Fanny CELGOH
Portrait de Fanny CELGOH

Fanny CELGOH

  • Née le 14 février 1925 (samedi) - Paris 12 Reuilly, 75012, Paris, Île-de-France, FRANCE
  • Inhumée en 2005 - Bagneux, 92220, Hauts-de-Seine, Île-de-France, FRANCE, Cimetière parisien de Bagneux
  • Décédée le 21 mars 2005 (lundi) - Paris 19 Buttes-Chaumont, 75019, Paris, Île-de-France, FRANCE, à l'âge de 80 ans
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Parents

Parents inconnus.

Union(s) et enfant(s)

Événements

14 février 1925 :
Naissance - Paris 12 Reuilly, 75012, Paris, Île-de-France, FRANCE
28 septembre 1950 :
Mariage (avec Henri SEGAL) - Paris 18 Buttes-Montmartre, 75018, Paris, Île-de-France, FRANCE
2005 :
Inhumation - Bagneux, 92220, Hauts-de-Seine, Île-de-France, FRANCE, Cimetière parisien de Bagneux
21 mars 2005 :
Décès - Paris 19 Buttes-Chaumont, 75019, Paris, Île-de-France, FRANCE

Notes

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\f0\b\fs24 \cf0 TEMOIGNAGE DE LA SHOAH \'a0:\'a0FANNY CELGOH SEGAL (1925-2005)\
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{\field{\*\fldinst{HYPERLINK "http://histoiregeographieapaulclaudel.blogspot.com/2014/03/temoignage-de-la-shoah-fanny-segal.html"}}{\fldrslt
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\
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\f1\b0\fs24 \cf2 En 1998, j'enseignais depuis six ans, lorsque je pris la d\'e9cision de contacter l\'92Amicale d\'92Auschwitz. Ma mani\'e8re d'enseigner et de percevoir cette p\'e9riode de l'histoire est li\'e9e \'e0 ma propre scolarit\'e9, \'e0 ce qu'on m'a appris et surtout \'e0 ce qu'on ne m'a pas appris....et que j'ai \'e9tudi\'e9 seule.\cb1 \
\cb3 J\'92aurais tr\'e8s bien pu rencontrer quelqu\'92un d\'92autre que Fanny. Ce fut elle et cette rencontre fut le d\'e9but de sept ann\'e9es de correspondance r\'e9guli\'e8re et d'\'e9changes amicaux.\cb1 \
\cb3 Elle se rendit au lyc\'e9e \'e0 deux reprises, en 1998 puis en janvier 2000, nous accompagna \'e0 Auschwitz-Birkenau, \'e0 l'ancien camp de Drancy. Volontaire, \'e9nergique, Fanny t\'e9moignait avec vivacit\'e9, et une grande modestie, r\'e9ins\'e9rant son parcours dans la grande histoire du si\'e8cle...celle d'une jeune fille fran\'e7aise, issue de l'immigration juive polonaise, \'e9lev\'e9e dans une famille modeste mais convaincue de l'importance des valeurs de la R\'e9publique fran\'e7aise : libert\'e9, \'e9galit\'e9, fraternit\'e9, instruction.\cb1 \
\cb3 Apr\'e8s la guerre, elle avait \'e9pous\'e9 Henri Segal (1914-2011) ; ils eurent une fille, Sylvie en 1952. Elle leur donn\'e9 trois petits-enfants.\'a0\cb1 \
\
\cb3 Fanny n'a pas eu le temps de mettre son t\'e9moignage par \'e9crit. Mais le texte ci-dessous est le reflet fid\'e8le de notre correspondance, des r\'e9ponses aux questions que je lui avais pos\'e9es pour l'article\'a0M\'e9moires crois\'e9es\'a0et de ses t\'e9moignages. Fanny nous a quitt\'e9s en mars 2005 et repose aux c\'f4t\'e9s d'Henri au cimeti\'e8re de Bagneux.\'a0\
\

