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Milon Ier DE TONNERRE ◉ Sosa : 26 109 018 392

Milon Ier DE TONNERRE

◉ Sosa : 26 109 018 392

  • Né vers 820 - Langres, 52269, Haute-Marne, Grand Est, FRANCE
  • Décédé vers 850 - Tonnerre, 89418, Yonne, Bourgogne-Franche-Comté, FRANCE
  • Comte de Tonnerre
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Union(s) et enfant(s)

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vers 820 :
Naissance - Langres, 52269, Haute-Marne, Grand Est, FRANCE
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Le comte MILON Ier de TONNERRE était le cousin germain d’HUGUES CAPET. Sacré Graal Nucérien abat ses cartes.

« Leotgarda comitissa »
Elle s’appelait Ledgarde, elle était comtesse, et son nom, mis en relation avec la charte de Saint-Benoît-sur-Loire de 975 (voir notre publication précédente), est le sésame qui nous a ouvert les portes de la maison d’origine de la comtesse Adela, mère du comte Milon Ier de Tonnerre.Ledgarde apparaît pour la première fois dans une charte de l’Abbaye Saint-Michel de Tonnerre en 1005. La comtesse Ledgarde (« Leotgarda comitissa ») donne aux moines une terre située à Jéssains (« in Villa Jassant »), avec l’accord de son fils, le comte Roger. Suivent, comme approuvant cette donation, le comte Renaud, Albéric, le vicomte Arembert, Milon, Lambert. L’identité des différents témoins est relativement facile à percer, pour qui est familier des cartulaires de Saint-Michel de Tonnerre et de Cluny.

Dans l’acte de refondation de l’abbaye Saint-Michel de 980, par le comte Milon Ier et Widric, l’évêque de Langres, il était déjà question de la donation par Milon et son épouse Ingeltrude, d’une propriété située dans le comté de Brienne (« in pago Brionense, in villa Jassant »), cette propriété étant donnée immédiatement pour moitié (« medietatem »), la charte précisant que l’épouse de Milon, Ingeltrude conserverait l’usufruit de l’autre moitié, qui reviendrait ensuite (comprendre après sa mort) aux moines. Cette propriété devait certainement faire partie de la dot de la comtesse Ingeltrude, que nous devrions peut-être envisager comme une sœur plutôt qu’une fille du comte Engelbert Ier de Brienne — il est en effet raisonnable de penser qu’elle soit née autour de 930, et ses enfants entre 950 et 960 au plus tard, et nous disposons d’une charte qui nous montre le comte Engelbert Ier toujours en activité en 968.

Un autre document, non daté, témoigne de la contestation, auprès de l’abbé de Saint-Michel, de la donation de la Villa Jasant de 980. Celle-ci avait pour auteur le comte de Brienne Engelbert II qui protestait du droit de sa sœur ou de sa tante, Ingeltrude, à transmettre un patrimoine sis sur son comté.
Les abbés de l’époque étaient durs en affaire, experts en droit, et donc pas du genre à revenir sur un don qu’ils estimaient acté. Cependant, deux prudences valant mieux qu’une, l’abbé de Saint-Michel dut juger bon de faire confirmer la première donation par les héritiers de Milon Ier et d’Ingeltrude. Ledgarde, la donatrice de 1005, apparaît donc clairement comme la fille de Milon Ier et d’Ingeltrude, dernière héritière de sa génération encore en vie (ses frères, Milon II et Guy sont clairement morts à cette date). Plusieurs témoins sont logiquement les neveux de Ledgarde : Renaud est le comte de Tonnerre en exercice, fils de Milon II ; Albéric le frère de Renaud (cf charte testamentaire de Milon II, vers 995) ; Milon est le fils de Guy. Quant au vicomte Arembert, à Richard et à Lambert, nous allons voir qu’ils sont à rattacher au mariage et donc à l’époux de la comtesse Ledgarde.

