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Catherine L'ISLE BOUCHARD

Catherine L'ISLE BOUCHARD

  • Née vers 1395 - L'Île-Bouchard, 37119, Indre-et-Loire, Centre-Val de Loire, FRANCE
  • Décédée le 10 juillet 1472 - L'Île-Bouchard, 37119, Indre-et-Loire, Centre-Val de Loire, FRANCE
  • Dame l'Isle-Bouchard, de Rochefort-sur-Loire, de Doué et de Gençay
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Parents

Union(s) et enfant(s)

Frères et sœurs

Événements

vers 1395 :
Naissance - L'Île-Bouchard, 37119, Indre-et-Loire, Centre-Val de Loire, FRANCE
Dame De L'ISLE-BOUCHARD, De DOUÉ et De GENÇAY, Seigneur De SELLES-SUR-CHER (En Douaire, 1424 - 1er juillet 1472), Dame De ROCHEFORT-SUR-LOIRE, Dame d'Honneur De la Reine De FRANCE (Isabeau De FRANCE, 1415), Dame d'Honneur De la Reine De FRANCE (Marie D'ANJOU, 1423), Favorite Du Roi De FRANCE (Charles VII De FRANCE), Comtesse De TONNERRE-1424



Catherine de l’Isle Bouchard était la fille aînée de Jean de l’Isle Bouchard, seigneur de l’Isle Bouchard, et de son épouse Jeanne de Bueil. Elle naquit à l’Isle Bouchard (Indre et Loire) vraisemblablement vers 1395. Elle eut trois frères et deux soeurs.

Son grand-père, Jean IV de Bueil, était maître des Arbalétriers de France, et sa grand-mère, Marguerite de Marmande, dauphine d’Auvergne. La mère de Catherine, Jeanne de Bueil, sera l’une des dames d’honneur de la reine de France, Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI.

La famille maternelle de Catherine tient des postes clés dans la région de Touraine, l’un des frères de sa mère, Hardouin de Bueil, sera élu évêque d’Angers en 1374. A l’âge de deux ans, en 1397, Catherine de l’Isle Bouchard perd son père. Sa mère, qui ne se remarie pas, et qui occupe une place de dame d’honneur à la cour des Valois à Paris, place alors ses filles dans un couvent parisien afin de leur donner une éducation digne d’une Bueil. Le frère aîné de Catherine, Jean de l’Isle Bouchard, devient alors le seigneur de l’Isle Bouchard.

Lorsqu’elle eut dix-huit ans, la jeune Catherine eut l’honneur d’être désignée pour devenir fille d’honneur de la reine Isabeau de Bavière, et ce grâce à l’influence de sa mère. La beauté de Catherine, qui était une jolie fille brune aux yeux noisette, lui attira très vite des prétendants.

A l’âge de vingt ans, en 1415, elle épousa Jean des Roches, seigneur des Roches, domaine situé en Anjou, qui était aussi seigneur de Veretz. On ne sait pas grand-chose de ce premier mari, si ce n’est qu’il décéda dans les mois qui suivirent son mariage. Il est fort possible qu’il ait fait partie des victimes de la bataille d’Azincourt, où la fine fleur de la chevalerie française se fit massacrer par les anglais.

On est alors en pleine guerre : le roi d’Angleterre, Henri V, revendique le trône de France du droit de son aïeule Isabelle de Valois, fille de Philippe IV le Bel. Bien évidemment, les français et le roi Charles VI repoussent cette prétention et les troupes françaises pourchassent les anglais, qui viennent de rançonner la Normandie et la Picardie depuis l’été 1415. Charles VI, qui est retombé dans une crise de démence, a confié son armée à Charles d’Albret, connétable de France.

Le 25 octobre 1415 les troupes françaises, fortes de 18 000 hommes, tentèrent de barrer la route à l’armée anglaise constituée de 6 000 hommes, qui voulaient regagner la ville de Calais (alors anglaise) afin de rentrer en Angleterre. La rencontre eut lieu dans un champ, dans le petit village d’Azincourt, champ rendu boueux à la suite des fortes pluies des jours précédents : la chevalerie française s’y embourbera et se fera transpercer de flèches anglaises ; les soldats anglais, à pied, s’empresseront d’égorger les chevaliers français tombés de leur monture, et incapables de se relever à cause de leur lourde armure. De plus les anglais sont positionnés en hauteur et en entonnoir, et les français sont en contrebas.

