🌳 Arbre Gingold-Geny
par marc-gingold
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Pierre Antide Marie Bernard LESCOT
Pierre Antide Marie Bernard LESCOT
- Né le 10 août 1890 (dimanche) - Gray, Haute Saône, Franche-Comté, France
- Décédé le 13 mai 1969 (mardi) - Paris, Ile-de-France, France, à l'âge de 78 ans
- Professeur droit commercial à la Faculté de droit de Nancy, Conseiller d'Etat, Président de chambre à la Cour de cassation
Parents
- Henry Désiré LESCOT 1852-1935
- Marie Victoire CALLET 1864-1922
Union(s) et enfant(s)
-
Marié le 4 mai 1927 (mercredi), Nancy, Meurthe et Moselle, Lorraine, France, avec
Anne Marie Jeanne GENY 1900-1978
dont
- Marie Jeannine LESCOT 1928-2020
- Claude Henry Joseph LESCOT 1930-2014
- Sabine LESCOT 1937-1964
Frères et sœurs
- Jeanne Clotilde Marie Antoinette LESCOT 1886-1971
- Pierre Antide Marie Bernard LESCOT 1890-1969
Événements
- 10 août 1890 :
- Naissance - Gray, Haute Saône, Franche-Comté, France
- 4 mai 1927 :
-
Mariage (avec Anne Marie Jeanne GENY) - Nancy, Meurthe et Moselle, Lorraine, France
5 mai 1927, Dijon
- 1942 :
-
Profession : Conseiller d'Etat, Président de chambre à la Cour de cassation
Source : Cour de cassation
- 13 mai 1969 :
- Décès - Paris, Ile-de-France, France
-
Autre événement : Distinction
Commandeur de la Légion d'honneur
-
Profession : Professeur droit commercial à la Faculté de droit de Nancy
Professeur à la faculté de droit, premier président de la cour de cassation, conseiller d'Etat, commandeur de la Légion d'honneur.
<p>--------------------------------------------------------------------------------------------------------------</p>
<p>http://www.courdecassation.fr/institution_1/occasion_audiences_59/debut_annee_60/annees_1960_3337/octobre_1969_10330.html</p>
<p></p>
<p>De nombreux collègues se sont recueillis au printemps dernier, dans l'église Saint-François-Xavier, pour rendre un dernier hommage ému à monsieur Pierre Lescot, premier président honoraire de la Cour de cassation, professeur honoraire de l'université de Nancy.
<p> </p>
<p>Avant d'être nommé directement conseiller à la Cour de cassation en 1942, monsieur Pierre Lescot avait enseigné pendant vingt ans le droit commercial à la Faculté de droit de Nancy.</p>
<p> </p>
<p>Il avait fait à Dijon de brillantes études couronnées par deux thèses : " Essai sur la période constitutive des personnes morales de droit privé " et " Participation ouvrière aux bénéfices dans les mines d'Epinac et de Blanzy et projet de participation obligatoire dans l'industrie minérale française " thèse prémonitoire et, cinquante ans après, d'actualité brûlante, puis par l'agrégation en 1922. Il fut titularisé comme professeur de droit commercial à la Faculté de droit de Nancy.
<p> </p>
<p>Ceux qui ont bénéficié de son enseignement rappellent ses leçons clairement exposées, dégageant avec netteté les principes, et débouchant sur le réel.</p>
<p> </p>
<p>L'un de ses anciens étudiants qui siège parmi vous disait : " Il faisait sentir l'esprit du droit commercial et avait toujours un grand souci des conséquences pratiques qui découlaient d'une doctrine juridique ".