Plusieurs documents nous permettent d’identifier l’époux de Ledgarde comme le comte Richard de Bassigny et de Bolénois : il est ce Richard que nous remarquons parmi les témoins de l’acte de refondation de l’abbaye Saint-Michel en 980 (il est donc déjà l’époux de Ledgarde). Il est ce « Richardi comitis » qui signe au bas de la charte de Cluny de mai 999 (donation de Paray par Hugues, comte de Châlon et évêque d’Auxerre).
Le Richard de 1005 qui signe derrière le comte Roger est tout simplement son frère, Roger et Richard sont les fils du comte Richard et de la comtesse Ledgarde. Quant au Lambert qui suit dans la charte, il doit ne faire qu’une seule et même personne avec le beau-frère de Ledgarde, ce Lambert de Bassigny qui sera évêque de Langres en 1016 et qui apparaît, aux côtés de Ledgarde, dans la Chronique de Saint-Bénigne de Dijon qui signale une donation dans le pays de Bassigny par « Letgardis nomine, soror Lamberti Episcopi », « Soror » s’entendant à l’époque aussi bien comme sœur que belle-sœur. Nous trouvons d’autre part, pour la seule année 1019, trois documents où le comte Roger signe avec l’évêque Lambert, l’un en faveur d’Autun, l’autre au sujet du prieuré de Saxfontaine, le dernier relatif à la fondation du prieuré de Fouvent. Enfin, lorsque le roi Robert vint à Autun pour y tenir une convention régionale, l’évêque Lambert apparaît flanqué du comte Roger et de l’archidiacre Richard... Enfin, le vicomte Arembert de 1005 nous renvoie à un vicomte du Lassois au début du Xe, déjà un Arembert, fils du premier comte de Bassigny et de Bolénois, Hugues (✟ 892), également comte de Dijon. Un autre Arembert, lévite, figure également parmi les témoins de la refondation de Saint-Michel en 980. Tous les témoins signataires de la charte de 1005 participent donc clairement de la famille élargie par le mariage, avant 980, de Ledgarde de Tonnerre et de Richard de Bassigny.

Toutes ces précisions apportées, afin qu’il n’y ait pas de doute sur l’identité de Ledgarde, fille de Milon Ier de Tonnerre et d’Ingeltrude de Brienne, nous en viendrons maintenant au cœur de notre réflexion.
Nous rappellerons d’abord qu’à cette époque où n’apparaissent pas encore les patronymes (noms de famille), le prénom et le nom se confondent, et que leur choix ne doit rien au hasard, à la mode du moment, ou au goût personnel du père ou de la mère pour un prénom non usité dans la famille. Les noms choisis pour les enfants de la Maison sont la signature de la Maison, ils sont sensés perpétuer la mémoire de cette maison dont ils se veulent l’empreinte, la signature ADN dirait-on aujourd’hui. Ils nous révèlent donc les alliances, les mariages qui se sont produits dans la Maison, et la codification de la distribution des prénoms est susceptible de permettre l’identification des autres Maisons avec lesquelles l’on marie ses filles et garçons. Ce code universel est globalement le suivant : les aînés parmi les garçons se voient attribuer des noms puisés dans l’arbre proche du père (père, grand-père, oncle, grand-oncle), les cadets parmi les garçons, des noms puisés dans l’arbre paternel de la mère (père de la mère, oncle de la mère etc.), et s’agissant des filles, l’on aura liberté de puiser au réservoir de noms de la maison du père ou de la maison de la mère.

La question que nous devons donc nous poser ici, c’est quelle famille portait le prénom féminin « Ledgarde » dans son réservoir, dans son patrimoine génétique, et comment et quand est-il entré chez les Milon de Tonnerre.

