Auguste-Marie,Raymond D'ARENBERG
Auguste-Marie,Raymond D'ARENBERG
- dit « Comte De La Marck »
- Né le 30 août 1753 (jeudi)
- Décédé le 26 septembre 1833 (jeudi) - Bruxelles, 1000, Bruxelles, Bruxelles Capitale, BELGIQUE, à l'âge de 80 ans
- général major au service d'Autriche, maréchal de camp et colonel d'un régiment d'infanterie allemande au service de Louis XVI, lieutenant général au service des Pays Bas
Parents
- Charles,Léopold,Marie-Raymond D'ARENBERG 1721-1778
- Louise,Marguerite DE LA MARCK 1730-1820
Union(s) et enfant(s)
-
Marié le 23 novembre 1774 (mercredi), Raismes, 59590, Nord-Pas-de-Calais, FRANCE, avec
Marie-Françoise,Ursule,Augustine LE DANOIS †1810
dont
- Ernest,Englebert D'ARENBERG 1777-1857
Frères et sœurs
- Louis,Pierre,Englebert D'ARENBERG 1750-1820
- Marie-Françoise,Léopoldine D'ARENBERG 1751-1812
- Marie-Flore,Françoise,Auguste,Caroline D'ARENBERG 1752-1832
- Auguste-Marie,Raymond D'ARENBERG 1753-1833
- Louis,Marie D'ARENBERG 1757-1795
- Marie-Louise,Françoise D'ARENBERG 1764-1835
Événements
- 30 août 1753 :
- Naissance
- 23 novembre 1774 :
- Mariage (avec Marie-Françoise,Ursule,Augustine LE DANOIS) - Raismes, 59590, Nord-Pas-de-Calais, FRANCE
- 26 septembre 1833 :
- Décès - Bruxelles, 1000, Bruxelles, Bruxelles Capitale, BELGIQUE
Notes
La célébrité qui s'est attachée à son nom nous impose le devoir de nous étendre sur la vie de cet homme remarquable à tant de titres et qui tient une grande place dans l'histoire du règne de Louis XVI
Il n'avait que dix ans lorsque son père revint de la guerre de sept ans. Ce retour fut favorable aux études du jeune prince et de son frère dont l'éducation, pendant la guerre, avait été confiée successivement aux quatre instituteurs,honnêtes gens,mais hommes médiocres. Heureusement aussi pour les enfants, leur instruction religieuse ut dirige par un père jésuite, homme de bien et d'esprit, et le prince Auguste se félicita toujours d'avoir reçu de lui une bonne éducation morale qui lui inspira pour la religion catholique un attachement et un respect qu'il conserva jusqu'àsa mort.
Pendant les premières années qui suivirent la paix d'Hubertsbourg, le duc d'Arenberg réunissait habituellement chez lui beaucoup d'officiers généraux avec lesquels il avait servi. La guerre qui venait d'être terminée restait un fait important dansl'histoire de la maison d'Autriche et faisait l'objet de leurs entretiens ; le jeune prince Auguste y assistait souvent. c'est là qu'avec la vivacité des premières impressions de la jeunesse, il prit le goût de la carrièremilitaire.
Le nouveau système d'organisation et d'administration introduit dans l'armée autrichienne, à la suite de la guerre de sept ans, par le maréchal de Lucy donnèrent lieu aussi, à Bruxelles, à de grandes réunions de troupes qui amenèrentdes manoeuvreset des exercices fréquents
Les jeunes d'Arenberg y assistaient exactement ; ils entrèrent même tous deux alors comme cadets dans le régiment du duc Charles de Lorraine, gouverneur général des Pays-Bas. Le prince Auguste, dont nous écrivons l'histoire, avait alorsquinze ans. Il était destiné jusqu'alors a suivre sa carrière dans l'armée autrichienne.
Mais vers la fin de 1768, il fut question pour lui de prendre une autre direction. Le comte Louis de la Marck, dernier rejeton de cette illustre maison allemande, et père de la duchesse d'Arenberg, possédait en pleine propriété, au service de France, un régiment d'infanterie allemande qui, au temps de Louis XIV, avait été conduit en France , tout armé et équipé, aux frais de son grand-père. Le comte Louis de la Marck, n'ayant point de fils, proposa au duc d'Arenberg, son gendre,de faire
entrer l'un des siens au service de la France ; à cette condition il lui donnerait son régiment dont il pouvait disposer.
Le duc d'Arenberg accepta cette proposition pour son fils Auguste, qui fut dès lors destiné au service de la France et à prendre le titre de comte de la Marck à la mort de son grand-père maternel.