<p> </p>
<p>Très attentif au mouvement de la législation, il faisait paraître fréquemment dans les principales revues commerciales des dissertations et des commentaires toujours remarqués.</p>
<p> </p>
<p>Débordant le cadre des spéculations purement théoriques, il était devenu le consultant - suivi - des chambres de commerce et des plus importants groupements industriels de la région de l'Est.</p>
<p> </p>
<p>Aussi, monsieur Lescot avait-il conquis dans les milieux universitaires une place des plus honorables, quand il sollicita, en 1942, sa nomination à un poste de conseiller à la Cour de cassation.</p>
<p> </p>
<p>Son désir était si vif qu'il écrivait dans sa requête : " Bien que titularisé dans une chaire de droit commercial, je ne mets aucune condition à cette nomination et j'accepterai mon affectation à l'une quelconque des chambres de la Cour de cassation, même à la chambre criminelle ".
<p> </p>
<p>On peut se poser la question de savoir pour quelles raisons monsieur Pierre Lescot, que les chefs de l'université de Nancy représentaient comme devant s'affirmer l'un des meilleurs professeurs français de droit commercial, tenait tant à siéger parmi nous.
<p> </p>
<p>Bien sûr, le prestige de votre cour était-il une raison suffisante, mais il est probable que des influences parentales n'aient pas été étrangères à cette vocation.</p>
<p> </p>
<p>Il faut savoir d'abord que le père de monsieur Lescot était magistrat à Gray où il était resté toute sa carrière, non qu'il était dénué de valeur - il était au contraire fort estimé pour sa science juridique - catholique pratiquant, intransigeant sur les principes, dépourvu de toute ambition de carrière, d'une indépendance absolue, il démissionna au moment de l'affaire des congrégations. Il avait élevé son fils avec rigueur et dans le respect des fonctions de magistrat et il n'est pas impossible que cette éducation lui ait donné la pensée d'embrasser un jour la profession paternelle, en tout cas, il est certain que le père avait fortement marqué le fils.
<p> </p>
<p></p>
<p>Une autre personnalité a eu également une grande influence sur monsieur Lescot, celle du doyen François Geny dont il était le gendre. Il faut se reporter cinquante ans en arrière pour mesurer l'influence que ce jurisconsulte de renommée mondiale a eu sur l'évolution de la doctrine d'interprétation de la loi.
<p> </p>
<p>Monsieur Geny, comme l'appelaient ses étudiants qui l'adoraient, a placé l'étude de la fonction judiciaire au centre de son oeuvre, qui est toute dans le sens de l'affirmation d'un droit naturel et d'une justice supérieure aux lois.
<p> </p>
<p>Dans " Méthodes d'interprétation et sources en droit privé positif ", Geny oblige ceux qui font la jurisprudence à prendre conscience de leur rôle, il leur demande de montrer plus de hardiesse dans leurs décisions et dans " Science et technique en droit privé " il souhaite l'amélioration des décisions judiciaires par leur meilleure adaptation aux réalités sociales, l'abandon de la m��thode exégétique qui est artificielle et conduit à des règles inadaptées aux transformations de la société et son remplacement par la libre recherche scientifique en vue d'une profonde et constante adaptation des arrêts aux exigences de la vie sociale, morale, politique et économique.
<p> </p>
<p>Il écrivait encore : " Le besoin se fait sentir d'introduire en notre organisation positive, plus de fraternité profonde, de solidarité sociale, d'atténuer les rigueurs excessives du droit individuel, en considération de l'intérêt social et commun ".
<p> </p>
<p>Geny a ainsi assigné au juriste un rôle social, monsieur Lescot avait une profonde admiration pour son beau-père.</p>
<p> </p>
<p>C'est sans doute ce rôle qu'il a voulu efficacement remplir chez nous.</p>
<p> </p>
<p>D'ailleurs, s'il était besoin de montrer que ces questions de méthode ont toujours préoccupé monsieur Lescot, il suffirait de lire un de ses derniers articles écrits en 1966 intitulé : " Les tribunaux en face de la carence du législateur ".