S’agit-il d’un vieux prénom de la maison des Milon-Guy ?
Nous constatons que nous n’observons pas la moindre Ledgarde, autre que celle que nous étudions, en examinant la descendance de Milon Ier, branches cadettes comprises, et ce sur huit générations, deux siècles !Nous en déduisons que « Ledgarde » est entré dans le réservoir à noms familiaux de Tonnerre très récemment, pour en sortir aussitôt.La probabilité qu’il ait été apporté par l’épouse de Milon Ier (Ingeltrude de Brienne) ou la mère du même Milon (la comtesse Adela de la charte de Saint-Benoît-sur-Loire de 975) est dès lors très élevée.Nous avons étudié l’origine familiale des Brienne et découvert qu’il s’agissait d’une famille de Rorgonides (descendant du comte Rorgon qui avait épousé une fille de Charlemagne) de Lotharingie : il s’agit de la même famille que celle du célèbre évêque de Toul, Gauzlin, notaire de la Chancellerie royale de Lotharingie en 913, qui bénéficiera ensuite des faveurs du roi Charles le Simple. Pas l’ombre d’une Ledgarde chez les Brienne, ni avant, ni après le mariage de Milon Ier (ici encore, nous avons exploré huit générations).

Adela, Adèle, la mère de Milon Ier, pourrait-elle être la bonne cliente, celle qui porte le prénom Ledgarde dans son sang ?

Pour tâcher d’avancer, ne connaissant rien de l’origine familiale de cette Adela (sinon qu’elle participe en 975 à une donation au caractère très familial au palais du Duc des Francs et futur roi, Hugues Capet), nous devons maintenant procéder différemment et voir si nous entrevoyons une maison où « Ledgarde » serait à la noce (CQFD), comprendre une maison où ce prénom serait récurrent de génération en génération.

Une grande maison nous saute aux yeux : les comtes de Vermandois !
Le comte Héribert Ier avait épousé une Ledgarde, le comte Héribert II avait une fille de ce nom, le comte Arnould de Flandres qui avait épousé une fille d’Héribert Ier nomma l’une de ses filles Ledgarde, et ainsi de suite : Ledgarde est avec Adela/Adelaïde, le prénom féminin favori des Vermandois. Le problème demeurant cependant que toutes les Adela ou Adelaïde vermandoises susceptibles de correspondre aux générations que nous étudions ne peuvent correspondre à l’Adela, mère de Milon Ier de Tonnerre, dans la mesure où nous connaissons parfaitement leurs (très beaux) mariages et descendances...

Alors, impasse ? Il nous reste un dernière piste à explorer, et de taille : les mariages croisés entre les Vermandois et les Robertiens, ancêtres d’Hugues Capet. Et là...

Le comte Héribert II de Vermandois, fils d’Héribert Ier et de notre première Ledgarde, avait épousé une fille du premier lit du roi Robert Ier, père d’Hugues Le grand, lequel était né du second mariage de son père avec Béatrice de Vermandois, sœur d’Héribert II. Et lorsqu’il s’était agi de choisir un prénom pour son bâtard, comprendre le fils qu’il avait eu de sa liaison avec une certaine Raingarde, « de basse naissance » (ça ne s’invente pas !), Hugues le Grand choisit le prénom d’Héribert (alors que cette Raingarde n’était pas de Vermandois, mais de Dijon). C’est ce même Héribert que nous observons en qualité d’évêque d’Auxerre de 971 à 995.
Nous avons ici l’illustration parfaite de la façon dont les prénoms pouvaient passer d’une famille à l’autre : le bâtard était un cadet, né après les enfants légitimes d’Hugues le Grand, Hugues choisit donc le prénom de ce fils dans l’arbre paternel de sa mère. Et il choisit aussi d’appeler l’une de ses filles régulières Béatrice, prénommée donc comme sa mère, Béatrice de Vermandois. Les autres enfants que nous connaissons à Hugues le Grand étant une autre fille, Emma, et trois garçons : Hugues (dit Capet), roi de France, Otton (Eudes), duc de Bourgogne, Oddon (Eudes qui se fera appeler Henri), qui succède à son frère en qualité de duc de Bourgogne.