Né d'une maison souveraine de l'empire , le jeune prince Auguste n'était sujet ni de l'Autriche, ni d'aucune autre puissance ; mais' tous ses ancêtres paternels ayant constamment servi en Autriche , sa famille n'avait pas cessé d'être distinguée par tousles souverains de ce pays. Son père, particulièrement honoré et aimé par l'impératrice Marie Thérèse , jugea naturellement qu'il était convenable d'obtenir son agrément à l'entrée de son fils au service de France.
C'était le moment où se décidait le mariage de l'archiduchesse Marie Antoinette avec le dauphin de France. Marie Thérèse acquiesça avec bonté à la demande, et tout en exprimant le regret qu'il y eût un d'Arenberg qui ne fût pas à son service; elleajouta qu'elle avait recommandé spécialement le mariage avec le dauphin allait être célébr
Le prince Auguste , à peine âgé de dix - sept ans , fut présenté à Louis XV qui l'accueillit très-bien. Il assista à toutes les fêtes du mariage. Il fut présenté en particulier à la dauphine qui, dès les premiers mots qu'elle luiadressa , lui parlade l'intérêt que Marie Thérèse prenait à lui, et de la recommandation qu'elle lui avait faite à ce sujet. C'est de ce jour qu'ont commencé les bontés constantes dont cette princesse honora le prince Auguste d'Arenberg.
Peu après le mariage du dauphin , le comte de la Marck, alors âgé de soixante-douze ans , conduisit son petit-flls à son régiment, qui était en garnison à Uzès dans le Languedoc, et revenait de la guerre de Corse. Après le départ ducomte, qui eutlieu au bout de trois semaines de présence à son régiment qu'il n'avait pas vu depuis
plusieurs années, le prince Auguste commença son service de sous lieutenant dans la compagnie dont il fut capitaine au bout de trois mois. Il s'occupa avec ardeur de toutes les parties du service; les souvenirs récents qu'il avait des troupes autrichiennes lui firent faire des comparaisons entre les deux services; aussi, dès cette époque et plus tard , essaya-t-il d'introduire dans le régiment de la Marck des améliorations imitées du règlement autrichien. Cette tâche était d'autant plus facile que tout le corps était composé d'Allemands , et que les commandements s'y faisaient en langue allemande. Les propriétaires de troupes allemandes au service de France avaient d'ailleurs beaucoup de latitude pour tout ce qui concernait l'équipement et la discipline.
Le prince Auguste passa ainsi une année à son régiment, pendant laquelle il fit plusieurs excursions en Languedoc et en Provence. Il visita Montpellier pendant que les États du Languedoc y étaient rassemblés. Durant son excursion en Provence, Marseille, dont le commerce était à un haut degré de prospérité, et Toulon , avec ses beaux établissements de marine militaire , le tinrent dans un continuel sentiment d'admiration.
En quittant Uzès, au bout d'un an de séjour, le prince d'Arenberg se rendit à Paris,et c'est alors réellement qu'il fit son entrée dansle monde.
D'après le désir de l'impératrice Marie Thérèse, le comte de la Marck fut présenté à la favorite, madame du Barry. Cette présentation répugnait à ses principes d'honneur et à ses habitudes de décence, mais il dut obéir. Blesséd'un spectaclequi renversaittoutes les idées qu'il s'était formées sur la véritable dignité, il se retira bientôt, faisant place aux courtisans qui, avides d'obtenir un mot, un regard de la favorite , se pressaient les uns sur les autres pour attirer sonattention. Bientôt après il fit un voyage à Bruxelles. Là, entouré d'une famille respectable , de parents qu'il aimait, allant souvent à la cour du prince Charles de Lorraine , si connu pour sa bonté et pour l'affection que lui portaient leshabitants des Pays-Bas,il vécut dans une atmosphère bien différente de celle de la cour de France.
Son esprit élevé, son caractère déjà plein de cette noble dignité qui le firent remarquer pendant toute sa vie, se trouvèrent à l'aise dans ce cercle si distingué, et c'est avec de vifs regrets qu'il le quitta pour retourner en France.
Là, sans cesse attiré à Versailles pour chasser avec le roi, invité, au moins de deux fois l'une, aux soupers qui suivaient les chasses, il était de tous les voyages de la cour et avait son logement dans tous les châteaux et palais royaux, mais cesfaveurs ne lui faisaient pas manquer à ses devoirs envers son régiment ; il y était plus assidu que la plupart des colonels ne l'étaient à cette époque. Il avait étudié l'art militaire dans tous ses détails et n'avait pasmanqué d'appliquer ses connaissances à son régiment, qui était cité comme un des plus distingués de l'armée française. Lorsque éclata la guerre entre la France et l'Angleterre, à l'occasion de la déclaration de l'indépendance desÉtats-Unis du Nord, le régiment du comte dela Marck fut envoyé dans l'Inde , et son colonel se trouva placé sous
les ordres du lieutenant général comte de Bussy et avec l'escadre brillamment commandée par M. le Bailly de Suffren. Quoique cette campagne dans l'Inde n'eût pas eu de résultat bien important, M. de la Mark avait été assez heureux pourse faire remarquer dans la petite armée dont il faisait partie. A la bataille de Gondelour, il fut grièvement blessé d'un coup de feu dans la poitrine, dont il se ressentit longtemps.