<p> </p>
<p>Outre des raisons d'ordre familial qui l'ont poussé dans cette voie, voici monsieur Lescot conseiller à la Cour de cassation.</p>
<p> </p>
<p>Il est d'abord affecté à la chambre des requêtes et lors de la suppression de cette chambre et du sectionnement des chambres civiles, il est appelé à siéger à la chambre commerciale.</p>
<p> </p>
<p>Il s'affirme tout de suite comme un magistrat de grande classe et le président Félix Mazeaud vante " sa clarté d'esprit, sa rectitude de jugement, sa science juridique qu'il adapte remarquablement à la pratique, sa puissance de travail, sa perfection de rédaction ".
<p> </p>
<p>Dans leur notice de présentation, les chefs de la Cour de Nancy avaient écrit qu'il était froid, réservé, un peu susceptible, mais d'une intransigeante droiture.</p>
<p> </p>
<p>Dans leur concision, ces notations s'avérèrent en partie exactes, tout en faisant remarquer que sa légère susceptibilité avait surtout pour fondement une grande sensibilité.</p>
<p> </p>
<p>Monsieur Lescot avait trop de personnalité pour ne pas être tenté de l'affirmer, trop de science juridique pour ne pas le faire sentir à un collègue un peu incertain sur certains points de droit, trop réservé pour faire sentir que la discrétion est préférable à l'ostentation, trop précis dans l'expression de sa pensée pour ne pas blâmer les manifestations purement verbales et dans les délibérés, il savait trouver les phrases lapidaires qui traduisaient sa manière de voir, car il était incapable de céler sa pensée, de simuler ou de dissimuler, de dire une parole qu'il ne pensait pas, de faire un compliment non mérité.
<p> </p>
<p></p>
<p>Mais sa sincérité, sa droiture, sa loyauté, sa grande lucidité intellectuelle, lui valurent l'estime de tous et d'indéfectibles amitiés.</p>
<p> </p>
<p>Il exposait ses raisons avec vigueur et entraînait souvent la décision de la chambre surtout dans la matière des " effets de commerce " qui avait toujours retenu son attention, puisque dès 1934 il avait fait paraître le premier tome de son livre " Les effets de commerce ", mis à jour et complété par un tome II en 1953, oeuvre qui est toujours considérée comme l'ouvrage le meilleur et le plus complet sur ces questions.
<p> </p>
<p>Les présidents Gustave Larroque et Rossignol affirmaient volontiers que les exceptionnelles qualités de monsieur Lescot lui donnaient vocation à diriger les travaux de la chambre commerciale.</p>
<p> </p>
<p>Cette nomination intervint en 1957.</p>
<p> </p>
<p>Ayant la responsabilité de la bonne marche d'une chambre, monsieur Lescot modifia ses méthodes, il se sentait une responsabilité à l'égard de ses conseillers qu'il tenait à former lui-même, très patient à leur égard, il annotait de sa fine écriture leurs projets d'arrêts et lorsqu'il n'était pas de l'avis du rapporteur, il ne manquait jamais de discuter avec lui de la solution du problème à résoudre avant l'audience pour éviter toute surprise.
<p> </p>
<p>Il exerçait sur ses conseillers un grand ascendant, il excellait dans les rédactions serrées, synthétiques qui en quelques mots englobent un ensemble de principes, il savait remettre la lumière dans la discussion quand celle-ci s'égarait et il se révéla un grand président dont les titres éminents devaient être officiellement reconnus le 31 août 1960 par l'attribution de la cravate de commandeur de la Légion d'honneur.
<p> </p>
<p>Mais, connaissant bien sa bouillonnante personnalité, attestant sa grande jeunesse d'esprit, il s'interdisait à la fin de sa carrière de siéger aux chambres réunies, craignant ses réactions spontanées quand certains propos émis ne rencontraient pas son adhésion.
