une maison un jour de thé à proximité
d’un salon. J’y ai rencontré le docteur Pelissier. J’ai reçu aujourd’hui des lettres de Lemarié et Bougé qui me parlent tous deux de l’affaire Noguès. Il n’y a qu’à Granville que l’on puisse voir des gens véreux se faire aussi facilement des relations. Mon vieux Granville où l’on ne pense
pas à la canaillerie des gens portant beau, quand j’en prononce le nom je revois tous ceux que j’aime et qui m’ont fait la vie heureuse. Quand vous reverrai-je tous ?</p> <p style="text-align: justify;">12 février – Encore Sainte-Catherine, demain retour à la cave de Saint-Nicolas. D’après l’idée du docteur Jacob inspecteur de
la 10<span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">armée, la guerre ne peut plus durer qu’un mois car les Boches sont à bout et nous, nous devons rester dans les tranchées où nous sommes jusqu’à la fin. Dieu l’entende et nous amène vite cette fin. </span></p> <p style="text-align: justify;">13 février - Dans la cave de Saint-Nicolas. Journée de bombardement. Un obus tombe sur la maison de notre popote. La salle à manger où nous vivions avant est criblée de trous. Si nous y avions été, il n’en serait pas resté un seul. Le bombardement a été fait par de gros obus. Un homme de la 3<span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">a été blessé devant ma porte. Le régiment a eu trois blessés. </span></p> <p style="text-align: justify;">14 février – Dimanche. Je suis allé à la messe dans une cave voisine. Un prêtre soldat a revêtu les ornements sacerdotaux et officie, un autre prêtre soldat sert la messe. Nous sommes sept ou huit officiers au 1<span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">rang, la cave est pleine de soldats. Tous sont recueillis ou chantent de tout
coeur les cantiques que le prêtre serveur entonne. Beaucoup sont là qui avant la guerre négligeaient de sanctifier le dimanche en allant à la messe. Sous ce rapport la guerre aura fait du bien à la France et bien des mangeurs de curés seront maintenant leurs admirateurs et leurs amis dévoués. </span></p> <p style="text-align: justify;">15 février – Retour à la tranchée pour deux jours. Je suis habitué maintenant au bruit des balles et des obus et je me promène tranquillement dans les boyaux. Ce n’est pas cependant que j’aie l’esprit toujours tranquille car on risque ici sa vie à tout instant. Chaque jour, il y a des hommes tués ou blessés. Aujourd’hui, un lieutenant de réserve a été écrasé dans son poste de commandement par un obus. Il s’appelait Pignet et m’avait dit au revoir joyeusement l’avant-veille à Sainte-Catherine. Il n’a pas souffert mais pauvre veuve ! Il commandait la tranchée voisine de la mienne. Que Dieu soit miséricordieux à ce pauvre martyr
pour la Patrie.</p> <p style="text-align: justify;">16 février – Journée de tranchée calme sans évènement saillant. Je reçois d’un coup six lettres de Granville datées des 11, 12 et 13 février.</p> <p style="text-align: justify;">17 février – Retour à Saint-Nicolas. A 7 h, enterrement du lieutenant Pignet. Presque tous les officiers y assistent, colonel en tête. La pauvre église de Saint-Nicolas est percée à jour par les obus et pleine de débris de toutes sortes. Que c’est triste. Le cimetière est rempli de tombes militaires presque toutes du 2<span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">. Les croix de bois blanc portant chacune un nom forment une colonne qui s’allonge chaque jour. </span></p> <p style="text-align: justify;">Je fais connaissance de l’abbé Humbricht, l’aumônier si sympathique à tous nos camarades. Je retrouve aussi sous la capote de soldat l’abbé Hulin de Granville et Cherbourg, vicaire à la Trinité. L’après-midi, j’ai traversé Arras dévasté. Quel aspect triste à la pauvre ville ! Toutes les maisons sont percées de trous et quelques-unes complétement écroulées. Quelques civils traversent les rues hâtivement, des gamins jouent malgré le bruit incessant de la canonnade. Dire que j’ai vu cette ville prospère et tranquille il y a quelques années, quel contraste ! Je suis allé jusqu’à Ronville voir le 25<span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">. Je rencontre le colonel Verillon toujours affable, le com-mandant O’Diette, le capitaine Jobit. L’ancien garde-magasin Pouchin de la 8</span><span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">, mon ex-compagnie, me conduit près des officiers. J’en aurais vu d’autres si des obus boches ne s’étaient mis à pleuvoir sur un carrefour qu’il fallait traverser. Nous faisons demi-tour et avec Lhotellier, qui m’avait accompagné, nous regagnons rapidement Saint-Nicolas par Arras. </span></p> <p style="text-align: justify;">18 février - Journée à Saint-Nicolas. Nous reprenons les tranchées le soir. Je suis chef du secteur des tranchées 2 et 3 avec deux compagnies 3</p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">et 4</span><span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">. J’occupe le poste du commandant qui est plus confortable que les postes des tranchées. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">19 février – Dans le poste de commandant de secteur, on a plus de tranquillité d’esprit mal-gré une plus grande responsabilité. Comme un petit général, le commandant de secteur donne des ordres par téléphone ; il dispose presque de l’artillerie. Ainsi, j’ai tenté de faire tirer par une batterie sur un point (la meule de paille) d’où les Boches avaient envoyé des balles à une de mes tranchées et brisé deux fusils. L’artillerie a tiré, elle n’a pas atteint le but, y -a-t-elle mis beaucoup de bonne volonté, Dieu seul le sait.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">20 février – Nous rentrons à Sainte-Catherine ; je suis logé comme un prince avec une grande chambre, cabinet de toilette, lit à deux sommiers. Je me déshabille le soir, ce qui ne m’était
pas arrivé depuis Warlus. J’ai pris un bain, j’en avais un grand besoin. Comme le temps paraît long ; à quand le retour à Granville, ma chère femme, mes bons petits enfants et mes excellents parents. Quelle joie au jour de la paix si je suis encore là. Je ne comprends pas que les Allemands n’en aient pas assez car ils sont bien plus malheureux que nous et, enfin, plus la guerre dure plus cela leur coûtera cher. J’ai vu l’aumônier Humbricht qui m’a l’air décidément d’un bien excellent prêtre.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">21 février - Dimanche, je suis allé avec quelques camarades à la grand-messe à Arras. Nous avons traversé la place du Beffroi, quel amas de ruines, c’est terrible. J’ai pris un verre de quinquina chez un journaliste resté là. Gens aimables qui vendent le vin de leur cave aux officiers.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">22 février – Retour aux tranchées, brouillard, tout le monde va dans la plaine, on répare les fils de fer et les talus. Il siffle quelques balles mais personne n’en a cure. J’ai aussi traversé la plaine et rencontré le pied d’un nègre sortant de sa tombe. Le 47<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">en profite pour enterrer les morts du 2</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">à l’attaque du 17 décembre. On ramasse des fusils et des douilles d’obus de 75. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">23 février – La sortie de la veille a encouragé les hommes, aussi des imprudences sont commises, résultat : deux tués et un blessé. Mauvaise nouvelle, nous allons de nouveau habi-ter la cave à Saint-Nicolas. Ma femme m’écrit des lettres qui me peinent. Elle s’énerve, la pauvre petite, je ne sais comment lui remonter le moral. Pourvu qu’elle ne se rende pas ma-lade. Maudite guerre, en fait-elle verser des larmes.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">24 février – De nouveau la cave de Saint-Nicolas, je la retrouve dans le même état. Le chien Miette l’habite et l’a gardée pendant notre absence. Il a surtout empêché les rats de détériorer tout ce que nous y avions laissé. Pendant que nous déjeunions, bombardement, cinq hommes sont blessé à ma compagnie, mais très légèrement, un seul avec une balle dans la cuisse est dirigé sur l’ambulance. J’ai rencontré le général Pillet, commandant la brigade ; il a l’air ai-mable mais un peu aigri. Il espère qu’on rendra aux généraux et à l’armée leur rang,
ils l’auront bien mérité. C’est du reste beaucoup cette défiance de la république jacobine envers l’armée qui a été cause de nos premiers revers. Espérons que, après le coup de tampon, tous les francs-mouchards seront abattus. Ils sont loin des coups en général et les Poilus pourront leur imposer silence comme à des lâches qu’ils sont.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">On nous apprend que Monseigneur d’Arras viendra dimanche à la messe de notre cave. Les officiers de mon demi-bataillon manifestent le désir de l’inviter à déjeuner. Je transmettrai l’invitation. Le colonel Jaguin est venu nous voir, petit speech sentimental, confession des officiers pour les notes. Le colonel se montre aimable et dit se rappeler de moi a Saint-Maixent, est-ce flatterie, je n’étais plutôt pas brillant à son cours d’histoire.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">25 février – Journée à Saint-Nicolas, sans événement notable. J’écris à Monseigneur d’Arras qui me répond par le mot suivant :</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman;">Mon capitaine, je suis très touché de votre invite mais, dimanche 28, je reçois moi-même deux généraux à ma table. Oserais-je prier votre Excellence à m’honorer de sa présence à midi </span></p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman;">Respects et admiration pour l’armée et ses chefs, </span></p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman;">+ Enc Ev</span><span style="font-size: medium;"><span style="font-family: Times New Roman;">. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">26 février – Retour aux tranchées, poste de commandement, le colonel me dit que je devrais le faire mettre à l’abri des obus ; le fait est qu’il n’est couvert que d’une planche.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">27 février – Journée aux tranchées. Je réponds à Monseigneur l’Evêque d’Arras que je ne puis aller à midi déjeuner dimanche à sa table avec deux généraux. J’aime mieux rester à la popote, c’est plus gai.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">28 février – Je reçois Monseigneur d’Arras et lui présente les officiers du demi-bataillon : capitaine Vallée, sous-lieutenants Piteau, Trochu, Lhotellier, Allix. Il a un mot aimable pour chacun. Messe dans la cave, les soldats sont venus en foule, tous les officiers sont là. L’Evêque fait un sermon mais il n’est pas d’une grande éloquence. Grand éloge du colonel Ivonnet et des officiers en général.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Nous avons des invités à déjeuner : le capitaine de Genouilhac et le sous-lieutenant Orain ; le repas est gai et Orain chante bien. Notre assemblée s’augmente le soir à diner de l’aumônier Humbricht qui vient d’être décoré. C’est un homme d’une immense bravoure et d’une grande simplicité. Le capitaine de Genouilhac a été son élève à Saint-Sigismond de Nancy.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Trois obus allemands sont tombés à Sainte-Catherine et ont tué ou blessé plusieurs hommes ; l’un est arrivé sur la fenêtre de la chambre que j’occupais il y a quelques jours. J’y aurais été si nous n’étions revenus à Saint-Nicolas. Je puis remercier Dieu d’avoir échappé à ce danger.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">mars - Deuxième journée à Saint-Nicolas. J’ai le grippe. Que ne suis-je auprès de ma chère femme qui me soignerait et me dorloterait. J’ai une fièvre intense, mal de tête et courba-ture. </span></p> <p style="text-align: justify;">2 mars – Tranchée malgré la grippe qui continue. Que j’ai mal aux reins ! je ne sais quelle position prendre. Je vais rester couché toute la journée dans mon poste. Je n’accompagne même pas le colonel qui vient voir les mitrailleuses. Il me dit lui-même aimablement de me reposer et
veut que je reste couché pendant qu’il est là. Dior est rentré à la compagnie depuis le veille. Voila un mois qu’il se reposait et n’avait vu la tranchée. Il a eu les nerfs ébranlés par l’attaque du 17 décembre et a de la peine à se remettre. Quelle terrible affaire que cette at-taque du 17, que de morts à la 4<span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">. Tous les jours je reçois des lettres éplorées de veuves et de mères. Mon Dieu,
que cette guerre est cruelle, que de deuils, quelle responsabilité pour celui qui a déchainé cela et dire qu’il ne sera peut-être frappé que dans son ambition.