L’un des chroniqueurs de cette bataille relatera que «les troupes françaises marchaient dans la boue qui s’enfonçait jusqu’aux genoux et ils étaient déjà vaincus par la fatigue avant même de rencontrer l’ennemi». La première charge de la cavalerie française (il y en aura quatre) s’écrasera contre les pieux anglais fichés dans la boue. La deuxième s’empêtrera dans les cadavres des chevaux et les blessés. Dans la mêlée, les anglais firent de nombreux prisonniers appartenant à la première charge de cavalerie (la fine fleur de l’aristocratie s’y trouvait) qu’ils souhaitaient garder vivants pour ensuite les rançonner.

Sur ordre du roi Henri V, la plupart de ces prisonniers furent égorgés sur place, car au plus fort de la bataille, et du fait de la supériorité numérique des français, il prit peur et craignit que les prisonniers ne se révoltent contre leurs gardiens. C’est ainsi que certains chefs de la noblesse française finirent égorgés ou le crane écrasé à coups de masse.

La bataille avait commencé à dix heures du matin, à dix-sept heures elle était finie : les vagues successives des français s’étaient brisées sur les débris des vagues précédentes, et les archers ainsi que les soldats anglais se battirent pied à pied contre l’armée française qui, sans chefs et en déroute, s’enfuit. Au lendemain de cette bataille, Henri V donnera l’ordre d’achever les blessés français, n’emportant que quelques prisonniers de marque (reconnaissables à leur étendard) dont le duc Charles d’Orléans et Georges de la Trémoille, dont nous reparlerons plus tard et qui sera le quatrième époux de Catherine de l’Isle Bouchard.

Les anglais ont perdu dans la bataille le duc d’York, petit-fils d’Edouard III, et une centaine de soldats ; les français 6 000 chevaliers, quatre princes du sang, des ducs, cinq comtes et quatre-vingt-dix barons. Il n’y eut pas une famille de France qui n’eut à subir la perte d’un mari, d’un frère, d’un fils ou d’un ami. Le duc de Bourgogne, Jean sans Peur (absent pour des raisons politiques) y perdit deux de ses frères : Antoine de Brabant et Philippe de Nevers.

Catherine de l’Isle Bouchard y perdit son époux, son frère aîné, Jean de l’Isle Bouchard (mort à 25 ans), son oncle Jean de Bueil (Grand Arbalétrier de France), et l’un des beaux frères de sa mère, Pierre de Villaines, prince d’Yvetot. La mort de son frère aîné permet à Catherine d’hériter de la terre de l’Isle Bouchard : en effet ses deux autres frères (Bouchard et Louis) sont aussi décédés sans enfant à cette date, et en tant que fille aînée elle devient l’héritière des terres de son père.

Elle devient dame de l’Isle Bouchard, de Rochefort sur Loire, de Rivarennes et de Doué, et sa beauté ainsi que sa richesse lui attirent à nouveau de nombreux prétendants. Cette fois elle choisit elle-même son nouvel époux : il s’agit d’Hugues de Chalon, qui possède des terres en Bourgogne mais qui, dépossédé par Jean sans Peur, a rallié depuis peu les ennemis de ce dernier, le clan des Armagnacs. Il vit à Paris, et s’éprend sans peine de la jolie Catherine.

Le 28 juin 1418, Catherine épouse Hugues de Chalon et devient dame de Crusol et d’Argueil. A la mort de Louis de Chalon, le frère aîné de son époux, elle devient comtesse de Tonnerre, en mars 1423. Le duc de Bourgogne, toujours brouillé avec Hugues, lui confisque les revenus du comté de Tonnerre au profit de sa soeur, Marguerite de Bourgogne, épouse du connétable de Richemont.

C’est tout de même sous le titre de «madame de Tonnerre» que la belle Catherine va prendre une place de plus en plus importante à la cour du roi Charles VII. Ce dernier s’est réfugié à Bourges avec son épouse, la douce et timide Marie d’Anjou, tout de suite après la mort de son père en octobre 1422. Catherine deviendra la marraine de son fils aîné, Louis, et en la cathédrale de Bourges, la comtesse de Tonnerre tient sur les fronts baptismaux, le 4 octobre 1423, le futur roi Louis XI. Elle est resplendissante de beauté, alors que la reine est déclarée «fort laide» par les chroniqueurs. Les mauvaises langues diront qu’elle était alors la maîtresse de Charles VII. En tant que dame de compagnie de la reine, Catherine règne sur la petite cour de Bourges : ses compagnes sont Jeanne d’Orléans, soeur du malheureux Charles d’Orléans, prisonnier d’Azincourt (et qui restera vingt ans dans les geôles anglaises) ou encore Isabelle de Gaucourt.