\f0\b \cf0 \cb1 \kerning1\expnd0\expndtw0 LES ORIGINES FAMILIALES\

\f1\b0 \cf2 \cb3 \expnd0\expndtw0\kerning0
Je sais que j'appartiens \'e0 une communaut\'e9 par mes racines juives mais cette appartenance, du fait que la religion y est absente, n'est pas culturelle. Ma culture vient de la France. Bien s\'fbr, mes parents parlaient le yiddish et il n'est pas question que je me coupe de ces souvenirs qui ont berc\'e9 mon enfance. Mais disons que mes racines sont juives, ma culture fran\'e7aise et que l'ensemble a contribu\'e9 \'e0 ma personnalit\'e9.\cb1 \
\
\cb3 Je n'ai pas souvenir d'avoir souffert avant la guerre de comportements antis\'e9mites. J'ai eu le sentiment par contre, lorsque j'ai \'e9t\'e9 oblig\'e9e de porter l'\'e9toile jaune, de pr\'e9senter une diff\'e9rence vis-\'e0-vis des adolescentes de mon \'e2ge. Mais le port de l'\'e9toile ne m'a jamais fait subir d'attaques particuli\'e8res de la part de mes camarades. Mais l'acte antis\'e9mite dont je me souviens concerne mon arrestation en 1943, car un de mes anciens professeurs qui m'avait crois\'e9e dans la rue m'a d\'e9nonc\'e9e.\cb1 \
\
\cb3 Mes parents \'e9taient des immigr\'e9s juifs polonais. Mon p\'e8re Abraham Celgoh, \'e9tait n\'e9 en Pologne, \'e0 Zgierz le 7 ao\'fbt 1897. Il \'e9tait ma\'eetre bottier. Ma m\'e8re, qui s\'92appelait Taube Marczak, \'a0\'e9tait n\'e9e \'e0 Konin en 1899. Elle ne travaillait pas, mais elle avait tellement \'e0 faire \'e0 la maison ! Car nous \'e9tions six enfants et vivions \'e0 huit dans un deux pi\'e8ces-cuisine du XIII\'e8 arrondissement, au 7 rue Vulpian. Autant dire que c'\'e9taitserr\'e9 ! Mais nous avions la chance, malgr\'e9 notre pauvret\'e9, de vivre dans un appartement disposant de l\'92eau courante, du gaz, de l\'92\'e9lectricit\'e9, et des toilettes\'a0! Beaucoup de gens les avaient sur le palier.\cb1 \
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\cf0 \
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\cf2 \cb3 Outre moi, il y avait Jacques, Bernard, Eva et les deux plus petits, Michel et Madeleine. Jacques, Bernard et Eva sont morts. Les deux derniers ont \'e9t\'e9 plac\'e9s dans un pr\'e9ventorium et un sanatorium en 1940. Ils n\'92\'e9taient pas sur le fichier familial (n\'b0 33900) car mon p\'e8re ne les avait pas fait recenser. Ils n\'92ont jamais revu leurs parents.\cb1 \
\
\cb3 Malgr\'e9 le d\'e9racinement, les difficult\'e9s d\'92adaptation, la pauvret\'e9, l\'92apprentissage d\'92une autre langue, Abraham et Taube, originaires du centre de l'actuelle Pologne, souhaitent s\'92ancrer dans leur nouvelle patrie. Pour leurs enfants n\'e9s en France, ils demandent la nationalit\'e9 fran\'e7aise.\'a0Fanny et ses cinq fr\'e8res et s\'9curs sont fran\'e7ais par naturalisation.\'a0\cb1 \
\cb3 En 1940, l'invasion allemande jette sur les routes de nombreux Fran\'e7ais : c'est l'exode. Chaque arrondissement de Paris ayant un d\'e9partement de repli, la famille Celgoh passe plusieurs semaines \'e0 la campagne, dans une ferme du Maine-et-Loire, situ\'e9e dans le village du Louroux-B\'e9connais, \'e0 environ 25 kilom\'e8tres d'Angers. Fanny d\'e9couvre les travaux des champs...Plus tard, elle expliquera aux \'e9l\'e8ves que la duret\'e9 des travaux agricoles, la fatigue...lui avaient servi \'e0 mieux supporter la duret\'e9 du camp. La famille finit par rentrer \'e0 Paris. Michel et Madeleine se trouvent alors dans le sud-est de la France, pour raisons de sant\'e9.\cb1 \
\cb3 A l'automne 1940, P\'e9tain d\'e9cr\'e8te la collaboration et le gouvernement met en place une l\'e9gislation antis\'e9mite.\'a0\cb1 \
\cb3 Celles et ceux qui vivaient en France, que leurs parents soient fran\'e7ais ou \'e9trangers sont rapidement confront\'e9s aux mesures d\'92exclusion prises par le gouvernement de Vichy. Cet antis\'e9mitisme de s\'e9gr\'e9gation se manifeste par un certain nombre de textes : les 3 et 4 octobre 1940, sans aucune pression allemande (les Allemands s\'92\'e9taient content\'e9s d\'92imposer en zone occup\'e9e le recensement de toute personne juive ou dont plus de deux grands-parents \'e9taient de religion juive), Vichy promulgue deux lois\'a0: la premi\'e8re d\'e9finit qui est juif et un statut pr\'e9cise quelles professions leur sont d\'e9sormais interdites\'a0: c\'92est la loi Raoul Alibert, du nom du garde des Sceaux de l\'92\'e9poque. La seconde permet aux pr\'e9fets d\'92interner les Juifs \'e9trangers dans des camps sp\'e9ciaux. Trois jours plus tard, avec l\'92abrogation du d\'e9cret Cr\'e9mieux qui datait de 1870 la citoyennet\'e9 fran\'e7aise des Juifs d'Alg\'e9rie est supprim\'e9e. A l\'92automne, la plupart des Juifs de la zone occup\'e9e se font recenser. La Pr\'e9fecture de police de la Seine dispose d\'92un fichier juif familial, d\'92un fichier individuel pour les adultes et d\'92un fichier individuel pour les enfants. La famille Celgoh, comme tant d\'92autres est fich\'e9e.\'a0\cb1 \
\
\cb3 J\'92ai retrouv\'e9 certaines fiches aux Archives Nationales, qui disposent \'e9galement des fichiers des camps d\'92internement. Des heures pass\'e9es \'e0 visionner des microfilms, puis \'e0 imprimer les documents...la fiche du p\'e8re, de la m\'e8re, des enfants...\cb1 \
\