Il faut espérer que Dieu lui réserve un châtiment exemplaire et qu’il finira sa vie dans le désespoir en attendant qu’il aille expier ce crime horrible dans l’autre monde.</span></p> <p style="text-align: justify;">3 mars – Ma grippe se termine. Ça chauffe du coté des anglais ; il doit y avoir grande bataille, les grosses pièces tonnent sans arrêt. C’est un roulement continu depuis 5 heures du matin.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align:
justify;">4 mars – Retour à la cave. Les sous-lieutenants se sont installés dans l’ancienne cave de la popote. Dior se loge dans leur ancienne cave qu’il coupe en deux
par une cloison en laissant la moitié à nos ordonnances. Je fais mettre une porte. Nos installations se perfectionnent comme si nous devions rester toujours. Hélas ! c’est que nous n’avons pas l’espoir de partir tout de suite. Et pourtant tous sont las de cette guerre qui s’éternise et l’on a bien envie de revoir les siens.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">5 mars – Photographie dans ma cave avec magnésium, ça ne réussit pas. On recommence en plein air le groupe de
la 4<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">, ce sera sans doute meilleur. Dior est demandé par le général en chef comme chef de convoi automobile. Il accepte naturellement. Il devait s’y attendre et avoir fait agir le gros piston pour obtenir ce poste. Tous l’envient car il sera tiré d’affaire et sauvera sa peau. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">6 mars – Aux tranchées, que d’eau ! que d’eau ! on patauge d’une façon
invraisemblable. A certains endroits on a de l’eau par-dessus la cheville. Je suis heureux d’avoir des souliers en caoutchouc.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">7 mars – Journée comme la précédente. J’ai vu un lieutenant de territoriale qui m’a annoncé la mort de mon vieux camarade Lefèvre. Il a été tué dans la retraite de Belgique comme sous-lieutenant au régiment territoriale de Laval. Tous les jours, on apprend de nouvelles morts. Celle-ci m’est particulièrement pénible car cet excellent ami était un homme si bon, si hon-nête, si brave, si droit et il laisse une malheureuse veuve avec trois enfants. Quelle tristesse pour la pauvre femme qui aimait certainement son excellent mari. Il avait fait avec moi des projets d’avenir la dernière fois que je l’ai vu à Cherbourg. L’homme propose
et Dieu dispose. J’ai su aussi qu’un de mes anciens camarades de collège Mabille du Chesne avait été tué comme capitaine au 124<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">8 mars – Un prisonnier boche est amené à mon poste. Il faisait partie d’une patrouille qui est venue se perdre dans notre réseau de fils de fer. Tous ses camarades ont été tués. Il n’a pas l’air d’un mauvais diable ; rien de l’allemand classique. C’est un bon soldat correct, propre, décoré de la croix de fer. Il est blessé de deux balles dans un bras. Retour à Saint-Nicolas pour deux jours.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">9 mars – Journée à Saint-Nicolas sans incident notable.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">10 mars – Nous restons encore à Saint-Nicolas jusqu’à 7 h du soir. L’heure de la relève est changée. Si les généraux venaient dans les boyaux au moment de la relève, ils ne la feraient pas faire à cette heure-ci. Elle était bien plus pratique au petit jour et permettait même d’avoir tout le monde sur pied à une heure où une attaque est possible. Je suis parti avec mon sergent-major et deux fourriers ; nous n’arrivions pas à nous suivre tous les quatre tellement la marche dans les boyaux est pénible avec l’obscurité profonde.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">11 mars – Journée calme dans les tranchées. On dit que les anglais ont conquis un certain nombre de tranchées au nord. Quand donc ces maudits boches seront-ils vaincus définitivement.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">12 mars – Journée aux tranchées. Retour à Saint-Nicolas vers 7 h. Mon poste de commandement est assez agréable à cause de mon entourage. Le médecin-auxiliaire de mon bataillon s’appelle Martin ; il est de Bréhal, c’est un aimable garçon, agréable causeur. J’ai près de moi le fourrier de la 3<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">, Trochereris, un granvillais qui est avocat dans le cours ordinaire de la vie. Nous parlons de notre vieux Granville où nous avons beaucoup de connaissances com-munes. J’ai aussi mon fourrier Villalard comptable de profession et ancien caporal-secrétaire </span></span></p> <p style="text-align: justify;">de mon bureau, et mon sergent-major, Marquer, un bon gros entrepreneur de Lille originaire du mortainais.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Le colonel m’invite à diner pour après-demain.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">13 mars – Saint-Nicolas. A 7,15 h, enterrement d’un de mes troupiers tué la veille dans la tranchée. Matinée consacrée ensuite à la photographie des officiers du ½ bataillon. L’après-midi nous sommes bombardés, on reste dans la cave.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">14 mars – Dimanche, grand-messe à 9 h. A midi déjeuner avec le colonel et son capitaine-adjoint Vinet. Repas simple, le colonel est un buveur d’eau. Nous parlons du père Martinez, ce vieux capitaine du 25</p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span></span></span><span style="font-size: medium;">si érudit mais si raseur.</span></p> <p style="text-align: justify;">15 mars -
Journée aux tranchées. Le colonel me réveille à 5 h et m’emmène promener à tra-vers le labyrinthe des boyaux. Série de dites-moi. Le général de brigade vient aussi au poste de commandement pendant cette absence. Le commandant Chevillotte est arrivé au bataillon aujourd’hui. J’ai appris que la première chambre que j’avais occupée à Sainte-Catherine a été traversée par un obus. Nous avons décidément bien fait de ne pas retourner à ce cantonne-ment. Pour ne pas m’être trouvé à un de ces passages d’obus, il faut avouer que Dieu me pro-tège. Je crois que je suis destiné à revoir femme, enfant, parents, tous ceux que j’aime et qui m’aiment.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">16 mars – le commandant Chevillotte a l’air
d’un homme aimable, d’un chef agréable en même temps qu’énergique et plein de coeur. Je vais alterner avec lui pour le commandement du secteur. Pompon reprend la
première compagnie. Je reçois un mot de Perigault, le cousin de Gustave, il est à Arras et viendra me voir probablement le lundi 22.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">17 mars – Le commandant Chevillotte visite le cantonnement de Saint-Nicolas avec nous.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">18 mars – Photographies dans le parc Leduc, une seule est réussie, c’est le groupe des offi-ciers avec le commandant. Nous en sommes contents car, de longtemps, nous ne nous retrou-verons pas avec lui. Visite aux nouvelles tranchées de la stéarinerie construites par le génie. Naturellement, elles sont faites en dépit du bon sens et manquent de profondeur. Le génie malfaisant n’en fait pas d’autres ; heureusement que les fantassins, qui y sont directement intéressés il est vrai, répareront les gaffes.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Sous-lieutenant Trochu, Capitaine Vallée, Sous-lieutenant</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Pitault, Capitaine de Montbrun, Commandant Chevillotte,</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Sous-lieutenants Lhotellier et Allix, Lieutenant Dior,</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Dans le parc Leduc à Saint-Nicolas</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">19 mars – Aux tranchées à mon poste de commandement, visite du colonel et du capitaine de Genouilhac. Ce dernier voit les abris de mitrailleuses des tranchées de
réserve construits</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">par le génie. Naturellement on ne peut pas y placer les mitrailleuses, il faut abaisser
les ban-quettes.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">20 mars – Photographie de mon poste de commandement ; je serai content de conserver ce souvenir.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">21 mars – Dimanche, journée à Saint-Nicolas, grand-messe, mauvais temps.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">22 mars – Perigault vient me voir et déjeune avec nous. Il est très gai et plein d’esprit. A la fin du repas, il compose et
dit une chansonnette sur les agréments de notre séjour. C’est, ma foi, fort bien tourné et amusant. Nous allons le reconduire jusqu’à Arras. Nous découvrons que le cercle militaire avec sa bibliothèque vient de rouvrir ses portes ; c’est précieux.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Nous allons changer de secteur ou plutôt le secteur va être modifié. Le bataillon entier reste-ra ici huit jours et ira ensuite se reposer à Warlus.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">23 mars – Je reçois une lettre de ma femme me disant que ma petite Lisette va peut-être perdre un oeil. Je sais qu’elle est très pessimiste, mais cependant je suis très ennuyé.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">24 mars – Le commandant Chevillotte est un bridgeur. Nous faisons une partie après déjeu-ner et une après diner avec Pompon et Regnier qui sont de bons joueurs. Pompon, cependant, ne sait pas perdre avec calme.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">25 mars – Le vieux curé de Saint-Nicolas est heureux. Deux compagnies se sont confessées en grande partie et ont