Mais la guerre contre les Anglais est toujours présente, et le mari de Catherine tient une place prédominante parmi les chefs de guerre français. Hugues de Chalon perd la vie lors de la bataille de Verneuil, le 14 aout 1424. Il avait trente-neuf ans. Catherine se retrouve veuve, riche et sans enfant à l’âge de vingt-neuf ans.

Elle ne va pas tarder à susciter la convoitise de celui qui deviendra son troisième mari. Il s’agit de Pierre de Giac, un beau ténébreux d’une quarantaine d’années, brun au regard d’acier, qui est depuis un an le premier chambellan de Charles VII, son maître des finances et son favori désigné. Les Giac sont une famille d’Auvergne qui possède le sombre château de Chateaugay, près de Volvic.

Le père de Pierre de Giac était échanson de France, et fut décapité avec 6 000 chevaliers chrétiens par les turcs après la défaite de Nicopolis en 1396. Sa mère, Jeanne de Peschin, fut dame d’honneur de la reine Isabeau de Bavière et avait fait partie de la suite du jeune Charles VII, qui n’était alors que comte de Ponthieu. Le jeune Pierre de Giac était alors marié à la belle Jeanne de Naillac, qui était devenue la maîtresse du duc de Bourgogne, Jean sans Peur.

Le couple Giac fut au coeur de la conspiration qui amena la mort du duc de Bourgogne, par traitrise, lors de l’entrevue dramatique du pont de Montereau en 1419, où quelques partisans du jeune roi Charles VII massacrèrent à coup de hache le duc de Bourgogne venu signer un traité de paix. C’est, selon les chroniques, à l’insistance de sa maîtresse qu’il se rendit à Montereau dans le traquenard où il trouvera la mort. Tout de suite après, les Giac se retrouvent dans l’entourage du roi à Bourges, et Pierre de Giac devient le nouveau favori de Charles VII.

En 1425 le roi le nomme chef du conseil. Pierre de Giac est riche, puissant et s’éprend de Catherine de l’Isle Bouchard, comtesse de Tonnerre, veuve d’Hugues de Chalons, qui tient la première place dans la maison de la reine. Résista-t-elle à ses avances sous prétexte qu’il était marié ? Toujours est-il qu’il envisagera très vite de se débarrasser de son épouse, Jeanne de Naillac, retirée sur leur terre de Chateaugay.

Giac et son épouse sont mariés depuis douze ans et elle lui a donné deux enfants : un garçon et une fille. Pour compliquer encore la situation, elle est enceinte en cet été 1425, et cette grossesse embarrasse l’amant de Catherine. Celle-ci lui bat froid depuis qu’elle a appris la future maternité de la dame de Giac, or Pierre soutient que cet enfant n’est pas de lui, et que son épouse ne lui est pas fidèle. Ne fut-elle pas, il y a quelques années, la maîtresse du duc de Bourgogne ? Inquiet à l’idée de perdre sa belle maîtresse, Giac décide alors de se débarrasser de son épouse.

Il se rend à Chateaugay fin juin 1425, et y retrouve Jeanne enceinte de six mois. Elle est loin de se douter du drame qui va se jouer. Arrivé au château, Pierre de Giac convie son épouse à un dîner fastueux, où il l’invite à boire un vin capiteux qui est, sans qu’elle s’en doute, doublé d’un poison italien. A la fin du repas la jeune femme se sent mal, elle est prise de vertiges, le sire de Giac se lève alors et la traine sans ménagement jusqu’aux écuries.

Le crépuscule vient de tomber, il enfourche son destrier, jette son épouse enceinte sur l’encolure du cheval, et part au grand galop sur les terres qui environnent le château. La malheureuse se débat, crie, hurle de douleur. Le sire de Giac n’arrêtera son galop infernal que quand la jeune femme ne sera plus qu’une forme sanguinolente, ayant perdu «son fruit» lors de cette chevauchée infernale.

Sans plus de scrupules, il arrêtera son cheval fourbu à l’ombre d’un arbre, sortira une pelle qu’il a pris soin d’emporter, et enterrera sommairement la jeune femme au pied de l’arbre. De retour au château il annoncera que sa femme est partie finir sa grossesse dans un couvent près de Riom, puis plus tard qu’elle est morte en couches.

