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Eugène BOYER
Eugène BOYER
- Né le 12 février 1904 (vendredi) - Paris 05 Panthéon, 75005, Paris, Île-de-France, FRANCE, 3 rue Linné
- Né le 19 mars 1904 (samedi) - Paris 18 Buttes-Montmartre, 75018, Paris, Île-de-France, FRANCE
- Né le 20 novembre 1905 (lundi) - Paris 10 Entrepôt, 75010, Paris, Île-de-France, FRANCE
- Décédé le 17 février 1964 (lundi) - Luçay-le-Mâle, 36360, Indre, Centre-Val de Loire, FRANCE, à l'âge de 60 ans
- Comptable
Parents
- Alexandre Auguste BOYER 1863-1920
- Marie Rose Jeanne FIGANIÈRE 1874-~1931
Union(s) et enfant(s)
- Marié le 7 août 1930 (jeudi), Paris 19 Buttes-Chaumont, 75019, Paris, Île-de-France, FRANCE, avec Yvonne Marguerite PERON 1910-1960 divorcés
Frères et sœurs
- Eugène BOYER 1904-1964
Demi-frères et demi-sœurs
- Alexandre Eugène BOYER 1889-1943 (par Alexandre Auguste BOYER)
- Renée Aimée BOYER 1890-1923 (par Alexandre Auguste BOYER)
- Emma Marie BOYER 1892->1905 (par Alexandre Auguste BOYER)
- Pierre Jules Alfred FIGANIÈRE 1901-1901 (par Marie Rose Jeanne FIGANIÈRE)
Événements
- 12 février 1904 :
-
Naissance - Paris 05 Panthéon, 75005, Paris, Île-de-France, FRANCE, 3 rue Linné
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\f0\fs20 \cf0 Acte n\'b0 385} - 19 mars 1904 :
-
Naissance : Reconnaissance - Paris 18 Buttes-Montmartre, 75018, Paris, Île-de-France, FRANCE
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\f0\fs20 \cf0 Reconnu par sa m\'e8re, Marie Rose Jeanne FIGANIERE} - 20 novembre 1905 :
-
Naissance : Reconnaissance - Paris 10 Entrepôt, 75010, Paris, Île-de-France, FRANCE
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\f0\fs20 \cf0 Reconnu par son p\'e8re, Alexandre Auguste BOYER} - 1911 :
- Recensement - Montreuil, 93100, Seine-Saint-Denis, Île-de-France, FRANCE, 200 rue de Paris
- 1924 :
- Service militaire
- 1926 :
- Recensement - Paris 19 Buttes-Chaumont, 75019, Paris, Île-de-France, FRANCE, 13 avenue Laumière
- 1930 :
- Autre événement : Residence - Paris 19 Buttes-Chaumont, 75019, Paris, Île-de-France, FRANCE, 13 avenue Laumière
- 7 août 1930 :
-
Mariage (avec Yvonne Marguerite PERON) - Paris 19 Buttes-Chaumont, 75019, Paris, Île-de-France, FRANCE
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\f0\fs20 \cf0 Acte n\'b0 1235} - 1931 :
- Recensement - Paris 11 Popincourt, 75011, Paris, Île-de-France, FRANCE, 78 rue du Chemin Vert
- 7 mars 1931 :
-
Autre événement - Paris 01 Louvre, 75001, Paris, Île-de-France, FRANCE, rue Croix-des-Petits-Champs
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\f0\fs20 \cf0 Vol } - mai 1931 :
- Autre événement : Emprisonnement - Fresnes, 94260, Val-de-Marne, Île-de-France, FRANCE, Prison de Fresnes
- 26 mars 1936 :
-
Divorce (avec Yvonne Marguerite PERON) - Nice, 06000, Alpes-Maritimes, Provence-Alpes-Côte d'Azur, FRANCE
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\f0\fs20 \cf0 Transcrit le 7 ao\'fbt 1936 \'e0 Paris 19\'e8me} - 17 février 1964 :
-
Décès - Luçay-le-Mâle, 36360, Indre, Centre-Val de Loire, FRANCE
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\f0\fs24 \cf0 Le Monde - Jeudi 20 f\'e9vrier 1964\
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\f1\b \cf0 MORT SUSPECTE DE L'ANCIEN BAGNARD EUG\'c8NE BOYER\
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\f0\b0 \cf0 Ch\'e2teauroux, 19 f\'e9vrier. - Lorsqu'un Hongrois, M. Urbas, d\'e9couvrit l'autre nuit, son camarade Eug\'e8ne Boyer, soixante ans, mort sur son lit, la t\'eate enfouie dans les couvertures, il s'en fut pr\'e9venir le commandant Perette, directeur du centre d'h\'e9bergement d'Oublaisse, commune de Lu\'e7ay-le-M\'e2le (Indre), dont ils \'e9taient les pensionnaires. \'c0 la vue du cache-nez serrant fortement le cou de Boyer, de certaines traces suspectes sous le lainage et sur le visage, on pensa que, peut-\'eatre, ce d\'e9c\'e8s n'\'e9tait pas naturel. La gendarmerie de Valen\'e7ay fut alert\'e9e et le parquet de Ch\'e2teauroux ordonna une autopsie. Le m\'e9decin l\'e9giste me pratiqua celle-ci \'e0 l'h\'f4pital de Ch\'e2teauroux, et l'on attend son rapport.\
Boyer, ancien bagnard, avait \'e9t\'e9 condamn\'e9 \'e0 mort pour un crime commis rue Custine, \'e0 Paris, et fut sauv\'e9 de justesse de la guillotine, par une gr\'e2ce exceptionnelle du pr\'e9sident Lebrun, \'e0 la suite de l'assassinat du pr\'e9sident Paul Doumer, en 1932. Apr\'e8s avoir s\'e9journ\'e9 vingt-trois ann\'e9es \'e0 Cayenne, a-t-il \'e9t\'e9 \'e9trangl\'e9 \'e0 Ubles, o\'f9 il se trouvait depuis quatre mois, ou bien est-il mort \'e9touff\'e9 ? En effet, sujet aux crises d'emphys\'e8me, il \'e9tait tr\'e8s frileux et r\'e9clamait toujours davantage de couvertures de lainage. Cette derni\'e8re hypoth\'e8se para\'eet, pour le moment, la plus vraisemblable.\
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\cf0 \
Le centre d'h\'e9bergement d'Oublaisse fait r\'e9f\'e9rence \'e0 une cit\'e9 utopique pionni\'e8re et aujourd'hui abandonn\'e9e, situ\'e9e sur le domaine du ch\'e2teau d'Oublaise (parfois orthographi\'e9 Oublaisse) \'e0 Lu\'e7ay-le-M\'e2le, dans le d\'e9partement de l'Indre.\
Fond\'e9 en 1946 par le commandant Jean-Fran\'e7ois Perrette, ce site est historiquement le premier centre de r\'e9habilitation et d'h\'e9bergement de France d\'e9di\'e9 aux anciens combattants handicap\'e9s et aux personnes marginalis\'e9es (les \'ab oubli\'e9s de l'\'c9tat \'bb).\
Le commandant Perrette a con\'e7u une v\'e9ritable cit\'e9 utopique et autosuffisante au milieu des bois. Le site comprenait \'e0 son apog\'e9e un h\'f4tel de 50 chambres, Seize maisons d'habitation, une usine de 2 000 m\'b2 permettant la r\'e9insertion professionnelle des r\'e9sidents, un grand th\'e9\'e2tre de 550 places ouvert sur l'ext\'e9rieur.\
En 1974 : Une partie du domaine a \'e9t\'e9 c\'e9d\'e9e au mouvement spirituel Hare Krishna, qui y a install\'e9 sa communaut\'e9 francophone baptis\'e9e la Nouvelle Mayapur (New Mayapur). Une partie de cette communaut\'e9 y g\'e8re encore aujourd'hui un \'e9co-village et des retraites spirituelles.\
En 1982 : Le commandant Perrette a cess\'e9 d\'e9finitivement l'activit\'e9 d'h\'e9bergement social et professionnel.\
Aujourd'hui : La section historique construite par le commandant est devenue une sorte de cit\'e9 fant\'f4me envahie par la v\'e9g\'e9tation. Bien que le site soit en partie en ruine et pris\'e9 par les amateurs d'exploration urbaine (urbex), des projets men\'e9s par des passionn\'e9s visent \'e0 pr\'e9server la m\'e9moire du domaine et \'e0 restaurer son patrimoine mat\'e9riel et naturel \'e0 travers des initiatives locales. Un documentaire r\'e9alis\'e9 en 2024 par Claire Rivieccio retrace cette aventure humaine unique.
\fs32 \expnd0\expndtw0\kerning0
\outl0\strokewidth0 \strokec2 \
\fs24 \kerning1\expnd0\expndtw0 \outl0\strokewidth0 \
} - Autre événement : Arrestation
Notes
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\
D\'e9linquant d'habitude et un r\'e9cidiviste sp\'e9cialis\'e9 dans le vol par effraction de logements et le pillage d'appartements bourgeois \'e0 Paris.\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
C\'92est un sp\'e9cialiste de la \'ab haute p\'e8gre \'bb du cambriolage : Contrairement \'e0 son fr\'e8re Alexandre, qui commettait de petits larcins improvis\'e9s (comme le vol de bicyclette rue du Panama), Eug\'e8ne Boyer est d\'e9crit par la police judiciaire comme un cambrioleur de m\'e9tier, tr\'e8s actif et m\'e9thodique. Son mode op\'e9ratoire consistait \'e0 cibler des appartements bourgeois \'e0 Paris, g\'e9n\'e9ralement laiss\'e9s vides en journ\'e9e par leurs propri\'e9taires.\kerning1\expnd0\expndtw0 \
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\cf0 \
Eug\'e8ne Boyer et son demi-fr\'e8re Alexandre sont deux criminels fran\'e7ais c\'e9l\'e8bres pour avoir \'e9t\'e9 au c\'9cur d'un incroyable coup de th\'e9\'e2tre judiciaire \'e0 Paris en 1932.\
Le 30 janvier 1932, Eug\'e8ne Boyer, (27 ans) est condamn\'e9 \'e0 mort par la Cour d'assises de la Seine pour avoir, avec la complicit\'e9 d'Alexandre, cambriol\'e9, assomm\'e9 et \'e9trangl\'e9 une renti\'e8re de 79 ans \'e0 Paris.\
\
Le "miracul\'e9" de la guillotine\
Son ex\'e9cution publique est fix\'e9e au 7 mai 1932 \'e0 l'aube devant la prison de la Sant\'e9 \'e0 Paris. La veille, le 5 mai, le pr\'e9sident de la R\'e9publique Paul Doumer examine le dossier et lui refuse la gr\'e2ce pr\'e9sidentielle. L'ex\'e9cution est donc juridiquement in\'e9luctable.\
Le matin du 7 mai, alors que les pr\'e9paratifs de la guillotine sont en cours et qu'Eug\'e8ne Boyer attend ses derni\'e8res minutes dans sa cellule, un \'e9v\'e9nement historique bouleverse la situation : le pr\'e9sident Paul Doumer est assassin\'e9 par Paul Gorgulov le 6 mai et meurt dans la nuit.\
Profitant du fait qu'en droit fran\'e7ais, un pr\'e9sident peut accorder son ultime cl\'e9mence jusqu'\'e0 la derni\'e8re seconde, l'avocat d\'92Eug\'e8ne Boyer, Ma\'eetre Henriquet, saisit imm\'e9diatement les autorit\'e9s. Il soutient qu'en l'absence de chef de l'\'c9tat en fonction, le condamn\'e9 est priv\'e9 de sa chance d'obtenir un revirement de situation de derni\'e8re minute.\
\'c0 seulement vingt minutes de l'ex\'e9cution, le procureur ordonne de surseoir \'e0 la mise \'e0 mort. Quelques jours plus tard, le 13 mai 1932, le nouveau pr\'e9sident \'e9lu Albert Lebrun d\'e9cide de gracier officiellement Eug\'e8ne Boyer, commuant sa peine capitale en travaux forc\'e9s \'e0 perp\'e9tuit\'e9. Il fut ensuite envoy\'e9 au bagne de Guyane, sauv\'e9 in extremis par la mort de celui qui avait sign\'e9 son arr\'eat de mort.\
A son retour en m\'e9tropole en 1953, apr\'e8s l\'92abolition du bagne, il sera lib\'e9r\'e9 en 1957, pour finalement se suicider sept ans plus tard.\
\
Eug\'e8ne BOYER\
Condamn\'e9 \'e0 mort par la Cour d\'92assises de la Seine le 30\'a0janvier 1932 pour avoir, en compagnie de son demi-fr\'e8re Alexandre, assomm\'e9 et \'e9trangl\'e9 une renti\'e8re de 79\'a0ans pour la voler. Il doit \'eatre ex\'e9cut\'e9 le 7\'a0mai 1932 apr\'e8s que le pr\'e9sident de la R\'e9publique Paul DOUMER lui a refus\'e9 sa gr\'e2ce le 5\'a0mai. Il est sauv\'e9 in extremis par l\'92assassinat du pr\'e9sident le lendemain et l\'92opportunisme de son avocat, Me\'a0HENRIQUET, qui demande imm\'e9diatement de surseoir \'e0 l\'92ex\'e9cution afin que son client puisse b\'e9n\'e9ficier du droit de remords du pr\'e9sident de la R\'e9publique jusqu\'92\'e0 la derni\'e8re minute. L\'92ex\'e9cution de la sentence est suspendue et Eug\'e8ne BOYER a la vie sauve. Le nouveau pr\'e9sident de la R\'e9publique, Albert LEBRUN, le gracie. Il refusera de fa\'e7on quasi syst\'e9matique sa gr\'e2ce aux condamn\'e9s pendant la suite de son mandat. La peine d\'92Eug\'e8ne BOYER est commu\'e9e et il est d\'e9port\'e9. Il sera lib\'e9r\'e9 en mars\'a01957 et mourra fin 1963. Son demi-fr\'e8re a quant \'e0 lui \'e9t\'e9 ex\'e9cut\'e9.\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f1 \cf2 \cb3 \expnd0\expndtw0\kerning0
Cf. Marcel Montarron, 1965,
\f2\i Tout ce joli monde
\f1\i0 , La Table Ronde, p. 96s.