fait leurs Pâques. Il est enchanté du bon esprit du bataillon et en géné-ral des bretons et normands qui composent le régiment.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">26 mars – Reprise des tranchées. J’occupe le poste de commandement des tranchées 7,8 et 9 dont les deux premières appartenaient déjà à la 4<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">compagnie quand j’étais chef de secteur. Le secteur que j’avais alors est supprimé et joint au secteur de Saint-Laurent. </span></span></span></span></p> <p style="text-align: justify;">27 mars – Aux tranchées, ma cabane est assez bien, je l’améliore encore. Elle paraît à l’abri d’un obus sauf un très gros certainement. Dior habite avec moi et nous sommes cinq aux repas avec le sous-lieutenant mitrailleur Baudard.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">28 mars – Nouvelle journée aux tranchées. Ce que Dior ronfle même assis sur une chaise, c’est gênant. La nuit prochaine, je l’enverrai à son poste qui est à quelques mètres.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">29 mars – Départ le soir à 8,30 h des tranchées pour aller à Berneville où nous arrivons à minuit. J’ai fait la route à cheval.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">30 mars – Je suis logé à Berneville chez des paysans qui me donnent leur belle salle comme en ont toutes les fermes du nord. J’ai heureusement apporté de Saint-Nicolas matelas et cou-vertures car tout cela manque. Chaque officier en ayant fait autant, les sous-officiers et les cuisiniers transportant tout un matériel hétéroclite, le passage de la colonne devait être assez pittoresque. Outre les voitures réglementaires du bataillon, nous emmenions des charriots fa-briqués par nos ordonnances pour transporter tous les impédimenta. Ces véhicules étaient atte-lés de chevaux, de chiens, voire d’une vache. Je passe ma journée à l’essayage des nouvelles capotes bleu horizon.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">31 mars – On s’exerce à lancer la grenade anglaise, une nouvelle grenade dont l’éclatement est plus violent car elle est chargée de cheddite. Concours entre les soldats, le plus adroit la lance à 55 mètres environ.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">avril – Retour aux tranchées, toujours aux tranchées 7,8 et 9 et la tranchée de réserve 13. </span></span></span></span></p> <p style="text-align: justify;">2 avril – Journée aux tranchées. Mes trois tranchées sont les plus belles du secteur. Elles ont des parapets en terre revêtue de briques à l’intérieur. Tous les
abris sont bien faits et les boyaux bien entretenus. C’est que j’ai des gradés et soldats animés d’un excellent esprit et qui cherchent à me faire plaisir.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">3 avril – Compartimentage des boyaux avec créneaux pour arrêter l’ennemi s’il s’emparaît d’une partie des tranchées. Nous aurons bientôt de la fortification plus belle que la perma-nente.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">4 avril – Départ de la tranchée pour les Quatre maisons, hameau de Saint-Nicolas. Plus de cave, les maisons ont été respectées et nous couchons dans une maison abandonnée. Jour de Pâques, quatre hommes de ma compagnie ont la permission d’assister à la messe dite au poste de commandement de l’huilerie. Le soir, grand festin à Saint-Nicolas, à la popote du commandant.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">5 avril – Lundi de Pâques. Grand-messe dans une grange aux Quatre maisons sur ma de-mande. Un très grand nombre de soldats y assistent. Beaucoup se sont confessés la veille et communient, mon ordonnance Lebas est du nombre. C’est
un exemple que je suivrai un de ces jours.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">6 avril – Journée de pluie et de vent, les tranchées seront demain dans un bel état.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">7 avril – Retour aux tranchées 7, 8, 9 et 13 à travers les boyaux inondés. Nous avons de l’eau jusqu’aux genoux. Ma tranchée de réserve est occupée par une section de territoriaux sous les ordres du lieutenant de Chatenay.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">8 avril – Mon sergent-major Marquer me propose de faire une patrouille en avant des tran-chées. Quel brave garçon ! il est toujours gai avec une pointe de mélancolie, car il n’oublie pas que sa femme est enfermée dans Lille et qu’il n’en a pas de nouvelles depuis plusieurs mois.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">9 avril – La patrouille de Marquer s’est passée sans incident et pourtant il est allé examiner les tranchées boches jusque dans leur réseau de fil de fer. Dior fait également une patrouille ce soir. Sorti par une extrémité des tranchées, il rentre par l’autre sans dommage.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">10 avril – Nous partons pour Bonneville. Adieu à mon poste de commandement des tran-chées 7, 8, 9 et 13, car ensuite nous irons à Agny pour un mois au moins. Il faut espérer que dans un mois, nous ne serons plus près d’Arras mais bien plus
près de la frontière. Pourrons-nous rendre à ces sales gens le mal qu’ils nous ont fait. Je crois que nous sommes trop géné-reux pour cela. Cependant, certains leur en feront voir de dures car on voit des soldats et même des chefs peu soucieux de la propriété bien qu’étant chez des compatriotes. Il y a des canailles dans toutes les nations et dans tous les milieux.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">11 avril – Dimanche, messe à l’église de Berneville moins militaire que celle de notre cave de Saint-Nicolas.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">12 avril – Parade d’exécution à Warlus. Il s’agit de la dégradation de soldats d’autres corps qui ont volé chez l’habitant. L’après-midi, nous avons école de compagnie et de bataillon. Certains officiers de réserve et surtout les jeunes sous-lieutenants manquent totalement de l’habitude du commandement. Ils commettent des bévues invraisemblables.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">13 avril – Marche militaire le matin et l’après-midi, visite aux nouvelles tranchées d’Agny. Mon cheval Mistral m’y mène a bonne allure. Nous y trouvons le 2<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">bataillon commandé par le commandant Teychené, un type du midi qui a un « assent » très prononcé, un pot à ta-bac qui a l’air militaire d’un rond de cuir qu’il a toujours été. Je vais redevenir commandant de quartier avec deux compagnies de territoriale du 81</span><span
style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">et la mienne. Les territoriaux sont des vendéens. Les tranchées ont l’air d’une tranquillité excessive. Le village que je vais habi</span></span></span></span>ter a été construit par les soldats le long d’un chemin creux qui donne son nom au quartier. C’est d’un aspect très drôle, ces petites maisonnettes rangées le long d’un talus et dont quelques-unes sont ornées de jardins.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">14 avril – Départ pour Agny où nous arrivons vers 9 h du soir. Je prends possession du poste de commandement du quartier du chemin creux.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">15 avril – Visite des tranchées qui sont en mauvais état avec des créneaux inutilisables et un parapet insuffisant. Nos prédécesseurs vivaient avec l’idée que les boches n’attaqueraient pas de ce côté. Cela n’empêche pas le général de brigade d’écrire au colonel pour féliciter le 2<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">bataillon. Pauvre général Hennocque, il aurait besoin d’apprendre de ses subordonnées que nous sommes la façon d’organiser une tranchée. Nous la ferons la belle organisation pour notre sureté, mais nous ne serons probablement pas félicités. Les territoriaux vont nous regar-der d’un mauvais oeil, car nous sommes des empêcheurs de danser en rond. </span></span></span></span></p> <p style="text-align: justify;">Je commence par organiser leur service qui se fait le plus mal possible. Ce sont pourtant de bons soldats, mais leurs officiers les abandonnent à eux-mêmes sous prétexte d’aller prendre leur repas au village à un kilomètre d’Agny. Naturellement, les sous-officiers suivent le mau-vais exemple et aucun soldat ne reste alors à veiller dans la tranchée. J’exige la présence cons-tante d’au moins un officier par compagnie dans les tranchées ou au chemin creux. Le service se fait tout de suite d’une autre manière.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">16 avril – Continuation d’organisation. Arrangement de mon poste que le brave Marquer orne de fleurs. Mon habitation se compose de deux pièces : chambre à coucher et salle à man-ger, le tout presque luxueux grâce aux dépouilles des maisons du village voisin. Les boches bombardent Agny chaque jour ; on voit d’ici les briques voler. Mes cuisiniers sont peu rassu-rés, surtout ce bon Potier notre maître-coq qui tient allumés deux fourneaux, un en haut et l’autre dans la cave.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">17 avril – Recherche des passages du Grainchon en cas improbable de retraite rapide. Le soir, nous allumons des feux