De retour à Bourges il annonce à Catherine qu’il est désormais libre de l’épouser, puisque Dieu a rappelé sa femme auprès de lui. Il a pris soin de rapatrier les bijoux de Jeanne de Naillac, qu’elle gardait précieusement dans un coffret, et de les offrir en gage de fiançailles à la belle Catherine. Avant la fin de l’année 1425 Pierre de Giac épouse Catherine de l’Isle Bouchard, vraisemblablement à Bourges. Dorénavant le couple règne sur la petite cour. Favori du roi, Pierre de Giac commet des exactions : la plus grande partie des finances votées en octobre 1424 par les Etats d’Auvergne, et destinées aux troupes de Richemont (nouveau connétable de France depuis 1425) aboutit dans les poches du favori, privant ainsi les troupes du roi d’argent frais.

A partir de cette date Richemont (qui est aussi frère du duc de Bretagne), qui se bat pour Charles VII, va devenir l’ennemi n°1 de Giac. Un autre membre de l’entourage du roi va se liguer contre lui : il s’agit de Georges de la Trémoille. C’est un des rescapés de la bataille d’Azincourt, il y a été fait prisonnier et a dû payer une rançon exorbitante pour être libéré. Dans les mois qui ont suivi il a épousé la riche et jeune veuve du duc de Berry, Jeanne d’Auvergne, en 1416. Le mariage ne fut pas heureux, l’époux dilapidant l’argent de son épouse et maltraitant cette dernière. La mort devait délivrer Jeanne d’Auvergne en 1423, et Georges de la Trémoille se retrouva veuf et riche.

Il avait été élevé à la cour du duc de Bourgogne, puis introduit à celle de France où il devint en mai 1413 chambellan du roi Charles VI. Il fut soupçonné d’avoir été l’un des amants de la reine Isabeau de Bavière pendant la démence du roi Charles VI (comme Giac, qui eut aussi cette réputation), et d’avoir profité de cette période troublée pour accumuler des richesses. Il est titré comte de Boulogne et d’Auvergne, et âgé de quarante-trois ans quand, lui aussi, il tombe amoureux de Catherine de l’Isle Bouchard, dame de Giac. Pour l’instant, Pierre de Giac et Georges de la Trémoille se tolèrent, mais le feu couve entre les deux hommes amoureux de la même femme, et terriblement ambitieux. L’étincelle se produira lors du procès entre l’amiral de Culant et Jean de Lignières. Georges de la Trémoille prend parti pour Culant. Giac se déclare aussitôt pour Lignières et poursuit la Tremoille jusque devant le roi Charles VII, se moque de lui en public. Furieux, celui-ci se réfugie en son château de Sully sur Loire, où il invite le connétable Richemont (autre ennemi de Giac) afin de trouver ensemble un moyen de se débarrasser de ce favori de plus en plus envahissant. Les deux hommes tombent d’accord pour monter une conspiration.

Pendant un an et demi, les conjurés vont préparer patiemment leur projet contre le favori et attendre le moment favorable. Ce n’est pas facile car Giac est méfiant, et se déplace dans des forteresses qu’il connait bien. L’opportunité va se présenter le 7 février 1427. La cour de France se trouve alors à Issoudun, dont la configuration est différente des palais de Bourges ou du château de Chinon où évolue la petite cour. Le domaine appartient à la bellemère du roi, Yolande d’Anjou, qui est présente lors de ce séjour et déteste le favori. Elle va donner au sire de Giac la chambre la plus haute du donjon d’Issoudun, qui est en même temps un cul de sac.

Au beau milieu de la nuit, Georges de la Tremoille frappe à la porte de l’appartement occupé par le couple Giac. C’est Pierre de Giac qui ouvre et s’entretient avec le sire de la Trémoille, tout aussitôt des gardes du roi font irruption dans la chambre et s’emparent du favori. Celui-ci se débat et tente de se dégager, mais en vain. Il est «monté sur une hacquenée, n’ayant que sa robe de nuit et ses bottes» et mené à Dun sur Auron, où son procès va commencer. Quant à Catherine, la chronique dit que «nue, elle se lança à la poursuite des gardes qui avaient mis la main sur ses bijoux et sa précieuse vaisselle dans sa chambre».