\f3\fs40 \cb1 \
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f0\fs28 \cf0 \
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\fs24 \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 Tables des successions et absences - Archives de l'Indre - Valen\'e7ay - 1964 : pas d\'92actif successoral
\f4\fs30 \
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\fs28 \cf0 \
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\f0\fs24 \cf0 La cavale d\'92Eug\'e8ne Boyer aux c\'f4t\'e9s d'Henri Charri\'e8re, dit \'ab Papillon \'bb, constitue l'un des chapitres les plus romanesques de l'histoire du bagne de Guyane.\
Bien qu'Henri Charri\'e8re ait largement romanc\'e9 et centralis\'e9 le r\'e9cit \'e0 son propre profit dans son best-seller Papillon (1969), les archives administratives du bagne confirment qu\'92Eug\'e8ne Boyer fut l'un de ses v\'e9ritables compagnons de fuite lors de la c\'e9l\'e8bre \'e9vasion de septembre 1934. Dans le livre Papillon, il ne nomme \'ab\'a0Andr\'e9 Baillard\'a0\'bb.\
\
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\f5\b \cf0 1. Le complot de l'h\'f4pital de Saint-Laurent-du-Maroni\
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\f0\b0 \cf0 Arriv\'e9 en Guyane \'e0 la fin de l'ann\'e9e 1933, Eug\'e8ne Boyer est affect\'e9 au camp de la Transportation. Refusant de d\'e9p\'e9rir au bagne, il s'allie avec Henri Charri\'e8re et un troisi\'e8me bagnard, Jean Clousiot.\
Pour s'\'e9vader, ils \'e9laborent un plan classique mais risqu\'e9 : simuler des maladies pour se faire interner \'e0 l'h\'f4pital de Saint-Laurent-du-Maroni, o\'f9 la surveillance est moins stricte que dans les cachots. \
Le 5 septembre 1934 au soir, les trois hommes passent \'e0 l'action : ils neutralisent leurs gardiens, escaladent l'enceinte de l'h\'f4pital et s'enfuient \'e0 travers les mar\'e9cages jusqu'au fleuve Maroni. Gr\'e2ce \'e0 de l'argent dissimul\'e9 (le fameux \'ab plan \'bb ou \'ab flan \'bb, un tube en m\'e9tal cach\'e9 dans le corps), ils ach\'e8tent un canot \'e0 un d\'e9tenu lib\'e9r\'e9 qui les attend sur la rive.\
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\f5\b \cf0 2. Le p\'e9riple en mer et l'escale \'e0 Trinidad\
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\f0\b0 \cf0 Embarqu\'e9s sur leur fr\'eale embarcation, Boyer, Charri\'e8re et Clousiot entament une travers\'e9e maritime de 2 500 kilom\'e8tres dans des conditions dantesques.\
Ils parviennent \'e0 rallier l'\'eele de trinidad, alors colonie britannique. \'c0 cette \'e9poque, les autorit\'e9s anglaises appliquent une politique ambigu\'eb : elles refusent d'extrader les bagnards fran\'e7ais vers la Guyane, mais refusent \'e9galement de les garder. Les Anglais leur fournissent des vivres, de l'eau, des v\'eatements civils, une nouvelle voile et les somment de reprendre la mer en direction de l'ouest.\
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\pard\tx560\tx1120\tx1680\tx2240\tx2800\tx3360\tx3920\tx4480\tx5040\tx5600\tx6160\tx6720\pardirnatural\partightenfactor0
\f5\b \cf0 3. La cavale en Colombie
\f0\b0 \
Leur voyage les m\'e8ne jusqu'aux c\'f4tes de la Colombie, dans la r\'e9gion de Riohacha. C'est l\'e0 que la cavale prend une tournure diff\'e9rente selon les r\'e9cits : \
\'95 La version \'ab Papillon \'bb : Dans son livre, Charri\'e8re affirme s'\'eatre s\'e9par\'e9 du groupe, avoir v\'e9cu plusieurs mois parmi les Indiens Guajiros et avoir \'e9pous\'e9 deux femmes indig\'e8nes. Les historiens ont d\'e9montr\'e9 que cet \'e9pisode a \'e9t\'e9 invent\'e9 ou emprunt\'e9 aux aventures d'autres bagnards.\
\'95 La r\'e9alit\'e9 historique : La cavale \'e0 terre est de courte dur\'e9e pour le trio. Sans papiers, \'e9puis\'e9s et traqu\'e9s dans un pays \'e9tranger qui ne souhaite pas s'encombrer de criminels fran\'e7ais \'e9vad\'e9s, ils sont rapidement rep\'e9r\'e9s.\
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\f5\b 4. La capture \'e0 Barranquilla et le retour \'e0 la case d\'e9part\
\pard\tx560\tx1120\tx1680\tx2240\tx2800\tx3360\tx3920\tx4480\tx5040\tx5600\tx6160\tx6720\pardirnatural\partightenfactor0
\f0\b0 \cf0 La police colombienne finit par arr\'eater Eug\'e8ne Boyer, Henri Charri\'e8re et Jean Clousiot dans la ville de Barranquilla. Contrairement \'e0 la Grande-Bretagne, la Colombie a sign\'e9 des accords d'extradition avec la France.\
Apr\'e8s avoir pass\'e9 plusieurs semaines dans les redoutables ge\'f4les colombiennes (que Charri\'e8re d\'e9crira comme des \'ab cachots sous-marins \'bb), les trois \'e9vad\'e9s sont remis aux autorit\'e9s coloniales fran\'e7aises en mai 1935.\
Le verdict de l'administration p\'e9nitentiaire est s\'e9v\'e8re pour cette tentative : ils sont condamn\'e9s \'e0 deux ans de r\'e9clusion criminelle absolue. Ils sont envoy\'e9s sur l\'92\'eele Saint-Joseph (l'une des \'eeles du Salut), surnomm\'e9e \'ab l'\'eele du silence \'bb ou \'ab la guillotine s\'e8che \'bb, o\'f9 les prisonniers sont enferm\'e9s dans des cages \'e0 ciel ouvert avec interdiction stricte de parler.\
Eug\'e8ne Boyer survivra \'e0 ce r\'e9gime d'isolement total, continuant sa peine jusqu'\'e0 la fermeture d\'e9finitive du bagne apr\'e8s la Seconde Guerre mondiale.\
\
Lib\'e9r\'e9 avec un p\'e9cule de 17.286 anciens francs en mars 1957. Devenu aide-ma\'e7on.\
Meurt fin 1963, d\'e9but 1964 dans un centre d'h\'e9bergement d'Indre-et-Loire. L'aspect de son corps semblant faire penser \'e0 une strangulation, la justice ouvre une enqu\'eate.\
Conclusion : d\'e9c\'e8s suite \'e0 une absorption excessive d'alcool.\cf4 \expnd0\expndtw0\kerning0
\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\cf4 \
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f5\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 Maurice Coriem, \'ab Comment l\'92assassinat de M. Paul Doumer sauva la vie d\'92Eug\'e8ne Boyer \'bb,
\f6 -
\f5 Police Magazine, n\'b079, 29 mai 1932, p. 12-13.
