Alfred Marie Jean-Baptiste Guy DU LAURENT DE MONTBRUN 9E VICOMTE ◉ Sosa : 8

Alfred Marie Jean-Baptiste Guy DU LAURENT DE MONTBRUN 9E VICOMTE

◉ Sosa : 8 · génération 4

  • Né le 9 janvier 1873 (jeudi) - Domfront, Domfront en Poiraie, Orne, Normandie, France
  • Décédé le 27 mars 1953 (vendredi) - Granville, Manche, Normandie, France, à l'âge de 80 ans
  • Capitaine commandant la 4e compagnie du 2e régiment d'infanterie, chevalier de la légion d'honneur
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Parents

Union(s) et enfant(s)

Frères et sœurs

Événements

9 janvier 1873 :
Naissance - Domfront, Domfront en Poiraie, Orne, Normandie, France
9 janvier 1898 :
Mariage (avec Anna Marie Augustine SALLIEN) - Cherbourg-Octeville, Cherbourg, Manche, Normandie, France
Mariage avec: Anne, Marie, Eugénie LECHANTEUR DE PONTAUMONT
15 octobre 1930 :
Mariage (avec Anne Marie Eugénie LE CHANTEUR DE PONTAUMONT) - Cherbourg-Octeville, Cherbourg, Manche, Normandie, France
Mariage avec: Alfred, Marie, Jean, Baptiste, Guy DU LAURENT DE MONTBRUN
1931 :
Domicile
Adresse:
Adresse:
1931 :
Divorce (avec Anne Marie Eugénie LE CHANTEUR DE PONTAUMONT)
27 mars 1953 :
Décès - Granville, Manche, Normandie, France
Domicile
Adresse:
Adresse: , Cherbourg
Autre événement
Officier
Titre : Vicomte

Notes

Religion: Chrétienne
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">Journal de Guy du Laurent de Montbrun</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;re </span><span style="font-size: medium;">partie:</span></span></p> <p style="text-align: justify;">28 janvier 1915 &ndash; D&eacute;part pour le front. Je quitte Granville par une belle journ&eacute;e ensoleill&eacute;e. C&rsquo;est dur de quitter les siens en se disant que peut-&ecirc;tre on ne les reverra pas. Ma pauvre femme
pleure toutes les larmes de son corps. Ma m&egrave;re a bien de la peine ainsi que mon vieux papa. Mes quatre petits ne comprennent pas encore le d&eacute;chirement de cette s&eacute;paration. Jean-nette (4 ans) a dans ses yeux &eacute;tonn&eacute;s une grande tristesse et m&rsquo;a dit hier qu&rsquo;elle avait bien de la peine de me voir partir.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">Mon ordonnance Godet est partie hier avec mon cheval. 1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">incident : ma bride est perdue ; j&rsquo;en trouve heureusement une autre au magasin du corps. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">J&rsquo;ai vu ma soeur Rosa et mes deux neveux avant de partir ; ma bonne Rosa avait le coeur gros. Beaucoup de monde &agrave; la gare, des secr&eacute;taires de mon ancien bureau de tr&eacute;sorier : l&rsquo;adjudant Lehouchu, le sergent Sebire, Pasquier, Lion, Rosse, des officiers : Capitaine Allain, lieutenants Boug&eacute;, Melin, Cristiani, Berthet, Courtin, Savy, M. Vandel, Gresl&eacute;, mon ordon-nance Garnier et enfin mes parents. A 11,7 h le train se met en marche, me voil&agrave; parti pour Paris et le Bourget 1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;re </span><span style="font-size: medium;">&eacute;tape. Arriv&eacute; au Bourget, j&rsquo;apprends que je ne puis partir que le lendemain. Je me mets &agrave; la recherche d&rsquo;un h&ocirc;tel pour coucher. Je me d&eacute;cide &agrave; repartir pour Paris afin de trouver un gite. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">29 janvier &ndash; J&rsquo;ai pass&eacute; une partie de la journ&eacute;e &agrave; Paris ; j&rsquo;y ai d&eacute;jeun&eacute;. Ma matin&eacute;e s&rsquo;est pas-s&eacute;e en recherches dans la gare du Bourget pour retrouver mon ordonnance et mon cheval. On a fini par me dire vers midi que, par erreur, ils &eacute;taient partis pour Dunkerque le matin-m&ecirc;me. Je dois les retrouver &agrave; Amiens. Je quitte le Bourget &agrave; 7,36 h pour Saulty-Larbret o&ugrave; je dois arriver demain vers 7 h du matin. J&rsquo;ai pass&eacute; une partie de mon apr&egrave;s-midi &agrave; chercher des bottes en caoutchouc pour faire plaisir &agrave; maman. Je n&rsquo;en ai trouv&eacute; aucune me convenant dans les grands
magasins. C&rsquo;est un luxe dont on peut se passer.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">30 janvier &ndash; Je suis parti du Bourget &agrave; 7,36 h. J&rsquo;ai pass&eacute; la nuit en chemin de fer en compa-gnie du commandant Bardot du 47<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">qui rejoint &eacute;galement l&rsquo;arm&eacute;e. Je retrouve comme commissaire du train le commandant Clerbout que j&rsquo;ai eu comme capitaine-adjudant-major &agrave; mon bataillon du 73</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">&agrave; Aire. L&rsquo;inqui&eacute;tude de mon wagon de cheval m&rsquo;emp&ecirc;che de dormir jusqu&rsquo;apr&egrave;s Amiens que nous passons sans arr&ecirc;ter. J&rsquo;apprends que ce wagon a &eacute;t&eacute; accroch&eacute; au train &agrave; Longuau et je puis reposer tranquille &agrave; partir de 3 h du matin. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">31 janvier &ndash; En arrivant &agrave; Saulty, je trouve le colonel Etienne qui vient d&rsquo;&ecirc;tre nomm&eacute; au commandement du 2<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me</span><span style="font-size: medium;">. Il vient du 1</span><span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">zouaves et a l&rsquo;air d&rsquo;un chef tr&egrave;s bien, bonne impres-sion. Nous apprenons la mort du colonel Ivonnet tu&eacute; deux jours auparavant. Je suis pr&eacute;sent&eacute; au g&eacute;n&eacute;ral Wirbel commandant le 10</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">corps et au g&eacute;n&eacute;ral Anthoine commandant la 20</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">division d&rsquo;infanterie. On m&rsquo;affecte &agrave; la 4</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">compagnie du 2</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me</span><span style="font-size: medium;">. Je suis en pays de connais-sance ayant &agrave; ma compagnie le lieutenant Dior, les sous-lieutenants Lhotellier que j&rsquo;ai eu comme &eacute;l&egrave;ve-caporal au 25</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">et Allix ancien sergent secr&eacute;taire de mon bureau de tr&eacute;sorier. Le capitaine Pompon, plus jeune que moi, commande mon bataillon. Je suis trop nouveau </span></span>pour me pr&eacute;valoir de mon anciennet&eacute; et j&rsquo;accepte volontiers cet &eacute;tat de chose (Pompon a trois mois d&rsquo;anciennet&eacute; de moins que moi). On entend le canon de Warlus o&ugrave; nous cantonnons pour huit jours. Tabl&eacute;e de jeunes sous-lieutenants qui donne bonne impression. Ils sont gais et on ne se douterait gu&egrave;re que tout ce monde a risqu&eacute; sa vie chaque jour.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">f&eacute;vrier &ndash; J&rsquo;ai dormi sur la paille dans mon sac de couchage cadeau de ma bonne maman. J&rsquo;ai dormi mais c&rsquo;est un peu dur ; je manque d&rsquo;habitude ; &ccedil;a viendra. J&rsquo;ai vu Goguillot le chef de musique du 25</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">et nous avons parl&eacute;
de mon ancien r&eacute;giment. Que de disparus ! Il me raconte la mort h&eacute;ro&iuml;que de mon brave camarade de Bi&egrave;ve. Le colonel Verillon commande toujours le 25</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me</span></span></span><span style="font-size: medium;">. Il tombe de la neige et il y a une boue bien d&eacute;sagr&eacute;able. J&rsquo;ai pris une deu-xi&egrave;me ordonnance Lebas. Hier j&rsquo;ai voulu aller &agrave; la messe, impossible d&rsquo;entrer dans l&rsquo;&eacute;glise pleine de soldats jusque sur les marches. Comme cette guerre fait refleurir l&rsquo;esprit