sur les rives pour attirer le feu de l’artillerie ennemie. On s’habitue à cette vie monotone. Quand cela finira-t-il, il serait bien temps d’aller revoir sa femme.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">18 avril – Messe à Agny dans une cave d’une profondeur extraordinaire. Cela ressemble à des catacombes. Cette cave est construite sous une autre cave ; elle n’est pas isolée et se con-tinue par une autre. Il y a foule comme toujours.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">19 avril – Beau temps, le chemin creux serait-il une agréable résidence ! Les boches nous laissent bien tranquilles, cependant, ils cherchent à nous faire du mal avec leurs canons et bombardent mais sans danger pour nous. Nous allumons des lanternes le long du Grainchon pour les inciter à tirer dans cette direction.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">20 avril – Les lanternes n’ont donné qu’un résultat médiocre ; on les remplace à nouveau par des feux de bois qui sont salués par quelques balles.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">21 avril – Les territoriaux du quartier d’Agny, que commande Pompon, se sont laissé voler du fil de fer et des pieux par les boches. Le général de brigade, homme emporté, est furieux. Il ordonne pour chaque nuit des patrouilles de territoriaux sous les ordres de gradés de l’active. Les miens écopent comme les camarades. Une première patrouille sort sous les ordres d’un de mes sergents. Elle rencontre une patrouille boche dans la plaine ; les hommes se replient à 50 mètres abandonnant mon sergent qui s’en tire heureusement.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">22 avril – Les mêmes hommes ont recommencé la patrouille et se sont bien conduits. Mes tranchées s’améliorent et tendent vers la tranchée parfaite.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">23 avril – Grande nouvelle : on doit attaquer au nord d’Arras. Trois corps d’armée sont arri-vés, dit-on, avec une grande quantité d’artillerie. Si cela pouvait réussir et nous conduire près de la frontière ! La paix en sortirait
peut-être avec le retour au foyer. Pauvres foyers, comme ils sont loin, combien ne les reverront pas.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">24 avril – Je reçois une lettre de ma femme qui se plaint de mon silence. J’écris cependant chaque jour. Les correspondances sont arrêtées sans doute, on ne veut pas que l’on connaisse l’arrivée des renforts à Arras. La lettre était accompagnée de la photographie de mes quatre mioches. Cela m'a fait grand plaisir. Ils ont l’air bien graves et la petite Jeannette fait la moue. Elle est bien mignonne quand même et je voudrais bien la voir ainsi que les autres et ma chère femme et mes vieux parents.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">25 avril – Messe dans la profonde cave d’Agny. On dit que les boches, par des moyens dé-loyaux, nous ont fait reculer près d’Ypres. Ils emploient des gaz asphyxiants, les lâches ! Ils nous ont pris 32 canons et fait reculer sur l’Yser de six kilomètres. Cela ne les empêchera pas d’être battus. J’espère que l’on emploiera les mêmes moyens que ces adversaires félons. En attendant, l’attaque est reculée car un corps d’armée est obligé de partir pour l’Yser. Que je voudrais entrer en Allemagne et faire payer aux boches leurs traitrises.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">26 avril – Il n’est parti qu’une division du 9<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span><span style="font-size: medium;">corps pour l’Yser, mais nous voilà immobili-sés là pour quelque temps encore.</span></p> <p style="text-align: justify;">27 avril – Bombardement intense par les boches avec de grosses pièces. Pas de résultat, nous n’avons aucun blessé. Cependant beaucoup d’obus sont tombés près des tranchées et un sur le parapet même. Nous devons cet heureux hasard à ce que, nos tranchées étant faciles à surveil-ler, il n’y est laissé, en plein jour, qu’une sentinelle de place en place.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">28 avril – Nos voisins territoriaux ayant planté un petit drapeau tricolore dans la plaine, les boches s’en sont
emparés et l’ont mis près d’un de leurs postes d’écoute. J’essaie en vain de l’abattre à coups de fusil.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">29 avril – Patrouille envoyée pour enlever le drapeau, mais il disparaît à son nez.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">30 avril – On me prévient à 10 h du soir que le drapeau est remis. Ma patrouille part et le re-cueille sans coup férir. Leur poste était occupé et des travailleurs se tenaient à 50 m de là. Le sergent Jallouin qui a dirigé la patrouille est un brave. Cependant, il n’y avait pas de danger car les boches avaient attaché au drapeau des journaux en français célébrant leurs vertus et leur force encore imposante. Pauvres sots qui espèrent nous piper par des ruses aussi gros-sières. C’est enfantin.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style=" […]
<p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Journal de Guy du Laurent de Montbrun</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ère </span><span style="font-size: medium;">partie:</span></span></p> <p style="text-align: justify;">28 janvier 1915 – Départ pour le front. Je quitte Granville par une belle journée ensoleillée. C’est dur de quitter les siens en se disant que peut-être on ne les reverra pas. Ma pauvre femme
pleure toutes les larmes de son corps. Ma mère a bien de la peine ainsi que mon vieux papa. Mes quatre petits ne comprennent pas encore le déchirement de cette séparation. Jean-nette (4 ans) a dans ses yeux étonnés une grande tristesse et m’a dit hier qu’elle avait bien de la peine de me voir partir.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Mon ordonnance Godet est partie hier avec mon cheval. 1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">incident : ma bride est perdue ; j’en trouve heureusement une autre au magasin du corps. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">J’ai vu ma soeur Rosa et mes deux neveux avant de partir ; ma bonne Rosa avait le coeur gros. Beaucoup de monde à la gare, des secrétaires de mon ancien bureau de trésorier : l’adjudant Lehouchu, le sergent Sebire, Pasquier, Lion, Rosse, des officiers : Capitaine Allain, lieutenants Bougé, Melin, Cristiani, Berthet, Courtin, Savy, M. Vandel, Greslé, mon ordon-nance Garnier et enfin mes parents. A 11,7 h le train se met en marche, me voilà parti pour Paris et le Bourget 1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ère </span><span style="font-size: medium;">étape. Arrivé au Bourget, j’apprends que je ne puis partir que le lendemain. Je me mets à la recherche d’un hôtel pour coucher. Je me décide à repartir pour Paris afin de trouver un gite. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">29 janvier – J’ai passé une partie de la journée à Paris ; j’y ai déjeuné. Ma matinée s’est pas-sée en recherches dans la gare du Bourget pour retrouver mon ordonnance et mon cheval. On a fini par me dire vers midi que, par erreur, ils étaient partis pour Dunkerque le matin-même. Je dois les retrouver à Amiens. Je quitte le Bourget à 7,36 h pour Saulty-Larbret où je dois arriver demain vers 7 h du matin. J’ai passé une partie de mon après-midi à chercher des bottes en caoutchouc pour faire plaisir à maman. Je n’en ai trouvé aucune me convenant dans les grands
magasins. C’est un luxe dont on peut se passer.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">30 janvier – Je suis parti du Bourget à 7,36 h. J’ai passé la nuit en chemin de fer en compa-gnie du commandant Bardot du 47<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">qui rejoint également l’armée. Je retrouve comme commissaire du train le commandant Clerbout que j’ai eu comme capitaine-adjudant-major à mon bataillon du 73</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">à Aire. L’inquiétude de mon wagon de cheval m’empêche de dormir jusqu’après Amiens que nous passons sans arrêter. J’apprends que ce wagon a été accroché au train à Longuau et je puis reposer tranquille à partir de 3 h du matin. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">31 janvier – En arrivant à Saulty, je trouve le colonel Etienne qui vient d’être nommé au commandement du 2<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">. Il vient du 1</span><span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">zouaves et a l’air d’un chef très bien, bonne impres-sion. Nous apprenons la mort du colonel Ivonnet tué deux jours auparavant. Je suis présenté au général Wirbel commandant le 10</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">corps et au général Anthoine commandant la 20</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">division d’infanterie. On m’affecte à la 4</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">compagnie du 2</span><span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">. Je suis en pays de connais-sance ayant à ma compagnie le lieutenant Dior, les sous-lieutenants Lhotellier que j’ai eu comme élève-caporal au 25</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">et Allix ancien sergent secrétaire de mon bureau de trésorier. Le capitaine Pompon, plus jeune que moi, commande mon bataillon. Je suis trop nouveau </span></span>pour me prévaloir de mon ancienneté et j’accepte volontiers cet état de chose (Pompon a trois mois d’ancienneté de moins que moi). On entend le canon de Warlus où nous cantonnons pour huit jours. Tablée de jeunes sous-lieutenants qui donne bonne impression. Ils sont gais et on ne se douterait guère que tout ce monde a risqué sa vie chaque jour.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">février – J’ai dormi sur la paille dans mon sac de couchage cadeau de ma bonne maman. J’ai dormi mais c’est un peu dur ; je manque d’habitude ; ça viendra. J’ai vu Goguillot le chef de musique du 25</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">et nous avons parlé
de mon ancien régiment. Que de disparus ! Il me raconte la mort héroïque de mon brave camarade de Biève. Le colonel Verillon commande toujours le 25</span><span style="font-size: xx-small;">ème</span></span></span><span style="font-size: medium;">. Il tombe de la neige et il y a une boue bien désagréable. J’ai pris une deu-xième ordonnance Lebas. Hier j’ai voulu aller à la messe, impossible d’entrer dans l’église pleine de soldats jusque sur les marches. Comme cette guerre fait refleurir l’esprit