Et maintenant, notre petite bombe :

Un diplôme de Charles III (N°57 : donation de Rebais à l’Eglise de Paris du 21 mai 907). Le père d’Hugues le Grand, le comte Robert, futur roi des Francs, y apparaît flanqué d’une comtesse Adèle (« comitis Rotberti et Adele comitisse »). Robert Ier est alors l’époux de Béatrice de Vermandois depuis dix ans, et Hugues le Grand, a alors déjà neuf ans. Cette Adèle doit donc être considérée comme une très jeune fille de Robert Ier, qui l’aura accompagné à la cérémonie : la présence d’enfants lors des donations n’est pas rare, nous en avons ainsi plusieurs exemples dans le cartulaire de Saint-Michel de Tonnerre — nous ferons remarquer au passage qu’Heribert II de Vermandois n’hésita pas à installer son fils Hugues comme archevêque de Reims , alors qu’il n’avait que cinq ans (Flodoard) !
Certains généalogistes contemporains ont affirmé que cette Adèle devait être une fille du premier lit de Robert Ier, celle-là-même qui avait épousé Héribert II de Vermandois, que plusieurs sources nous disent en effet l’oncle d’Hugues le Grand, donc l’époux d’une fille de Robert, mais sans jamais nous en indiquer le prénom, ce qui laisse la possibilité qu’il s’agisse d’une autre fille de Robert Ier, et non de l’Adèle de 907.Ajoutons que cette fille de Robert, au nom inconnu, dut épouser Héribert II autour de 912-913 au plus tôt, puisque leur premier enfant (Eudes) naît en 915... On objectera la répétition du prénom Adèle commune aux Robertiens et aux Vermandois ? C’est un prénom si commun qu’on le retrouve dans la moitié des maisons du Royaume !

Il apparaîtra dès lors opportun de se poser la question si l’Adèle, comtesse en bas âge, de 907 peut être mise en rapport avec une comtesse Adèle très âgée de 975, témoin d’une donation dont tous les autres témoins sont des membres de la famille d’Hugues Capet (nous les avons tous identifiés comme tel dans notre article précédent), comtesse Adèle décédée avant 980, puisque ne figurant pas dans la charte de refondation de l’abbaye Saint-Michel en 980, dont l’un des témoins est « Ainrici comitis », c’est-à-dire Eudes dit Henri, le frère d’Hugues Capet, neveu alors, dans cette hypothèse d’Adèle et cousin germain de Milon Ier...

Adèle, s’il s’agit de la même, aurait eu environ 75 ans en 975. Femme très âgée pour l’époque ? Nous en connaissons beaucoup d’autres dans l’aristocratie européenne médiévale ! Et puis le comte Milon de 975 et 980 ne semble pas un jeune homme : une charte de 992 de l’abbaye Saint-Michel de Tonnerre dresse l’inventaire des biens donnés à l’abbaye, « du temps de Milon », lequel « s’était rasé la barbe » et avait fini sa vie dans l’abbaye qu’il avait fondé. Milon Ier est donc décédé après 980 et avant 991, autour de 985 dirons-nous. Son frère cadet, Humbert, rédige sa charte testamentaire en faveur de la même abbaye en 992, et il y mentionne un petit-fils (Eudes, tiens !). Le fils aîné de Milon, Guy, est mort avant 992, sinon c’est lui que nous trouverions en qualité de comte cette année-là, et non Milon II, qui rédige autour de 995 sa propre charte testamentaire en faveur de Saint-Michel. Conclusion : pour expliquer la pyramide des âges que nous observons dans la maison comtale de Tonnerre entre 975 et l’an 1000, nous devons faire remonter la naissance de Milon Ier au milieu de la première moitié du Xe siècle (autour de 925), et celle de sa mère Adèle aux premières années du siècle.
Dans ce schéma, une Adèle née entre 900 et 902 aurait épousé autour de 920, un Milon, un Guy ou un Renaud (nous verrons plus tard le pourquoi du Renaud), frère de l’évêque Achard de Langres, tous deux descendant très probablement de la fratrie Milon-Guy-Anschaire (Achard) participant au couronnement de leur cousin Guy de Spolète à Langres (988). Seraient nés entre 1025 et 1030, Milon Ier et son frère Humbert (et d’éventuels frères et sœurs), lesquels se seraient éteints 60 à 65 ans plus tard, peu avant (10 à 15 ans) leurs propres fils — Ledgarde apparaissant dès lors comme la cadette de la famille. La charte de refondation de Saint-Michel de Tonnerre de 980 pourra alors être considérée comme le testament de Milon Ier qui s’y retira presque aussitôt et y finit rapidement ses jours.