religieux. L&rsquo;h&eacute;ro&iuml;sme des aum&ocirc;niers et pr&ecirc;tres soldats y est bien pour quelque chose. Que diraient les &eacute;teigneurs d&rsquo;&eacute;toiles envoyant cela. Des instituteurs, jadis agents politiques des radicaux, por-tent ostensiblement sur leur poitrine des m&eacute;dailles de la Vierge. Il y a quelque chose de chan-g&eacute; en France et l&rsquo;horrible cataclysme sauvera peut-&ecirc;tre notre beau pays. La guerre fait refleu-rir les vieilles vertus fran&ccedil;aises.</span></p> <p style="text-align: justify;">2 f&eacute;vrier &ndash; La vie du cantonnement de Warlus continue. Un d&eacute;tachement est arriv&eacute; de Gran-ville avec deux sous-lieutenants Christiani et Lebel officiers de r&eacute;serve.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">3 f&eacute;vrier &ndash; Je suis all&eacute; aujourd&rsquo;hui &agrave; cheval &agrave; Simencourt o&ugrave; est cantonn&eacute; le 3<span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">bataillon. J&rsquo;y ai vu le commandant Pinon, mon ancien adjoint le sympathique lieutenant Haemerlin et mon ancien camarade de coll&egrave;ge le capitaine de la Groudi&egrave;re.</span></p> <p style="text-align: justify;">4 f&eacute;vrier &ndash; Nous partons demain, para&icirc;t-il, pour Saint-Nicolas pr&egrave;s Arras. Les obus y tom-bent. Que Dieu nous prot&egrave;ge.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">5 f&eacute;vrier &ndash; D&eacute;part de Warlus. Nous arrivons &agrave; Saint-Nicolas &agrave; 8
h du soir. Le canon tonne, mais les obus allemands ne tombent pas de ce c&ocirc;t&eacute;. Je m&rsquo;installe dans la cave du ch&acirc;teau &agrave; cot&eacute; de Pompon. C&rsquo;est un endroit peu
s&ucirc;r car il est sur le passage des obus de gros calibre lanc&eacute;s sur notre artillerie proche.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">6 f&eacute;vrier
&ndash; J&rsquo;ai bien dormi. Les Boches n&rsquo;ont pas bombard&eacute;. Je vais visiter les tranch&eacute;es avec le lieutenant Vall&eacute;e commandant la 3<span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">compagnie. Nous partons &agrave; 9 h. Pendant la route, les obus allemands passent au-dessus de nos t&ecirc;tes avec un bruit sinistre qui produit une dr&ocirc;le d&rsquo;impression. Retour sans incident. Les balles sifflent. En rentrant, je d&eacute;m&eacute;nage pour me mettre dans une cave plus s&ucirc;re. La cave du ch&acirc;teau voisine de celle o&ugrave; j&rsquo;&eacute;tais cette nuit a &eacute;t&eacute; d&eacute;molie par un obus de 105 ; tout y a &eacute;t&eacute; pulv&eacute;ris&eacute;. Un lieutenant d&rsquo;artillerie a &eacute;t&eacute; tu&eacute; &agrave; la tranch&eacute;e 2 par un obus de 77. Demain, je prends le service &agrave; la tranch&eacute;e 2 avec ma compagnie.</span></p> <p style="text-align: justify;">7 f&eacute;vrier
&ndash; Mauvaise nuit ; il y a des rats &eacute;normes dans ma cave. Je n&rsquo;ai pas ferm&eacute; l&rsquo;oeil et c&rsquo;est une mauvaise pr&eacute;paration pour prendre la tranch&eacute;e. Nous y
partons &agrave; 5,30 h du matin. Que la journ&eacute;e est longue. Les balles sifflent continuellement, les obus ronflent au-dessus de mon poste. C&rsquo;est un bruit auquel je ne puis m&rsquo;habituer. Je crois que je ne sortirai de mon poste de commandement que quand je ne pourrai pas faire autrement. Il n&rsquo;est pas cependant &agrave; l&rsquo;abri des obus et il en est tomb&eacute; &agrave; moins de 50 m&egrave;tres une douzaine. O&ugrave; est mon vieux Gran-ville, mes chers parents, ma femme ch&eacute;rie et mes quatre petits enfants. Quand donc ferai-je encore sauter sur mes genoux ma petite Jeannette, ce bon petit diable ? Que ce bon temps, mon Dieu, revienne vite, qu&rsquo;il revienne surtout. Quelle horreur que la guerre et quels criminels ceux qui la d&eacute;chainent et font
le malheur de tant de braves gens, par ambition ou pour une richesse dont on peut se passer. Que ceux-l&agrave; viennent donc vivre des journ&eacute;es d&rsquo;angoisse dans le fond d&rsquo;une tranch&eacute;e. Apr&egrave;s cela, on peut vivre n&rsquo;importe o&ugrave; dans la plus mis&eacute;rable chaumi&egrave;re et on trouvera la vie belle. Je suis donc arriv&eacute; dans la tranch&eacute;e par un boyau d&rsquo;environ 2 m de profondeur y compris le parapet. La tranch&eacute;e est double : tranch&eacute;e de tir et tranch&eacute;e de commandement. Dans la tranch&eacute;e de tir, il y a des
cr&eacute;neaux en bois : c&rsquo;est un trou carr&eacute; qui traverse le parapet. Des guetteurs ont &agrave; leur disposition des p&eacute;riscopes pour regarder en face la tranch&eacute;e allemande. On ne voit rien du reste si ce n&rsquo;est une petite &eacute;l&eacute;vation de terre &agrave; 200 m. Devant la tranch&eacute;e des fils de fer en forme de r&eacute;seau appel&eacute; r&eacute;seau brun ou des che-vaux de frise avec fil de fer barbel&eacute;, le tout bien d&eacute;moli parce que constamment battu par les balles. Un boyau d&rsquo;&eacute;coute que l&rsquo;on occupe la nuit est creus&eacute; en avant.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">J&rsquo;ai trois tranch&eacute;es sous mes ordres avec un boyau conduisant &agrave; chacune pr&egrave;s de mon poste qui est &agrave; peu pr&egrave;s au centre. C&rsquo;est une esp&egrave;ce de cave donnant sur la tranch&eacute;e et recouverte de t&ocirc;le ondul&eacute;e avec des rondins et 25 cm de terre par-dessus ; un lit de camp dans le fond, 3 chaises, un po&ecirc;le, deux tables. Le seul moment gai de la journ&eacute;e est celui o&ugrave; mes deux sous-lieutenants viennent diner avec moi. Dior malade est rest&eacute; &agrave; Sainte-Catherine. Sa maladie est plus morale que physique. C&rsquo;est compr&eacute;hensible, tous en arrivent l&agrave; plus ou moins vite apr&egrave;s un temps de tranch&eacute;e plus ou moins long, du moins les nerveux.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">8 f&eacute;vrier &ndash; 2<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">jour de tranch&eacute;e, le nouveau colonel Jaguin, qui a remplac&eacute; le colonel Etienne appel&eacute; &agrave; un service d&rsquo;&eacute;tat-major, est venu nous y voir. Je lui rappelle qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; mon professeur d&rsquo;histoire &agrave; Saint-Maixent. Il me dit par politesse se rappeler mon nom. A cette &eacute;poque, on l&rsquo;appelait &laquo; le p&egrave;re la Victoire &raquo;. Il m&rsquo;a paru chercher &agrave; &ecirc;tre aimable. Cette 2</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">journ&eacute;e s&rsquo;est pass&eacute;e mieux que la 1</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;re</span><span style="font-size: medium;">, je m&rsquo;habitue au bruit du canon et de la fusillade. Quelle vie, aller d&rsquo;une cave dans un trou et r&eacute;ciproquement. Nous sommes redevenus les hommes des cavernes et nous nous cachons pour fuir la b&ecirc;te fauve ou obus qui nous poursuit. J&rsquo;aime encore mieux la cave malgr&eacute; les rats, on y est plus en suret&eacute;. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">9 f&eacute;vrier &ndash; Retour &agrave; Saint-Nicolas, je retrouve ma cave. Haemerlin et Vall&eacute;e sont nomm&eacute;s capitaines, Labesse, lieutenant. J&rsquo;adopte un fox abandonn&eacute;. Il