religieux. L’héroïsme des aumôniers et prêtres soldats y est bien pour quelque chose. Que diraient les éteigneurs d’étoiles envoyant cela. Des instituteurs, jadis agents politiques des radicaux, por-tent ostensiblement sur leur poitrine des médailles de la Vierge. Il y a quelque chose de chan-gé en France et l’horrible cataclysme sauvera peut-être notre beau pays. La guerre fait refleu-rir les vieilles vertus françaises.</span></p> <p style="text-align: justify;">2 février – La vie du cantonnement de Warlus continue. Un détachement est arrivé de Gran-ville avec deux sous-lieutenants Christiani et Lebel officiers de réserve.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">3 février – Je suis allé aujourd’hui à cheval à Simencourt où est cantonné le 3<span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">bataillon. J’y ai vu le commandant Pinon, mon ancien adjoint le sympathique lieutenant Haemerlin et mon ancien camarade de collège le capitaine de la Groudière.</span></p> <p style="text-align: justify;">4 février – Nous partons demain, paraît-il, pour Saint-Nicolas près Arras. Les obus y tom-bent. Que Dieu nous protège.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">5 février – Départ de Warlus. Nous arrivons à Saint-Nicolas à 8
h du soir. Le canon tonne, mais les obus allemands ne tombent pas de ce côté. Je m’installe dans la cave du château à coté de Pompon. C’est un endroit peu
sûr car il est sur le passage des obus de gros calibre lancés sur notre artillerie proche.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">6 février
– J’ai bien dormi. Les Boches n’ont pas bombardé. Je vais visiter les tranchées avec le lieutenant Vallée commandant la 3<span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">compagnie. Nous partons à 9 h. Pendant la route, les obus allemands passent au-dessus de nos têtes avec un bruit sinistre qui produit une drôle d’impression. Retour sans incident. Les balles sifflent. En rentrant, je déménage pour me mettre dans une cave plus sûre. La cave du château voisine de celle où j’étais cette nuit a été démolie par un obus de 105 ; tout y a été pulvérisé. Un lieutenant d’artillerie a été tué à la tranchée 2 par un obus de 77. Demain, je prends le service à la tranchée 2 avec ma compagnie.</span></p> <p style="text-align: justify;">7 février
– Mauvaise nuit ; il y a des rats énormes dans ma cave. Je n’ai pas fermé l’oeil et c’est une mauvaise préparation pour prendre la tranchée. Nous y
partons à 5,30 h du matin. Que la journée est longue. Les balles sifflent continuellement, les obus ronflent au-dessus de mon poste. C’est un bruit auquel je ne puis m’habituer. Je crois que je ne sortirai de mon poste de commandement que quand je ne pourrai pas faire autrement. Il n’est pas cependant à l’abri des obus et il en est tombé à moins de 50 mètres une douzaine. Où est mon vieux Gran-ville, mes chers parents, ma femme chérie et mes quatre petits enfants. Quand donc ferai-je encore sauter sur mes genoux ma petite Jeannette, ce bon petit diable ? Que ce bon temps, mon Dieu, revienne vite, qu’il revienne surtout. Quelle horreur que la guerre et quels criminels ceux qui la déchainent et font
le malheur de tant de braves gens, par ambition ou pour une richesse dont on peut se passer. Que ceux-là viennent donc vivre des journées d’angoisse dans le fond d’une tranchée. Après cela, on peut vivre n’importe où dans la plus misérable chaumière et on trouvera la vie belle. Je suis donc arrivé dans la tranchée par un boyau d’environ 2 m de profondeur y compris le parapet. La tranchée est double : tranchée de tir et tranchée de commandement. Dans la tranchée de tir, il y a des
créneaux en bois : c’est un trou carré qui traverse le parapet. Des guetteurs ont à leur disposition des périscopes pour regarder en face la tranchée allemande. On ne voit rien du reste si ce n’est une petite élévation de terre à 200 m. Devant la tranchée des fils de fer en forme de réseau appelé réseau brun ou des che-vaux de frise avec fil de fer barbelé, le tout bien démoli parce que constamment battu par les balles. Un boyau d’écoute que l’on occupe la nuit est creusé en avant.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">J’ai trois tranchées sous mes ordres avec un boyau conduisant à chacune près de mon poste qui est à peu près au centre. C’est une espèce de cave donnant sur la tranchée et recouverte de tôle ondulée avec des rondins et 25 cm de terre par-dessus ; un lit de camp dans le fond, 3 chaises, un poêle, deux tables. Le seul moment gai de la journée est celui où mes deux sous-lieutenants viennent diner avec moi. Dior malade est resté à Sainte-Catherine. Sa maladie est plus morale que physique. C’est compréhensible, tous en arrivent là plus ou moins vite après un temps de tranchée plus ou moins long, du moins les nerveux.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">8 février – 2<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">jour de tranchée, le nouveau colonel Jaguin, qui a remplacé le colonel Etienne appelé à un service d’état-major, est venu nous y voir. Je lui rappelle qu’il a été mon professeur d’histoire à Saint-Maixent. Il me dit par politesse se rappeler mon nom. A cette époque, on l’appelait « le père la Victoire ». Il m’a paru chercher à être aimable. Cette 2</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">journée s’est passée mieux que la 1</span><span style="font-size: xx-small;">ère</span><span style="font-size: medium;">, je m’habitue au bruit du canon et de la fusillade. Quelle vie, aller d’une cave dans un trou et réciproquement. Nous sommes redevenus les hommes des cavernes et nous nous cachons pour fuir la bête fauve ou obus qui nous poursuit. J’aime encore mieux la cave malgré les rats, on y est plus en sureté. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">9 février – Retour à Saint-Nicolas, je retrouve ma cave. Haemerlin et Vallée sont nommés capitaines, Labesse, lieutenant. J’adopte un fox abandonné. Il
chassera mes rats, c’est le seul moyen de vivre tranquille. Nous pouvons heureusement nous éclairer à bon compte toute la nuit. Il y a dans le village une fabrique de bougies abandonnée avec tous ses approvisionne-ments.</p> <p style="text-align: justify;">10 février – Journée passée à Saint-Nicolas. J’ai été reconnaitre le cantonnement de Sainte-Catherine où nous devons aller demain. Les Allemands bombardaient et après avoir passé la Scarpe, il est tombé un obus à 30 m derrière moi sur la maison voisine de celle habitée par Pompon.</p> <p style="text-align: justify;">11 février – Sainte-Catherine, la vie dans une maison abandonnée il est vrai, mais habitable. On revoit des gens qui ne sont pas militaires, femmes, enfants, car le pays n’a pas souffert du bombardement, on ne sait pourquoi. Les Boches n’ont pas encore découvert ça et pourtant il y a des batteries tout autour qui tirent chaque jour et ne reçoivent pas un obus. C’est un métier bien agréable que celui d’artilleur comparé à celui de fantassin. Ils ont autant de gloire et peu de mal. Tous les officiers couchent dans un lit, sont de garde rarement, jouent au bridge ou font de la musique. J’ai été dans la maison où habitaient plusieurs d’entre eux et ou Dior était convalescent. Je me serais cru dans une maison un jour de thé à proximité
d’un salon. J’y ai rencontré le docteur Pelissier. J’ai reçu aujourd’hui des lettres de Lemarié et Bougé qui me parlent tous deux de l’affaire Noguès. Il n’y a qu’à Granville que l’on puisse voir des gens véreux se faire aussi facilement des relations. Mon vieux Granville où l’on ne pense
pas à la canaillerie des gens portant beau, quand j’en prononce le nom je revois tous ceux que j’aime et qui m’ont fait la vie heureuse. Quand vous reverrai-je tous ?</p> <p style="text-align: justify;">12 février – Encore Sainte-Catherine, demain retour à la cave de Saint-Nicolas. D’après l’idée du docteur Jacob inspecteur de
la 10<span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">armée, la guerre ne peut plus durer qu’un mois car les Boches sont à bout et nous, nous devons rester dans les tranchées où nous sommes jusqu’à la fin. Dieu l’entende et nous amène vite cette fin. </span></p> <p style="text-align: justify;">13 février - Dans la cave de Saint-Nicolas. Journée de bombardement. Un obus tombe sur la maison de notre popote. La salle à manger où nous vivions avant est criblée de trous. Si nous y avions été, il n’en serait pas resté un seul. Le bombardement a été fait par de gros obus. Un homme de la 3<span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">a été blessé devant ma porte. Le régiment a eu trois blessés. </span></p> <p style="text-align: justify;">14 février – Dimanche. Je suis allé à la messe dans une cave voisine. Un prêtre soldat a revêtu les ornements sacerdotaux et officie, un autre prêtre soldat sert la messe. Nous sommes sept ou huit officiers au 1<span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">rang, la cave est pleine de soldats. Tous sont recueillis ou chantent de tout
coeur les cantiques que le prêtre serveur entonne. Beaucoup sont là qui avant la guerre négligeaient de sanctifier le dimanche en allant à la messe. Sous ce rapport la guerre aura fait du bien à la France et bien des mangeurs de curés seront maintenant leurs admirateurs et leurs amis dévoués. </span></p> <p style="text-align: justify;">15 février – Retour à la tranchée pour deux jours. Je suis habitué maintenant au bruit des balles et des obus et je me promène tranquillement dans les boyaux. Ce n’est pas cependant que j’aie l’esprit toujours tranquille car on risque ici sa vie à tout instant. Chaque jour, il y a des hommes tués ou blessés. Aujourd’hui, un lieutenant de réserve a été écrasé dans son poste de commandement par un obus. Il s’appelait Pignet et m’avait dit au revoir joyeusement l’avant-veille à Sainte-Catherine. Il n’a pas souffert mais pauvre veuve ! Il commandait la tranchée voisine de la mienne. Que Dieu soit miséricordieux à ce pauvre martyr