\cb3 Fanny ne les avaient jamais vues. J\'92ai h\'e9sit\'e9 un moment avant de lui montrer, pensant que ces restes de la pers\'e9cution leur feraient de la peine, raviveraient les souvenirs douloureux auxquels ils sont pourtant en train de faire appel. Je me trompais. Fanny m\'92a dit que cela contribuait \'e0 faire revivre en quelque sorte cette famille d\'e9cim\'e9e. \'a0Je promets alors aux divers amis qui t\'e9moignent pour mon article de compl\'e9ter mes recherches et de retrouver les fiches manquantes. Plus tard, l\'92archiviste du CDJC, Karen Ta\'efeb, me sera d\'92un pr\'e9cieux secours, me permettant ainsi de tenir cette promesse. Les autres documents, comme les listes des convois viennent du M\'e9morial de la Shoah.\'a0\cb1 \
\cb3 La dynamique d\'92exclusion se pr\'e9cise en 1941 avec la cr\'e9ation du Commissariat g\'e9n\'e9ral aux questions juives dirig\'e9 par Xavier Vallat. Connu pour son antijuda\'efsme militant, il s\'92\'e9tait \'ab\'a0\'e9mu\'a0\'bb en 1936 de ce que la France allait d\'e9sormais \'eatre dirig\'e9e par un Juif, un \'ab\'a0subtil talmudiste\'a0\'bb, L\'e9on Blum. Pourtant jug\'e9 trop laxiste, Vallat est \'e9cart\'e9 au printemps 1942 et remplac\'e9 par Louis Darquier de Pellepoix. A la fin des ann\'e9es soixante-dix, install\'e9 en Espagne, il affirma tranquillement qu\'92\'e0 Auschwitz, on n\'92avait gaz\'e9 que des poux.\cb1 \
\cb3 Le 2 juin, le second statut des Juifs aggrave les interdictions professionnelles du premier. A partir du 22 juillet Vichy organise l\'92aryanisation\'a0 des biens juifs, qui est justement une des attributions de ce commissariat.\cb1 \
\cb3 Le 2 janvier 1942, un d\'e9cret pr\'e9cise que tous les Juifs de la zone libre doivent se faire recenser. Le 7 f\'e9vrier, c\'92est le couvre-feu qui leur est impos\'e9 en zone occup\'e9e. Le 29 mai, une ordonnance allemande pr\'e9cise que tout Juif \'e2g\'e9 de plus de six ans doit porter une \'e9toile jaune bien visible cousue sur son v\'eatement, du c\'f4t\'e9 gauche. Pour se procurer ces \'e9toiles, les Juifs durent donner des coupons "textile", le tissu \'e9tant \'e9galement rationn\'e9. D\'92une certaine mani\'e8re, ils durent payer ces marques infamantes. Beaucoup expliquent qu\'92ils ne s\'92\'e9taient r\'e9ellement sentis juifs et parias qu\'92\'e0 partir du moment o\'f9 ce marquage leur fut impos\'e9.\cb1 \
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\cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 LA RAFLE DU VEL D'HIV : ARRESTATION PUIS DEPORTATION DES PARENTS DE BERNARD ET D'EVA\
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\cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
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\cf2 \cb3 Au mois de juin, \'e0 cause du port de l'\'e9toile jaune, Fanny est contrainte de quitter sa classe. Elle cherche du travail afin de rapporter un peu d'argent \'e0 la maison. La vie est difficile, les Juifs ne peuvent faire leurs courses qu'entre 15h et 17h, la nourriture manque...\cb1 \
\
\cb3 Le 16 juillet au matin, je suis partie travailler comme d'habitude. Ma m\'e8re m\'92avait lanc\'e9 en yiddish : "Fanny, t'as ta cl\'e9 ?" Je l'avais. Je suis partie sans savoir que c'\'e9tait la derni\'e8re fois que je la voyais. Je travaillais depuis plusieurs semaines dans un atelier fabricant des pantalons pour la marine de guerre allemande. Depuis le port de l\'92\'e9toile, je n\'92\'e9tais plus accept\'e9e en classe. C\'92est une attitude qui ne fut heureusement pas majoritaire dans les \'e9tablissements scolaires.\cb1 \
\cb3 Le soir, je mets la cl\'e9 dans la serrure...Personne ! La maison sans dessus dessous ! Je crie : "Maman, Bernard, Eva ! O\'f9 \'eates-vous ?"\cb1 \
\cb3 La voisine m'a racont\'e9 leur arrestation. Le soir, mon p\'e8re est revenu avec mon fr\'e8re Jacques et a dit que nous devions rester. Il n'\'e9tait pas du genre \'e0 abandonner ses enfants\'a0! Le lendemain, \'e0 six heures, la police est revenue chez nous et nous a emmen\'e9s avenue des Gobelins, jusqu'\'e0 un garage qui servait de centre de rassemblement pour les Juifs du XIII\'e8. Il y avait du monde, beaucoup de bruit, les gens avaient des tas de paquets, de ballots, les enfants pleuraient. Je me suis mise \'e0 pleurer aussi et mon p\'e8re m'a donn\'e9 une gifle. En entendant ce bruit, le policier m'a fait venir pour conna\'eetre la cause de ce chahut. Pleine de rage, j'ai cri\'e9 : "Vous ne pouvez pas m'arr\'eater ! Je suis fran\'e7aise."\cb1 \
\cb3 \'a0 "Prouvez-le !" m'a-t-il r\'e9torqu\'e9. Par chance, j'avais sur moi ma carte d'identit\'e9 avec le tampon "Juif" et ma feuille de naturalisation. Le policier est rest\'e9 perplexe et m'a finalement permis de partir avec mon fr\'e8re. Je ne savais pas que je voyais mon p\'e8re pour la derni\'e8re fois.\cb1 \
\
\cb3 La rafle du Vel d\'92Hiv, cette op\'e9ration Vent Printanier\'a0avait \'e9t\'e9 minutieusement pr\'e9par\'e9e par Ren\'e9 Bousquet.\cb1 \