Ajoutez ces prénoms :

1 - HUMBERT.
Humbert, frère de Milon Ier, en indivis avec son neveu Milon II (fils de Milon Ier) sur l’alleu de Coussegrey (deux donations du cartulaire de Saint-Michel de 992 et d’autour de 995 en attestent formellement en droit de l’époque) : Humbert et Herbert désignent à l’origine un même prénom, dont Héribert est une variation. La comtesse Adèle, fille de Béatrice de Vermandois, aurait apporté le prénom Humbert/Héribert chez les Milon.

2 - EUDES.
Eudes, petit-fils d’Humbert ; Eudes, petit-fils de Milon II, via le comte Renaud ; tous ces Eudes qui se diffusent soudainement dans les branches cadettes (voir les vicomtes de Rougemont où le prénom persiste de génération en génération). Eudes, c’est le frère aîné de Robert Ier (ces deux rois étant les fils de Robert le Fort, frère d’un Eudes). Eudes, ce sont encore deux frères (Otton, Odon) d’Hugues Capet. Eudes est clairement un prénom Robertien, provenant du mariage du mariage de Robert de Wormsgau, le père de Robert le Fort, avec une fille du comte Eudes d’Orléans. La comtesse Adèle, nièce du roi Eudes Ier, aurait apporté le prénom Eudes chez les Milon.

3 - ROBERT. Robert, prénom robertien par excellence.
Nous trouvons un Robert parmi les fils d’Humbert de Tonnerre. Dans la notice des biens donnés à l’abbaye Saint-Michel sur le Mont Voutois (où était implanté l’abbaye) « du temps de Milon » (992), le premier donateur d’une parcelle sur le du dit mont est une femme qualifiée de noble, et elle se prénomme Robeline (« Robelina, quedam nobilis femina »). Le nom est extrêmement rare, et il est clairement une déclinaison féminine de Robert. Aucun des onze autres donateurs n’est qualifié de nobles. Plusieurs sont qualifiés de chevaliers, et nous y reconnaissons aussi Brun, l’archevêque de Langres. Robeline est donc à rattacher à la famille comtale : une sœur de Milon Ier et d’Humbert ? Une fille de l’un d’entre eux ? Une robertienne, en tout cas... A noter que nous repérons encore deux Robert (un laïc et un clerc) dans la charte de donation de Pimelles à Saint-Michel par le comte Renaud en 1036, preuve de la persistance du prénom dans les branches cadettes de la famille.La comtesse Adèle, fille du roi Robert Ier, petite-fille de Robert le Fort, aurait apporté le prénom Robert chez les Milon.