\f0\b0 \cf4 \expnd0\expndtw0\kerning0
\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\cf4 \
\pard\pardeftab720\sa240\partightenfactor0
\f5\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 LE SANG D'UN CHEF D'\'c9TAT CONTRE LE SANG D'UN CRIMINEL\
\f0\b0 \expnd0\expndtw0\kerning0
L'assassinat du Pr\'e9sident de la R\'e9publique a sauv\'e9 la vie \'e0 un assassin. L'Histoire a de ces antith\'e8ses qui frappent les foules et inspirent les po\'e8tes. Le vieil Hugo e\'fbt aim\'e9 ce paradoxe romantique. Le sang d'un chef d'\'c9tat contre celui d'un mis\'e9rable. Il y aurait l\'e0 de quoi philosopher. De quoi \'e9tonner surtout. Le mieux, pour le reporter, est de conter simplement ce drame \'e9trange et palpitant. Il est riche en p\'e9rip\'e9ties inou\'efes et en documents insens\'e9s. Un d\'e9tail : j'ai vu la lettre officielle apprenant au d\'e9fenseur que son client Eug\'e8ne Boyer serait guillotin\'e9 le 7 mai, \'e0 l'aube. Et l'autre lettre, officielle aussi, l'informant, \'e0 la date du 14 mai, que le m\'eame Eug\'e8ne Boyer \'e9tait graci\'e9. Ce sont des pi\'e8ces rares dans un dossier. Mais le document humain est le plus passionnant.\
Quelle a \'e9t\'e9 la pens\'e9e, le geste de l'homme dont le cou d\'e9j\'e0 est engag\'e9 dans la lunette et qu'on enl\'e8ve \'e0 l'\'e9chafaud ? Quelle fut la \'ab r\'e9action \'bb du d\'e9sesp\'e9r\'e9 sauv\'e9 contre toute esp\'e9rance alors qu'il \'e9tait perdu et qui rentra dans la vie parce que M. Doumer \'e9tait entr\'e9 dans la mort ?\
Nul homme, avant Eug\'e8ne Boyer, n'avait connu ce cas unique. Et son observation n'eut qu'un seul t\'e9moin. C'est ce t\'e9moin qui m'a parl\'e9.\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f5\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 Les crimes d'Eug\'e8ne Boyer\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f0\b0 \cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
Avant de l'entendre, il n'est pas inutile de se rappeler Eug\'e8ne Boyer. La question a \'e9t\'e9 pos\'e9e par la curiosit\'e9 et la piti\'e9 populaires : M\'e9ritait-il cette gr\'e2ce si terriblement exceptionnelle ? Interrogation \'e0 laquelle seuls les faits peuvent r\'e9pondre.\
Les deux fr\'e8res Alexandre et Eug\'e8ne Boyer avaient, le 17 janvier 1931, assassin\'e9 dans son logement, 47, rue Custine, Mme Di\'e9mer, une petite renti\'e8re de quatre-vingts ans, pour lui voler ses \'e9conomies. Les deux fr\'e8res exer\'e7aient la coupable industrie de s'attaquer aux personnes \'e2g\'e9es, afin de les d\'e9trousser.\
Chez ces vieilles gens, l'un ou l'autre fr\'e8re, quand ce n'\'e9tait les deux, avait introduit ou assomm\'e9, et toujours cambriol\'e9. Seule, Mme Di\'e9mer avait \'e9t\'e9 tu\'e9e.\
Le 30 janvier 1932, Alexandre et Eug\'e8ne Boyer \'e9taient condamn\'e9s \'e0 mort par la Cour d'assises de la Seine. Ce d\'e9nouement \'e9tait pr\'e9vu.\
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\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f5\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 Les fr\'e8res ennemis devant la mort\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f0\b0 \cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
Les deux jours d'audience furent marqu\'e9s par des d\'e9bats atroces. On vit les deux fr\'e8res se lever, chacun accusant l'autre avec furie pour tenter de se sauver soi-m\'eame. Ils s'\'e9puisaient en efforts affreux pour \'e9pargner leur t\'eate en offrant celle de l'autre au bourreau. R\'e9quisitoire impitoyable de M. l'avocat g\'e9n\'e9ral Capillairy. Admirables plaidoiries de Me J.-C. Legrand et Paul Henriquet. R\'e9ponse nette et, dit-on, unanime du jury. Refus quasi irrit\'e9 de signer un recours en gr\'e2ce.\
Mais, \'e0 l'heure d\'e9cisive, ces deux hommes qui s'\'e9taient d\'e9chir\'e9s se sont r\'e9concili\'e9s dans le malheur. On les vit, durant la d\'e9lib\'e9ration de la cour, apr\'e8s le verdict, s'embrasser paisiblement sur le banc de leur commune infamie. Ils accueillirent l'arr\'eat atal avec cette immobilit\'e9 habituelle aux condamn\'e9s que le public prend pour de l\'92indiff\'e9rence et qui t\'e9moigne souvent d\'92un grand bouleversement int\'e9rieur et invisible.\
Eug\'e8ne Boyer, le rescap\'e9 miraculeux, est un gar\'e7on solide aux cheveux drus qui offre exactement l\'92apparence d\'92un employ\'e9 de commerce correct. Il poss\'e8de une bonne instruction, une belle \'e9criture commerciale. J\'92ai vu des lettres de lui. Elles sont r\'e9dig\'e9es sans fautes d\'92orthographe, sans fautes de fran\'e7ais. Elles ont l\'92\'e9mouvante apparence de la franchise, peut-\'eatre du remords. La fin de cette v\'e9ridique histoire semble confirmer ce sentiment.\
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\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f5\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 Eug\'e8ne Boyer dans sa cellule\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f0\b0 \cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
Le t\'e9moin des heures singuli\'e8res et tragiques dont chacune pouvait \'eatre la derni\'e8re pour Eug\'e8ne Boyer, c\'92est son \'e9loquent d\'e9fenseur, Me Paul Henriquet. Lui seul pouvait me conter les p\'e9rip\'e9ties de l\'92action et le sauvetage invraisemblable du criminel promis au supplice. Dans le cadre de son cabinet de travail, parmi des meubles anciens et des objets rares, l\'92avocat m\'92est apparu plus \'e9mu peut-\'eatre que son client par l\'92impr\'e9vu, par l\'92impossible, pouvait-on dire, de l\'92aventure o\'f9 se sont jou\'e9es l\'92une contre l\'92autre les vies d\'92un chef d\'92\'c9tat et d\'92un criminel. Me Paul Henriquet est un grand jeune homme, aux yeux ardents, \'e0 la voix chaude, au brun visage expressif et sensible. Quel admirable \'ab interview\'e9 \'bb. Il a ressuscit\'e9 devant moi tout le drame. En quels termes simples et path\'e9tiques ! Avec quels accents qui fr\'e9missaient de sinc\'e9rit\'e9 et d\'92angoisse. Son r\'e9cit, c\'92est essentiellement celui de l\'92avocat dans sa plus haute conception du devoir. L\'92existence d\'92un homme lui est confi\'e9e, qu\'92il doit sauver. Il l\'92a sauv\'e9e.\
D\'92abord, il me montre Eug\'e8ne Boyer, ramen\'e9, apr\'e8s la derni\'e8re audience, dans la cellule sp\'e9ciale des condamn\'e9s \'e0 mort. C\'92est une pi\'e8ce haute de quatre m\'e8tres large et a\'e9r\'e9e. Le condamn\'e9 a rev\'eatu la bure p\'e9nitentiaire. Il a quitt\'e9 ses v\'eatements civils. Il ne les reverra plus qu\'92un matin, \'e0 l\'92aube p\'e2le\'85 C\'92est une pens\'e9e qu\'92ils ont tous, quand ils abandonnent pour la derni\'e8re fois ce dernier souvenir du pass\'e9. \'ab Le jour o\'f9 je les rev\'eatirai\'85 \'bb\
Car il est l\'e9gal que le condamn\'e9 garott\'e9 s\'92en aille \'e0 la guillotine v\'eatu en homme libre.\
Me Paul Henriquet insiste avec \'e9quit\'e9 sur la correction du personnel de la Sant\'e9, sur son \'e9gard m\'eame qu\'92il t\'e9moigne au condamn\'e9 appel\'e9 \'e0 mourir. Pas une attitude, pas un mot qui puisse le rappeler \'e0 son sort maudit. Si l\'92oubli \'e9tait possible, c\'92est dans sa prison qu\'92Eug\'e8ne Boyer l\'92e\'fbt trouv\'e9.\
Et pourtant, selon le r\'e8glement, le condamn\'e9 supr\'eame, en attendant son sort, est encha\'een\'e9. A ses deux chevilles sont riv\'e9s des bracelets de fer que relie une cha\'eene. Survivance de barbares coutumes dont on ignore trop l\'92inutile cruaut\'e9. Dans sa cellule, Eug\'e8ne Boyer travaille. Il fabrique des petits bonnets phrygiens en papier qu\'92une marque alimentaire c\'e9l\'e8bre distribue \'e0 ses clients en mani\'e8re de r\'e9clame amusante. Si les clients savaient\'85\
Dans sa cellule, Eug\'e8ne Boyer re\'e7oit son d\'e9fenseur qu\'92un garde, \'e0 chaque visite, accompagne. Ce n\'92est plus le petit parloir du rez-de-chauss\'e9e, la libre communication. Le d\'e9tenu est un condamn\'e9. L\'92avocat n\'92est plus que le messager de la derni\'e8re esp\'e9rance.\
Eug\'e8ne Boyer ne se faisait gu\'e8re d\'92illusion sur son sort. Il n\'92osait qu\'92\'e0 peine esp\'e9rer une gr\'e2ce possible. Pour lui, il avait la jeunesse, vingt-sept ans ! Son fr\'e8re, avec ses quarante-deux ans, gardait le privil\'e8ge d\'92avoir \'e9t\'e9, durant la guerre, un soldat courageux : blessures, mutilation de la main, citations, m\'e9daille militaire. Cela devait lui valoir sa gr\'e2ce. Eug\'e8ne Boyer ne comptait pas sur la cl\'e9mence pr\'e9sidentielle. Me Henriquet lui avait dit :\
\'97 Le sort des condamn\'e9s \'e0 mort ne se r\'e8gle pas avant six ou sept mois\'85\
Ainsi, par ce pieux mensonge, il reculait dans l\'92avenir le moment fatal. Aussi, quand il re\'e7ut, pour la date du 3 mai, \'e0 6 heures du soir, la convocation du Pr\'e9sident de la R\'e9publique, Me Henriquet n\'92en parla pas \'e0 son client. Il se chargea de toute l\'92angoisse pour aller \'e0 l\'92\'c9lys\'e9e\'85\
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\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f5\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 La visite supr\'eame \'e0 M. Doumer\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f0\b0 \cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
La r\'e9ception, par le chef de l\'92\'c9tat, de l\'92avocat qui vient supplier pour la gr\'e2ce de son client est une c\'e9r\'e9monie classique. On en ignore g\'e9n\'e9ralement tous les d\'e9tails. Ils peuvent, en dehors de l\'92essentiel, varier selon les pr\'e9sidents. Celle-ci garde son caract\'e8re path\'e9tique de ce qu\'92elle fut la\