\cb3 Le 12 juillet 1942, la Pr\'e9fecture de police avait donn\'e9 des consignes strictes aux responsables des arrestations, qui n\'92avaient pas \'e0 discuter, ni \'e0 s\'92occuper de l\'92\'e9tat de sant\'e9 de tous ceux qu\'92ils devaient emmener\'a0: \'ab\'a0Les gardiens et inspecteurs sont responsables de l\'92ex\'e9cution. Les op\'e9rations doivent \'eatre effectu\'e9es avec le maximum de rapidit\'e9, sans paroles inutiles et sans aucun commentaire. Par contre, les agents doivent s\'92assurer que les compteurs \'e0 gaz, d\'92\'e9lectricit\'e9 et d\'92eau des appartements vid\'e9s de leurs occupants sont bien ferm\'e9s. Les animaux domestiques seront remis au concierge ainsi que les clefs du logement. Les enfants, par contre, ne pourront \'eatre confi\'e9s \'e0 des voisins, ils doivent \'eatre emmen\'e9s avec leurs parents\'85\'a0\'bb Il ne fallait pas s'occuper de l'\'e9tat de sant\'e9 des gens. On emmena donc les vieillards, les grabataires, les handicap\'e9s, les enfants malades (m\'eame avec plus de quarante de fi\'e8vre) et les femmes en train d'accoucher. Les c\'e9libataires et les couples sans enfants furent dirig\'e9s vers le camp de Drancy, les familles vers le V\'e9lodrome d\'92Hiver.\cb1 \
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\cb3 Aucun policier ne refusa d\'92agir. La rafle permit d\'92arr\'eater 9037 adultes (dont 5919 femmes) et 4115 enfants.\cb1 \
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\cb3 Quatre membres de la famille, arr\'eat\'e9s les 16 et 17 juillet 1942 sont rapidement d\'e9port\'e9s...s\'e9par\'e9ment :\'a0\cb1 \
\cb3 - Abraham Celgoh par le convoi 13 du 31 juillet\cb1 \
\cb3 - Tauba Celgoh par le convoi 14 du 3 ao\'fbt\cb1 \
\cb3 - Eva Celgoh par le convoi 16 du 7 ao\'fbt\cb1 \
\
\cb3 - Bernard Celgoh par le convoi 23 du 24 ao\'fbt\'a0\cb1 \
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\cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 JUILLET 1942- MAI 1943\
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\cf2 \cb3 \expnd0\expndtw0\kerning0
Je suis retourn\'e9e travailler et mes camarades ont fait une petite qu\'eate pour moi, car je n'avais plus rien \'e0 manger et je n'avais plus rien : ni argent, ni carte d'alimentation, ni tickets.\'a0J'ai encore un merveilleux souvenir de cette g\'e9n\'e9rosit\'e9. La m\'e8re d'une d'entre elles travaillait \'e0 la mairie du XIII\'e8 et a pu me procurer une carte d'alimentation pour mon fr\'e8re et pour moi. C\'92est un geste que je ne pourrai jamais oublier. Entre l'arrestation de mes parents et la mienne, il s'est \'e9coul\'e9 presque un an ; je travaillais dans cet atelier de confection de pantalons pour la Kriegsmarine. Un jour, dans la rue, j'ai crois\'e9 une femme, un de mes anciens professeurs. Elle m'a d\'e9visag\'e9e avant de me lancer : "Eh bien toi, la Juive, t'es pas arr\'eat\'e9e ? Cela ne saurait tarder\'a0!" \'a0J'ai continu\'e9 mon chemin ! J'entendais tellement de choses. Nous avions tellement d\'92autres soucis\'a0! Nous n\'92avions rien \'e0 manger, car lorsque nous pouvions sortir, les magasins \'e9taient ferm\'e9s. Et il avait fallu cacher Michel et Madeleine dans le Maine et Loire.\cb1 \
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\cf0 \
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\cf2 \cb3 Fanny \'e9voque ici son petit fr\'e8re et sa petite soeur. En 1942, elle re\'e7oit un courrier du sanatorium la pr\'e9venant du retour de Michel. Tr\'e8s inqui\'e8te, ne sachant que faire de son fr\'e8re, auquel elle ne peut pas raconter les raisons de l'absence des parents, de Bernard et d'\'c9va, elle lui explique qu'ils ont d\'fb partir quelque temps, aupr\'e8s d'un parent malade. En d\'e9sespoir de cause, elle finit par contacter M\'e9m\'e9 Rochereau, la fermi\'e8re du Louroux-B\'e9connais, qui accepte d'h\'e9berger Michel. Fanny explique qu'elle lui payera une pension. La peur au ventre, elle \'f4te son \'e9toile, prend le train puis le bus pour mettre le petit gar\'e7on \'e0 l'abri. Quelques semaines plus tard, Fanny re\'e7oit un nouveau courrier lui annon\'e7ant le retour de Madeleine.\'a0On ne s\'e9pare pas Michel de Madeleine !\'a0A cette r\'e9ponse de M\'e9m\'e9 Rochereau, Fanny fait de nouveau le trajet pour mettre sa soeur \'e0 l'abri.\'a0\cb1 \
\
\cb3 Cette femme est all\'e9e me d\'e9noncer et le samedi 15 mai, \'e0 six heures, la police a frapp\'e9 \'e0 la porte. J'ai r\'e9veill\'e9 mon fr\'e8re et nous avons \'e9t\'e9 conduits \'e0 la Cit\'e9, l\'e0 o\'f9 on interrogeait des r\'e9sistants. J\'92\'e9tais folle de terreur \'e0 l\'92id\'e9e de subir leur sort, car ils \'e9taient battus, tortur\'e9s. Comme nous avions \'e9t\'e9 d\'e9nonc\'e9s et non rafl\'e9s, la proc\'e9dure \'e9tait diff\'e9rente. Mais avant d'arriver \'e0 la Cit\'e9, j'avais obtenu de pouvoir m'arr\'eater au couvent de la Glaci\'e8re, pour parler \'e0 un P\'e8re que je connaissais et lui demander de veiller sur Michel et Madeleine. J'ai pu lui envoyer une carte postale de Birkenau, elle a mis un an pour lui parvenir. Mais ces cartes avaient aussi un but...sans le savoir, nous donnions des informations qui permettaient d'arr\'eater d'autres gens qui pouvaient se cacher.\'a0\cb1 \
\pard\pardeftab720\qj\partightenfactor0
\cf0 \
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\cf2 \cb3 Apr\'e8s, ce fut Drancy. Je me suis retrouv\'e9e \'e0 l'escalier 14, au quatri\'e8me \'e9tage. Il y avait des ch\'e2lits avec des paillasses pleines de poux et de puces. Mon fr\'e8re \'e9tait avec les hommes.\'a0\cb1 \
\cb3 \
Comme nous n'avions plus de famille, personne ne pouvait nous envoyer de colis. Nous avions faim. Heureusement, on nous donnait une gamelle pour quatre. Une copine nous distrayait en nous racontant Autant en emporte le vent\'a0 et nous r\'eavions aux aventures de Scarlett et de Rhett Butler. L'administration du camp avait mon num\'e9ro du fichier juif\'a0: 33 900.\'a0\
\