4 - HUGUES. Hugues, prénom récurrent dans les branches cadettes des comtes de Tonnerre.
Un premier Hugues apparaît autour de l’an 1000, juste derrière les trois fils du comte Milon II (le comte Renaud, Achard, Albéric) dans la liste des témoins, lors de la confirmation de la donation de Coussegrey par Brun, l’évêque de Langres. Il précède un Geoffroy, un Ingelbert et un Milon. Par la charte testamentaire du comte Milon III (1046), nous pouvons identifier ce Milon comme le fils de Guy, frère aîné de Milon II. Hugues, Geoffroy et Ingelbert sont probablement ses frères. Nous retrouverons en effet ces trois prénoms parmi les témoins familiaux de la charte de 1046, preuve s’il en est besoin de la persistance de prénoms marqueurs d’une famille sur plusieurs générations. Fait encore plus extraordinaire, faire de Geoffroy, Ingelbert et Hugues les frères du Milon qui signe avec eux en l’an 1000 nous permet d’observer en fratrie (en indivision juridique donc) les ancêtres de l’ensemble des donateurs de la terre de Molesmes pour y fonder l’abbaye en 1075 (où nous observons précisément cette même indivision !).Toujours est-il qu’apparu dans la famille à la fin du Xe siècle, par un mariage donc, « Hugues » s’impose dès lors comme l’un des prénoms marquants de la Maison : Hugues de Maligny, frère du comte Milon III de Tonnerre, Hugues dit Renaud, comte de Tonnerre, archevêque de Langres. Hugues : Hugues le Grand, Hugues Capet... La comtesse Adèle, sœur d’Hugues le Grand, duc des Francs, tante d’Hugues Capet, aurait apporté le prénom Hugues chez les Milon.

5 - LEDGARDE.
Ledgarde, fille de Milon Ier, petite-fille de la comtesse Adèle. Non pas une Vermandoise ou une Robertienne, mais une Vermandoise ET une Robertienne. La comtesse Adèle, fille d’un Robertien et d’une Vermandoise, aurait apporté le prénom Ledgarde chez les Milon.

ENFIN, LA QUESTION ESSENTIELLE : géopolitique, stratégique, tenant donc de la géographie historique du territoire observé, pour la période courant de 930 à 960, Hugues Le Grand étant décédé en 956.
La question donc : comment le comté de Tonnerre qui faisait parti des « honores » d’Hugues le Grand (de par son statut, sa puissance, Hugues cumulait les « honores », les comtés), comment ce comté est-il passé d’Hugues à Milon, et quand ?

A la manière de celui de Sens, dont Hugues était également le comte ? c’est-à-dire par la nomination d’un vicomte (Fromond) issu de l’ancienne clientèle de vassaux familiaux de la Loire moyenne (un Fromond apparaît déjà en qualité de vassal de Robert le Fort dans la lettre synodale de Savonnières de juin 859, un autre ou le même en 865 dans la pancarte noire de Saint-Martin de Tours etc.) ?
L’investiture de Fromond à Sens, en qualité de vicomte, c’est-à-dire de délégataire officiel du comte, chargé d’exercer ses prérogatives (police, justice, impôts) sur le comté en son absence (et Hugues, par sa qualité de duc des Francs, était nécessairement souvent absent de ses comtés...) intervint peu avant 941, et deux nécrologies de 948 nous le désigne comme comte officiel à sa mort cette année-là ?

Y aurait-il pu avoir un tel transfert de souveraineté (un vicomte désigné comte) dans le comté voisin de Tonnerre, sachant qu’il n’y a pas qu’à Sens qu’Hugues le Grand procéda de la sorte ?
Un diplôme de Louis IV pour Cluny du 8 juin 950 nous parle d’un comte Renaud et d’un Milon sollicitant la confirmation des biens d’un certain Aquin en Mâconnais (« Reginaldus comes et Milo humiliter petierunt »). Ce comte Renaud n’a jusqu’ici pu être identifié (il ne semble pas correspondre aux deux seuls comte Renaud connus à l’époque, Renaud de Sens, fils de Fromond, et Renaud de Roucy, possessionné à Reims). Nous voici donc avec un comte Renaud, difficile, voire impossible à identifier, flanqué d’un Milon, selon toute vraisemblance en proche parenté avec lui. Son fils ? Nous ne savons pas, mais on relève au cas où, et nous y reviendrons dans une autre publication, car il faut bien expliquer les Renaud de la famille comtale de Tonnerre.