chassera mes rats, c&rsquo;est le seul moyen de vivre tranquille. Nous pouvons heureusement nous &eacute;clairer &agrave; bon compte toute la nuit. Il y a dans le village une fabrique de bougies abandonn&eacute;e avec tous ses approvisionne-ments.</p> <p style="text-align: justify;">10 f&eacute;vrier &ndash; Journ&eacute;e pass&eacute;e &agrave; Saint-Nicolas. J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; reconnaitre le cantonnement de Sainte-Catherine o&ugrave; nous devons aller demain. Les Allemands bombardaient et apr&egrave;s avoir pass&eacute; la Scarpe, il est tomb&eacute; un obus &agrave; 30 m derri&egrave;re moi sur la maison voisine de celle habit&eacute;e par Pompon.</p> <p style="text-align: justify;">11 f&eacute;vrier &ndash; Sainte-Catherine, la vie dans une maison abandonn&eacute;e il est vrai, mais habitable. On revoit des gens qui ne sont pas militaires, femmes, enfants, car le pays n&rsquo;a pas souffert du bombardement, on ne sait pourquoi. Les Boches n&rsquo;ont pas encore d&eacute;couvert &ccedil;a et pourtant il y a des batteries tout autour qui tirent chaque jour et ne re&ccedil;oivent pas un obus. C&rsquo;est un m&eacute;tier bien agr&eacute;able que celui d&rsquo;artilleur compar&eacute; &agrave; celui de fantassin. Ils ont autant de gloire et peu de mal. Tous les officiers couchent dans un lit, sont de garde rarement, jouent au bridge ou font de la musique. J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; dans la maison o&ugrave; habitaient plusieurs d&rsquo;entre eux et ou Dior &eacute;tait convalescent. Je me serais cru dans une maison un jour de th&eacute; &agrave; proximit&eacute;
d&rsquo;un salon. J&rsquo;y ai rencontr&eacute; le docteur Pelissier. J&rsquo;ai re&ccedil;u aujourd&rsquo;hui des lettres de Lemari&eacute; et Boug&eacute; qui me parlent tous deux de l&rsquo;affaire Nogu&egrave;s. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;&agrave; Granville que l&rsquo;on puisse voir des gens v&eacute;reux se faire aussi facilement des relations. Mon vieux Granville o&ugrave; l&rsquo;on ne pense
pas &agrave; la canaillerie des gens portant beau, quand j&rsquo;en prononce le nom je revois tous ceux que j&rsquo;aime et qui m&rsquo;ont fait la vie heureuse. Quand vous reverrai-je tous ?</p> <p style="text-align: justify;">12 f&eacute;vrier &ndash; Encore Sainte-Catherine, demain retour &agrave; la cave de Saint-Nicolas. D&rsquo;apr&egrave;s l&rsquo;id&eacute;e du docteur Jacob inspecteur de
la 10<span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">arm&eacute;e, la guerre ne peut plus durer qu&rsquo;un mois car les Boches sont &agrave; bout et nous, nous devons rester dans les tranch&eacute;es o&ugrave; nous sommes jusqu&rsquo;&agrave; la fin. Dieu l&rsquo;entende et nous am&egrave;ne vite cette fin. </span></p> <p style="text-align: justify;">13 f&eacute;vrier - Dans la cave de Saint-Nicolas. Journ&eacute;e de bombardement. Un obus tombe sur la maison de notre popote. La salle &agrave; manger o&ugrave; nous vivions avant est cribl&eacute;e de trous. Si nous y avions &eacute;t&eacute;, il n&rsquo;en serait pas rest&eacute; un seul. Le bombardement a &eacute;t&eacute; fait par de gros obus. Un homme de la 3<span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">a &eacute;t&eacute; bless&eacute; devant ma porte. Le r&eacute;giment a eu trois bless&eacute;s. </span></p> <p style="text-align: justify;">14 f&eacute;vrier &ndash; Dimanche. Je suis all&eacute; &agrave; la messe dans une cave voisine. Un pr&ecirc;tre soldat a rev&ecirc;tu les ornements sacerdotaux et officie, un autre pr&ecirc;tre soldat sert la messe. Nous sommes sept ou huit officiers au 1<span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">rang, la cave est pleine de soldats. Tous sont recueillis ou chantent de tout
coeur les cantiques que le pr&ecirc;tre serveur entonne. Beaucoup sont l&agrave; qui avant la guerre n&eacute;gligeaient de sanctifier le dimanche en allant &agrave; la messe. Sous ce rapport la guerre aura fait du bien &agrave; la France et bien des mangeurs de cur&eacute;s seront maintenant leurs admirateurs et leurs amis d&eacute;vou&eacute;s. </span></p> <p style="text-align: justify;">15 f&eacute;vrier &ndash; Retour &agrave; la tranch&eacute;e pour deux jours. Je suis habitu&eacute; maintenant au bruit des balles et des obus et je me prom&egrave;ne tranquillement dans les boyaux. Ce n&rsquo;est pas cependant que j&rsquo;aie l&rsquo;esprit toujours tranquille car on risque ici sa vie &agrave; tout instant. Chaque jour, il y a des hommes tu&eacute;s ou bless&eacute;s. Aujourd&rsquo;hui, un lieutenant de r&eacute;serve a &eacute;t&eacute; &eacute;cras&eacute; dans son poste de commandement par un obus. Il s&rsquo;appelait Pignet et m&rsquo;avait dit au revoir joyeusement l&rsquo;avant-veille &agrave; Sainte-Catherine. Il n&rsquo;a pas souffert mais pauvre veuve ! Il commandait la tranch&eacute;e voisine de la mienne. Que Dieu soit mis&eacute;ricordieux &agrave; ce pauvre martyr
pour la Patrie.</p> <p style="text-align: justify;">16 f&eacute;vrier &ndash; Journ&eacute;e de tranch&eacute;e calme sans &eacute;v&egrave;nement saillant. Je re&ccedil;ois d&rsquo;un coup six lettres de Granville dat&eacute;es des 11, 12 et 13 f&eacute;vrier.</p> <p style="text-align: justify;">17 f&eacute;vrier &ndash; Retour &agrave; Saint-Nicolas. A 7 h, enterrement du lieutenant Pignet. Presque tous les officiers y assistent, colonel en t&ecirc;te. La pauvre &eacute;glise de Saint-Nicolas est perc&eacute;e &agrave; jour par les obus et pleine de d&eacute;bris de toutes sortes. Que c&rsquo;est triste. Le cimeti&egrave;re est rempli de tombes militaires presque toutes du 2<span style="font-size: xx-small;">&egrave;me</span><span style="font-size: medium;">. Les croix de bois blanc portant chacune un nom forment une colonne qui s&rsquo;allonge chaque jour. </span></p> <p style="text-align: justify;">Je fais connaissance de l&rsquo;abb&eacute; Humbricht, l&rsquo;aum&ocirc;nier si sympathique &agrave; tous nos camarades. Je retrouve aussi sous la capote de soldat l&rsquo;abb&eacute; Hulin de Granville et Cherbourg, vicaire &agrave; la Trinit&eacute;. L&rsquo;apr&egrave;s-midi, j&rsquo;ai travers&eacute; Arras d&eacute;vast&eacute;. Quel aspect triste &agrave; la pauvre ville ! Toutes les maisons sont perc&eacute;es de trous et quelques-unes compl&eacute;tement &eacute;croul&eacute;es. Quelques civils traversent les rues h&acirc;tivement, des gamins jouent malgr&eacute; le bruit incessant de la canonnade. Dire que j&rsquo;ai vu cette ville prosp&egrave;re et tranquille il y a quelques ann&eacute;es, quel contraste ! Je suis all&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; Ronville voir le 25<span style="font-size: xx-small;">&egrave;me</span><span style="font-size: medium;">. Je rencontre le colonel Verillon toujours affable, le com-mandant O&rsquo;Diette, le capitaine Jobit. L&rsquo;ancien garde-magasin Pouchin de la 8</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me</span><span style="font-size: medium;">, mon ex-compagnie, me conduit pr&egrave;s des officiers. J&rsquo;en aurais vu d&rsquo;autres si des obus boches ne s&rsquo;&eacute;taient mis &agrave; pleuvoir sur un carrefour qu&rsquo;il fallait traverser. Nous faisons demi-tour et avec Lhotellier, qui m&rsquo;avait accompagn&eacute;, nous regagnons rapidement Saint-Nicolas par Arras. </span></p> <p style="text-align: justify;">18 f&eacute;vrier - Journ&eacute;e &agrave; Saint-Nicolas. Nous reprenons les tranch&eacute;es le soir. Je suis chef du secteur des tranch&eacute;es 2 et 3 avec deux compagnies 3</p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">et 4</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me</span><span style="font-size: medium;">. J&rsquo;occupe le poste du commandant qui est plus confortable que les postes des tranch&eacute;es. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">19 f&eacute;vrier &ndash; Dans le poste de commandant de secteur, on a plus de tranquillit&eacute; d&rsquo;esprit mal-gr&eacute; une plus grande responsabilit&eacute;. Comme un petit g&eacute;n&eacute;ral, le commandant de secteur donne des ordres par t&eacute;l&eacute;phone ; il dispose presque de l&rsquo;artillerie. Ainsi, j&rsquo;ai tent&eacute; de faire tirer par une batterie sur un point (la meule de paille) d&rsquo;o&ugrave; les Boches avaient envoy&eacute; des balles &agrave; une de mes tranch&eacute;es et bris&eacute; deux fusils. L&rsquo;artillerie a tir&eacute;, elle n&rsquo;a pas atteint le but, y -a-t-elle mis beaucoup de bonne volont&eacute;, Dieu seul le sait.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">20 f&eacute;vrier &ndash; Nous rentrons &agrave; Sainte-Catherine ; je suis log&eacute; comme un prince avec une grande chambre, cabinet de toilette, lit &agrave; deux sommiers. Je me d&eacute;shabille le soir, ce qui ne m&rsquo;&eacute;tait