A Dun sur Auron, qui appartient au connétable Richemont, le sire de Giac est mis à la question et passe rapidement aux aveux : il relate le meurtre de son épouse à Chateaugay, et avoue qu’il a donné sa main droite au diable quelques années plus tôt «afin de le faire venir à ses intencions». Ce dernier trait achève de le culpabiliser. En guise de repentir, il réclame qu’on lui coupe la main droite avant de le faire mourir. Cette dernière requête lui est accordée, puis on le coud vivant dans un sac de cuir qu’on jette dans l’Auron, où il meurt noyé (Bosredon, amant de la reine Isabeau, avait eu la même mort jadis à Paris, dans la Seine).

Charles VII, mis au courant après la mort de Giac, entra d’abord dans une colère folle, puis finit par se calmer lorsque sa belle-mère et Richemont le mirent au courant des exactions du sire de Giac. Quant à Catherine, après une période de veuvage très courte, elle épousa Georges de la Tremoille le 2 juillet 1427 au château de Gençay. Richemont place alors Georges de la Tremoille à la tête du conseil du roi. Charles VII se contente de lui dire «beau cousin, vous me le baillez, mais vous vous en repentirez car je le connais mieux que vous». Les contemporains et la cour de Bourges voient avec stupéfaction la veuve du sire de Giac épouser l’artisan de la mort de son mari : «…et combien elle sceut certainement que la Tremoille estoit cause et principal de faire mourir sondit mary, toutefois parlèrent ensemble et lui fist ladite Katherine très bonne chière, et tellement furent appoinctés entre eulx que, incontinent après bailla audit La Tremoille quantité de joiaux d’or et d’argent dudit Giac et les emporta au chastel de Gençay en Poictou, et là, furent espousés et couchèrent ensemble, dont tout le monde fust émerveillé que si hastivement elle se mist entre les mains dudit La Tremoille et prist à mary, considéré les choses dessus dictes, par lesquelles peut apparoir veritablement que ladite Katherine estoit consentante ou au moins très joieuse de la mort dudit Giac». A l’âge de trente-trois ans, en 1428, Catherine de l’Isle Bouchard donne naissance à son premier fils, Louis de la Tremoille. Elle aura ensuite deux autres enfants : Georges de la Tremoille en 1430, et Louise en 1432 (qui deviendra par son mariage l’arrière grand-mère de Catherine de Médicis). Cette époque va être la plus sereine pour Catherine. D’abord, en 1429, c’est l’entrée en scène de la Pucelle, Jeanne d’Arc. Catherine assiste dans la grande salle du château de Chinon à la reconnaissance du roi Charles VII par la jeune lorraine. En février et mars 1430, elle accueille Jeanne d’Arc dans son château de Sully sur Loire pendant une période d’accalmie entre deux campagnes. Elle y vit dans l’abondance et son couple est solide, bien qu’au fil des ans la Tremoille soit devenu «gros et gras».

Tout puissant auprès de Charles VII, il règne sans rival de 1427 à 1433. Mais, comme Giac, il ne sait pas se restreindre et confond les revenus du roi et les siens. Les ennemis du favori relèvent alors la tête, au premier rang desquels figure à nouveau Yolande d’Anjou, la belle-mère du roi. Elle qui a facilité l’épopée de Jeanne d’Arc voit d’un mauvais oeil la Tremoille entraver les progrès de la Pucelle. En effet il refuse de lui donner plus de soldats et de l’argent pour ses troupes. Dès lors Yolande d’Anjou va comploter la chute de la Tremoille. Avec l’aide de Pierre de Brézé et de Jean V de Bueil (cousin de Catherine de l’Isle Bouchard) elle prépare le guet-apens qui le fera chuter. Cette fois ça se fera au château de Chinon. En juin 1433 les conjurés pénètrent de nuit dans la chambre de la Tremoille (scénario presque identique à celui de l’attentat contre Giac), ce dernier a à peine le temps de saisir son épée qu’un coup de dague de l’un de ses agresseurs lui perce le ventre (il sera sauvé grâce à son embonpoint). Il est emmené, ligoté et ensanglanté, à Montresor, puis mis à rançon pour 4 000 moutons d’or. Le roi lui ordonnera de se retirer en son fief de Sully sur Loire, et il dut rendre des terres et des bijoux aux héritiers de Pierre de Giac (notamment aux enfants que ce dernier avait eus avec Jeanne de Naillac) que les La Tremoille avaient dépouillés. Catherine dut elle aussi se rendre à Sully. Exclue de la cour de Charles VII, il semble qu’elle se résigna à assumer ses devoirs de châtelaine et l’éducation de ses enfants. Quant à Georges de la Tremoille, il tentera, sans succès, de revenir à la cour. Il participera à la révolte de 1440 avec le dauphin Louis (filleul de sa femme) pour finalement échouer. Il participa tout de même en tant que chambellan, en 1445, à l’hommage du duc de Bretagne auprès du roi, et réussira à s’emparer du château de Champtocé suite à un prêt qu’il accordera à Gilles de Rais (le fameux Barbe Bleu) et que ce dernier ne pourra pas lui rembourser. C’est à l’âge de soixante-quatre ans que Georges de la Trémoille rendit son âme à Dieu, le 6 mai 1446, en son château de Sully sur Loire (où il repose toujours). Quant à Catherine, à l’approche de la cinquantaine elle quitte Sully sur Loire et se retire sur ses terres de l’Isle Bouchard avec ses enfants.