\f0\b \cf0 \cb1 \kerning1\expnd0\expndtw0 VERS BIRKENAU\

\f1\b0 \cf2 \cb3 \expnd0\expndtw0\kerning0
Je suis partie le 23 juin 1943 par le convoi 55.\cb1 \
\
\cb3 Avant le d\'e9part, le groupe qui doit former le convoi est concentr\'e9 dans une partie du camp : ni ch\'e2lits, ni lits, juste de la paille moisie souill\'e9e d'urine et de salet\'e9s...Vers trois heures du matin, il faut descendre dans la cour int\'e9rieure. Puis c'est l'appel. Les gens prennent ensuite place dans des bus qui les conduisent \'e0 la gare de Bobigny. Ils montent ensuite dans des wagons \'e0 bestiaux dont les portes sont herm\'e9tiquement ferm\'e9es.\cb1 \
\
\cb3 Il y avait 1018 personnes. 518 ont \'e9t\'e9 gaz\'e9es \'e0 l'arriv\'e9e. 283 hommes et 217 femmes sont entr\'e9s dans le camp. 72 sont revenus dont moi. Et l'horreur a commenc\'e9 l\'e0, avec ce trajet en wagon.\cb1 \
\
\cb3 Le voyage a \'e9t\'e9 atroce. Nous \'e9tions cent et nous ne savions pas o\'f9 nous allions, sinon que c\'92\'e9tait pour une lointaine destination que nous avions pris l\'92habitude d\'92appeler Pitchipo\'ef. Il faisait une chaleur atroce. Jeme suis mise contre la paroi, sur les genoux, car je ne pouvais pas m'asseoir, et de temps en temps, je prenais l'air, au niveau de l'ouverture grillag\'e9e. Le seau qui servait de latrines fut rempli rapidement et se renversa. La puanteur \'e9taitinfecte. J'avais envie de vomir, mais mon estomac \'e9tait vide. Lorsque le train est arriv\'e9 plusieurs jours apr\'e8s, je suis descendue sur la rampe juive.\'a0 Les femmes ont \'e9t\'e9 s\'e9par\'e9es des hommes et je n'ai jamais revu mon fr\'e8re. En entrant dans le camp, j'ai vu des squelettes ambulants portants des uniformes de l'arm\'e9e sovi\'e9tique, en haillons. Je me suis dit qu'ils avaient d\'fb faire quelque chose pour \'eatre l\'e0, que cet endroit n'\'e9tait pas pour moi ! Jen'avais pas encore compris\'85 Mais j'\'e9tais entr\'e9e dans le camp et pour l'instant \'e7a signifiait encore la vie.\cb1 \
\
\cb3 Lorsque j\'92ai demand\'e9 o\'f9 \'e9taient nos parents, des d\'e9tenus nous ont r\'e9pondu\'a0: \'ab\'a0 Ils sont l\'e0-haut au Himmelkommando (au commando du ciel)\'a0! \'bb Un jour, en 1944, allant porter de la soupe \'e0 des d\'e9tenus, j\'92ai vu dans un coin du camp que l\'92on avait creus\'e9 des fosses. Il y avait une odeur pestilentielle. On jetait des cadavres dedans, hommes, femmes, enfants, certains n\'92\'e9taient pas tout \'e0 fait morts. On les arrosait d\'92essence et \'e7a br\'fblait, \'e7a br\'fblait\'a0!\cb1 \
\
\cb3 Fanny \'e9voque ici avec une \'e9motion \'e9norme que masque la duret\'e9 de sa voix l\'92existence des b\'fbchers qui se trouvaient \'e0 quelques centaines de m\'e8tres du cr\'e9matoire IV, derri\'e8re la petite for\'eat de bouleaux de Birkenau. C\'92est d\'92ailleurs le sens de Birkenau (en polonais Brzezinski), \'ab\'a0le bois de bouleaux\'a0\'bb. On faisait dispara\'eetre ici les corps de ceux, qui gaz\'e9s, ne pouvaient \'eatre incin\'e9r\'e9s au cr\'e9matoire. Au cours de l\'92\'e9t\'e9 1944, l\'92\'e9limination des juifs hongrois est si \'e9norme que les cr\'e9matoires ne peuvent absorber le nombre de corps. C\'92est d\'92ailleurs pour eux que fut prolong\'e9e la voie ferr\'e9e, qui conduisait ainsi les d\'e9port\'e9s \'e0proximit\'e9 des chambres \'e0 gaz. Auparavant, les d\'e9port\'e9s descendaient sur la rampe situ\'e9e \'e0 plusieurs centaines de m\'e8tres de l\'92entr\'e9e de Birkenau. Mais vers ce bois est aussi dirig\'e9 l\'92exc\'e9dent de la rampe juive. Les d\'e9port\'e9s se d\'e9shabillent dans une maison au toit de chaume avant d\'92\'eatre abattus d\'92une balle dans la nuque. Les corps disparaissent ensuite dans les flammes de ces b\'fbchers. L\'e0, pas d\'92illusion de la douche, pas de souci d\'92\'e9viter la panique. Le contact avec l\'92horreur est imm\'e9diat.\cb1 \
\pard\pardeftab720\qj\partightenfactor0
\cf0 \
\pard\pardeftab720\qj\partightenfactor0
\cf2 \cb3 Une rescap\'e9e hongroise install\'e9e aux Etats-Unis relate ces faits dans son t\'e9moignage en expliquant qu\'92elle les avait refoul\'e9s au plus profond de sa m\'e9moire tant, sur le moment, elle ne voulait pas y croire, pensant qu\'92elle devenait folle. Bien des ann\'e9es plus tard, tout lui est revenu.\'a0\cb1 \
\pard\pardeftab720\qj\partightenfactor0
\cf0 \