pour la Patrie.</p> <p style="text-align: justify;">16 février – Journée de tranchée calme sans évènement saillant. Je reçois d’un coup six lettres de Granville datées des 11, 12 et 13 février.</p> <p style="text-align: justify;">17 février – Retour à Saint-Nicolas. A 7 h, enterrement du lieutenant Pignet. Presque tous les officiers y assistent, colonel en tête. La pauvre église de Saint-Nicolas est percée à jour par les obus et pleine de débris de toutes sortes. Que c’est triste. Le cimetière est rempli de tombes militaires presque toutes du 2<span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">. Les croix de bois blanc portant chacune un nom forment une colonne qui s’allonge chaque jour. </span></p> <p style="text-align: justify;">Je fais connaissance de l’abbé Humbricht, l’aumônier si sympathique à tous nos camarades. Je retrouve aussi sous la capote de soldat l’abbé Hulin de Granville et Cherbourg, vicaire à la Trinité. L’après-midi, j’ai traversé Arras dévasté. Quel aspect triste à la pauvre ville ! Toutes les maisons sont percées de trous et quelques-unes complétement écroulées. Quelques civils traversent les rues hâtivement, des gamins jouent malgré le bruit incessant de la canonnade. Dire que j’ai vu cette ville prospère et tranquille il y a quelques années, quel contraste ! Je suis allé jusqu’à Ronville voir le 25<span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">. Je rencontre le colonel Verillon toujours affable, le com-mandant O’Diette, le capitaine Jobit. L’ancien garde-magasin Pouchin de la 8</span><span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">, mon ex-compagnie, me conduit près des officiers. J’en aurais vu d’autres si des obus boches ne s’étaient mis à pleuvoir sur un carrefour qu’il fallait traverser. Nous faisons demi-tour et avec Lhotellier, qui m’avait accompagné, nous regagnons rapidement Saint-Nicolas par Arras. </span></p> <p style="text-align: justify;">18 février - Journée à Saint-Nicolas. Nous reprenons les tranchées le soir. Je suis chef du secteur des tranchées 2 et 3 avec deux compagnies 3</p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">et 4</span><span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">. J’occupe le poste du commandant qui est plus confortable que les postes des tranchées. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">19 février – Dans le poste de commandant de secteur, on a plus de tranquillité d’esprit mal-gré une plus grande responsabilité. Comme un petit général, le commandant de secteur donne des ordres par téléphone ; il dispose presque de l’artillerie. Ainsi, j’ai tenté de faire tirer par une batterie sur un point (la meule de paille) d’où les Boches avaient envoyé des balles à une de mes tranchées et brisé deux fusils. L’artillerie a tiré, elle n’a pas atteint le but, y -a-t-elle mis beaucoup de bonne volonté, Dieu seul le sait.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">20 février – Nous rentrons à Sainte-Catherine ; je suis logé comme un prince avec une grande chambre, cabinet de toilette, lit à deux sommiers. Je me déshabille le soir, ce qui ne m’était
pas arrivé depuis Warlus. J’ai pris un bain, j’en avais un grand besoin. Comme le temps paraît long ; à quand le retour à Granville, ma chère femme, mes bons petits enfants et mes excellents parents. Quelle joie au jour de la paix si je suis encore là. Je ne comprends pas que les Allemands n’en aient pas assez car ils sont bien plus malheureux que nous et, enfin, plus la guerre dure plus cela leur coûtera cher. J’ai vu l’aumônier Humbricht qui m’a l’air décidément d’un bien excellent prêtre.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">21 février - Dimanche, je suis allé avec quelques camarades à la grand-messe à Arras. Nous avons traversé la place du Beffroi, quel amas de ruines, c’est terrible. J’ai pris un verre de quinquina chez un journaliste resté là. Gens aimables qui vendent le vin de leur cave aux officiers.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">22 février – Retour aux tranchées, brouillard, tout le monde va dans la plaine, on répare les fils de fer et les talus. Il siffle quelques balles mais personne n’en a cure. J’ai aussi traversé la plaine et rencontré le pied d’un nègre sortant de sa tombe. Le 47<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">en profite pour enterrer les morts du 2</span><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">à l’attaque du 17 décembre. On ramasse des fusils et des douilles d’obus de 75. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">23 février – La sortie de la veille a encouragé les hommes, aussi des imprudences sont commises, résultat : deux tués et un blessé. Mauvaise nouvelle, nous allons de nouveau habi-ter la cave à Saint-Nicolas. Ma femme m’écrit des lettres qui me peinent. Elle s’énerve, la pauvre petite, je ne sais comment lui remonter le moral. Pourvu qu’elle ne se rende pas ma-lade. Maudite guerre, en fait-elle verser des larmes.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">24 février – De nouveau la cave de Saint-Nicolas, je la retrouve dans le même état. Le chien Miette l’habite et l’a gardée pendant notre absence. Il a surtout empêché les rats de détériorer tout ce que nous y avions laissé. Pendant que nous déjeunions, bombardement, cinq hommes sont blessé à ma compagnie, mais très légèrement, un seul avec une balle dans la cuisse est dirigé sur l’ambulance. J’ai rencontré le général Pillet, commandant la brigade ; il a l’air ai-mable mais un peu aigri. Il espère qu’on rendra aux généraux et à l’armée leur rang,
ils l’auront bien mérité. C’est du reste beaucoup cette défiance de la république jacobine envers l’armée qui a été cause de nos premiers revers. Espérons que, après le coup de tampon, tous les francs-mouchards seront abattus. Ils sont loin des coups en général et les Poilus pourront leur imposer silence comme à des lâches qu’ils sont.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">On nous apprend que Monseigneur d’Arras viendra dimanche à la messe de notre cave. Les officiers de mon demi-bataillon manifestent le désir de l’inviter à déjeuner. Je transmettrai l’invitation. Le colonel Jaguin est venu nous voir, petit speech sentimental, confession des officiers pour les notes. Le colonel se montre aimable et dit se rappeler de moi a Saint-Maixent, est-ce flatterie, je n’étais plutôt pas brillant à son cours d’histoire.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">25 février – Journée à Saint-Nicolas, sans événement notable. J’écris à Monseigneur d’Arras qui me répond par le mot suivant :</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman;">Mon capitaine, je suis très touché de votre invite mais, dimanche 28, je reçois moi-même deux généraux à ma table. Oserais-je prier votre Excellence à m’honorer de sa présence à midi </span></p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman;">Respects et admiration pour l’armée et ses chefs, </span></p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman;">+ Enc Ev</span><span style="font-size: medium;"><span style="font-family: Times New Roman;">. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">26 février – Retour aux tranchées, poste de commandement, le colonel me dit que je devrais le faire mettre à l’abri des obus ; le fait est qu’il n’est couvert que d’une planche.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">27 février – Journée aux tranchées. Je réponds à Monseigneur l’Evêque d’Arras que je ne puis aller à midi déjeuner dimanche à sa table avec deux généraux. J’aime mieux rester à la popote, c’est plus gai.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">28 février – Je reçois Monseigneur d’Arras et lui présente les officiers du demi-bataillon : capitaine Vallée, sous-lieutenants Piteau, Trochu, Lhotellier, Allix. Il a un mot aimable pour chacun. Messe dans la cave, les soldats sont venus en foule, tous les officiers sont là. L’Evêque fait un sermon mais il n’est pas d’une grande éloquence. Grand éloge du colonel Ivonnet et des officiers en général.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Nous avons des invités à déjeuner : le capitaine de Genouilhac et le sous-lieutenant Orain ; le repas est gai et Orain chante bien. Notre assemblée s’augmente le soir à diner de l’aumônier Humbricht qui vient d’être décoré. C’est un homme d’une immense bravoure et d’une grande simplicité. Le capitaine de Genouilhac a été son élève à Saint-Sigismond de Nancy.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Trois obus allemands sont tombés à Sainte-Catherine et ont tué ou blessé plusieurs hommes ; l’un est arrivé sur la fenêtre de la chambre que j’occupais il y a quelques jours. J’y aurais été si nous n’étions revenus à Saint-Nicolas. Je puis remercier Dieu d’avoir échappé à ce danger.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">mars - Deuxième journée à Saint-Nicolas. J’ai le grippe. Que ne suis-je auprès de ma chère femme qui me soignerait et me dorloterait. J’ai une fièvre intense, mal de tête et courba-ture. </span></p> <p style="text-align: justify;">2 mars – Tranchée malgré la grippe qui continue. Que j’ai mal aux reins ! je ne sais quelle position prendre. Je vais rester couché toute la journée dans mon poste. Je n’accompagne même pas le colonel qui vient voir les mitrailleuses. Il me dit lui-même aimablement de me reposer et
veut que je reste couché pendant qu’il est là. Dior est rentré à la compagnie depuis le veille. Voila un mois qu’il se reposait et n’avait vu la tranchée. Il a eu les nerfs ébranlés par l’attaque du 17 décembre et a de la peine à se remettre. Quelle terrible affaire que cette at-taque du 17, que de morts à la 4<span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">. Tous les jours je reçois des lettres éplorées de veuves et de mères. Mon Dieu,
que cette guerre est cruelle, que de deuils, quelle responsabilité pour celui qui a déchainé cela et dire qu’il ne sera peut-être frappé que dans son ambition.