pas arriv&eacute; depuis Warlus. J&rsquo;ai pris un bain, j&rsquo;en avais un grand besoin. Comme le temps para&icirc;t long ; &agrave; quand le retour &agrave; Granville, ma ch&egrave;re femme, mes bons petits enfants et mes excellents parents. Quelle joie au jour de la paix si je suis encore l&agrave;. Je ne comprends pas que les Allemands n&rsquo;en aient pas assez car ils sont bien plus malheureux que nous et, enfin, plus la guerre dure plus cela leur co&ucirc;tera cher. J&rsquo;ai vu l&rsquo;aum&ocirc;nier Humbricht qui m&rsquo;a l&rsquo;air d&eacute;cid&eacute;ment d&rsquo;un bien excellent pr&ecirc;tre.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">21 f&eacute;vrier - Dimanche, je suis all&eacute; avec quelques camarades &agrave; la grand-messe &agrave; Arras. Nous avons travers&eacute; la place du Beffroi, quel amas de ruines, c&rsquo;est terrible. J&rsquo;ai pris un verre de quinquina chez un journaliste rest&eacute; l&agrave;. Gens aimables qui vendent le vin de leur cave aux officiers.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">22 f&eacute;vrier &ndash; Retour aux tranch&eacute;es, brouillard, tout le monde va dans la plaine, on r&eacute;pare les fils de fer et les talus. Il siffle quelques balles mais personne n&rsquo;en a cure. J&rsquo;ai aussi travers&eacute; la plaine et rencontr&eacute; le pied d&rsquo;un n&egrave;gre sortant de sa tombe. Le 47<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">en profite pour enterrer les morts du 2</span><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">&agrave; l&rsquo;attaque du 17 d&eacute;cembre. On ramasse des fusils et des douilles d&rsquo;obus de 75. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">23 f&eacute;vrier &ndash; La sortie de la veille a encourag&eacute; les hommes, aussi des imprudences sont commises, r&eacute;sultat : deux tu&eacute;s et un bless&eacute;. Mauvaise nouvelle, nous allons de nouveau habi-ter la cave &agrave; Saint-Nicolas. Ma femme m&rsquo;&eacute;crit des lettres qui me peinent. Elle s&rsquo;&eacute;nerve, la pauvre petite, je ne sais comment lui remonter le moral. Pourvu qu&rsquo;elle ne se rende pas ma-lade. Maudite guerre, en fait-elle verser des larmes.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">24 f&eacute;vrier &ndash; De nouveau la cave de Saint-Nicolas, je la retrouve dans le m&ecirc;me &eacute;tat. Le chien Miette l&rsquo;habite et l&rsquo;a gard&eacute;e pendant notre absence. Il a surtout emp&ecirc;ch&eacute; les rats de d&eacute;t&eacute;riorer tout ce que nous y avions laiss&eacute;. Pendant que nous d&eacute;jeunions, bombardement, cinq hommes sont bless&eacute; &agrave; ma compagnie, mais tr&egrave;s l&eacute;g&egrave;rement, un seul avec une balle dans la cuisse est dirig&eacute; sur l&rsquo;ambulance. J&rsquo;ai rencontr&eacute; le g&eacute;n&eacute;ral Pillet, commandant la brigade ; il a l&rsquo;air ai-mable mais un peu aigri. Il esp&egrave;re qu&rsquo;on rendra aux g&eacute;n&eacute;raux et &agrave; l&rsquo;arm&eacute;e leur rang,
ils l&rsquo;auront bien m&eacute;rit&eacute;. C&rsquo;est du reste beaucoup cette d&eacute;fiance de la r&eacute;publique jacobine envers l&rsquo;arm&eacute;e qui a &eacute;t&eacute; cause de nos premiers revers. Esp&eacute;rons que, apr&egrave;s le coup de tampon, tous les francs-mouchards seront abattus. Ils sont loin des coups en g&eacute;n&eacute;ral et les Poilus pourront leur imposer silence comme &agrave; des l&acirc;ches qu&rsquo;ils sont.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">On nous apprend que Monseigneur d&rsquo;Arras viendra dimanche &agrave; la messe de notre cave. Les officiers de mon demi-bataillon manifestent le d&eacute;sir de l&rsquo;inviter &agrave; d&eacute;jeuner. Je transmettrai l&rsquo;invitation. Le colonel Jaguin est venu nous voir, petit speech sentimental, confession des officiers pour les notes. Le colonel se montre aimable et dit se rappeler de moi a Saint-Maixent, est-ce flatterie, je n&rsquo;&eacute;tais plut&ocirc;t pas brillant &agrave; son cours d&rsquo;histoire.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">25 f&eacute;vrier &ndash; Journ&eacute;e &agrave; Saint-Nicolas, sans &eacute;v&eacute;nement notable. J&rsquo;&eacute;cris &agrave; Monseigneur d&rsquo;Arras qui me r&eacute;pond par le mot suivant :</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman;">Mon capitaine, je suis tr&egrave;s touch&eacute; de votre invite mais, dimanche 28, je re&ccedil;ois moi-m&ecirc;me deux g&eacute;n&eacute;raux &agrave; ma table. Oserais-je prier votre Excellence &agrave; m&rsquo;honorer de sa pr&eacute;sence &agrave; midi </span></p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman;">Respects et admiration pour l&rsquo;arm&eacute;e et ses chefs, </span></p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman;">+ Enc Ev</span><span style="font-size: medium;"><span style="font-family: Times New Roman;">. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">26 f&eacute;vrier &ndash; Retour aux tranch&eacute;es, poste de commandement, le colonel me dit que je devrais le faire mettre &agrave; l&rsquo;abri des obus ; le fait est qu&rsquo;il n&rsquo;est couvert que d&rsquo;une planche.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">27 f&eacute;vrier &ndash; Journ&eacute;e aux tranch&eacute;es. Je r&eacute;ponds &agrave; Monseigneur l&rsquo;Ev&ecirc;que d&rsquo;Arras que je ne puis aller &agrave; midi d&eacute;jeuner dimanche &agrave; sa table avec deux g&eacute;n&eacute;raux. J&rsquo;aime mieux rester &agrave; la popote, c&rsquo;est plus gai.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">28 f&eacute;vrier &ndash; Je re&ccedil;ois Monseigneur d&rsquo;Arras et lui pr&eacute;sente les officiers du demi-bataillon : capitaine Vall&eacute;e, sous-lieutenants Piteau, Trochu, Lhotellier, Allix. Il a un mot aimable pour chacun. Messe dans la cave, les soldats sont venus en foule, tous les officiers sont l&agrave;. L&rsquo;Ev&ecirc;que fait un sermon mais il n&rsquo;est pas d&rsquo;une grande &eacute;loquence. Grand &eacute;loge du colonel Ivonnet et des officiers en g&eacute;n&eacute;ral.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">Nous avons des invit&eacute;s &agrave; d&eacute;jeuner : le capitaine de Genouilhac et le sous-lieutenant Orain ; le repas est gai et Orain chante bien. Notre assembl&eacute;e s&rsquo;augmente le soir &agrave; diner de l&rsquo;aum&ocirc;nier Humbricht qui vient d&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;cor&eacute;. C&rsquo;est un homme d&rsquo;une immense bravoure et d&rsquo;une grande simplicit&eacute;. Le capitaine de Genouilhac a &eacute;t&eacute; son &eacute;l&egrave;ve &agrave; Saint-Sigismond de Nancy.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">Trois obus allemands sont tomb&eacute;s &agrave; Sainte-Catherine et ont tu&eacute; ou bless&eacute; plusieurs hommes ; l&rsquo;un est arriv&eacute; sur la fen&ecirc;tre de la chambre que j&rsquo;occupais il y a quelques jours. J&rsquo;y aurais &eacute;t&eacute; si nous n&rsquo;&eacute;tions revenus &agrave; Saint-Nicolas. Je puis remercier Dieu d&rsquo;avoir &eacute;chapp&eacute; &agrave; ce danger.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">mars - Deuxi&egrave;me journ&eacute;e &agrave; Saint-Nicolas. J&rsquo;ai le grippe. Que ne suis-je aupr&egrave;s de ma ch&egrave;re femme qui me soignerait et me dorloterait. J&rsquo;ai une fi&egrave;vre intense, mal de t&ecirc;te et courba-ture. </span></p> <p style="text-align: justify;">2 mars &ndash; Tranch&eacute;e malgr&eacute; la grippe qui continue. Que j&rsquo;ai mal aux reins ! je ne sais quelle position prendre. Je vais rester couch&eacute; toute la journ&eacute;e dans mon poste. Je n&rsquo;accompagne m&ecirc;me pas le colonel qui vient voir les mitrailleuses. Il me dit lui-m&ecirc;me aimablement de me reposer et