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\cf2 \cb3 Si Fanny explique que certains n\'92\'e9taient pas tout \'e0 fait morts, c\'92est parce qu\'92\'e0 la fin de l\'92\'e9t\'e9 1944, le Zyklon B vint \'e0 manquer \'e0 cause de la d\'e9sorganisation croissante de l\'92\'e9conomie et des transports du Troisi\'e8me Reich. Dans certains cas, les SS se contentaient d\'92asphyxier l\'e9g\'e8rement les gens qui \'e9taient ensuite pouss\'e9s encore vivants dans ces fosses d\'92incin\'e9ration du cr\'e9matoire V et du Bunker 2/V. Ce t\'e9moignage est corrobor\'e9 par Marie-Claude Vaillant-Couturier :\'a0\'ab\'a0Il y avait \'e0 Auschwitz huit fours cr\'e9matoires. Mais \'e0 partir de 1944, ce n\'92\'e9tait pas suffisant. Les SS ont fait creuser par les d\'e9tenus de grandes fosses dans lesquelles ils mettaient des branchages arros\'e9s d\'92essence qu\'92ils enflammaient. Ils jetaient les corps dans ces fosses. De notre bloc, nous voyions, \'e0 peu pr\'e8s trois quarts d\'92heure ou une heure apr\'e8s l\'92arriv\'e9e d\'92un transport, sortir les grandes flammes du four cr\'e9matoire et le ciel s\'92embraser par les fosses. Une nuit, nous avons \'e9t\'e9 r\'e9veill\'e9es par des cris effroyables. Nous avons appris le lendemain matin, par les hommes qui travaillaient auSonderkommando\'a0(le commando des gaz) que la veille, n\'92ayant pas assez de gaz, ils avaient jet\'e9 les enfants vivants dans la fournaise.\'a0\'bb\cb1 \
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\cb3 Car lorsqu\'92on visite le camp aujourd\'92hui, tous les rescap\'e9s me l\'92ont dit, il manque un \'e9l\'e9ment essentiel : l\'92odeur. Cette odeur permanente de chair br\'fbl\'e9e venant surtout des b\'fbchers et que le vent rabattait vers le reste du camp.\cb1 \
\pard\pardeftab720\qj\partightenfactor0
\cf0 \
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\cf2 \cb3 A Birkenau, apr\'e8s avoir \'e9t\'e9 tondue, ras\'e9e partout, tatou\'e9e, j\'92\'e9tais devenue le num\'e9ro 46571.\cb1 \
\cb3 Ce fut extr\'eamement humiliant. A l\'92\'e9poque, il y avait encore beaucoup de pudeur, on ne se d\'e9shabillait pas devant des inconnus. M\'eame pas devant ses parents. Je n\'92\'e9tais plus Fanny, j\'92\'e9tais un num\'e9ro. Il fallait conna\'eetre son matricule en allemand et en polonais et le m\'e9moriser rapidement pour \'e9viter les coups qui pleuvaient tous les jours. Birkenau c'est le froid en hiver, puis la boue, et la chaleur en \'e9t\'e9. Je me rappelle avoir crev\'e9 de soif, car il n\'92y avait pas d\'92eau. Une fois, en me voyant manger des pelures de pommes de terre, car je crevais \'e9galement de faim, un d\'e9tenu fran\'e7ais m\'92a donn\'e9 du pain. Il m\'92avait surnomm\'e9e Patate. Il s'appelle Simon Gutman et quand nous allons nous voir bient\'f4t \'e0 la Mairie du XX \'e8 arrondissement, o\'f9 nous nous r\'e9unissons une fois par an, il va me faire de grands signes et me lancer : H\'e9 Patate !!!!\cb1 \
\cb3 On ne peut pas dire qu\'92il y avait en permanence une grande solidarit\'e9, mais quelquefois, j\'92ai pu en b\'e9n\'e9ficier.\cb1 \
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\cb3 Dans le camp, il y avait des latrines en b\'e9ton o\'f9 certains d\'e9tenus se cachaient, car les Allemands n'y entraient jamais \'e0 cause de l\'92odeur. Moi, je me rappelle qu\'92au d\'e9but, dans le camp des femmes de Birkenau, il y avait des trous, d\'92immenses fosses creus\'e9es tr\'e8s profond\'e9ment, et qu\'92il fallait se tenir \'e0 deux ou trois pour ne pas y tomber. Celle qui tombait, tombait dans trois m\'e8tres de merde, et c\'92\'e9tait termin\'e9 pour elle\'a0! Les Allemands nous ha\'efssaient, nous \'e9tions des pestif\'e9r\'e9s.\'a0\cb1 \
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\cb3 Dans le camp, celui qui ne travaillait pas ne mangeait pas. D\'92ailleurs, la nourriture \'e9tait tr\'e8s mauvaise. Comme je ne supportais plus de voir mourir mes camarades, j\'92avais accept\'e9 de travailler la nuit. Je mangeais un peu plus et j\'92avais moins froid. Si je t\'e9moigne, c\'92est aussi pour mes camarades qui ne sont pas rentr\'e9es.\cb1 \
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\cb3 Dans le camp, il y avait des communistes fran\'e7aises qui \'e9taient arriv\'e9es le 27 janvier 1943 et on m'a racont\'e9 qu'elles \'e9taient entr\'e9es dans le camp en chantant La Marseillaise !\cb1 \
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\cb3 A l'automne 1944, il y eut une r\'e9volte : \'a0des ouvri\'e8res qui travaillaient dans une usine \'e0 l\'92ext\'e9rieur du camp, avaient pu rapporter de la poudre explosive cach\'e9e dans les ourlets de leurs jupes. Cette poudre, transmise \'e0 des hommes des Sonderkommandos servit \'e0 faire sauter les cr\'e9matoires III et IV. La r\'e9pression fut terrible : elles ont \'e9t\'e9 pendues. Deux devant l\'92\'e9quipe de jour, deux devant l\'92\'e9quipe de nuit. J\'92entends encore leurs os craquer.\cb1 \
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\cb3 Il n\'92y eut pas de survivants de cette r\'e9volte qui fit des victimes parmi les SS. Les membres du Sonderkommando se battirent avec \'e9norm\'e9ment de courage. La dur\'e9e de vie de ces hommes charg\'e9s de vider la chambre \'e0 gaz, de baigner les morts, de les transporter au cr\'e9matoire n'\'e9tait que de quelques semaines.\cb1 \
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\pard\tx560\tx1120\tx1680\tx2240\tx2800\tx3360\tx3920\tx4480\tx5040\tx5600\tx6160\tx6720\pardeftab720\pardirnatural\partightenfactor0