A Tonnerre aussi, Hugues le Grand a dû nommer un vicomte qui devint très vite comte. Si l’on prend le cas de Sens pour modèle, il dût le faire entre 940 et 950. Il n’a pu désigner qu’un vassal, un fidèle, un homme de confiance, s’agissant ici comme à Sens d’un comté stratégique pour les ambitions bourguignonnes d’Hugues le Grand et de ses successeurs : deux de ses fils se succéderont peu après en qualité de comtes et de ducs de Bourgogne, le duc désignant celui qui commande aux armées provinciales.
L’affaire aurait été évidemment facilitée s’il y avait nommé un beau-frère ou un beau-fils, l’un et l’autre s’étant alors succédé, comme Fromond et Renaud à Sens... L’affaire aurait été encore meilleure, si le frère de ce comte ou vicomte avait été évêque de Langres... En 948, Achard, le frère de l’époux de notre Adèle de 975, l’oncle de Milon Ier, monte sur le trône épiscopal de Langres, qu’il tiendra d’une main de fer jusqu’à sa mort en 969. En 967, Achard obtiendra par un diplôme royal du roi Lothaire d’adjoindre le comté de Langres à son évêché : Achard de Tonnerre devient de fait comte-évêque, les comte titulaires des comtés dépendant de son diocèse, ses vassaux, et Langres épousera dès lors, et pour une cinquantaine d’année, les contours d’une puissante principauté ecclésiastique. Signe du poids politique d’Achard, mais aussi de la force de ses alliés...

En matière de recherche historique (et de recherche tout court), soucieuse de vérité scientifique, l’on dit qu’il faut suffisamment de preuves et d’indices pour avancer une théorie, a fortiori une nouvelle théorie.

Notre hypothèse, notre théorie est qu’Adèle, la mère de Milon Ier était une sœur cadette d’Hugues le Grand, duc des Francs, père d’Hugues Capet. Milon Ier, comte de Tonnerre serait ainsi le cousin germain d’Hugues Capet.

Pour appuyer cette hypothèse, nous avons prouvé que :

1 - Les donateurs et l’ensemble des témoins (si l’on ne prend pas en comte la comtesse Adèle et son fils Milon qui sont les derniers à signer) de la charte de Saint-Benoît-sur-Loire 975, réunis autour d’Hugues Capet, à Paris, dans son palais, participent de la famille royale.

2 - Des prénoms issus d’un tronc commun Robertiens-Vermandois sont entrés dans le patrimoine de nom de la famille comtale de Tonnerre, après le mariage de cette Adèle, et y sont demeurés pour la plupart : Humbert/Héribert, Ledgarde, Eudes, Robert, Hugues.

Pour fonder cette hypothèse, nous avons trouvé dans une charte de 907 une très jeune comtesse robertienne répondant du nom d’Adèle, sœur d’Hugues le Grand, parfaite homonyme de la comtesse Adèle, invitée à la donation robertienne de 975, comtesse nécessairement très âgée au regard de l’état de la pyramide des âges « objectifs » des différent membres de la famille, si nous l’observons sur plusieurs générations de 980 à 1065. Notre hypothèse résout de façon simple et efficace, logique, les (apparentes) contradictions relevées par tous les historiens et généalogistes nous ayant précédé. Faire de l’Adèle de 975, une comtesse dans le grand âge, et de son fils Milon, un comte plus que mûre, lorsqu’il refonde Saint-Michel et s’y retire en 980 apparaît tout simplement de bon sens.

Enfin, pour appuyer cette hypothèse nouvelle, nous avons trouvé une explication ici encore logique et extrêmement simple, parfaitement fluide, du transfert des «honores» comtaux d’Hugues le Grand vers le premier comte de Tonnerre, dont le nom nous soit parvenu, ce Milon Ier qui refonda l’abbaye de Saint-Michel.
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avant 845 :
Mariage (avec Adéle DE TONNERRE) - Tonnerre, 89418, Yonne, Bourgogne-Franche-Comté, FRANCE
vers 850 :
Décès - Tonnerre, 89418, Yonne, Bourgogne-Franche-Comté, FRANCE

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