Le 29 août 1452 elle rend aveu au seigneur de Morannes, évêque d’Angers, pour la seigneurie du Buron. En décembre elle reçoit la cession de tous les meubles de Jeanne de Boulogne, duchesse de Berri (première épouse de son mari Georges de la Trémoille), cession accordée par Bertrand IV de la Tour comte de Boulogne et d’Auvergne. En mars 1455 elle signe un contrat de 400 livres tournois pour la réfection des ponts de Chateauneuf sur Sarthe.

Elle conserve encore une certaine beauté, et est sensible aux hommages rendus à sa personne. Elle tombe alors sous l’influence de Péan de la Vallée, qui devint peut-être son amant et provoque les premiers remous entre elle et ses enfants. A cause de lui, les jeunes Louis et Georges de la Tremoille demandent à s’éloigner de l’Isle Bouchard. L’un part à Bommiers en Berry et l’autre se rend auprès du duc de Bourgogne, arguant que le sieur Péan de la Vallée leur parle «en malgracieux termes et les empeche d’etre vestuz et habillés selon leur estat».

En 1457 un procès s’engage entre Catherine et ses enfants pour le partage des biens : l’Isle Bouchard revient à Georges, mais Catherine en garde l’usufruit.

Le 10 octobre 1457 elle parait dans une transaction entre son fils, Louis de la Trémoille, et l’évêque de Luçon au sujet des excès et mauvais traitements de Georges de la Tremoille, père de Louis, envers l’évêque et son chapitre à l’occasion de la juridiction que Georges prétendait injustement sur les terres et seigneuries de ceux-ci. Exaspéré par les manoeuvres de Péan de la Vallée, Georges de la Tremoille s’empare de ce dernier et le jette dans un cachot de son château de Belabre le 6 décembre 1458. La dame de l’Isle Bouchard se consacre alors à sa ville et ordonne les réparations nécessaires à l’église de Saint Gilles. Le 10 octobre 1470 elle reçoit à l’Isle Bouchard son filleul, le roi Louis XI, qui rend hommage à sa marraine.

Le 1er juillet 1472 Catherine de l’Isle Bouchard, âgée de soixante-dix-sept ans, rend son âme à Dieu en son domaine du «Chatellier» à l’Isle Bouchard : ses obsèques ont lieu le 30 juillet, en présence de huit curés des villages environnants. Treize pauvres sont vêtus de vêtements décents et trois cents livres d’aumônes sont distribuées. Elle est enterrée dans un tombeau de bronze qui se situait dans la chapelle du château de l’Isle Bouchard (aujourd’hui disparu) et une gisante la représentait avec cette épitaphe «Très noble et puissante dame Katherine de l’Isle… priez dieu pour son asme». Dans son testament, elle ordonnera trente messes pour le salut de son âme.
Source : vincentcarre18
vers 1415 :
Mariage (avec Jean DES ROCHES)
11 novembre 1422 :
Mariage (avec Hugues CHALON-TONNERRE)
1425 :
Mariage (avec Pierre II GIAC) - Bourges, 18033, Cher, Centre-Val de Loire, FRANCE
11 juillet 1427 :
Mariage (avec Georges Ier LA TREMOILLE) - Sully-sur-Loire, 45315, Loiret, Centre-Val de Loire, FRANCE
Château de Gençay
dont ;
Louis Ier De LA TRÉMOILLE, Seigneur De SULLY 1429-1483
Louise De LA TRÉMOILLE, Dame De BONNIÈRES 1432-1474
Georges II "Sire de CRAON" De LA TRÉMOILLE, Seigneur De CRAON ca 1437-1481
10 juillet 1472 :
Décès - L'Île-Bouchard, 37119, Indre-et-Loire, Centre-Val de Loire, FRANCE

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