derni\'e8re entrevue du Pr\'e9sident et d\'92un avocat. Et, surtout, de ce que M. Paul Doumer, juge supr\'eame de Boyer, devait \'eatre assassin\'e9 le surlendemain. Cette gr\'e2ce, qu\'92il devait refuser, sa mort allait l\'92accorder. Me Paul Henriquet a conserv\'e9 de cette entrevue un souvenir profond. C\'92est d\'92une voix bris\'e9e qu\'92il m\'92en a dit les d\'e9tails. Et je me rappellerai ses mots bouleversants qui, tandis qu\'92il parlait, m\'92entraient dans le c\'9cur.\
D\'92abord, ce fut l\'92habituel c\'e9r\'e9monial, l\'92obligatoire passage devant le portier qui interroge : \'ab Votre convocation ? \'bb Et avant m\'eame que l\'92avocat l\'92ait montr\'e9e : \'ab Ma\'eetre Henriquet, n\'92est-ce pas ? \'bb Un vieux valet chevronn\'e9 fait traverser au d\'e9fenseur une enfilade de trois salons. Il arr\'eate le visiteur au dernier : le petit salon vert, de pur style Empire, qui pr\'e9c\'e8de le cabinet du chef de l\'92\'c9tat.\
Je con\'e7ois l\'92\'e9motion du jeune ma\'eetre au seuil de cette porte o\'f9 le plus haut dignitaire de la R\'e9publique l\'92attend et o\'f9 il vient tenter de sauver une t\'eate. Il ne cherche pas \'e0 la dissimuler. Il faut que ce soit lui qui vous conte cette audience.\
\'97 Quand le valet ouvre la porte en s\'92effa\'e7ant, me dit Me Paul Henriquet, j\'92aper\'e7ois presque en face de moi, un peu \'e0 gauche, M. Paul Doumer assis derri\'e8re une table ouvrag\'e9e. Je remarque tout de suite qu\'92il est v\'eatu de noir strict, comme sur ses portraits, et qu\'92il ne porte pas de rosette rouge de l\'92ordre dont il est grand ma\'eetre.\
\'ab M. Paul Doumer tout de suite s\'92est lev\'e9. Et j\'92ai une surprise. Ce vieillard s\'92est dress\'e9 avec une sorte d\'92\'e9lasticit\'e9 juv\'e9nile. Je vois son fin visage, je remarque la nettet\'e9 parfaite de l\'92ordonnance de cette barbe toute blanche, soign\'e9e avec une pr\'e9cision minutieuse, je remarque les yeux clairs.\
\'ab Ce qui me surprend encore, c\'92est le pas souple de ce vieillard auguste et aussi dans son attitude tout de suite, dans ses paroles aussit\'f4t, une grandeur famili\'e8re et, si l\'92on peut dire, une solennit\'e9 faite de simplicit\'e9.\
\'ab \'97 Veuillez vous asseoir, monsieur. Vous avez d\'e9sir\'e9 me voir\'85\
Me Henriquet m\'92expose que c\'92est l\'e0 le sens des premi\'e8res paroles du Pr\'e9sident, et sans doute les mots exacts, mais dits avec une dignit\'e9 si cordiale qu\'92ils en \'e9taient ennoblis. Le Pr\'e9sident a m\'eame r\'e9p\'e9t\'e9 deux fois son invite, parce que l\'92avocat, naturellement, attendait que M. Doumer se f\'fbt assis lui-m\'eame, avant d\'92y d\'e9f\'e9rer.\
\'97 J\'92ai observ\'e9, continue Me Henriquet, que le Pr\'e9sident \'e9tait en veston. Dans le m\'eame temps, rassur\'e9 par ce que cet accueil me r\'e9servait de bienveillance, j\'92ai commenc\'e9 \'e0 lui dire les raisons qui pouvaient permettre la gr\'e2ce d\'92Eug\'e8ne Boyer.\
\'ab Le Pr\'e9sident m\'92\'e9coutait avec une attention certaine. Une fois ou deux, il m\'92a interrompu pour me demander un \'e9claircissement sur un d\'e9tail que semblait contredire le rapport de la commission des gr\'e2ces.\
\'ab J\'92ai \'e9t\'e9 surpris de voir quelle connaissance approfondie du dossier avait le Pr\'e9sident.\
Me Henriquet a ce mot :\
\'97 J\'92ai mesur\'e9 par l\'e0 quel prix il accordait \'e0 la vie humaine\'85\
Et il ach\'e8ve la narration de l\'92entrevue.\
\'97 Je n\'92ai pas pu demander au Pr\'e9sident son intention ou son sentiment. Mais j\'92ai compris. Il m\'92a reconduit jusqu\'92\'e0 la porte. Il m\'92a pris la main. Il l\'92a tenue serr\'e9e longtemps dans la sienne. Et il m\'92a demand\'e9 avec une gentillesse charmante :\
\'ab \'97 Des causes comme celles-l\'e0 ne sont pas d\'92un grand int\'e9r\'eat pour un d\'e9fenseur, je crois\'85\
\'ab J\'92ai r\'e9pondu :\
\'ab \'97 Le devoir\'85\
\'ab Le Pr\'e9sident tenait toujours ma main. Je sentais la chaleur de sa dextre sur la mienne. Ses yeux bleus avaient ce sourire que la l\'e9gende lui refusait. Il me parla gentiment de ma profession et de ma jeunesse. On e\'fbt dit un grand papa affectueux autant que v\'e9n\'e9rable.\
\'ab \'97 Au revoir, monsieur, acheva-t-il. Bonne chance. J\'92esp\'e8re que nous aurons d\'92autres occasions diff\'e9rentes de nous revoir\'85\
Telle fut cette visite dont Me Henriquet devait garder \'e0 la fois une si vive empreinte et si peu d\'92esp\'e9rance. Elle fut utile, cependant, pour fixer le vrai visage de l\'92un de ces politiques que nous p\'e9n\'e9trons trop peu.\
Dans cet accueil obligeant et familier \'e0 un jeune homme, ne d\'e9couvre-t-on pas le p\'e8re douloureux qui n\'92a point cess\'e9 de pleurer quatre fils tomb\'e9s aux champs de carnage ?\
\pard\pardeftab720\sa240\partightenfactor0
\f5\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 \
L\'92avis d\'92ex\'e9cution capitale\
\pard\pardeftab720\sa240\partightenfactor0
\f0\b0 \cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
Me Paul Henriquet ne pouvait pas ajouter aux affres de son client. Il lui tut sa visite au Pr\'e9sident. Et il attendit le pire, qu\'92il avait pr\'e9vu. De fait, un coup de t\'e9l\'e9phone, le 5 mai, l\'92appela au Parquet g\'e9n\'e9ral. Il y rencontra M. l\'92avocat g\'e9n\'e9ral Gourien, d\'e9l\'e9gu\'e9 du Procureur g\'e9n\'e9ral, M. l\'92avocat g\'e9n\'e9ral Bonacieux, M. l\'92avocat g\'e9n\'e9ral Capillairy, qui avait prononc\'e9 le r\'e9quisitoire facilement convaincant. Avec cette gravit\'e9 qui s\'92attache aux choses de la mort, les magistrats lui apprirent que le supr\'eame recours \'e9tait rejet\'e9. Eug\'e8ne Boyer serait ex\'e9cut\'e9. Alexandre, sans doute en raison de ses \'e9tats de service de guerre, b\'e9n\'e9ficiait de la cl\'e9mence pr\'e9sidentielle.\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\cf0 Le soir, Me Henriquet re\'e7ut un pli officiel. C\'92\'e9tait la lettre coutumi\'e8re par quoi le d\'e9fenseur apprend la nouvelle et la date du supplice. Formule administrative dont la teneur immuable est exacte\outl0\strokewidth0 \strokec4 ment celle-ci. Combien d\'92avocats d\'92assises l\'92ont revue d\'e9j\'e0, la formule fatale, avec un incoercible fr\'e9missement :\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\cf0 PARQUET G\'c9N\'c9RAL DE LA COUR D\'92APPEL.\
Monsieur,\
Je m\'92empresse de vous informer que l\'92ex\'e9cution du nomm\'e9 \'85 condamn\'e9 le \'85 par la Cour d\'92assises de la Seine \'e0 la peine de mort, aura lieu le \'85 \'e0 \'85 (heure l\'e9gale du lever du soleil) \'e0 l\'92emplacement habituel des ex\'e9cutions capitales.\
Veuillez trouver ci-joint le laissez-passer sp\'e9cial qui vous est destin\'e9.\
Une voiture du service judiciaire passera vous prendre \'e0 votre domicile une heure avant l\'92heure de l\'92ex\'e9cution.\
Pour le Procureur g\'e9n\'e9ral.\
\
\f5\b \kerning1\expnd0\expndtw0 \outl0\strokewidth0 Le sursis \'e0 l\'92ex\'e9cution.\
\f0\b0 \expnd0\expndtw0\kerning0
\outl0\strokewidth0 \strokec4 Le lendemain, \'e0 trois heures de l\'92apr\'e8s-midi, le Palais apprenait avec la stupeur qui frappa Paris l\'92attentat dont le Pr\'e9sident venait d\'92\'eatre la victime. Me Henriquet, apr\'e8s sa visite \'e9mouvante, plus que tout autre, \'e9prouva la douleur d\'92une telle nouvelle. Mais le devoir du d\'e9fenseur se leva devant lui. Le Pr\'e9sident bless\'e9 ? mort peut-\'eatre ?\'85 N\'92\'e9tait-ce pas un \'e9v\'e9nement nouveau et susceptible de changer l\'92ordre et le sens des dispositions officielles.\
En fait, le droit de gr\'e2ce du pr\'e9sident est absolu. Il peut \'e0 tout moment s\'92exercer, f\'fbt-ce au pied de l\'92\'e9chafaud, \'e0 la derni\'e8re seconde. Doit-on, peut-on, priver un homme de cette ressource invraisemblable mais possible, l\'e9gale ?\
Me Henriquet retourna au Parquet g\'e9n\'e9ral. Il confia son doute \'e0 l\'92avocat g\'e9n\'e9ral Gourien. Ce magistrat, nonobstant son scepticisme, consentit \'e0 conf\'e9rer de l\'92affaire avec le procureur g\'e9n\'e9ral. Dix minutes apr\'e8s, il \'e9tait formel : l\'92affaire suivrait son cours. D\'92ailleurs, le pr\'e9sident \'e9tait seulement bless\'e9, assez l\'e9g\'e8rement, esp\'e9rait-on.\
Me Henriquet, s\'fbr de sa cause, plus s\'fbr encore de son devoir, r\'e9solut d\'92aller plus loin, plus haut. Quelques minutes plus tard, il \'e9tait \'e0 la Chancellerie. M. Paul Reynaud se trouvait alors au chevet du pr\'e9sident moribond. L\'92avocat ne put rencontrer que M. Rateau, directeur des affaires criminelles et des gr\'e2ces. Le haut fonctionnaire confirma :\
\'97 Il n\'92y a pas lieu de modifier la d\'e9cision de M. le Pr\'e9sident.\
\'97 Mais s\'92il voulait la modifier lui-m\'eame. Si je d\'e9sirais tenter une d\'e9marche nouvelle ?\
\'97 M. le Pr\'e9sident n\'92est que bless\'e9\'85\
Le d\'e9fenseur ne put obtenir d\'92autre r\'e9ponse. Quel fonctionnaire a jamais os\'e9 prendre une responsabilit\'e9 ?\
L\'92avocat, chez lui, attend la voiture fatale. Ce fut un employ\'e9 du Parquet qui arriva. Il annon\'e7ait la remise de l\'92ex\'e9cution.\
Le doute, le scepticisme, l\'92h\'e9sitation, en vain, avaient voulu se parer de certitude. Me Henriquet parti, des conf\'e9rences s\'92\'e9taient ouvertes au Parquet et \'e0 la Chancellerie. Fi\'e9vreusement, on avait, dans les textes et les grimoires, cherch\'e9 les \'ab pr\'e9c\'e9dents \'bb. Finalement, le ministre de la Justice avait d\'e9cid\'e9, sous le pr\'e9texte opportun de l\'92agonie pr\'e9sidentielle, de surseoir \'e0 l\'92ex\'e9cution.\