veut que je reste couch&eacute; pendant qu&rsquo;il est l&agrave;. Dior est rentr&eacute; &agrave; la compagnie depuis le veille. Voila un mois qu&rsquo;il se reposait et n&rsquo;avait vu la tranch&eacute;e. Il a eu les nerfs &eacute;branl&eacute;s par l&rsquo;attaque du 17 d&eacute;cembre et a de la peine &agrave; se remettre. Quelle terrible affaire que cette at-taque du 17, que de morts &agrave; la 4<span style="font-size: xx-small;">&egrave;me</span><span style="font-size: medium;">. Tous les jours je re&ccedil;ois des lettres &eacute;plor&eacute;es de veuves et de m&egrave;res. Mon Dieu,
que cette guerre est cruelle, que de deuils, quelle responsabilit&eacute; pour celui qui a d&eacute;chain&eacute; cela et dire qu&rsquo;il ne sera peut-&ecirc;tre frapp&eacute; que dans son ambition.
Il faut esp&eacute;rer que Dieu lui r&eacute;serve un ch&acirc;timent exemplaire et qu&rsquo;il finira sa vie dans le d&eacute;sespoir en attendant qu&rsquo;il aille expier ce crime horrible dans l&rsquo;autre monde.</span></p> <p style="text-align: justify;">3 mars &ndash; Ma grippe se termine. &Ccedil;a chauffe du cot&eacute; des anglais ; il doit y avoir grande bataille, les grosses pi&egrave;ces tonnent sans arr&ecirc;t. C&rsquo;est un roulement continu depuis 5 heures du matin.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align:
justify;">4 mars &ndash; Retour &agrave; la cave. Les sous-lieutenants se sont install&eacute;s dans l&rsquo;ancienne cave de la popote. Dior se loge dans leur ancienne cave qu&rsquo;il coupe en deux
par une cloison en laissant la moiti&eacute; &agrave; nos ordonnances. Je fais mettre une porte. Nos installations se perfectionnent comme si nous devions rester toujours. H&eacute;las ! c&rsquo;est que nous n&rsquo;avons pas l&rsquo;espoir de partir tout de suite. Et pourtant tous sont las de cette guerre qui s&rsquo;&eacute;ternise et l&rsquo;on a bien envie de revoir les siens.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">5 mars &ndash; Photographie dans ma cave avec magn&eacute;sium, &ccedil;a ne r&eacute;ussit pas. On recommence en plein air le groupe de
la 4<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me</span><span style="font-size: medium;">, ce sera sans doute meilleur. Dior est demand&eacute; par le g&eacute;n&eacute;ral en chef comme chef de convoi automobile. Il accepte naturellement. Il devait s&rsquo;y attendre et avoir fait agir le gros piston pour obtenir ce poste. Tous l&rsquo;envient car il sera tir&eacute; d&rsquo;affaire et sauvera sa peau. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">6 mars &ndash; Aux tranch&eacute;es, que d&rsquo;eau ! que d&rsquo;eau ! on patauge d&rsquo;une fa&ccedil;on
invraisemblable. A certains endroits on a de l&rsquo;eau par-dessus la cheville. Je suis heureux d&rsquo;avoir des souliers en caoutchouc.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">7 mars &ndash; Journ&eacute;e comme la pr&eacute;c&eacute;dente. J&rsquo;ai vu un lieutenant de territoriale qui m&rsquo;a annonc&eacute; la mort de mon vieux camarade Lef&egrave;vre. Il a &eacute;t&eacute; tu&eacute; dans la retraite de Belgique comme sous-lieutenant au r&eacute;giment territoriale de Laval. Tous les jours, on apprend de nouvelles morts. Celle-ci m&rsquo;est particuli&egrave;rement p&eacute;nible car cet excellent ami &eacute;tait un homme si bon, si hon-n&ecirc;te, si brave, si droit et il laisse une malheureuse veuve avec trois enfants. Quelle tristesse pour la pauvre femme qui aimait certainement son excellent mari. Il avait fait avec moi des projets d&rsquo;avenir la derni&egrave;re fois que je l&rsquo;ai vu &agrave; Cherbourg. L&rsquo;homme propose
et Dieu dispose. J&rsquo;ai su aussi qu&rsquo;un de mes anciens camarades de coll&egrave;ge Mabille du Chesne avait &eacute;t&eacute; tu&eacute; comme capitaine au 124<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me</span><span style="font-size: medium;">. </span></span></p> <p style="text-align: justify;">8 mars &ndash; Un prisonnier boche est amen&eacute; &agrave; mon poste. Il faisait partie d&rsquo;une patrouille qui est venue se perdre dans notre r&eacute;seau de fils de fer. Tous ses camarades ont &eacute;t&eacute; tu&eacute;s. Il n&rsquo;a pas l&rsquo;air d&rsquo;un mauvais diable ; rien de l&rsquo;allemand classique. C&rsquo;est un bon soldat correct, propre, d&eacute;cor&eacute; de la croix de fer. Il est bless&eacute; de deux balles dans un bras. Retour &agrave; Saint-Nicolas pour deux jours.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">9 mars &ndash; Journ&eacute;e &agrave; Saint-Nicolas sans incident notable.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">10 mars &ndash; Nous restons encore &agrave; Saint-Nicolas jusqu&rsquo;&agrave; 7 h du soir. L&rsquo;heure de la rel&egrave;ve est chang&eacute;e. Si les g&eacute;n&eacute;raux venaient dans les boyaux au moment de la rel&egrave;ve, ils ne la feraient pas faire &agrave; cette heure-ci. Elle &eacute;tait bien plus pratique au petit jour et permettait m&ecirc;me d&rsquo;avoir tout le monde sur pied &agrave; une heure o&ugrave; une attaque est possible. Je suis parti avec mon sergent-major et deux fourriers ; nous n&rsquo;arrivions pas &agrave; nous suivre tous les quatre tellement la marche dans les boyaux est p&eacute;nible avec l&rsquo;obscurit&eacute; profonde.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">11 mars &ndash; Journ&eacute;e calme dans les tranch&eacute;es. On dit que les anglais ont conquis un certain nombre de tranch&eacute;es au nord. Quand donc ces maudits boches seront-ils vaincus d&eacute;finitivement.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">12 mars &ndash; Journ&eacute;e aux tranch&eacute;es. Retour &agrave; Saint-Nicolas vers 7 h. Mon poste de commandement est assez agr&eacute;able &agrave; cause de mon entourage. Le m&eacute;decin-auxiliaire de mon bataillon s&rsquo;appelle Martin ; il est de Br&eacute;hal, c&rsquo;est un aimable gar&ccedil;on, agr&eacute;able causeur. J&rsquo;ai pr&egrave;s de moi le fourrier de la 3<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me</span><span style="font-size: medium;">, Trochereris, un granvillais qui est avocat dans le cours ordinaire de la vie. Nous parlons de notre vieux Granville o&ugrave; nous avons beaucoup de connaissances com-munes. J&rsquo;ai aussi mon fourrier Villalard comptable de profession et ancien caporal-secr&eacute;taire </span></span></p> <p style="text-align: justify;">de mon bureau, et mon sergent-major, Marquer, un bon gros entrepreneur de Lille originaire du mortainais.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">Le colonel m&rsquo;invite &agrave; diner pour apr&egrave;s-demain.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">13 mars &ndash; Saint-Nicolas. A 7,15 h, enterrement d&rsquo;un de mes troupiers tu&eacute; la veille dans la tranch&eacute;e. Matin&eacute;e consacr&eacute;e ensuite &agrave; la photographie des officiers du &frac12; bataillon. L&rsquo;apr&egrave;s-midi nous sommes bombard&eacute;s, on reste dans la cave.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">14 mars &ndash; Dimanche, grand-messe &agrave; 9 h. A midi d&eacute;jeuner avec le colonel et son capitaine-adjoint Vinet. Repas simple, le colonel est un buveur d&rsquo;eau. Nous parlons du p&egrave;re Martinez, ce vieux capitaine du 25</p> <p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span></span></span><span style="font-size: medium;">si &eacute;rudit mais si raseur.</span></p> <p style="text-align: justify;">15 mars -
