Robert,François DAMIENS

Robert,François DAMIENS

  • Né le 9 janvier 1715 (mercredi) - La Thieuloye, 62130, Nord-Pas-de-Calais, FRANCE
  • Décédé le 28 mars 1757 (lundi) - Paris, 75000, Île-de-France, FRANCE, à l'âge de 42 ans
  • valet de ferme, laquais
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Parents

Union(s) et enfant(s)

Frères et sœurs

Événements

9 janvier 1715 :
Naissance - La Thieuloye, 62130, Nord-Pas-de-Calais, FRANCE
1739 :
Mariage (avec Élisabeth MOLERIENNE) - Paris, 75000, Île-de-France, FRANCE
28 mars 1757 :
Décès - Paris, 75000, Île-de-France, FRANCE

Notes

Le 9 janvier 1715, année de la mort de Louis XIV, dans une chaumière de La-Thieuloye, située rue du
Calvaire, entre la ferme de M. Leroy et celle de M. Maës, retentissent les premiers cris d’un enfant qui vient de
naître, le huitième de la famille ; Robert-François Damiens. Le milieu est modeste ; le père, fermier ruiné, exerce
la profession de journalier agricole. A l’âge de huit ans, il est engagé comme valet de ferme chez le fermier
Pierre PETIT x M. Angélique MOREL. Quand il atteint seize ans, la mère meurt. Robert-François est recueilli par
un oncle : Jacques-Louis Guillemant, cabaretier à Béthune.
Robert-François Damiens exerce ensuite différents métiers ; il s’engage même dans l’armée puis
déserte. En 1738, il se marie à une cuisinière. De cette union vont naître des garçons qui meurent en bas âge,
puis une fille qui vivra. Il exerce alors les fonctions de domestique à Paris chez des magistrats du parlement.
C’est sans doute là, en écoutant les conversations, que va naître dans l’esprit de Damiens l’idée d’une
France dirigée par un roi indigne : Louis XV. On juge de plus en plus sévèrement ce roi nonchalant, paresseux,
aimant uniquement le luxe et les plaisirs. Ce souverain est si haï, qu ëil faudra l’enterrer le soir, discrètement, à la
lueur des torches, pour éviter les manifestations populaires. Il mourra de la variole, son corps couvert de croûtes
dégageant une odeur épouvantable.
En 1756, notre homme dérobe 240 louis chez son employeur. Il doit alors s’enfuir car la justice est sans
indulgence. Il risque la torture et même la pendaison. Il revient alors errer dans la région ou se réfugier dans sa
famille à Arras où il achète un couteau. En réalité, l’objet, plus proche du canif, possède deux lames qui se
referment, une grande dangereuse et une petite inoffensive.
Robert-François part alors vers Paris où il arrive le 31 décembre, puis à Versailles le 4 janvier 1757. Le
lendemain après-midi, à 17 h 30, au crépuscule, il se rend au château, discute avec les sentinelles et les
domestiques comme un habitué, n’éveillant aucun soupçon. Le roi s’avance au milieu de sa cohorte habituelle.
Le régicide qui a sorti son couteau (une lame de 8 cm), bondit et frappe ! Ne cherchant ensuite aucunement à
s’enfuir, il regarde avec les badauds l’affolement qui s’ensuit. Les gardes l’arrêtent sans difficultés et l’enferment
dans la tour Montgomery, dans la même prison que Ravaillac en 1610. La Martinière, premier chirurgien du roi et
Sénac, premier médecin, parce que c’est le remède universel de l’époque, saignent le roi une fois, deux fois, ce
qui a pour principal résultat de l’affaiblir davantage encore !
Les interrogatoires, les tortures, question ordinaire et extraordinaire, le jugement, se succèdent.
Aucune trace de complot n’est décelée. Il faut se rendre à l’évidence, l’homme a agi seul. Aucune possibilité de
s’enfuir, le coupable vit en permanence dans sa prison, avec quatre gardes, attaché sur un lit. Enfin, le lundi 28
mars, Damiens est extrait du cachot, et un greffier lui lit la sentence. L’inconscient déclare alors : « La journée
sera rude ! ». Elle le fut, en effet, jugez plutôt !
On lui applique d’abord la torture suprême (question extraordinaire), le supplice des brodequins. Les
jambes du malheureux sont serrées entre un assemblage de planches. Le bourreau enfonce ensuite des coins,
à coups de maillet, un à un, méthodiquement, chaque quart d’heure, et ceci pendant deux heures. La torture
s’arrête alors juste à la limite, pour ne pas broyer les os. Robert-François Damiens peut ensuite se confesser et
se reposer jusque quatorze heures. Transporté sur un tombereau, un cierge énorme dans les mains, avec deux
prêtres à ses côtés, le condamné part vers la place de Grève. Là, l’élite des bourreaux de France l’attend, car ils
sont plusieurs, et le spectacle commence ! Le premier lui verse lentement du soufre en fusion sur la main
coupable ; le second le pince cruellement partout avec des tenailles d’acier ; le troisième verse alors sur les
plaies un mélange à base de plomb fondu. Leur victime, attachée les bras et les jambes en croix, pousse parfois
un cri déchirant, ou les regarde faire, silencieux.
Vient alors le clou de ce spectacle horrible : quatre chevaux s’avancent. Ils sont attachés avec des
chaînes, à chacun des membres du supplicié. Des coups de fouet claquent, les animaux tirent en vain, mais les
membres ne cèdent pas. Le malheureux pousse des cris horribles. Nouvelle tentative alors : les membres
cèdent, mais pas les tendons. Les chevaux désemparés se rabattent l’un contre l’autre. Les bourreaux coupent
les tendons hâtivement, et les restes sanguignolents, dont le corps toujous parcouru de spasmes nerveux, sont
jetés au bûcher.
Une foule immense assiste au spectacle. Les courtisans se réservent les meilleures places, revêtus de leurs
tenues brodées, accompagnés de leurs dames parées de leurs plus beaux atours. Tous les nobles apprécient le
spectacle, en buvant des vins fins, en échangeant des propos légers et en ricanant. Derrière, plus silencieux, se
tiennent les anonymes de toutes conditions.
Nous sommes pourtant au siècle des lumières. Toute cette cruauté atteignant les limites du
supportable, pour le prix d’une simple égratignure sur la personne du roi, a laissé complètement écoeuré plus
d’un Français. La justice royale venait de mettre en évidence un système entièrement rétrograde, digne des
périodes les plus obscures du Moyen-Age. C’est pourtant le temps du sensible Rousseau, du brillant Voltaire et
celui de Diderot, l’âme de l’encyclopédie, les sources des idées nouvelles.
A La-Thieuloye, la famille Damiens devra subir les conséquences du geste de Robert-François. La
sentence prévoit la destuction totale de la maison natale, l’interdiction de reconstruire en son emplacement, et le
bannissement hors de France de toute la famille, avec pendaison en cas de retour.

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