\f0\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 L'EVACUATION DU CAMP ET LA MARCHE DE LA MORT\
\pard\pardeftab720\qj\partightenfactor0

\f1\b0 \cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
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\pard\pardeftab720\qj\partightenfactor0
\cf2 \cb3 Devant l\'92avanc\'e9e des troupes sovi\'e9tiques, les Allemands ont fait \'e9vacuer le camp. Ce fut la fameuse \'ab\'a0Marche de la mort\'a0\'bb, qui vit p\'e9rir \'e9norm\'e9ment de d\'e9port\'e9s tr\'e8s affaiblis. Mais nous all\'e2mesd\'92abord \'e0 Auschwitz, \'e0 quelques kilom\'e8tres de l\'e0. Les baraques en briques avec des ch\'e2lits plus vastes nous semblaient luxueuses apr\'e8s celles de Birkenau. Puis nous part\'eemes vers le nord puis le nord-ouest. Il fallait marcher sinon on recevait une balle dans la t\'eate. Pour nous soutenir, nous marchions \'e0 quatre, deux au centre qui pouvaient se reposer et deux sur les c\'f4t\'e9s qui tra\'eenaient les autres. En on permutait. Nous avons travers\'e9 des for\'eats,la peur au ventre, car nous savions que les Allemands y faisaient\'a0: des charniers.\cb1 \
\cb3 Apr\'e8s avoir transit\'e9 par le camp de femmes de Ravensbr\'fcck, j\'92ai fini par \'eatre lib\'e9r\'e9e au camp de Neustadtglewe en 1945. Beaucoup ont p\'e9ri. Les rations ne cessaient de diminuer. Ce fut aussi une p\'e9riode atroce.\cb1 \
\pard\pardeftab720\qj\partightenfactor0
\cf0 \
\pard\pardeftab720\qj\partightenfactor0

\f0\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 LE RETOUR\'a0\
\pard\pardeftab720\qj\partightenfactor0