Il faut espérer que Dieu lui réserve un châtiment exemplaire et qu’il finira sa vie dans le désespoir en attendant qu’il aille expier ce crime horrible dans l’autre monde.</span></p> <p style="text-align: justify;">3 mars – Ma grippe se termine. Ça chauffe du coté des anglais ; il doit y avoir grande bataille, les grosses pièces tonnent sans arrêt. C’est un roulement continu depuis 5 heures du matin.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align:
justify;">4 mars – Retour à la cave. Les sous-lieutenants se sont installés dans l’ancienne cave de la popote. Dior se loge dans leur ancienne cave qu’il coupe en deux
par une cloison en laissant la moitié à nos ordonnances. Je fais mettre une porte. Nos installations se perfectionnent comme si nous devions rester toujours. Hélas ! c’est que nous n’avons pas l’espoir de partir tout de suite. Et pourtant tous sont las de cette guerre qui s’éternise et l’on a bien envie de revoir les siens.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">5 mars – Photographie dans ma cave avec magnésium, ça ne réussit pas. On recommence en plein air le groupe de
la 4<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">, ce sera sans doute meilleur. Dior est demandé par le général en chef comme chef de convoi automobile. Il accepte naturellement. Il devait s’y attendre et avoir fait agir le gros piston pour obtenir ce poste. Tous l’envient car il sera tiré d’affaire et sauvera sa peau. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">6 mars – Aux tranchées, que d’eau ! que d’eau ! on patauge d’une façon
invraisemblable. A certains endroits on a de l’eau par-dessus la cheville. Je suis heureux d’avoir des souliers en caoutchouc.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">7 mars – Journée comme la précédente. J’ai vu un lieutenant de territoriale qui m’a annoncé la mort de mon vieux camarade Lefèvre. Il a été tué dans la retraite de Belgique comme sous-lieutenant au régiment territoriale de Laval. Tous les jours, on apprend de nouvelles morts. Celle-ci m’est particulièrement pénible car cet excellent ami était un homme si bon, si hon-nête, si brave, si droit et il laisse une malheureuse veuve avec trois enfants. Quelle tristesse pour la pauvre femme qui aimait certainement son excellent mari. Il avait fait avec moi des projets d’avenir la dernière fois que je l’ai vu à Cherbourg. L’homme propose
et Dieu dispose. J’ai su aussi qu’un de mes anciens camarades de collège Mabille du Chesne avait été tué comme capitaine au 124<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">8 mars – Un prisonnier boche est amené à mon poste. Il faisait partie d’une patrouille qui est venue se perdre dans notre réseau de fils de fer. Tous ses camarades ont été tués. Il n’a pas l’air d’un mauvais diable ; rien de l’allemand classique. C’est un bon soldat correct, propre, décoré de la croix de fer. Il est blessé de deux balles dans un bras. Retour à Saint-Nicolas pour deux jours.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">9 mars – Journée à Saint-Nicolas sans incident notable.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">10 mars – Nous restons encore à Saint-Nicolas jusqu’à 7 h du soir. L’heure de la relève est changée. Si les généraux venaient dans les boyaux au moment de la relève, ils ne la feraient pas faire à cette heure-ci. Elle était bien plus pratique au petit jour et permettait même d’avoir tout le monde sur pied à une heure où une attaque est possible. Je suis parti avec mon sergent-major et deux fourriers ; nous n’arrivions pas à nous suivre tous les quatre tellement la marche dans les boyaux est pénible avec l’obscurité profonde.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">11 mars – Journée calme dans les tranchées. On dit que les anglais ont conquis un certain nombre de tranchées au nord. Quand donc ces maudits boches seront-ils vaincus définitivement.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">12 mars – Journée aux tranchées. Retour à Saint-Nicolas vers 7 h. Mon poste de commandement est assez agréable à cause de mon entourage. Le médecin-auxiliaire de mon bataillon s’appelle Martin ; il est de Bréhal, c’est un aimable garçon, agréable causeur. J’ai près de moi le fourrier de la 3<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème</span><span style="font-size: medium;">, Trochereris, un granvillais qui est avocat dans le cours ordinaire de la vie. Nous parlons de notre vieux Granville où nous avons beaucoup de connaissances com-munes. J’ai aussi mon fourrier Villalard comptable de profession et ancien caporal-secrétaire </span></span></p> <p style="text-align: justify;">de mon bureau, et mon sergent-major, Marquer, un bon gros entrepreneur de Lille originaire du mortainais.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Le colonel m’invite à diner pour après-demain.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">13 mars – Saint-Nicolas. A 7,15 h, enterrement d’un de mes troupiers tué la veille dans la tranchée. Matinée consacrée ensuite à la photographie des officiers du ½ bataillon. L’après-midi nous sommes bombardés, on reste dans la cave.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">14 mars – Dimanche, grand-messe à 9 h. A midi déjeuner avec le colonel et son capitaine-adjoint Vinet. Repas simple, le colonel est un buveur d’eau. Nous parlons du père Martinez, ce vieux capitaine du 25</p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span></span></span><span style="font-size: medium;">si érudit mais si raseur.</span></p> <p style="text-align: justify;">15 mars -
Journée aux tranchées. Le colonel me réveille à 5 h et m’emmène promener à tra-vers le labyrinthe des boyaux. Série de dites-moi. Le général de brigade vient aussi au poste de commandement pendant cette absence. Le commandant Chevillotte est arrivé au bataillon aujourd’hui. J’ai appris que la première chambre que j’avais occupée à Sainte-Catherine a été traversée par un obus. Nous avons décidément bien fait de ne pas retourner à ce cantonne-ment. Pour ne pas m’être trouvé à un de ces passages d’obus, il faut avouer que Dieu me pro-tège. Je crois que je suis destiné à revoir femme, enfant, parents, tous ceux que j’aime et qui m’aiment.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">16 mars – le commandant Chevillotte a l’air
d’un homme aimable, d’un chef agréable en même temps qu’énergique et plein de coeur. Je vais alterner avec lui pour le commandement du secteur. Pompon reprend la
première compagnie. Je reçois un mot de Perigault, le cousin de Gustave, il est à Arras et viendra me voir probablement le lundi 22.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">17 mars – Le commandant Chevillotte visite le cantonnement de Saint-Nicolas avec nous.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">18 mars – Photographies dans le parc Leduc, une seule est réussie, c’est le groupe des offi-ciers avec le commandant. Nous en sommes contents car, de longtemps, nous ne nous retrou-verons pas avec lui. Visite aux nouvelles tranchées de la stéarinerie construites par le génie. Naturellement, elles sont faites en dépit du bon sens et manquent de profondeur. Le génie malfaisant n’en fait pas d’autres ; heureusement que les fantassins, qui y sont directement intéressés il est vrai, répareront les gaffes.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Sous-lieutenant Trochu, Capitaine Vallée, Sous-lieutenant</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Pitault, Capitaine de Montbrun, Commandant Chevillotte,</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Sous-lieutenants Lhotellier et Allix, Lieutenant Dior,</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Dans le parc Leduc à Saint-Nicolas</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">19 mars – Aux tranchées à mon poste de commandement, visite du colonel et du capitaine de Genouilhac. Ce dernier voit les abris de mitrailleuses des tranchées de
réserve construits</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">par le génie. Naturellement on ne peut pas y placer les mitrailleuses, il faut abaisser
les ban-quettes.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">20 mars – Photographie de mon poste de commandement ; je serai content de conserver ce souvenir.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">21 mars – Dimanche, journée à Saint-Nicolas, grand-messe, mauvais temps.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">22 mars – Perigault vient me voir et déjeune avec nous. Il est très gai et plein d’esprit. A la fin du repas, il compose et
dit une chansonnette sur les agréments de notre séjour. C’est, ma foi, fort bien tourné et amusant. Nous allons le reconduire jusqu’à Arras. Nous découvrons que le cercle militaire avec sa bibliothèque vient de rouvrir ses portes ; c’est précieux.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">Nous allons changer de secteur ou plutôt le secteur va être modifié. Le bataillon entier reste-ra ici huit jours et ira ensuite se reposer à Warlus.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">23 mars – Je reçois une lettre de ma femme me disant que ma petite Lisette va peut-être perdre un oeil. Je sais qu’elle est très pessimiste, mais cependant je suis très ennuyé.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">24 mars – Le commandant Chevillotte est un bridgeur. Nous faisons une partie après déjeu-ner et une après diner avec Pompon et Regnier qui sont de bons joueurs. Pompon, cependant, ne sait pas perdre avec calme.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">25 mars – Le vieux curé de Saint-Nicolas est heureux. Deux compagnies se sont confessées en grande partie et ont
fait leurs Pâques. Il est enchanté du bon esprit du bataillon et en géné-ral des bretons et normands qui composent le régiment.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">26 mars – Reprise des tranchées. J’occupe le poste de commandement des tranchées 7,8 et 9 dont les deux premières appartenaient déjà à la 4<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">compagnie quand j’étais chef de secteur. Le secteur que j’avais alors est supprimé et joint au secteur de Saint-Laurent. </span></span></span></span></p> <p style="text-align: justify;">27 mars – Aux tranchées, ma cabane est assez bien, je l’améliore encore. Elle paraît à l’abri d’un obus sauf un très gros certainement. Dior habite avec moi et nous sommes cinq aux repas avec le sous-lieutenant mitrailleur Baudard.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">28 mars – Nouvelle journée aux tranchées. Ce que Dior ronfle même assis sur une chaise, c’est gênant. La nuit prochaine, je l’enverrai à son poste qui est à quelques mètres.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">29 mars – Départ le soir à 8,30 h des tranchées pour aller à Berneville où nous arrivons à minuit. J’ai fait la route à cheval.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">30 mars – Je suis logé à Berneville chez des paysans qui me donnent leur belle salle comme en ont toutes les fermes du nord. J’ai heureusement apporté de Saint-Nicolas matelas et cou-vertures car tout cela manque. Chaque officier en ayant fait autant, les sous-officiers et les cuisiniers transportant tout un matériel hétéroclite, le passage de la colonne devait être assez pittoresque. Outre les voitures réglementaires du bataillon, nous emmenions des charriots fa-briqués par nos ordonnances pour transporter tous les impédimenta. Ces véhicules étaient atte-lés de chevaux, de chiens, voire d’une vache. Je passe ma journée à l’essayage des nouvelles capotes bleu horizon.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">31 mars – On s’exerce à lancer la grenade anglaise, une nouvelle grenade dont l’éclatement est plus violent car elle est chargée de cheddite. Concours entre les soldats, le plus adroit la lance à 55 mètres environ.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">avril – Retour aux tranchées, toujours aux tranchées 7,8 et 9 et la tranchée de réserve 13. </span></span></span></span></p> <p style="text-align: justify;">2 avril – Journée aux tranchées. Mes trois tranchées sont les plus belles du secteur. Elles ont des parapets en terre revêtue de briques à l’intérieur. Tous les