Les demandes du d\'e9fenseur\
Alors, Me Paul Henriquet continua ses d\'e9marches avec une obstination ardente que sa prudence temp\'e9rait d\'92une bienfaisante mod\'e9ration. Mais, \'e0 la Sant\'e9, il se heurta au refus, inexplicable d\'92ailleurs, de conf\'e9rer avec son client. L\'92administration est rest\'e9e digne de Courteline. Apr\'e8s les ordres d\'92ex\'e9cution, Eug\'e8ne Boyer \'e9tait consid\'e9r\'e9 comme officiellement ex\'e9cut\'e9 ! Il n\'92avait plus de vie l\'e9gale ! Le d\'e9fenseur derechef se rendit au Parquet g\'e9n\'e9ral, o\'f9 son permis lui fut renouvel\'e9. Devant plaider aux Assises d\'92Alen\'e7on, il sollicita de la Chancellerie un permis de quarante-huit heures avant toute d\'e9cision. Il l\'92obtint.\
Puis, ayant triomph\'e9 devant le jury de l\'92Orne, il revint au minist\'e8re. Le conseil des ministres, pour le principe, examina le dossier de l\'92affaire Boyer fr\'e8res. Le d\'e9fenseur comprit qu\'92un espoir officieux lui \'e9tait m\'e9nag\'e9. Le 14 mai, il re\'e7ut la lettre officielle de gr\'e2ce. Elle suivait de huit jours l\'92avis \'e9galement officiel de l\'92ex\'e9cution. M. Albert Lebrun avait us\'e9, pour la premi\'e8re fois, de son droit constitutionnel. On a dit que l\'92avis de Mme Doumer, en ce terrible jour de son deuil, avait \'e9t\'e9 exprim\'e9 par elle et respectueusement ob\'e9i. Me Paul Henriquet ignore tout de cette d\'e9termination, qui semble bien ne pas \'eatre une l\'e9gende.\
\
\f5\b \kerning1\expnd0\expndtw0 \outl0\strokewidth0 Eug\'e8ne Boyer apprend l\'92invraisemblable gr\'e2ce\
\f0\b0 \expnd0\expndtw0\kerning0
\outl0\strokewidth0 \strokec4 Alors, il se rendit \'e0 la Sant\'e9 pour apporter \'e0 son client l\'92extraordinaire nouvelle.\
Eug\'e8ne Boyer, prostr\'e9, an\'e9anti, machinalement collait ses cartonnages. Il attendait chaque nuit le r\'e9veil fatal. Dans sa cellule 3, de la 7e Division, au premier \'e9tage, il n\'92\'e9tait plus un homme. C\'92\'e9tait une chose inconsciente, une pauvre machine \'e0 peine anim\'e9e.\
Me Henriquet me le d\'e9peint d\'92un terme saisissant qui fait lugubrement image.\
\'97 Il \'e9tait d\'e9j\'e0 entr\'e9 dans la mort\'85\
De fait, son teint de cire, ses narines pinc\'e9es lui composaient ce visage qu\'92on voit sur des dalles de morgue.\
\'97 Bonne nouvelle, Boyer !\'85 Vous \'eates graci\'e9\'85\
Eug\'e8ne reste muet, un geste suspendu, un chiffon de papier dans une main qui tremblait. Et puis ce fut, toujours selon le mot si juste de son avocat, ce fut \'ab comme si la vie revenait en lui \'bb. Lentement, son teint reprit la coloration normale. La crispation nerveuse des traits s\'92effa\'e7a. Quelque temps, il demeura immobile.\
C\'92est alors que Me Henriquet remarqua, sur la table, un livre de messe qu\'92il n\'92y avait jamais vu. Il ne dit rien. Mais son client surprit ce regard.\
\'97 Vous comprenez, fit-il avec effort, quand on en est l\'e0\'85 Puisqu\'92il fallait que j\'92y passe\'85\
Il n\'92en dit pas plus l\'e0-dessus. Un autre silence. Puis il soupira profond\'e9ment :\
\'97 Je reviens de loin\'85\
Et aussit\'f4t, il eut deux pens\'e9es. Celle de sa m\'e8re, d\'e9c\'e9d\'e9e pendant l\'92instruction. Ce fut son propos, la premi\'e8re phrase qu\'92il put prof\'e9rer dans la hacher.\
\'97 Si elle n\'92avait pas \'e9t\'e9 incin\'e9r\'e9e, ma\'eetre, j\'92aurais pu vous demander un supr\'eame service\'85\
Et avec des larmes, il parla de fleurs sur une tombe.\
Puis :\
\'97 Je vous reverrai souvent avant mon d\'e9part l\'e0-bas\'85\
\'97 Vous ne me reverrez plus, Boyer. Je n\'92aurai plus le droit\'85 C\'92est ma derni\'e8re visite\'85\
\'97 Quoi ? Ne plus vous voir ?\'85\
Eug\'e8ne Boyer, subitement, devint tr\'e8s rouge. Puis ce fut une crise de sanglots.\
\'97 Ma\'eetre\'85 Ma\'eetre\'85 Voulez-vous me permettre de vous embrasser ?\'85\
Ses deux supr\'eames pens\'e9es, \'e0 cette heure o\'f9 la vie lui \'e9tait rendue, les m\'eames, \'e0 coup s\'fbr, qu\'92il e\'fbt eues si elle lui avait \'e9t\'e9 retir\'e9e : Sa m\'e8re. Son d\'e9fenseur.\
Cet homme avait tu\'e9. Abominablement. Et pourtant\'85\
Ah ! l\'92\'e2me humaine, quel myst\'e8re !\
Son dernier mot :\
\'97 Quand vous m\'92avez annonc\'e9 cela, ma\'eetre, votre joie m\'92a touch\'e9 (sic).\
Dernier mot ? Non. Ce fut celui-ci :\
\'97 Je peux vous le dire \'e0 cette heure n\'92est-ce pas ? Eh bien ! ce n\'92est pas moi qui ai tu\'e9\'85\
C\'92est peut-\'eatre vrai\'85\
Surprenante destin\'e9e que celle de cet homme. Sous le couperet, il est \'e9pargn\'e9 \'e0 cause du crime de Gorguloff.\
A cause aussi de l\'92attachement passionn\'e9 au devoir de ce grand gar\'e7on vibrant et pensif. Je salue ce noble id\'e9al de piti\'e9 humaine. Et je voudrais croire avec Me Paul Henriquet, avocat au grand c\'9cur, au rachat de celui qui s\'92en va pour l\'92\'e9ternit\'e9 vers les terres fi\'e9vreuses de l\'92esp\'e9rance et de l\'92oubli.\
MAURICE CORIEM.\
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\
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\cf4 \
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\
D\'e9linquant d'habitude et un r\'e9cidiviste sp\'e9cialis\'e9 dans le vol par effraction de logements et le pillage d'appartements bourgeois \'e0 Paris.\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
C\'92est un sp\'e9cialiste de la \'ab haute p\'e8gre \'bb du cambriolage : Contrairement \'e0 son fr\'e8re Alexandre, qui commettait de petits larcins improvis\'e9s (comme le vol de bicyclette rue du Panama), Eug\'e8ne Boyer est d\'e9crit par la police judiciaire comme un cambrioleur de m\'e9tier, tr\'e8s actif et m\'e9thodique. Son mode op\'e9ratoire consistait \'e0 cibler des appartements bourgeois \'e0 Paris, g\'e9n\'e9ralement laiss\'e9s vides en journ\'e9e par leurs propri\'e9taires.\kerning1\expnd0\expndtw0 \
\pard\tx560\tx1120\tx1680\tx2240\tx2800\tx3360\tx3920\tx4480\tx5040\tx5600\tx6160\tx6720\pardirnatural\partightenfactor0
\cf0 \
Eug\'e8ne Boyer et son demi-fr\'e8re Alexandre sont deux criminels fran\'e7ais c\'e9l\'e8bres pour avoir \'e9t\'e9 au c\'9cur d'un incroyable coup de th\'e9\'e2tre judiciaire \'e0 Paris en 1932.\
Le 30 janvier 1932, Eug\'e8ne Boyer, (27 ans) est condamn\'e9 \'e0 mort par la Cour d'assises de la Seine pour avoir, avec la complicit\'e9 d'Alexandre, cambriol\'e9, assomm\'e9 et \'e9trangl\'e9 une renti\'e8re de 79 ans \'e0 Paris.\
\
Le "miracul\'e9" de la guillotine\
Son ex\'e9cution publique est fix\'e9e au 7 mai 1932 \'e0 l'aube devant la prison de la Sant\'e9 \'e0 Paris. La veille, le 5 mai, le pr\'e9sident de la R\'e9publique Paul Doumer examine le dossier et lui refuse la gr\'e2ce pr\'e9sidentielle. L'ex\'e9cution est donc juridiquement in\'e9luctable.\
Le matin du 7 mai, alors que les pr\'e9paratifs de la guillotine sont en cours et qu'Eug\'e8ne Boyer attend ses derni\'e8res minutes dans sa cellule, un \'e9v\'e9nement historique bouleverse la situation : le pr\'e9sident Paul Doumer est assassin\'e9 par Paul Gorgulov le 6 mai et meurt dans la nuit.\
Profitant du fait qu'en droit fran\'e7ais, un pr\'e9sident peut accorder son ultime cl\'e9mence jusqu'\'e0 la derni\'e8re seconde, l'avocat d\'92Eug\'e8ne Boyer, Ma\'eetre Henriquet, saisit imm\'e9diatement les autorit\'e9s. Il soutient qu'en l'absence de chef de l'\'c9tat en fonction, le condamn\'e9 est priv\'e9 de sa chance d'obtenir un revirement de situation de derni\'e8re minute.\
\'c0 seulement vingt minutes de l'ex\'e9cution, le procureur ordonne de surseoir \'e0 la mise \'e0 mort. Quelques jours plus tard, le 13 mai 1932, le nouveau pr\'e9sident \'e9lu Albert Lebrun d\'e9cide de gracier officiellement Eug\'e8ne Boyer, commuant sa peine capitale en travaux forc\'e9s \'e0 perp\'e9tuit\'e9. Il fut ensuite envoy\'e9 au bagne de Guyane, sauv\'e9 in extremis par la mort de celui qui avait sign\'e9 son arr\'eat de mort.\
A son retour en m\'e9tropole en 1953, apr\'e8s l\'92abolition du bagne, il sera lib\'e9r\'e9 en 1957, pour finalement se suicider sept ans plus tard.\
\
Eug\'e8ne BOYER\
Condamn\'e9 \'e0 mort par la Cour d\'92assises de la Seine le 30\'a0janvier 1932 pour avoir, en compagnie de son demi-fr\'e8re Alexandre, assomm\'e9 et \'e9trangl\'e9 une renti\'e8re de 79\'a0ans pour la voler. Il doit \'eatre ex\'e9cut\'e9 le 7\'a0mai 1932 apr\'e8s que le pr\'e9sident de la R\'e9publique Paul DOUMER lui a refus\'e9 sa gr\'e2ce le 5\'a0mai. Il est sauv\'e9 in extremis par l\'92assassinat du pr\'e9sident le lendemain et l\'92opportunisme de son avocat, Me\'a0HENRIQUET, qui demande imm\'e9diatement de surseoir \'e0 l\'92ex\'e9cution afin que son client puisse b\'e9n\'e9ficier du droit de remords du pr\'e9sident de la R\'e9publique jusqu\'92\'e0 la derni\'e8re minute. L\'92ex\'e9cution de la sentence est suspendue et Eug\'e8ne BOYER a la vie sauve. Le nouveau pr\'e9sident de la R\'e9publique, Albert LEBRUN, le gracie. Il refusera de fa\'e7on quasi syst\'e9matique sa gr\'e2ce aux condamn\'e9s pendant la suite de son mandat. La peine d\'92Eug\'e8ne BOYER est commu\'e9e et il est d\'e9port\'e9. Il sera lib\'e9r\'e9 en mars\'a01957 et mourra fin 1963. Son demi-fr\'e8re a quant \'e0 lui \'e9t\'e9 ex\'e9cut\'e9.\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f1 \cf2 \cb3 \expnd0\expndtw0\kerning0
Cf. Marcel Montarron, 1965,
\f2\i Tout ce joli monde
\f1\i0 , La Table Ronde, p. 96s.