Journ&eacute;e aux tranch&eacute;es. Le colonel me r&eacute;veille &agrave; 5 h et m&rsquo;emm&egrave;ne promener &agrave; tra-vers le labyrinthe des boyaux. S&eacute;rie de dites-moi. Le g&eacute;n&eacute;ral de brigade vient aussi au poste de commandement pendant cette absence. Le commandant Chevillotte est arriv&eacute; au bataillon aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;ai appris que la premi&egrave;re chambre que j&rsquo;avais occup&eacute;e &agrave; Sainte-Catherine a &eacute;t&eacute; travers&eacute;e par un obus. Nous avons d&eacute;cid&eacute;ment bien fait de ne pas retourner &agrave; ce cantonne-ment. Pour ne pas m&rsquo;&ecirc;tre trouv&eacute; &agrave; un de ces passages d&rsquo;obus, il faut avouer que Dieu me pro-t&egrave;ge. Je crois que je suis destin&eacute; &agrave; revoir femme, enfant, parents, tous ceux que j&rsquo;aime et qui m&rsquo;aiment.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">16 mars &ndash; le commandant Chevillotte a l&rsquo;air
d&rsquo;un homme aimable, d&rsquo;un chef agr&eacute;able en m&ecirc;me temps qu&rsquo;&eacute;nergique et plein de coeur. Je vais alterner avec lui pour le commandement du secteur. Pompon reprend la
premi&egrave;re compagnie. Je re&ccedil;ois un mot de Perigault, le cousin de Gustave, il est &agrave; Arras et viendra me voir probablement le lundi 22.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">17 mars &ndash; Le commandant Chevillotte visite le cantonnement de Saint-Nicolas avec nous.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">18 mars &ndash; Photographies dans le parc Leduc, une seule est r&eacute;ussie, c&rsquo;est le groupe des offi-ciers avec le commandant. Nous en sommes contents car, de longtemps, nous ne nous retrou-verons pas avec lui. Visite aux nouvelles tranch&eacute;es de la st&eacute;arinerie construites par le g&eacute;nie. Naturellement, elles sont faites en d&eacute;pit du bon sens et manquent de profondeur. Le g&eacute;nie malfaisant n&rsquo;en fait pas d&rsquo;autres ; heureusement que les fantassins, qui y sont directement int&eacute;ress&eacute;s il est vrai, r&eacute;pareront les gaffes.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">Sous-lieutenant Trochu, Capitaine Vall&eacute;e, Sous-lieutenant</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">Pitault, Capitaine de Montbrun, Commandant Chevillotte,</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">Sous-lieutenants Lhotellier et Allix, Lieutenant Dior,</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">Dans le parc Leduc &agrave; Saint-Nicolas</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">19 mars &ndash; Aux tranch&eacute;es &agrave; mon poste de commandement, visite du colonel et du capitaine de Genouilhac. Ce dernier voit les abris de mitrailleuses des tranch&eacute;es de
r&eacute;serve construits</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">par le g&eacute;nie. Naturellement on ne peut pas y placer les mitrailleuses, il faut abaisser
les ban-quettes.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">20 mars &ndash; Photographie de mon poste de commandement ; je serai content de conserver ce souvenir.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">21 mars &ndash; Dimanche, journ&eacute;e &agrave; Saint-Nicolas, grand-messe, mauvais temps.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">22 mars &ndash; Perigault vient me voir et d&eacute;jeune avec nous. Il est tr&egrave;s gai et plein d&rsquo;esprit. A la fin du repas, il compose et
dit une chansonnette sur les agr&eacute;ments de notre s&eacute;jour. C&rsquo;est, ma foi, fort bien tourn&eacute; et amusant. Nous allons le reconduire jusqu&rsquo;&agrave; Arras. Nous d&eacute;couvrons que le cercle militaire avec sa biblioth&egrave;que vient de rouvrir ses portes ; c&rsquo;est pr&eacute;cieux.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">Nous allons changer de secteur ou plut&ocirc;t le secteur va &ecirc;tre modifi&eacute;. Le bataillon entier reste-ra ici huit jours et ira ensuite se reposer &agrave; Warlus.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">23 mars &ndash; Je re&ccedil;ois une lettre de ma femme me disant que ma petite Lisette va peut-&ecirc;tre perdre un oeil. Je sais qu&rsquo;elle est tr&egrave;s pessimiste, mais cependant je suis tr&egrave;s ennuy&eacute;.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">24 mars &ndash; Le commandant Chevillotte est un bridgeur. Nous faisons une partie apr&egrave;s d&eacute;jeu-ner et une apr&egrave;s diner avec Pompon et Regnier qui sont de bons joueurs. Pompon, cependant, ne sait pas perdre avec calme.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">25 mars &ndash; Le vieux cur&eacute; de Saint-Nicolas est heureux. Deux compagnies se sont confess&eacute;es en grande partie et ont
fait leurs P&acirc;ques. Il est enchant&eacute; du bon esprit du bataillon et en g&eacute;n&eacute;-ral des bretons et normands qui composent le r&eacute;giment.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">26 mars &ndash; Reprise des tranch&eacute;es. J&rsquo;occupe le poste de commandement des tranch&eacute;es 7,8 et 9 dont les deux premi&egrave;res appartenaient d&eacute;j&agrave; &agrave; la 4<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">compagnie quand j&rsquo;&eacute;tais chef de secteur. Le secteur que j&rsquo;avais alors est supprim&eacute; et joint au secteur de Saint-Laurent. </span></span></span></span></p> <p style="text-align: justify;">27 mars &ndash; Aux tranch&eacute;es, ma cabane est assez bien, je l&rsquo;am&eacute;liore encore. Elle para&icirc;t &agrave; l&rsquo;abri d&rsquo;un obus sauf un tr&egrave;s gros certainement. Dior habite avec moi et nous sommes cinq aux repas avec le sous-lieutenant mitrailleur Baudard.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">28 mars &ndash; Nouvelle journ&eacute;e aux tranch&eacute;es. Ce que Dior ronfle m&ecirc;me assis sur une chaise, c&rsquo;est g&ecirc;nant. La nuit prochaine, je l&rsquo;enverrai &agrave; son poste qui est &agrave; quelques m&egrave;tres.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">29 mars &ndash; D&eacute;part le soir &agrave; 8,30 h des tranch&eacute;es pour aller &agrave; Berneville o&ugrave; nous arrivons &agrave; minuit. J&rsquo;ai fait la route &agrave; cheval.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">30 mars &ndash; Je suis log&eacute; &agrave; Berneville chez des paysans qui me donnent leur belle salle comme en ont toutes les fermes du nord. J&rsquo;ai heureusement apport&eacute; de Saint-Nicolas matelas et cou-vertures car tout cela manque. Chaque officier en ayant fait autant, les sous-officiers et les cuisiniers transportant tout un mat&eacute;riel h&eacute;t&eacute;roclite, le passage de la colonne devait &ecirc;tre assez pittoresque. Outre les voitures r&eacute;glementaires du bataillon, nous emmenions des charriots fa-briqu&eacute;s par nos ordonnances pour transporter tous les imp&eacute;dimenta. Ces v&eacute;hicules &eacute;taient atte-l&eacute;s de chevaux, de chiens, voire d&rsquo;une vache. Je passe ma journ&eacute;e &agrave; l&rsquo;essayage des nouvelles capotes bleu horizon.