abris sont bien faits et les boyaux bien entretenus. C’est que j’ai des gradés et soldats animés d’un excellent esprit et qui cherchent à me faire plaisir.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">3 avril – Compartimentage des boyaux avec créneaux pour arrêter l’ennemi s’il s’emparaît d’une partie des tranchées. Nous aurons bientôt de la fortification plus belle que la perma-nente.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">4 avril – Départ de la tranchée pour les Quatre maisons, hameau de Saint-Nicolas. Plus de cave, les maisons ont été respectées et nous couchons dans une maison abandonnée. Jour de Pâques, quatre hommes de ma compagnie ont la permission d’assister à la messe dite au poste de commandement de l’huilerie. Le soir, grand festin à Saint-Nicolas, à la popote du commandant.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">5 avril – Lundi de Pâques. Grand-messe dans une grange aux Quatre maisons sur ma de-mande. Un très grand nombre de soldats y assistent. Beaucoup se sont confessés la veille et communient, mon ordonnance Lebas est du nombre. C’est
un exemple que je suivrai un de ces jours.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">6 avril – Journée de pluie et de vent, les tranchées seront demain dans un bel état.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">7 avril – Retour aux tranchées 7, 8, 9 et 13 à travers les boyaux inondés. Nous avons de l’eau jusqu’aux genoux. Ma tranchée de réserve est occupée par une section de territoriaux sous les ordres du lieutenant de Chatenay.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">8 avril – Mon sergent-major Marquer me propose de faire une patrouille en avant des tran-chées. Quel brave garçon ! il est toujours gai avec une pointe de mélancolie, car il n’oublie pas que sa femme est enfermée dans Lille et qu’il n’en a pas de nouvelles depuis plusieurs mois.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">9 avril – La patrouille de Marquer s’est passée sans incident et pourtant il est allé examiner les tranchées boches jusque dans leur réseau de fil de fer. Dior fait également une patrouille ce soir. Sorti par une extrémité des tranchées, il rentre par l’autre sans dommage.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">10 avril – Nous partons pour Bonneville. Adieu à mon poste de commandement des tran-chées 7, 8, 9 et 13, car ensuite nous irons à Agny pour un mois au moins. Il faut espérer que dans un mois, nous ne serons plus près d’Arras mais bien plus
près de la frontière. Pourrons-nous rendre à ces sales gens le mal qu’ils nous ont fait. Je crois que nous sommes trop géné-reux pour cela. Cependant, certains leur en feront voir de dures car on voit des soldats et même des chefs peu soucieux de la propriété bien qu’étant chez des compatriotes. Il y a des canailles dans toutes les nations et dans tous les milieux.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">11 avril – Dimanche, messe à l’église de Berneville moins militaire que celle de notre cave de Saint-Nicolas.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">12 avril – Parade d’exécution à Warlus. Il s’agit de la dégradation de soldats d’autres corps qui ont volé chez l’habitant. L’après-midi, nous avons école de compagnie et de bataillon. Certains officiers de réserve et surtout les jeunes sous-lieutenants manquent totalement de l’habitude du commandement. Ils commettent des bévues invraisemblables.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">13 avril – Marche militaire le matin et l’après-midi, visite aux nouvelles tranchées d’Agny. Mon cheval Mistral m’y mène a bonne allure. Nous y trouvons le 2<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">bataillon commandé par le commandant Teychené, un type du midi qui a un « assent » très prononcé, un pot à ta-bac qui a l’air militaire d’un rond de cuir qu’il a toujours été. Je vais redevenir commandant de quartier avec deux compagnies de territoriale du 81</span><span
style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">et la mienne. Les territoriaux sont des vendéens. Les tranchées ont l’air d’une tranquillité excessive. Le village que je vais habi</span></span></span></span>ter a été construit par les soldats le long d’un chemin creux qui donne son nom au quartier. C’est d’un aspect très drôle, ces petites maisonnettes rangées le long d’un talus et dont quelques-unes sont ornées de jardins.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">14 avril – Départ pour Agny où nous arrivons vers 9 h du soir. Je prends possession du poste de commandement du quartier du chemin creux.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">15 avril – Visite des tranchées qui sont en mauvais état avec des créneaux inutilisables et un parapet insuffisant. Nos prédécesseurs vivaient avec l’idée que les boches n’attaqueraient pas de ce côté. Cela n’empêche pas le général de brigade d’écrire au colonel pour féliciter le 2<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span><span style="font-size: medium;">bataillon. Pauvre général Hennocque, il aurait besoin d’apprendre de ses subordonnées que nous sommes la façon d’organiser une tranchée. Nous la ferons la belle organisation pour notre sureté, mais nous ne serons probablement pas félicités. Les territoriaux vont nous regar-der d’un mauvais oeil, car nous sommes des empêcheurs de danser en rond. </span></span></span></span></p> <p style="text-align: justify;">Je commence par organiser leur service qui se fait le plus mal possible. Ce sont pourtant de bons soldats, mais leurs officiers les abandonnent à eux-mêmes sous prétexte d’aller prendre leur repas au village à un kilomètre d’Agny. Naturellement, les sous-officiers suivent le mau-vais exemple et aucun soldat ne reste alors à veiller dans la tranchée. J’exige la présence cons-tante d’au moins un officier par compagnie dans les tranchées ou au chemin creux. Le service se fait tout de suite d’une autre manière.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">16 avril – Continuation d’organisation. Arrangement de mon poste que le brave Marquer orne de fleurs. Mon habitation se compose de deux pièces : chambre à coucher et salle à man-ger, le tout presque luxueux grâce aux dépouilles des maisons du village voisin. Les boches bombardent Agny chaque jour ; on voit d’ici les briques voler. Mes cuisiniers sont peu rassu-rés, surtout ce bon Potier notre maître-coq qui tient allumés deux fourneaux, un en haut et l’autre dans la cave.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">17 avril – Recherche des passages du Grainchon en cas improbable de retraite rapide. Le soir, nous allumons des feux
sur les rives pour attirer le feu de l’artillerie ennemie. On s’habitue à cette vie monotone. Quand cela finira-t-il, il serait bien temps d’aller revoir sa femme.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">18 avril – Messe à Agny dans une cave d’une profondeur extraordinaire. Cela ressemble à des catacombes. Cette cave est construite sous une autre cave ; elle n’est pas isolée et se con-tinue par une autre. Il y a foule comme toujours.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">19 avril – Beau temps, le chemin creux serait-il une agréable résidence ! Les boches nous laissent bien tranquilles, cependant, ils cherchent à nous faire du mal avec leurs canons et bombardent mais sans danger pour nous. Nous allumons des lanternes le long du Grainchon pour les inciter à tirer dans cette direction.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">20 avril – Les lanternes n’ont donné qu’un résultat médiocre ; on les remplace à nouveau par des feux de bois qui sont salués par quelques balles.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">21 avril – Les territoriaux du quartier d’Agny, que commande Pompon, se sont laissé voler du fil de fer et des pieux par les boches. Le général de brigade, homme emporté, est furieux. Il ordonne pour chaque nuit des patrouilles de territoriaux sous les ordres de gradés de l’active. Les miens écopent comme les camarades. Une première patrouille sort sous les ordres d’un de mes sergents. Elle rencontre une patrouille boche dans la plaine ; les hommes se replient à 50 mètres abandonnant mon sergent qui s’en tire heureusement.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">22 avril – Les mêmes hommes ont recommencé la patrouille et se sont bien conduits. Mes tranchées s’améliorent et tendent vers la tranchée parfaite.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">23 avril – Grande nouvelle : on doit attaquer au nord d’Arras. Trois corps d’armée sont arri-vés, dit-on, avec une grande quantité d’artillerie. Si cela pouvait réussir et nous conduire près de la frontière ! La paix en sortirait
peut-être avec le retour au foyer. Pauvres foyers, comme ils sont loin, combien ne les reverront pas.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">24 avril – Je reçois une lettre de ma femme qui se plaint de mon silence. J’écris cependant chaque jour. Les correspondances sont arrêtées sans doute, on ne veut pas que l’on connaisse l’arrivée des renforts à Arras. La lettre était accompagnée de la photographie de mes quatre mioches. Cela m'a fait grand plaisir. Ils ont l’air bien graves et la petite Jeannette fait la moue. Elle est bien mignonne quand même et je voudrais bien la voir ainsi que les autres et ma chère femme et mes vieux parents.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">25 avril – Messe dans la profonde cave d’Agny. On dit que les boches, par des moyens dé-loyaux, nous ont fait reculer près d’Ypres. Ils emploient des gaz asphyxiants, les lâches ! Ils nous ont pris 32 canons et fait reculer sur l’Yser de six kilomètres. Cela ne les empêchera pas d’être battus. J’espère que l’on emploiera les mêmes moyens que ces adversaires félons. En attendant, l’attaque est reculée car un corps d’armée est obligé de partir pour l’Yser. Que je voudrais entrer en Allemagne et faire payer aux boches leurs traitrises.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">26 avril – Il n’est parti qu’une division du 9<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">ème </span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span><span style="font-size: medium;">corps pour l’Yser, mais nous voilà immobili-sés là pour quelque temps encore.</span></p> <p style="text-align: justify;">27 avril – Bombardement intense par les boches avec de grosses pièces. Pas de résultat, nous n’avons aucun blessé. Cependant beaucoup d’obus sont tombés près des tranchées et un sur le parapet même. Nous devons cet heureux hasard à ce que, nos tranchées étant faciles à surveil-ler, il n’y est laissé, en plein jour, qu’une sentinelle de place en place.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">28 avril – Nos voisins territoriaux ayant planté un petit drapeau tricolore dans la plaine, les boches s’en sont
emparés et l’ont mis près d’un de leurs postes d’écoute. J’essaie en vain de l’abattre à coups de fusil.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">29 avril – Patrouille envoyée pour enlever le drapeau, mais il disparaît à son nez.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">30 avril – On me prévient à 10 h du soir que le drapeau est remis. Ma patrouille part et le re-cueille sans coup férir. Leur poste était occupé et des travailleurs se tenaient à 50 m de là. Le sergent Jallouin qui a dirigé la patrouille est un brave. Cependant, il n’y avait pas de danger car les boches avaient attaché au drapeau des journaux en français célébrant leurs vertus et leur force encore imposante. Pauvres sots qui espèrent nous piper par des ruses aussi gros-sières. C’est enfantin.</p> <p style="text-align: justify;"> </p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style=" […]