\f3\fs40 \cb1 \
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f0\fs28 \cf0 \
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\fs24 \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 Tables des successions et absences - Archives de l'Indre - Valen\'e7ay - 1964 : pas d\'92actif successoral
\f4\fs30 \
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\fs28 \cf0 \
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\f0\fs24 \cf0 La cavale d\'92Eug\'e8ne Boyer aux c\'f4t\'e9s d'Henri Charri\'e8re, dit \'ab Papillon \'bb, constitue l'un des chapitres les plus romanesques de l'histoire du bagne de Guyane.\
Bien qu'Henri Charri\'e8re ait largement romanc\'e9 et centralis\'e9 le r\'e9cit \'e0 son propre profit dans son best-seller Papillon (1969), les archives administratives du bagne confirment qu\'92Eug\'e8ne Boyer fut l'un de ses v\'e9ritables compagnons de fuite lors de la c\'e9l\'e8bre \'e9vasion de septembre 1934. Dans le livre Papillon, il ne nomme \'ab\'a0Andr\'e9 Baillard\'a0\'bb.\
\
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\f5\b \cf0 1. Le complot de l'h\'f4pital de Saint-Laurent-du-Maroni\
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\f0\b0 \cf0 Arriv\'e9 en Guyane \'e0 la fin de l'ann\'e9e 1933, Eug\'e8ne Boyer est affect\'e9 au camp de la Transportation. Refusant de d\'e9p\'e9rir au bagne, il s'allie avec Henri Charri\'e8re et un troisi\'e8me bagnard, Jean Clousiot.\
Pour s'\'e9vader, ils \'e9laborent un plan classique mais risqu\'e9 : simuler des maladies pour se faire interner \'e0 l'h\'f4pital de Saint-Laurent-du-Maroni, o\'f9 la surveillance est moins stricte que dans les cachots. \
Le 5 septembre 1934 au soir, les trois hommes passent \'e0 l'action : ils neutralisent leurs gardiens, escaladent l'enceinte de l'h\'f4pital et s'enfuient \'e0 travers les mar\'e9cages jusqu'au fleuve Maroni. Gr\'e2ce \'e0 de l'argent dissimul\'e9 (le fameux \'ab plan \'bb ou \'ab flan \'bb, un tube en m\'e9tal cach\'e9 dans le corps), ils ach\'e8tent un canot \'e0 un d\'e9tenu lib\'e9r\'e9 qui les attend sur la rive.\
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\f5\b \cf0 2. Le p\'e9riple en mer et l'escale \'e0 Trinidad\
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\f0\b0 \cf0 Embarqu\'e9s sur leur fr\'eale embarcation, Boyer, Charri\'e8re et Clousiot entament une travers\'e9e maritime de 2 500 kilom\'e8tres dans des conditions dantesques.\
Ils parviennent \'e0 rallier l'\'eele de trinidad, alors colonie britannique. \'c0 cette \'e9poque, les autorit\'e9s anglaises appliquent une politique ambigu\'eb : elles refusent d'extrader les bagnards fran\'e7ais vers la Guyane, mais refusent \'e9galement de les garder. Les Anglais leur fournissent des vivres, de l'eau, des v\'eatements civils, une nouvelle voile et les somment de reprendre la mer en direction de l'ouest.\
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\f5\b \cf0 3. La cavale en Colombie
\f0\b0 \
Leur voyage les m\'e8ne jusqu'aux c\'f4tes de la Colombie, dans la r\'e9gion de Riohacha. C'est l\'e0 que la cavale prend une tournure diff\'e9rente selon les r\'e9cits : \
\'95 La version \'ab Papillon \'bb : Dans son livre, Charri\'e8re affirme s'\'eatre s\'e9par\'e9 du groupe, avoir v\'e9cu plusieurs mois parmi les Indiens Guajiros et avoir \'e9pous\'e9 deux femmes indig\'e8nes. Les historiens ont d\'e9montr\'e9 que cet \'e9pisode a \'e9t\'e9 invent\'e9 ou emprunt\'e9 aux aventures d'autres bagnards.\
\'95 La r\'e9alit\'e9 historique : La cavale \'e0 terre est de courte dur\'e9e pour le trio. Sans papiers, \'e9puis\'e9s et traqu\'e9s dans un pays \'e9tranger qui ne souhaite pas s'encombrer de criminels fran\'e7ais \'e9vad\'e9s, ils sont rapidement rep\'e9r\'e9s.\
\
\f5\b 4. La capture \'e0 Barranquilla et le retour \'e0 la case d\'e9part\
\pard\tx560\tx1120\tx1680\tx2240\tx2800\tx3360\tx3920\tx4480\tx5040\tx5600\tx6160\tx6720\pardirnatural\partightenfactor0
\f0\b0 \cf0 La police colombienne finit par arr\'eater Eug\'e8ne Boyer, Henri Charri\'e8re et Jean Clousiot dans la ville de Barranquilla. Contrairement \'e0 la Grande-Bretagne, la Colombie a sign\'e9 des accords d'extradition avec la France.\
Apr\'e8s avoir pass\'e9 plusieurs semaines dans les redoutables ge\'f4les colombiennes (que Charri\'e8re d\'e9crira comme des \'ab cachots sous-marins \'bb), les trois \'e9vad\'e9s sont remis aux autorit\'e9s coloniales fran\'e7aises en mai 1935.\
Le verdict de l'administration p\'e9nitentiaire est s\'e9v\'e8re pour cette tentative : ils sont condamn\'e9s \'e0 deux ans de r\'e9clusion criminelle absolue. Ils sont envoy\'e9s sur l\'92\'eele Saint-Joseph (l'une des \'eeles du Salut), surnomm\'e9e \'ab l'\'eele du silence \'bb ou \'ab la guillotine s\'e8che \'bb, o\'f9 les prisonniers sont enferm\'e9s dans des cages \'e0 ciel ouvert avec interdiction stricte de parler.\
Eug\'e8ne Boyer survivra \'e0 ce r\'e9gime d'isolement total, continuant sa peine jusqu'\'e0 la fermeture d\'e9finitive du bagne apr\'e8s la Seconde Guerre mondiale.\
\
Lib\'e9r\'e9 avec un p\'e9cule de 17.286 anciens francs en mars 1957. Devenu aide-ma\'e7on.\
Meurt fin 1963, d\'e9but 1964 dans un centre d'h\'e9bergement d'Indre-et-Loire. L'aspect de son corps semblant faire penser \'e0 une strangulation, la justice ouvre une enqu\'eate.\
Conclusion : d\'e9c\'e8s suite \'e0 une absorption excessive d'alcool.\cf4 \expnd0\expndtw0\kerning0
\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\cf4 \
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f5\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 Maurice Coriem, \'ab Comment l\'92assassinat de M. Paul Doumer sauva la vie d\'92Eug\'e8ne Boyer \'bb,
\f6 -
\f5 Police Magazine, n\'b079, 29 mai 1932, p. 12-13.
\f0\b0 \cf4 \expnd0\expndtw0\kerning0
\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\cf4 \
\pard\pardeftab720\sa240\partightenfactor0
\f5\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 LE SANG D'UN CHEF D'\'c9TAT CONTRE LE SANG D'UN CRIMINEL\
\f0\b0 \expnd0\expndtw0\kerning0
L'assassinat du Pr\'e9sident de la R\'e9publique a sauv\'e9 la vie \'e0 un assassin. L'Histoire a de ces antith\'e8ses qui frappent les foules et inspirent les po\'e8tes. Le vieil Hugo e\'fbt aim\'e9 ce paradoxe romantique. Le sang d'un chef d'\'c9tat contre celui d'un mis\'e9rable. Il y aurait l\'e0 de quoi philosopher. De quoi \'e9tonner surtout. Le mieux, pour le reporter, est de conter simplement ce drame \'e9trange et palpitant. Il est riche en p\'e9rip\'e9ties inou\'efes et en documents insens\'e9s. Un d\'e9tail : j'ai vu la lettre officielle apprenant au d\'e9fenseur que son client Eug\'e8ne Boyer serait guillotin\'e9 le 7 mai, \'e0 l'aube. Et l'autre lettre, officielle aussi, l'informant, \'e0 la date du 14 mai, que le m\'eame Eug\'e8ne Boyer \'e9tait graci\'e9. Ce sont des pi\'e8ces rares dans un dossier. Mais le document humain est le plus passionnant.\
Quelle a \'e9t\'e9 la pens\'e9e, le geste de l'homme dont le cou d\'e9j\'e0 est engag\'e9 dans la lunette et qu'on enl\'e8ve \'e0 l'\'e9chafaud ? Quelle fut la \'ab r\'e9action \'bb du d\'e9sesp\'e9r\'e9 sauv\'e9 contre toute esp\'e9rance alors qu'il \'e9tait perdu et qui rentra dans la vie parce que M. Doumer \'e9tait entr\'e9 dans la mort ?\
Nul homme, avant Eug\'e8ne Boyer, n'avait connu ce cas unique. Et son observation n'eut qu'un seul t\'e9moin. C'est ce t\'e9moin qui m'a parl\'e9.\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f5\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 Les crimes d'Eug\'e8ne Boyer\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f0\b0 \cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
Avant de l'entendre, il n'est pas inutile de se rappeler Eug\'e8ne Boyer. La question a \'e9t\'e9 pos\'e9e par la curiosit\'e9 et la piti\'e9 populaires : M\'e9ritait-il cette gr\'e2ce si terriblement exceptionnelle ? Interrogation \'e0 laquelle seuls les faits peuvent r\'e9pondre.\
Les deux fr\'e8res Alexandre et Eug\'e8ne Boyer avaient, le 17 janvier 1931, assassin\'e9 dans son logement, 47, rue Custine, Mme Di\'e9mer, une petite renti\'e8re de quatre-vingts ans, pour lui voler ses \'e9conomies. Les deux fr\'e8res exer\'e7aient la coupable industrie de s'attaquer aux personnes \'e2g\'e9es, afin de les d\'e9trousser.\
Chez ces vieilles gens, l'un ou l'autre fr\'e8re, quand ce n'\'e9tait les deux, avait introduit ou assomm\'e9, et toujours cambriol\'e9. Seule, Mme Di\'e9mer avait \'e9t\'e9 tu\'e9e.\
Le 30 janvier 1932, Alexandre et Eug\'e8ne Boyer \'e9taient condamn\'e9s \'e0 mort par la Cour d'assises de la Seine. Ce d\'e9nouement \'e9tait pr\'e9vu.\
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\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f5\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 Les fr\'e8res ennemis devant la mort\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f0\b0 \cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
Les deux jours d'audience furent marqu\'e9s par des d\'e9bats atroces. On vit les deux fr\'e8res se lever, chacun accusant l'autre avec furie pour tenter de se sauver soi-m\'eame. Ils s'\'e9puisaient en efforts affreux pour \'e9pargner leur t\'eate en offrant celle de l'autre au bourreau. R\'e9quisitoire impitoyable de M. l'avocat g\'e9n\'e9ral Capillairy. Admirables plaidoiries de Me J.-C. Legrand et Paul Henriquet. R\'e9ponse nette et, dit-on, unanime du jury. Refus quasi irrit\'e9 de signer un recours en gr\'e2ce.\
Mais, \'e0 l'heure d\'e9cisive, ces deux hommes qui s'\'e9taient d\'e9chir\'e9s se sont r\'e9concili\'e9s dans le malheur. On les vit, durant la d\'e9lib\'e9ration de la cour, apr\'e8s le verdict, s'embrasser paisiblement sur le banc de leur commune infamie. Ils accueillirent l'arr\'eat atal avec cette immobilit\'e9 habituelle aux condamn\'e9s que le public prend pour de l\'92indiff\'e9rence et qui t\'e9moigne souvent d\'92un grand bouleversement int\'e9rieur et invisible.\