<p> </p>
<p>Monsieur Pierre Lescot prit sa retraite en 1961, il avait marqué profondément la Cour de cassation de sa personnalité pendant ses dix-neuf années de vie judiciaire.</p>
<p> </p>
<p>Il continua à fréquenter la bibliothèque de la Cour de cassation et à écrire de nombreux articles de doctrine qui font autorité.</p>
<p> </p>
<p>La Cour de cassation conservera le fidèle souvenir de cette attachante personnalité, elle s'incline avec le plus grand respect devant la douleur de madame Lescot et celle de ses enfants.</p>
<p>--------------------------------------------------------------------------------------------------------------</p> - Études : Agrégé de Droit - Dijon, Côte d'Or, Bourgogne-Franche-Comté, France
Notes
http://www.courdecassation.fr/br_institution_br_br_1/occasion_audiences_59/debut_annee_60/octobre_1969_10330.html
<p></p>
<p>Monsieur Pierre Lescot</p>
<p></p>
<p>De nombreux collègues se sont recueillis au printemps dernier, dans l'église Saint-François-Xavier, pour rendre un dernier hommage ému à monsieur Pierre Lescot, premier président honoraire de la Cour de cassation, professeur honoraire de l'université de Nancy.
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<p>Avant d'être nommé directement conseiller à la Cour de cassation en 1942, monsieur Pierre Lescot avait enseigné pendant vingt ans le droit commercial à la Faculté de droit de Nancy.</p>
<p></p>
<p>Il avait fait à Dijon de brillantes études couronnées par deux thèses : " Essai sur la période constitutive des personnes morales de droit privé " et " Participation ouvrière aux bénéfices dans les mines d'Epinac et de Blanzy et projet de participation obligatoire dans l'industrie minérale française " thèse prémonitoire et, cinquante ans après, d'actualité brûlante, puis par l'agrégation en 1922. Il fut titularisé comme professeur de droit commercial à la Faculté de droit de Nancy.
<p></p>
<p>Ceux qui ont bénéficié de son enseignement rappellent ses leçons clairement exposées, dégageant avec netteté les principes, et débouchant sur le réel.</p>
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<p>L'un de ses anciens étudiants qui siège parmi vous disait : " Il faisait sentir l'esprit du droit commercial et avait toujours un grand souci des conséquences pratiques qui découlaient d'une doctrine juridique ".
<p></p>
<p>Très attentif au mouvement de la législation, il faisait paraître fréquemment dans les principales revues commerciales des dissertations et des commentaires toujours remarqués.</p>
<p></p>
<p>Débordant le cadre des spéculations purement théoriques, il était devenu le consultant - suivi - des chambres de commerce et des plus importants groupements industriels de la région de l'Est.</p>
<p></p>
<p>Aussi, monsieur Lescot avait-il conquis dans les milieux universitaires une place des plus honorables, quand il sollicita, en 1942, sa nomination à un poste de conseiller à la Cour de cassation.</p>
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<p>Son désir était si vif qu'il écrivait dans sa requête : " Bien que titularisé dans une chaire de droit commercial, je ne mets aucune condition à cette nomination et j'accepterai mon affectation à l'une quelconque des chambres de la Cour de cassation, même à la chambre criminelle ".
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<p>On peut se poser la question de savoir pour quelles raisons monsieur Pierre Lescot, que les chefs de l'université de Nancy représentaient comme devant s'affirmer l'un des meilleurs professeurs français de droit commercial, tenait tant à siéger parmi nous.
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<p>Bien sûr, le prestige de votre cour était-il une raison suffisante, mais il est probable que des influences parentales n'aient pas été étrangères à cette vocation.</p>
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<p>Il faut savoir d'abord que le père de monsieur Lescot était magistrat à Gray où il était resté toute sa carrière, non qu'il était dénué de valeur - il était au contraire fort estimé pour sa science juridique - catholique pratiquant, intransigeant sur les principes, dépourvu de toute ambition de carrière, d'une indépendance absolue, il démissionna au moment de l'affaire des congrégations. Il avait élevé son fils avec rigueur et dans le respect des fonctions de magistrat et il n'est pas impossible que cette éducation lui ait donné la pensée d'embrasser un jour la profession paternelle, en tout cas, il est certain que le père avait fortement marqué le fils.