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">31 mars &ndash; On s&rsquo;exerce &agrave; lancer la grenade anglaise, une nouvelle grenade dont l&rsquo;&eacute;clatement est plus violent car elle est charg&eacute;e de cheddite. Concours entre les soldats, le plus adroit la lance &agrave; 55 m&egrave;tres environ.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">er </span><span style="font-size: medium;">avril &ndash; Retour aux tranch&eacute;es, toujours aux tranch&eacute;es 7,8 et 9 et la tranch&eacute;e de r&eacute;serve 13. </span></span></span></span></p> <p style="text-align: justify;">2 avril &ndash; Journ&eacute;e aux tranch&eacute;es. Mes trois tranch&eacute;es sont les plus belles du secteur. Elles ont des parapets en terre rev&ecirc;tue de briques &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur. Tous les
abris sont bien faits et les boyaux bien entretenus. C&rsquo;est que j&rsquo;ai des grad&eacute;s et soldats anim&eacute;s d&rsquo;un excellent esprit et qui cherchent &agrave; me faire plaisir.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">3 avril &ndash; Compartimentage des boyaux avec cr&eacute;neaux pour arr&ecirc;ter l&rsquo;ennemi s&rsquo;il s&rsquo;empara&icirc;t d&rsquo;une partie des tranch&eacute;es. Nous aurons bient&ocirc;t de la fortification plus belle que la perma-nente.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">4 avril &ndash; D&eacute;part de la tranch&eacute;e pour les Quatre maisons, hameau de Saint-Nicolas. Plus de cave, les maisons ont &eacute;t&eacute; respect&eacute;es et nous couchons dans une maison abandonn&eacute;e. Jour de P&acirc;ques, quatre hommes de ma compagnie ont la permission d&rsquo;assister &agrave; la messe dite au poste de commandement de l&rsquo;huilerie. Le soir, grand festin &agrave; Saint-Nicolas, &agrave; la popote du commandant.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">5 avril &ndash; Lundi de P&acirc;ques. Grand-messe dans une grange aux Quatre maisons sur ma de-mande. Un tr&egrave;s grand nombre de soldats y assistent. Beaucoup se sont confess&eacute;s la veille et communient, mon ordonnance Lebas est du nombre. C&rsquo;est
un exemple que je suivrai un de ces jours.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">6 avril &ndash; Journ&eacute;e de pluie et de vent, les tranch&eacute;es seront demain dans un bel &eacute;tat.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">7 avril &ndash; Retour aux tranch&eacute;es 7, 8, 9 et 13 &agrave; travers les boyaux inond&eacute;s. Nous avons de l&rsquo;eau jusqu&rsquo;aux genoux. Ma tranch&eacute;e de r&eacute;serve est occup&eacute;e par une section de territoriaux sous les ordres du lieutenant de Chatenay.</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">8 avril &ndash; Mon sergent-major Marquer me propose de faire une patrouille en avant des tran-ch&eacute;es. Quel brave gar&ccedil;on ! il est toujours gai avec une pointe de m&eacute;lancolie, car il n&rsquo;oublie pas que sa femme est enferm&eacute;e dans Lille et qu&rsquo;il n&rsquo;en a pas de nouvelles depuis plusieurs mois.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">9 avril &ndash; La patrouille de Marquer s&rsquo;est pass&eacute;e sans incident et pourtant il est all&eacute; examiner les tranch&eacute;es boches jusque dans leur r&eacute;seau de fil de fer. Dior fait &eacute;galement une patrouille ce soir. Sorti par une extr&eacute;mit&eacute; des tranch&eacute;es, il rentre par l&rsquo;autre sans dommage.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">10 avril &ndash; Nous partons pour Bonneville. Adieu &agrave; mon poste de commandement des tran-ch&eacute;es 7, 8, 9 et 13, car ensuite nous irons &agrave; Agny pour un mois au moins. Il faut esp&eacute;rer que dans un mois, nous ne serons plus pr&egrave;s d&rsquo;Arras mais bien plus
pr&egrave;s de la fronti&egrave;re. Pourrons-nous rendre &agrave; ces sales gens le mal qu&rsquo;ils nous ont fait. Je crois que nous sommes trop g&eacute;n&eacute;-reux pour cela. Cependant, certains leur en feront voir de dures car on voit des soldats et m&ecirc;me des chefs peu soucieux de la propri&eacute;t&eacute; bien qu&rsquo;&eacute;tant chez des compatriotes. Il y a des canailles dans toutes les nations et dans tous les milieux.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">11 avril &ndash; Dimanche, messe &agrave; l&rsquo;&eacute;glise de Berneville moins militaire que celle de notre cave de Saint-Nicolas.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">12 avril &ndash; Parade d&rsquo;ex&eacute;cution &agrave; Warlus. Il s&rsquo;agit de la d&eacute;gradation de soldats d&rsquo;autres corps qui ont vol&eacute; chez l&rsquo;habitant. L&rsquo;apr&egrave;s-midi, nous avons &eacute;cole de compagnie et de bataillon. Certains officiers de r&eacute;serve et surtout les jeunes sous-lieutenants manquent totalement de l&rsquo;habitude du commandement. Ils commettent des b&eacute;vues invraisemblables.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">13 avril &ndash; Marche militaire le matin et l&rsquo;apr&egrave;s-midi, visite aux nouvelles tranch&eacute;es d&rsquo;Agny. Mon cheval Mistral m&rsquo;y m&egrave;ne a bonne allure. Nous y trouvons le 2<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">bataillon command&eacute; par le commandant Teychen&eacute;, un type du midi qui a un &laquo; assent &raquo; tr&egrave;s prononc&eacute;, un pot &agrave; ta-bac qui a l&rsquo;air militaire d&rsquo;un rond de cuir qu&rsquo;il a toujours &eacute;t&eacute;. Je vais redevenir commandant de quartier avec deux compagnies de territoriale du 81</span><span
style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">et la mienne. Les territoriaux sont des vend&eacute;ens. Les tranch&eacute;es ont l&rsquo;air d&rsquo;une tranquillit&eacute; excessive. Le village que je vais habi</span></span></span></span>ter a &eacute;t&eacute; construit par les soldats le long d&rsquo;un chemin creux qui donne son nom au quartier. C&rsquo;est d&rsquo;un aspect tr&egrave;s dr&ocirc;le, ces petites maisonnettes rang&eacute;es le long d&rsquo;un talus et dont quelques-unes sont orn&eacute;es de jardins.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">14 avril &ndash; D&eacute;part pour Agny o&ugrave; nous arrivons vers 9 h du soir. Je prends possession du poste de commandement du quartier du chemin creux.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">15 avril &ndash; Visite des tranch&eacute;es qui sont en mauvais &eacute;tat avec des cr&eacute;neaux inutilisables et un parapet insuffisant. Nos pr&eacute;d&eacute;cesseurs vivaient avec l&rsquo;id&eacute;e que les boches n&rsquo;attaqueraient pas de ce c&ocirc;t&eacute;. Cela n&rsquo;emp&ecirc;che pas le g&eacute;n&eacute;ral de brigade d&rsquo;&eacute;crire au colonel pour f&eacute;liciter le 2<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span><span style="font-size: medium;">bataillon. Pauvre g&eacute;n&eacute;ral Hennocque, il aurait besoin d&rsquo;apprendre de ses subordonn&eacute;es que nous sommes la fa&ccedil;on d&rsquo;organiser une tranch&eacute;e. Nous la ferons la belle organisation pour notre suret&eacute;, mais nous ne serons probablement pas f&eacute;licit&eacute;s. Les territoriaux vont nous regar-der d&rsquo;un mauvais oeil, car nous sommes des emp&ecirc;cheurs de danser en rond. </span></span></span></span></p> <p style="text-align: justify;">Je commence par organiser leur service qui se fait le plus mal possible. Ce sont pourtant de bons soldats, mais leurs officiers les abandonnent &agrave; eux-m&ecirc;mes sous pr&eacute;texte d&rsquo;aller prendre leur repas au village &agrave; un kilom&egrave;tre d&rsquo;Agny. Naturellement, les sous-officiers suivent le mau-vais exemple et aucun soldat ne reste alors &agrave; veiller dans la tranch&eacute;e. J&rsquo;exige la pr&eacute;sence cons-tante d&rsquo;au moins un officier par compagnie dans les tranch&eacute;es ou au chemin creux. Le service se fait tout de suite d&rsquo;une autre mani&egrave;re.