Eug\'e8ne Boyer, le rescap\'e9 miraculeux, est un gar\'e7on solide aux cheveux drus qui offre exactement l\'92apparence d\'92un employ\'e9 de commerce correct. Il poss\'e8de une bonne instruction, une belle \'e9criture commerciale. J\'92ai vu des lettres de lui. Elles sont r\'e9dig\'e9es sans fautes d\'92orthographe, sans fautes de fran\'e7ais. Elles ont l\'92\'e9mouvante apparence de la franchise, peut-\'eatre du remords. La fin de cette v\'e9ridique histoire semble confirmer ce sentiment.\
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\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f5\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 Eug\'e8ne Boyer dans sa cellule\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f0\b0 \cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
Le t\'e9moin des heures singuli\'e8res et tragiques dont chacune pouvait \'eatre la derni\'e8re pour Eug\'e8ne Boyer, c\'92est son \'e9loquent d\'e9fenseur, Me Paul Henriquet. Lui seul pouvait me conter les p\'e9rip\'e9ties de l\'92action et le sauvetage invraisemblable du criminel promis au supplice. Dans le cadre de son cabinet de travail, parmi des meubles anciens et des objets rares, l\'92avocat m\'92est apparu plus \'e9mu peut-\'eatre que son client par l\'92impr\'e9vu, par l\'92impossible, pouvait-on dire, de l\'92aventure o\'f9 se sont jou\'e9es l\'92une contre l\'92autre les vies d\'92un chef d\'92\'c9tat et d\'92un criminel. Me Paul Henriquet est un grand jeune homme, aux yeux ardents, \'e0 la voix chaude, au brun visage expressif et sensible. Quel admirable \'ab interview\'e9 \'bb. Il a ressuscit\'e9 devant moi tout le drame. En quels termes simples et path\'e9tiques ! Avec quels accents qui fr\'e9missaient de sinc\'e9rit\'e9 et d\'92angoisse. Son r\'e9cit, c\'92est essentiellement celui de l\'92avocat dans sa plus haute conception du devoir. L\'92existence d\'92un homme lui est confi\'e9e, qu\'92il doit sauver. Il l\'92a sauv\'e9e.\
D\'92abord, il me montre Eug\'e8ne Boyer, ramen\'e9, apr\'e8s la derni\'e8re audience, dans la cellule sp\'e9ciale des condamn\'e9s \'e0 mort. C\'92est une pi\'e8ce haute de quatre m\'e8tres large et a\'e9r\'e9e. Le condamn\'e9 a rev\'eatu la bure p\'e9nitentiaire. Il a quitt\'e9 ses v\'eatements civils. Il ne les reverra plus qu\'92un matin, \'e0 l\'92aube p\'e2le\'85 C\'92est une pens\'e9e qu\'92ils ont tous, quand ils abandonnent pour la derni\'e8re fois ce dernier souvenir du pass\'e9. \'ab Le jour o\'f9 je les rev\'eatirai\'85 \'bb\
Car il est l\'e9gal que le condamn\'e9 garott\'e9 s\'92en aille \'e0 la guillotine v\'eatu en homme libre.\
Me Paul Henriquet insiste avec \'e9quit\'e9 sur la correction du personnel de la Sant\'e9, sur son \'e9gard m\'eame qu\'92il t\'e9moigne au condamn\'e9 appel\'e9 \'e0 mourir. Pas une attitude, pas un mot qui puisse le rappeler \'e0 son sort maudit. Si l\'92oubli \'e9tait possible, c\'92est dans sa prison qu\'92Eug\'e8ne Boyer l\'92e\'fbt trouv\'e9.\
Et pourtant, selon le r\'e8glement, le condamn\'e9 supr\'eame, en attendant son sort, est encha\'een\'e9. A ses deux chevilles sont riv\'e9s des bracelets de fer que relie une cha\'eene. Survivance de barbares coutumes dont on ignore trop l\'92inutile cruaut\'e9. Dans sa cellule, Eug\'e8ne Boyer travaille. Il fabrique des petits bonnets phrygiens en papier qu\'92une marque alimentaire c\'e9l\'e8bre distribue \'e0 ses clients en mani\'e8re de r\'e9clame amusante. Si les clients savaient\'85\
Dans sa cellule, Eug\'e8ne Boyer re\'e7oit son d\'e9fenseur qu\'92un garde, \'e0 chaque visite, accompagne. Ce n\'92est plus le petit parloir du rez-de-chauss\'e9e, la libre communication. Le d\'e9tenu est un condamn\'e9. L\'92avocat n\'92est plus que le messager de la derni\'e8re esp\'e9rance.\
Eug\'e8ne Boyer ne se faisait gu\'e8re d\'92illusion sur son sort. Il n\'92osait qu\'92\'e0 peine esp\'e9rer une gr\'e2ce possible. Pour lui, il avait la jeunesse, vingt-sept ans ! Son fr\'e8re, avec ses quarante-deux ans, gardait le privil\'e8ge d\'92avoir \'e9t\'e9, durant la guerre, un soldat courageux : blessures, mutilation de la main, citations, m\'e9daille militaire. Cela devait lui valoir sa gr\'e2ce. Eug\'e8ne Boyer ne comptait pas sur la cl\'e9mence pr\'e9sidentielle. Me Henriquet lui avait dit :\
\'97 Le sort des condamn\'e9s \'e0 mort ne se r\'e8gle pas avant six ou sept mois\'85\
Ainsi, par ce pieux mensonge, il reculait dans l\'92avenir le moment fatal. Aussi, quand il re\'e7ut, pour la date du 3 mai, \'e0 6 heures du soir, la convocation du Pr\'e9sident de la R\'e9publique, Me Henriquet n\'92en parla pas \'e0 son client. Il se chargea de toute l\'92angoisse pour aller \'e0 l\'92\'c9lys\'e9e\'85\
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\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f5\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 La visite supr\'eame \'e0 M. Doumer\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\f0\b0 \cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
La r\'e9ception, par le chef de l\'92\'c9tat, de l\'92avocat qui vient supplier pour la gr\'e2ce de son client est une c\'e9r\'e9monie classique. On en ignore g\'e9n\'e9ralement tous les d\'e9tails. Ils peuvent, en dehors de l\'92essentiel, varier selon les pr\'e9sidents. Celle-ci garde son caract\'e8re path\'e9tique de ce qu\'92elle fut la\
derni\'e8re entrevue du Pr\'e9sident et d\'92un avocat. Et, surtout, de ce que M. Paul Doumer, juge supr\'eame de Boyer, devait \'eatre assassin\'e9 le surlendemain. Cette gr\'e2ce, qu\'92il devait refuser, sa mort allait l\'92accorder. Me Paul Henriquet a conserv\'e9 de cette entrevue un souvenir profond. C\'92est d\'92une voix bris\'e9e qu\'92il m\'92en a dit les d\'e9tails. Et je me rappellerai ses mots bouleversants qui, tandis qu\'92il parlait, m\'92entraient dans le c\'9cur.\
D\'92abord, ce fut l\'92habituel c\'e9r\'e9monial, l\'92obligatoire passage devant le portier qui interroge : \'ab Votre convocation ? \'bb Et avant m\'eame que l\'92avocat l\'92ait montr\'e9e : \'ab Ma\'eetre Henriquet, n\'92est-ce pas ? \'bb Un vieux valet chevronn\'e9 fait traverser au d\'e9fenseur une enfilade de trois salons. Il arr\'eate le visiteur au dernier : le petit salon vert, de pur style Empire, qui pr\'e9c\'e8de le cabinet du chef de l\'92\'c9tat.\
Je con\'e7ois l\'92\'e9motion du jeune ma\'eetre au seuil de cette porte o\'f9 le plus haut dignitaire de la R\'e9publique l\'92attend et o\'f9 il vient tenter de sauver une t\'eate. Il ne cherche pas \'e0 la dissimuler. Il faut que ce soit lui qui vous conte cette audience.\
\'97 Quand le valet ouvre la porte en s\'92effa\'e7ant, me dit Me Paul Henriquet, j\'92aper\'e7ois presque en face de moi, un peu \'e0 gauche, M. Paul Doumer assis derri\'e8re une table ouvrag\'e9e. Je remarque tout de suite qu\'92il est v\'eatu de noir strict, comme sur ses portraits, et qu\'92il ne porte pas de rosette rouge de l\'92ordre dont il est grand ma\'eetre.\
\'ab M. Paul Doumer tout de suite s\'92est lev\'e9. Et j\'92ai une surprise. Ce vieillard s\'92est dress\'e9 avec une sorte d\'92\'e9lasticit\'e9 juv\'e9nile. Je vois son fin visage, je remarque la nettet\'e9 parfaite de l\'92ordonnance de cette barbe toute blanche, soign\'e9e avec une pr\'e9cision minutieuse, je remarque les yeux clairs.\
\'ab Ce qui me surprend encore, c\'92est le pas souple de ce vieillard auguste et aussi dans son attitude tout de suite, dans ses paroles aussit\'f4t, une grandeur famili\'e8re et, si l\'92on peut dire, une solennit\'e9 faite de simplicit\'e9.\
\'ab \'97 Veuillez vous asseoir, monsieur. Vous avez d\'e9sir\'e9 me voir\'85\
Me Henriquet m\'92expose que c\'92est l\'e0 le sens des premi\'e8res paroles du Pr\'e9sident, et sans doute les mots exacts, mais dits avec une dignit\'e9 si cordiale qu\'92ils en \'e9taient ennoblis. Le Pr\'e9sident a m\'eame r\'e9p\'e9t\'e9 deux fois son invite, parce que l\'92avocat, naturellement, attendait que M. Doumer se f\'fbt assis lui-m\'eame, avant d\'92y d\'e9f\'e9rer.\
\'97 J\'92ai observ\'e9, continue Me Henriquet, que le Pr\'e9sident \'e9tait en veston. Dans le m\'eame temps, rassur\'e9 par ce que cet accueil me r\'e9servait de bienveillance, j\'92ai commenc\'e9 \'e0 lui dire les raisons qui pouvaient permettre la gr\'e2ce d\'92Eug\'e8ne Boyer.\
\'ab Le Pr\'e9sident m\'92\'e9coutait avec une attention certaine. Une fois ou deux, il m\'92a interrompu pour me demander un \'e9claircissement sur un d\'e9tail que semblait contredire le rapport de la commission des gr\'e2ces.\
\'ab J\'92ai \'e9t\'e9 surpris de voir quelle connaissance approfondie du dossier avait le Pr\'e9sident.\
Me Henriquet a ce mot :\
\'97 J\'92ai mesur\'e9 par l\'e0 quel prix il accordait \'e0 la vie humaine\'85\
Et il ach\'e8ve la narration de l\'92entrevue.\
\'97 Je n\'92ai pas pu demander au Pr\'e9sident son intention ou son sentiment. Mais j\'92ai compris. Il m\'92a reconduit jusqu\'92\'e0 la porte. Il m\'92a pris la main. Il l\'92a tenue serr\'e9e longtemps dans la sienne. Et il m\'92a demand\'e9 avec une gentillesse charmante :\
\'ab \'97 Des causes comme celles-l\'e0 ne sont pas d\'92un grand int\'e9r\'eat pour un d\'e9fenseur, je crois\'85\
\'ab J\'92ai r\'e9pondu :\
\'ab \'97 Le devoir\'85\
\'ab Le Pr\'e9sident tenait toujours ma main. Je sentais la chaleur de sa dextre sur la mienne. Ses yeux bleus avaient ce sourire que la l\'e9gende lui refusait. Il me parla gentiment de ma profession et de ma jeunesse. On e\'fbt dit un grand papa affectueux autant que v\'e9n\'e9rable.\
\'ab \'97 Au revoir, monsieur, acheva-t-il. Bonne chance. J\'92esp\'e8re que nous aurons d\'92autres occasions diff\'e9rentes de nous revoir\'85\
Telle fut cette visite dont Me Henriquet devait garder \'e0 la fois une si vive empreinte et si peu d\'92esp\'e9rance. Elle fut utile, cependant, pour fixer le vrai visage de l\'92un de ces politiques que nous p\'e9n\'e9trons trop peu.\