<p></p>
<p>Une autre personnalité a eu également une grande influence sur monsieur Lescot, celle du doyen François Geny dont il était le gendre. Il faut se reporter cinquante ans en arrière pour mesurer l'influence que ce jurisconsulte de renommée mondiale a eu sur l'évolution de la doctrine d'interprétation de la loi.
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<p>Monsieur Geny, comme l'appelaient ses étudiants qui l'adoraient, a placé l'étude de la fonction judiciaire au centre de son oeuvre, qui est toute dans le sens de l'affirmation d'un droit naturel et d'une justice supérieure aux lois.
<p></p>
<p>Dans " Méthodes d'interprétation et sources en droit privé positif ", Geny oblige ceux qui font la jurisprudence à prendre conscience de leur rôle, il leur demande de montrer plus de hardiesse dans leurs décisions et dans " Science et technique en droit privé " il souhaite l'amélioration des décisions judiciaires par leur meilleure adaptation aux réalités sociales, l'abandon de la m��thode exégétique qui est artificielle et conduit à des règles inadaptées aux transformations de la société et son remplacement par la libre recherche scientifique en vue d'une profonde et constante adaptation des arrêts aux exigences de la vie sociale, morale, politique et économique.
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<p>Il écrivait encore : " Le besoin se fait sentir d'introduire en notre organisation positive, plus de fraternité profonde, de solidarité sociale, d'atténuer les rigueurs excessives du droit individuel, en considération de l'intérêt social et commun ".
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<p>Geny a ainsi assigné au juriste un rôle social, monsieur Lescot avait une profonde admiration pour son beau-père.</p>
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<p>C'est sans doute ce rôle qu'il a voulu efficacement remplir chez nous.</p>
<p></p>
<p>D'ailleurs, s'il était besoin de montrer que ces questions de méthode ont toujours préoccupé monsieur Lescot, il suffirait de lire un de ses derniers articles écrits en 1966 intitulé : " Les tribunaux en face de la carence du législateur ".
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<p>Outre des raisons d'ordre familial qui l'ont poussé dans cette voie, voici monsieur Lescot conseiller à la Cour de cassation.</p>
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<p>Il est d'abord affecté à la chambre des requêtes et lors de la suppression de cette chambre et du sectionnement des chambres civiles, il est appelé à siéger à la chambre commerciale.</p>
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<p>Il s'affirme tout de suite comme un magistrat de grande classe et le président Félix Mazeaud vante " sa clarté d'esprit, sa rectitude de jugement, sa science juridique qu'il adapte remarquablement à la pratique, sa puissance de travail, sa perfection de rédaction ".
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<p>Dans leur notice de présentation, les chefs de la Cour de Nancy avaient écrit qu'il était froid, réservé, un peu susceptible, mais d'une intransigeante droiture.</p>
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<p>Dans leur concision, ces notations s'avérèrent en partie exactes, tout en faisant remarquer que sa légère susceptibilité avait surtout pour fondement une grande sensibilité.</p>
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<p>Monsieur Lescot avait trop de personnalité pour ne pas être tenté de l'affirmer, trop de science juridique pour ne pas le faire sentir à un collègue un peu incertain sur certains points de droit, trop réservé pour faire sentir que la discrétion est préférable à l'ostentation, trop précis dans l'expression de sa pensée pour ne pas blâmer les manifestations purement verbales et dans les délibérés, il savait trouver les phrases lapidaires qui traduisaient sa manière de voir, car il était incapable de céler sa pensée, de simuler ou de dissimuler, de dire une parole qu'il ne pensait pas, de faire un compliment non mérité.
<p></p>
<p>Mais sa sincérité, sa droiture, sa loyauté, sa grande lucidité intellectuelle, lui valurent l'estime de tous et d'indéfectibles amitiés.</p>
<p></p>
<p>Il exposait ses raisons avec vigueur et entraînait souvent la décision de la chambre surtout dans la matière des " effets de commerce " qui avait toujours retenu son attention, puisque dès 1934 il avait fait paraître le premier tome de son livre " Les effets de commerce ", mis à jour et complété par un tome II en 1953, oeuvre qui est toujours considérée comme l'ouvrage le meilleur et le plus complet sur ces questions.