\f1\b0 \cf0 \expnd0\expndtw0\kerning0
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\pard\pardeftab720\qj\partightenfactor0
\cf2 \cb3 A mon retour, je n'avais plus personne. J'ai tout perdu : la spoliation fut totale. Nous venions d'un milieu extr\'eamement modeste mais au retour, il n'y avait plus rien. Notre appartement \'e9tait occup\'e9 par une autre famille. Il avait \'e9t\'e9 vid\'e9, jusqu'\'e0 la derni\'e8re casserole. Il ne me reste aucun souvenir de famille. Je ne peux m\'eame pas vous donner une photographie de moi adolescente.\'a0\cb1 \
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\cf0 \
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\cf2 \cb3 Je me suis reconstruite seule moralement et physiquement, puis, j'ai essay\'e9 de b\'e2tir un foyer heureux. Je n'ai pas pu parler \'e0 ma fille car on ne raconte pas l'horreur \'e0 ses enfants, mais, en l\'92emmenant \'e0 Auschwitz en 1988, j'ai pu en parler sur place. Je n'ai jamais rien dit ou expliqu\'e9 \'e0 ma petite s\'9cur Madeleine car elle ne voulait rien savoir et elle avait peur. J'ai par contre emmen\'e9 Michel, mon petit fr\'e8re en 1988 et lui ai expliqu\'e9, comme \'e0 ma fille. Nous avons vu Auschwitz-Birkenau mais aussi Ma\'efdanek et le ghetto de Varsovie. L'\'e9motion de Michel \'e9tait tr\'e8s forte. Il a rempli un petit sac en plastique de terre de Birkenau recueillie pr\'e8s des cr\'e9matoires et d\'e9sire qu'on place cette terre dans sa tombe.\cb1 \
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\f0\b \cf0 \kerning1\expnd0\expndtw0 TEMOIGNER
\f1\b0 \cf2 \cb3 \expnd0\expndtw0\kerning0
\cb1 \
\pard\pardeftab720\qj\partightenfactor0
\cf0 \
\pard\pardeftab720\qj\partightenfactor0
\cf2 \cb3 Je fais ce que je peux pour transmettre la m\'e9moire des \'e9v\'e9nements qui m'ont personnellement atteinte. Mais il ne faut pas oublier que certains cas ne sont pas les m\'eames que les autres et que les sensibilit\'e9s sont diff\'e9rentes.\cb1 \
\cb3 A notre retour, visiblement, notre cas n\'92int\'e9ressait que le monde juif qui avait perdu tant des siens. Il a fallu que la F.N.D.I.R.P. \'e0 Paris, accepte les dossiers de tous ceux, communistes et juifs qui n\'92avaient pas droit \'e0 l\'92obtention d\'92une pension comme r\'e9sistants. \'c9taient reconnus comme r\'e9sistants ceux qui s\'92\'e9taient engag\'e9s dans des structures et r\'e9seaux de la R\'e9sistance du G\'e9n\'e9ral de Gaulle (je crois vers 1943). Gr\'e2ce \'e0 la F.N.D.I.R.P., nous \'e9tions reconnus comme d\'e9port\'e9s et intern\'e9s, mais avec des cartes bleues (les r\'e9sistants avaient des cartes roses) et avions droit \'e0 une pension quand nos maladies \'e9taient reconnues comme dues \'e0 notre situation de victimes civiles.\cb1 \
\cb3 Il y a une diff\'e9rence fondamentale entre le destin des Juifs d\'e9port\'e9s et celui des autres. C\'92est que nous \'e9tions vou\'e9s \'e0 l\'92extermination.\cb1 \
\
\cb3 Je pense qu'on a commenc\'e9 \'e0 parler et \'e0 r\'e9aliser ce qui s'\'e9tait pass\'e9, \'e0 la sortie du film de Claude Lanzmann, \'ab\'a0Shoah\'a0\'bb, qui fut un choc salutaire. Et \'e0 peu pr\'e8s en m\'eame temps est pass\'e9 \'e0 la t\'e9l\'e9vision le film de Rossif, \'ab\'a0De Nuremberg \'e0 Nuremberg\'a0\'bb. L\'92enseignement de la Shoah d\'e9pend \'e9videmment du professeur. De plus, ces \'e9v\'e9nements ont \'e9t\'e9 longtemps absents des livres d\'92histoire. Donc, il fut un temps o\'f9 les professeurs ne connaissaient pas ces faits sauf ceux qui faisaient des recherches particuli\'e8res.\cb1 \
\cb3 Avant 1988, il y avait d\'e9j\'e0 des voyages mais comme p\'e8lerinages d\'92anciens d\'e9port\'e9s et de familles. La p\'e9dagogie est venue apr\'e8s, \'e0 la demande des \'e9tablissements scolaires. Lorsque je suis retourn\'e9e pour la premi\'e8re fois \'e0 Auschwitz, quarante-cinq ans apr\'e8s, lors d\'92un p\'e8lerinage, une directrice d\'92\'e9cole m\'92ayant entendue parler sur place \'e0 ma fille et \'e0 mon fr\'e8re, m\'92a demand\'e9 de venir donner mon t\'e9moignage dans son coll\'e8ge. J\'92ai \'e9t\'e9 tr\'e8s motiv\'e9e et je l\'92ai fait par d\'e9sir de faire conna\'eetre ce que j\'92avais vu et subi, pour \'e9tablir la v\'e9rit\'e9, une v\'e9rit\'e9 historique et aussi pour rendre hommage \'e0 mes camarades disparues. Quand je parle avec les coll\'e9giens ou les lyc\'e9ens mon id\'e9e principale est de leur\'a0transmettre mon v\'e9cu pour qu\'92ils sachent la v\'e9rit\'e9 et ne soient pas victimes de propagande. Le pass\'e9 doit servir l\'92avenir.
\f2\fs34\fsmilli17333 \
\pard\pardeftab720\qj\partightenfactor0

\b\fs29\fsmilli14667 \cf2 \
}

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