Dans cet accueil obligeant et familier \'e0 un jeune homme, ne d\'e9couvre-t-on pas le p\'e8re douloureux qui n\'92a point cess\'e9 de pleurer quatre fils tomb\'e9s aux champs de carnage ?\
\pard\pardeftab720\sa240\partightenfactor0
\f5\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 \
L\'92avis d\'92ex\'e9cution capitale\
\pard\pardeftab720\sa240\partightenfactor0
\f0\b0 \cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
Me Paul Henriquet ne pouvait pas ajouter aux affres de son client. Il lui tut sa visite au Pr\'e9sident. Et il attendit le pire, qu\'92il avait pr\'e9vu. De fait, un coup de t\'e9l\'e9phone, le 5 mai, l\'92appela au Parquet g\'e9n\'e9ral. Il y rencontra M. l\'92avocat g\'e9n\'e9ral Gourien, d\'e9l\'e9gu\'e9 du Procureur g\'e9n\'e9ral, M. l\'92avocat g\'e9n\'e9ral Bonacieux, M. l\'92avocat g\'e9n\'e9ral Capillairy, qui avait prononc\'e9 le r\'e9quisitoire facilement convaincant. Avec cette gravit\'e9 qui s\'92attache aux choses de la mort, les magistrats lui apprirent que le supr\'eame recours \'e9tait rejet\'e9. Eug\'e8ne Boyer serait ex\'e9cut\'e9. Alexandre, sans doute en raison de ses \'e9tats de service de guerre, b\'e9n\'e9ficiait de la cl\'e9mence pr\'e9sidentielle.\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\cf0 Le soir, Me Henriquet re\'e7ut un pli officiel. C\'92\'e9tait la lettre coutumi\'e8re par quoi le d\'e9fenseur apprend la nouvelle et la date du supplice. Formule administrative dont la teneur immuable est exacte\outl0\strokewidth0 \strokec4 ment celle-ci. Combien d\'92avocats d\'92assises l\'92ont revue d\'e9j\'e0, la formule fatale, avec un incoercible fr\'e9missement :\
\pard\pardeftab720\partightenfactor0
\cf0 PARQUET G\'c9N\'c9RAL DE LA COUR D\'92APPEL.\
Monsieur,\
Je m\'92empresse de vous informer que l\'92ex\'e9cution du nomm\'e9 \'85 condamn\'e9 le \'85 par la Cour d\'92assises de la Seine \'e0 la peine de mort, aura lieu le \'85 \'e0 \'85 (heure l\'e9gale du lever du soleil) \'e0 l\'92emplacement habituel des ex\'e9cutions capitales.\
Veuillez trouver ci-joint le laissez-passer sp\'e9cial qui vous est destin\'e9.\
Une voiture du service judiciaire passera vous prendre \'e0 votre domicile une heure avant l\'92heure de l\'92ex\'e9cution.\
Pour le Procureur g\'e9n\'e9ral.\
\
\f5\b \kerning1\expnd0\expndtw0 \outl0\strokewidth0 Le sursis \'e0 l\'92ex\'e9cution.\
\f0\b0 \expnd0\expndtw0\kerning0
\outl0\strokewidth0 \strokec4 Le lendemain, \'e0 trois heures de l\'92apr\'e8s-midi, le Palais apprenait avec la stupeur qui frappa Paris l\'92attentat dont le Pr\'e9sident venait d\'92\'eatre la victime. Me Henriquet, apr\'e8s sa visite \'e9mouvante, plus que tout autre, \'e9prouva la douleur d\'92une telle nouvelle. Mais le devoir du d\'e9fenseur se leva devant lui. Le Pr\'e9sident bless\'e9 ? mort peut-\'eatre ?\'85 N\'92\'e9tait-ce pas un \'e9v\'e9nement nouveau et susceptible de changer l\'92ordre et le sens des dispositions officielles.\
En fait, le droit de gr\'e2ce du pr\'e9sident est absolu. Il peut \'e0 tout moment s\'92exercer, f\'fbt-ce au pied de l\'92\'e9chafaud, \'e0 la derni\'e8re seconde. Doit-on, peut-on, priver un homme de cette ressource invraisemblable mais possible, l\'e9gale ?\
Me Henriquet retourna au Parquet g\'e9n\'e9ral. Il confia son doute \'e0 l\'92avocat g\'e9n\'e9ral Gourien. Ce magistrat, nonobstant son scepticisme, consentit \'e0 conf\'e9rer de l\'92affaire avec le procureur g\'e9n\'e9ral. Dix minutes apr\'e8s, il \'e9tait formel : l\'92affaire suivrait son cours. D\'92ailleurs, le pr\'e9sident \'e9tait seulement bless\'e9, assez l\'e9g\'e8rement, esp\'e9rait-on.\
Me Henriquet, s\'fbr de sa cause, plus s\'fbr encore de son devoir, r\'e9solut d\'92aller plus loin, plus haut. Quelques minutes plus tard, il \'e9tait \'e0 la Chancellerie. M. Paul Reynaud se trouvait alors au chevet du pr\'e9sident moribond. L\'92avocat ne put rencontrer que M. Rateau, directeur des affaires criminelles et des gr\'e2ces. Le haut fonctionnaire confirma :\
\'97 Il n\'92y a pas lieu de modifier la d\'e9cision de M. le Pr\'e9sident.\
\'97 Mais s\'92il voulait la modifier lui-m\'eame. Si je d\'e9sirais tenter une d\'e9marche nouvelle ?\
\'97 M. le Pr\'e9sident n\'92est que bless\'e9\'85\
Le d\'e9fenseur ne put obtenir d\'92autre r\'e9ponse. Quel fonctionnaire a jamais os\'e9 prendre une responsabilit\'e9 ?\
L\'92avocat, chez lui, attend la voiture fatale. Ce fut un employ\'e9 du Parquet qui arriva. Il annon\'e7ait la remise de l\'92ex\'e9cution.\
Le doute, le scepticisme, l\'92h\'e9sitation, en vain, avaient voulu se parer de certitude. Me Henriquet parti, des conf\'e9rences s\'92\'e9taient ouvertes au Parquet et \'e0 la Chancellerie. Fi\'e9vreusement, on avait, dans les textes et les grimoires, cherch\'e9 les \'ab pr\'e9c\'e9dents \'bb. Finalement, le ministre de la Justice avait d\'e9cid\'e9, sous le pr\'e9texte opportun de l\'92agonie pr\'e9sidentielle, de surseoir \'e0 l\'92ex\'e9cution.\
Les demandes du d\'e9fenseur\
Alors, Me Paul Henriquet continua ses d\'e9marches avec une obstination ardente que sa prudence temp\'e9rait d\'92une bienfaisante mod\'e9ration. Mais, \'e0 la Sant\'e9, il se heurta au refus, inexplicable d\'92ailleurs, de conf\'e9rer avec son client. L\'92administration est rest\'e9e digne de Courteline. Apr\'e8s les ordres d\'92ex\'e9cution, Eug\'e8ne Boyer \'e9tait consid\'e9r\'e9 comme officiellement ex\'e9cut\'e9 ! Il n\'92avait plus de vie l\'e9gale ! Le d\'e9fenseur derechef se rendit au Parquet g\'e9n\'e9ral, o\'f9 son permis lui fut renouvel\'e9. Devant plaider aux Assises d\'92Alen\'e7on, il sollicita de la Chancellerie un permis de quarante-huit heures avant toute d\'e9cision. Il l\'92obtint.\
Puis, ayant triomph\'e9 devant le jury de l\'92Orne, il revint au minist\'e8re. Le conseil des ministres, pour le principe, examina le dossier de l\'92affaire Boyer fr\'e8res. Le d\'e9fenseur comprit qu\'92un espoir officieux lui \'e9tait m\'e9nag\'e9. Le 14 mai, il re\'e7ut la lettre officielle de gr\'e2ce. Elle suivait de huit jours l\'92avis \'e9galement officiel de l\'92ex\'e9cution. M. Albert Lebrun avait us\'e9, pour la premi\'e8re fois, de son droit constitutionnel. On a dit que l\'92avis de Mme Doumer, en ce terrible jour de son deuil, avait \'e9t\'e9 exprim\'e9 par elle et respectueusement ob\'e9i. Me Paul Henriquet ignore tout de cette d\'e9termination, qui semble bien ne pas \'eatre une l\'e9gende.\
\
\f5\b \kerning1\expnd0\expndtw0 \outl0\strokewidth0 Eug\'e8ne Boyer apprend l\'92invraisemblable gr\'e2ce\
\f0\b0 \expnd0\expndtw0\kerning0
\outl0\strokewidth0 \strokec4 Alors, il se rendit \'e0 la Sant\'e9 pour apporter \'e0 son client l\'92extraordinaire nouvelle.\
Eug\'e8ne Boyer, prostr\'e9, an\'e9anti, machinalement collait ses cartonnages. Il attendait chaque nuit le r\'e9veil fatal. Dans sa cellule 3, de la 7e Division, au premier \'e9tage, il n\'92\'e9tait plus un homme. C\'92\'e9tait une chose inconsciente, une pauvre machine \'e0 peine anim\'e9e.\
Me Henriquet me le d\'e9peint d\'92un terme saisissant qui fait lugubrement image.\
\'97 Il \'e9tait d\'e9j\'e0 entr\'e9 dans la mort\'85\
De fait, son teint de cire, ses narines pinc\'e9es lui composaient ce visage qu\'92on voit sur des dalles de morgue.\
\'97 Bonne nouvelle, Boyer !\'85 Vous \'eates graci\'e9\'85\
Eug\'e8ne reste muet, un geste suspendu, un chiffon de papier dans une main qui tremblait. Et puis ce fut, toujours selon le mot si juste de son avocat, ce fut \'ab comme si la vie revenait en lui \'bb. Lentement, son teint reprit la coloration normale. La crispation nerveuse des traits s\'92effa\'e7a. Quelque temps, il demeura immobile.\
C\'92est alors que Me Henriquet remarqua, sur la table, un livre de messe qu\'92il n\'92y avait jamais vu. Il ne dit rien. Mais son client surprit ce regard.\
\'97 Vous comprenez, fit-il avec effort, quand on en est l\'e0\'85 Puisqu\'92il fallait que j\'92y passe\'85\
Il n\'92en dit pas plus l\'e0-dessus. Un autre silence. Puis il soupira profond\'e9ment :\
\'97 Je reviens de loin\'85\
Et aussit\'f4t, il eut deux pens\'e9es. Celle de sa m\'e8re, d\'e9c\'e9d\'e9e pendant l\'92instruction. Ce fut son propos, la premi\'e8re phrase qu\'92il put prof\'e9rer dans la hacher.\
\'97 Si elle n\'92avait pas \'e9t\'e9 incin\'e9r\'e9e, ma\'eetre, j\'92aurais pu vous demander un supr\'eame service\'85\
Et avec des larmes, il parla de fleurs sur une tombe.\
Puis :\
\'97 Je vous reverrai souvent avant mon d\'e9part l\'e0-bas\'85\
\'97 Vous ne me reverrez plus, Boyer. Je n\'92aurai plus le droit\'85 C\'92est ma derni\'e8re visite\'85\
\'97 Quoi ? Ne plus vous voir ?\'85\
Eug\'e8ne Boyer, subitement, devint tr\'e8s rouge. Puis ce fut une crise de sanglots.\
\'97 Ma\'eetre\'85 Ma\'eetre\'85 Voulez-vous me permettre de vous embrasser ?\'85\
Ses deux supr\'eames pens\'e9es, \'e0 cette heure o\'f9 la vie lui \'e9tait rendue, les m\'eames, \'e0 coup s\'fbr, qu\'92il e\'fbt eues si elle lui avait \'e9t\'e9 retir\'e9e : Sa m\'e8re. Son d\'e9fenseur.\
Cet homme avait tu\'e9. Abominablement. Et pourtant\'85\
Ah ! l\'92\'e2me humaine, quel myst\'e8re !\
Son dernier mot :\
\'97 Quand vous m\'92avez annonc\'e9 cela, ma\'eetre, votre joie m\'92a touch\'e9 (sic).\
Dernier mot ? Non. Ce fut celui-ci :\
\'97 Je peux vous le dire \'e0 cette heure n\'92est-ce pas ? Eh bien ! ce n\'92est pas moi qui ai tu\'e9\'85\
C\'92est peut-\'eatre vrai\'85\
Surprenante destin\'e9e que celle de cet homme. Sous le couperet, il est \'e9pargn\'e9 \'e0 cause du crime de Gorguloff.\
A cause aussi de l\'92attachement passionn\'e9 au devoir de ce grand gar\'e7on vibrant et pensif. Je salue ce noble id\'e9al de piti\'e9 humaine. Et je voudrais croire avec Me Paul Henriquet, avocat au grand c\'9cur, au rachat de celui qui s\'92en va pour l\'92\'e9ternit\'e9 vers les terres fi\'e9vreuses de l\'92esp\'e9rance et de l\'92oubli.\
MAURICE CORIEM.\
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\cf4 \
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