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<p>Les présidents Gustave Larroque et Rossignol affirmaient volontiers que les exceptionnelles qualités de monsieur Lescot lui donnaient vocation à diriger les travaux de la chambre commerciale. </p>
<p>Cette nomination intervint en 1957.</p>
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<p>Ayant la responsabilité de la bonne marche d'une chambre, monsieur Lescot modifia ses méthodes, il se sentait une responsabilité à l'égard de ses conseillers qu'il tenait à former lui-même, très patient à leur égard, il annotait de sa fine écriture leurs projets d'arrêts et lorsqu'il n'était pas de l'avis du rapporteur, il ne manquait jamais de discuter avec lui de la solution du problème à résoudre avant l'audience pour éviter toute surprise.
<p></p>
<p>Il exerçait sur ses conseillers un grand ascendant, il excellait dans les rédactions serrées, synthétiques qui en quelques mots englobent un ensemble de principes, il savait remettre la lumière dans la discussion quand celle-ci s'égarait et il se révéla un grand président dont les titres éminents devaient être officiellement reconnus le 31 août 1960 par l'attribution de la cravate de commandeur de la Légion d'honneur.
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<p>Mais, connaissant bien sa bouillonnante personnalité, attestant sa grande jeunesse d'esprit, il s'interdisait à la fin de sa carrière de siéger aux chambres réunies, craignant ses réactions spontanées quand certains propos émis ne rencontraient pas son adhésion.
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<p>Monsieur Pierre Lescot prit sa retraite en 1961, il avait marqué profondément la Cour de cassation de sa personnalité pendant ses dix-neuf années de vie judiciaire.</p>
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<p>Il continua à fréquenter la bibliothèque de la Cour de cassation et à écrire de nombreux articles de doctrine qui font autorité.</p>
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<p>La Cour de cassation conservera le fidèle souvenir de cette attachante personnalité, elle s'incline avec le plus grand respect devant la douleur de madame Lescot et celle de ses enfants.</p>
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<p>Monsieur Pierre Lescot</p>
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<p>De nombreux collègues se sont recueillis au printemps dernier, dans l'église Saint-François-Xavier, pour rendre un dernier hommage ému à monsieur Pierre Lescot, premier président honoraire de la Cour de cassation, professeur honoraire de l'université de Nancy.
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<p>Avant d'être nommé directement conseiller à la Cour de cassation en 1942, monsieur Pierre Lescot avait enseigné pendant vingt ans le droit commercial à la Faculté de droit de Nancy.</p>
<p></p>
<p>Il avait fait à Dijon de brillantes études couronnées par deux thèses : " Essai sur la période constitutive des personnes morales de droit privé " et " Participation ouvrière aux bénéfices dans les mines d'Epinac et de Blanzy et projet de participation obligatoire dans l'industrie minérale française " thèse prémonitoire et, cinquante ans après, d'actualité brûlante, puis par l'agrégation en 1922. Il fut titularisé comme professeur de droit commercial à la Faculté de droit de Nancy.
<p></p>
<p>Ceux qui ont bénéficié de son enseignement rappellent ses leçons clairement exposées, dégageant avec netteté les principes, et débouchant sur le réel.</p>
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<p>L'un de ses anciens étudiants qui siège parmi vous disait : " Il faisait sentir l'esprit du droit commercial et avait toujours un grand souci des conséquences pratiques qui découlaient d'une doctrine juridique ".