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">16 avril &ndash; Continuation d&rsquo;organisation. Arrangement de mon poste que le brave Marquer orne de fleurs. Mon habitation se compose de deux pi&egrave;ces : chambre &agrave; coucher et salle &agrave; man-ger, le tout presque luxueux gr&acirc;ce aux d&eacute;pouilles des maisons du village voisin. Les boches bombardent Agny chaque jour ; on voit d&rsquo;ici les briques voler. Mes cuisiniers sont peu rassu-r&eacute;s, surtout ce bon Potier notre ma&icirc;tre-coq qui tient allum&eacute;s deux fourneaux, un en haut et l&rsquo;autre dans la cave.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">17 avril &ndash; Recherche des passages du Grainchon en cas improbable de retraite rapide. Le soir, nous allumons des feux
sur les rives pour attirer le feu de l&rsquo;artillerie ennemie. On s&rsquo;habitue &agrave; cette vie monotone. Quand cela finira-t-il, il serait bien temps d&rsquo;aller revoir sa femme.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">18 avril &ndash; Messe &agrave; Agny dans une cave d&rsquo;une profondeur extraordinaire. Cela ressemble &agrave; des catacombes. Cette cave est construite sous une autre cave ; elle n&rsquo;est pas isol&eacute;e et se con-tinue par une autre. Il y a foule comme toujours.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">19 avril &ndash; Beau temps, le chemin creux serait-il une agr&eacute;able r&eacute;sidence ! Les boches nous laissent bien tranquilles, cependant, ils cherchent &agrave; nous faire du mal avec leurs canons et bombardent mais sans danger pour nous. Nous allumons des lanternes le long du Grainchon pour les inciter &agrave; tirer dans cette direction.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">20 avril &ndash; Les lanternes n&rsquo;ont donn&eacute; qu&rsquo;un r&eacute;sultat m&eacute;diocre ; on les remplace &agrave; nouveau par des feux de bois qui sont salu&eacute;s par quelques balles.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">21 avril &ndash; Les territoriaux du quartier d&rsquo;Agny, que commande Pompon, se sont laiss&eacute; voler du fil de fer et des pieux par les boches. Le g&eacute;n&eacute;ral de brigade, homme emport&eacute;, est furieux. Il ordonne pour chaque nuit des patrouilles de territoriaux sous les ordres de grad&eacute;s de l&rsquo;active. Les miens &eacute;copent comme les camarades. Une premi&egrave;re patrouille sort sous les ordres d&rsquo;un de mes sergents. Elle rencontre une patrouille boche dans la plaine ; les hommes se replient &agrave; 50 m&egrave;tres abandonnant mon sergent qui s&rsquo;en tire heureusement.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">22 avril &ndash; Les m&ecirc;mes hommes ont recommenc&eacute; la patrouille et se sont bien conduits. Mes tranch&eacute;es s&rsquo;am&eacute;liorent et tendent vers la tranch&eacute;e parfaite.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">23 avril &ndash; Grande nouvelle : on doit attaquer au nord d&rsquo;Arras. Trois corps d&rsquo;arm&eacute;e sont arri-v&eacute;s, dit-on, avec une grande quantit&eacute; d&rsquo;artillerie. Si cela pouvait r&eacute;ussir et nous conduire pr&egrave;s de la fronti&egrave;re ! La paix en sortirait
peut-&ecirc;tre avec le retour au foyer. Pauvres foyers, comme ils sont loin, combien ne les reverront pas.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">24 avril &ndash; Je re&ccedil;ois une lettre de ma femme qui se plaint de mon silence. J&rsquo;&eacute;cris cependant chaque jour. Les correspondances sont arr&ecirc;t&eacute;es sans doute, on ne veut pas que l&rsquo;on connaisse l&rsquo;arriv&eacute;e des renforts &agrave; Arras. La lettre &eacute;tait accompagn&eacute;e de la photographie de mes quatre mioches. Cela m'a fait grand plaisir. Ils ont l&rsquo;air bien graves et la petite Jeannette fait la moue. Elle est bien mignonne quand m&ecirc;me et je voudrais bien la voir ainsi que les autres et ma ch&egrave;re femme et mes vieux parents.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">25 avril &ndash; Messe dans la profonde cave d&rsquo;Agny. On dit que les boches, par des moyens d&eacute;-loyaux, nous ont fait reculer pr&egrave;s d&rsquo;Ypres. Ils emploient des gaz asphyxiants, les l&acirc;ches ! Ils nous ont pris 32 canons et fait reculer sur l&rsquo;Yser de six kilom&egrave;tres. Cela ne les emp&ecirc;chera pas d&rsquo;&ecirc;tre battus. J&rsquo;esp&egrave;re que l&rsquo;on emploiera les m&ecirc;mes moyens que ces adversaires f&eacute;lons. En attendant, l&rsquo;attaque est recul&eacute;e car un corps d&rsquo;arm&eacute;e est oblig&eacute; de partir pour l&rsquo;Yser. Que je voudrais entrer en Allemagne et faire payer aux boches leurs traitrises.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">26 avril &ndash; Il n&rsquo;est parti qu&rsquo;une division du 9<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: xx-small;">&egrave;me </span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span></span><span style="font-size: medium;">corps pour l&rsquo;Yser, mais nous voil&agrave; immobili-s&eacute;s l&agrave; pour quelque temps encore.</span></p> <p style="text-align: justify;">27 avril &ndash; Bombardement intense par les boches avec de grosses pi&egrave;ces. Pas de r&eacute;sultat, nous n&rsquo;avons aucun bless&eacute;. Cependant beaucoup d&rsquo;obus sont tomb&eacute;s pr&egrave;s des tranch&eacute;es et un sur le parapet m&ecirc;me. Nous devons cet heureux hasard &agrave; ce que, nos tranch&eacute;es &eacute;tant faciles &agrave; surveil-ler, il n&rsquo;y est laiss&eacute;, en plein jour, qu&rsquo;une sentinelle de place en place.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">28 avril &ndash; Nos voisins territoriaux ayant plant&eacute; un petit drapeau tricolore dans la plaine, les boches s&rsquo;en sont
empar&eacute;s et l&rsquo;ont mis pr&egrave;s d&rsquo;un de leurs postes d&rsquo;&eacute;coute. J&rsquo;essaie en vain de l&rsquo;abattre &agrave; coups de fusil.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">29 avril &ndash; Patrouille envoy&eacute;e pour enlever le drapeau, mais il dispara&icirc;t &agrave; son nez.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">30 avril &ndash; On me pr&eacute;vient &agrave; 10 h du soir que le drapeau est remis. Ma patrouille part et le re-cueille sans coup f&eacute;rir. Leur poste &eacute;tait occup&eacute; et des travailleurs se tenaient &agrave; 50 m de l&agrave;. Le sergent Jallouin qui a dirig&eacute; la patrouille est un brave. Cependant, il n&rsquo;y avait pas de danger car les boches avaient attach&eacute; au drapeau des journaux en fran&ccedil;ais c&eacute;l&eacute;brant leurs vertus et leur force encore imposante. Pauvres sots qui esp&egrave;rent nous piper par des ruses aussi gros-si&egrave;res. C&rsquo;est enfantin.</p> <p style="text-align: justify;">&nbsp;</p> <p style="text-align: justify;">1<span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style="font-size: medium;"><span style=" […]

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