<p></p>
<p>Très attentif au mouvement de la législation, il faisait paraître fréquemment dans les principales revues commerciales des dissertations et des commentaires toujours remarqués.</p>
<p></p>
<p>Débordant le cadre des spéculations purement théoriques, il était devenu le consultant - suivi - des chambres de commerce et des plus importants groupements industriels de la région de l'Est.</p>
<p></p>
<p>Aussi, monsieur Lescot avait-il conquis dans les milieux universitaires une place des plus honorables, quand il sollicita, en 1942, sa nomination à un poste de conseiller à la Cour de cassation.</p>
<p></p>
<p>Son désir était si vif qu'il écrivait dans sa requête : " Bien que titularisé dans une chaire de droit commercial, je ne mets aucune condition à cette nomination et j'accepterai mon affectation à l'une quelconque des chambres de la Cour de cassation, même à la chambre criminelle ".
<p></p>
<p>On peut se poser la question de savoir pour quelles raisons monsieur Pierre Lescot, que les chefs de l'université de Nancy représentaient comme devant s'affirmer l'un des meilleurs professeurs français de droit commercial, tenait tant à siéger parmi nous.
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<p>Bien sûr, le prestige de votre cour était-il une raison suffisante, mais il est probable que des influences parentales n'aient pas été étrangères à cette vocation.</p>
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<p>Il faut savoir d'abord que le père de monsieur Lescot était magistrat à Gray où il était resté toute sa carrière, non qu'il était dénué de valeur - il était au contraire fort estimé pour sa science juridique - catholique pratiquant, intransigeant sur les principes, dépourvu de toute ambition de carrière, d'une indépendance absolue, il démissionna au moment de l'affaire des congrégations. Il avait élevé son fils avec rigueur et dans le respect des fonctions de magistrat et il n'est pas impossible que cette éducation lui ait donné la pensée d'embrasser un jour la profession paternelle, en tout cas, il est certain que le père avait fortement marqué le fils.
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<p>Une autre personnalité a eu également une grande influence sur monsieur Lescot, celle du doyen François Geny dont il était le gendre. Il faut se reporter cinquante ans en arrière pour mesurer l'influence que ce jurisconsulte de renommée mondiale a eu sur l'évolution de la doctrine d'interprétation de la loi.
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<p>Monsieur Geny, comme l'appelaient ses étudiants qui l'adoraient, a placé l'étude de la fonction judiciaire au centre de son oeuvre, qui est toute dans le sens de l'affirmation d'un droit naturel et d'une justice supérieure aux lois.
<p></p>
<p>Dans " Méthodes d'interprétation et sources en droit privé positif ", Geny oblige ceux qui font la jurisprudence à prendre conscience de leur rôle, il leur demande de montrer plus de hardiesse dans leurs décisions et dans " Science et technique en droit privé " il souhaite l'amélioration des décisions judiciaires par leur meilleure adaptation aux réalités sociales, l'abandon de la m��thode exégétique qui est artificielle et conduit à des règles inadaptées aux transformations de la société et son remplacement par la libre recherche scientifique en vue d'une profonde et constante adaptation des arrêts aux exigences de la vie sociale, morale, politique et économique.
<p></p>
<p>Il écrivait encore : " Le besoin se fait sentir d'introduire en notre organisation positive, plus de fraternité profonde, de solidarité sociale, d'atténuer les rigueurs excessives du droit individuel, en considération de l'intérêt social et commun ".
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<p>Geny a ainsi assigné au juriste un rôle social, monsieur Lescot avait une profonde admiration pour son beau-père.</p>
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<p>C'est sans doute ce rôle qu'il a voulu efficacement remplir chez nous.</p>
<p></p>
<p>D'ailleurs, s'il était besoin de montrer que ces questions de méthode ont toujours préoccupé monsieur Lescot, il suffirait de lire un de ses derniers articles écrits en 1966 intitulé : " Les tribunaux en face de la carence du législateur ".
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<p>Outre des raisons d'ordre familial qui l'ont poussé dans cette voie, voici monsieur Lescot conseiller à la Cour de cassation.</p>
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<p>Il est d'abord affecté à la chambre des requêtes et lors de la suppression de cette chambre et du sectionnement des chambres civiles, il est appelé à siéger à la chambre commerciale.</p>
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<p>Il s'affirme tout de suite comme un magistrat de grande classe et le président Félix Mazeaud vante " sa clarté d'esprit, sa rectitude de jugement, sa science juridique qu'il adapte remarquablement à la pratique, sa puissance de travail, sa perfection de rédaction ".
<p></p>
<p>Dans leur notice de présentation, les chefs de la Cour de Nancy avaient écrit qu'il était froid, réservé, un peu susceptible, mais d'une intransigeante droiture.</p>
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<p>Dans leur concision, ces notations s'avérèrent en partie exactes, tout en faisant remarquer que sa légère susceptibilité avait surtout pour fondement une grande sensibilité.</p>
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<p>Monsieur Lescot avait trop de personnalité pour ne pas être tenté de l'affirmer, trop de science juridique pour ne pas le faire sentir à un collègue un peu incertain sur certains points de droit, trop réservé pour faire sentir que la discrétion est préférable à l'ostentation, trop précis dans l'expression de sa pensée pour ne pas blâmer les manifestations purement verbales et dans les délibérés, il savait trouver les phrases lapidaires qui traduisaient sa manière de voir, car il était incapable de céler sa pensée, de simuler ou de dissimuler, de dire une parole qu'il ne pensait pas, de faire un compliment non mérité.
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<p>Mais sa sincérité, sa droiture, sa loyauté, sa grande lucidité intellectuelle, lui valurent l'estime de tous et d'indéfectibles amitiés.</p>
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<p>Il exposait ses raisons avec vigueur et entraînait souvent la décision de la chambre surtout dans la matière des " effets de commerce " qui avait toujours retenu son attention, puisque dès 1934 il avait fait paraître le premier tome de son livre " Les effets de commerce ", mis à jour et complété par un tome II en 1953, oeuvre qui est toujours considérée comme l'ouvrage le meilleur et le plus complet sur ces questions.
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<p>Les présidents Gustave Larroque et Rossignol affirmaient volontiers que les exceptionnelles qualités de monsieur Lescot lui donnaient vocation à diriger les travaux de la chambre commerciale. </p>
<p>Cette nomination intervint en 1957.</p>
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<p>Ayant la responsabilité de la bonne marche d'une chambre, monsieur Lescot modifia ses méthodes, il se sentait une responsabilité à l'égard de ses conseillers qu'il tenait à former lui-même, très patient à leur égard, il annotait de sa fine écriture leurs projets d'arrêts et lorsqu'il n'était pas de l'avis du rapporteur, il ne manquait jamais de discuter avec lui de la solution du problème à résoudre avant l'audience pour éviter toute surprise.
<p></p>
<p>Il exerçait sur ses conseillers un grand ascendant, il excellait dans les rédactions serrées, synthétiques qui en quelques mots englobent un ensemble de principes, il savait remettre la lumière dans la discussion quand celle-ci s'égarait et il se révéla un grand président dont les titres éminents devaient être officiellement reconnus le 31 août 1960 par l'attribution de la cravate de commandeur de la Légion d'honneur.
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<p>Mais, connaissant bien sa bouillonnante personnalité, attestant sa grande jeunesse d'esprit, il s'interdisait à la fin de sa carrière de siéger aux chambres réunies, craignant ses réactions spontanées quand certains propos émis ne rencontraient pas son adhésion.
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<p>Monsieur Pierre Lescot prit sa retraite en 1961, il avait marqué profondément la Cour de cassation de sa personnalité pendant ses dix-neuf années de vie judiciaire.</p>
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<p>Il continua à fréquenter la bibliothèque de la Cour de cassation et à écrire de nombreux articles de doctrine qui font autorité.</p>
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<p>La Cour de cassation conservera le fidèle souvenir de cette attachante personnalité, elle s'incline avec le plus grand respect devant la douleur de madame Lescot et celle de ses enfants.</p>