Après la paix, il rentra en France avec son régiment, et eut bientôt après son retour un duel qui fit grand bruit à Paris, et qui eut pour lui de funestes conséquences.
Un capitaine suédois , nommé Peyron , qui servait au régiment de la Marck , avait voulu quitter le corps au moment de son entrée en campagne. Le comte le laissa s'éloigner, mais non sans lui exprimer son mécontentement en paroles assezvives, qui furent entendues par d'autres officiers suédois. La réputation de M. Peyron souffrit de la situation fausse dans laquelle il s'était volontairement placé. Il voulut s'en venger, et, après son retour des Indes, il provoqua le comte de laMàrck en duel,dans un bal masqué que la cour donnait au roi Gustave III, en ce moment à Paris. Le comte de la Marck aurait pu, aurait dû peut-être refuser de se battre avec un officier sous ses ordres et pour un fait résultantd'une questionde service. Il n'hésita pas cependant à rendre raison au capitaine Peyron. Le combat eut
lieu le lendemain matin au bois de Boulogne. Il fut court. Après quelques minutes, M. Peyron tomba roide mort : il avait reçu un coup d'épée dans l'œil. M. de la Marck avait de son côté reçu une blessure grave. L'épée de son adversaire lui était entrée sous le bras, presque dans l'aisselle , avait percé les deux lobes du poumon et
laissé une petite marque dans le dos. Rentré chez lui, en voiture, il ne perdit pas connaissante, et cependant il était obligé de pencher la tète hors du cabriolet pour laisser couler le sang qui s'échappait de sa plaie et qu'il vomissait à pleinebouche.Il eut la force encore de monter seul à son appartement et obligea son valet de chambre, qui s'y refusait, à lui ouvrir la veine. Il échappa à grand'peine à la mort, mais sa convalescence fut très-longue, et même ilne fut jamais complétement guéri. Cetteblessure et celle qu'il avait reçue à la prise de Gondelour lui occasionnèrent plusieurs maladies de poitrine, dont l'une, entre autres, le condamna à un silence absolu pendant plus de deux ans
En dehors des affaires militaires qui l'occupèrent très-sérieusement jusqu'en 1789, il était toujours, à Versailles, très-bien accueilli par le roi et surtout par la reine Marie Antoinette « qui, dit-il dans un des beaux fragments laissés par lui,fut uneprincesse infortunée, poursuivie par la calomnie avec un rare acharnement, et qui
cependant méritait un autre sort par les qualités précieuses qui la distinguaient. »
Doué d'un esprit d'observation sagace et profond , M. de la Marck s'est livré avec autant de talent que de vérité à l'étude des personnages remarquables de son temps avec lesquels il s'est vu en rapport dans le cours de sa brillante carrière. Ainsi, pourn'en citer qu'un seul exemple, son aperçu sur M. de la Fayette est tout à la fois un morceau d'éloquence et une véritable page d'histoire ; mais quelle que soit du reste l'opinion qu'on ait de ses écrits, personne nepeut révoquer en doute l'impartialité de ses jugements.Nous touchons à la grande époque de sa vie. Ce fut à un dîner chez le prince de Poix, gouverneur de Versailles, que M. de la Marck rencontra pour la première fois le comte de Mirabeau. Dès le premier abord il fut frappépar l'extérieur decet homme remarquable ; l'abondance et la justesse de ses idées sur les questions de politique et d'administration, sa manière brillante et énergique de les exprimer le frappèrent bientôt davantage. Ilvoulut le revoir, eut le bonheur de lui rendre service, et conquit sur lui un ascendant qui devint très-grand, lorsque ces. deux hommes supérieurs se lièrent plus étroitement encore en 1789, où ils se revirent àl'assemblée des états généraux.
Lorsque ceux-ci furent convoqués, M. de la Marck, sans être naturalisé Français, possédait par son régiment et par les fiefs considédérables qu'il tenait du chef de sa femme, les qualités d'éligibilité requises d'après le mode deconvocationde M. deNecker. C'est ainsi qu'il fit partie de la députation du Quesnoy dont l'autre député pour la noblesse était M. le duc de Croy. Là, M. de la Marck resta fidèle à la majorité de l'ordre qui l'avait élu, c'est-à-direqu'il vota avec laminorité libérale« attendu, dit-il, qu'il lui a toujours paru qu'un corps politique est placé dans une situation révolutionnaire du jour où les décisions de la majorité ne lient plus la minorité. » Bientôt,
cependant , il revint aux principes qui avaient été ceux de toute sa carrière, et sur la demande formelle du roi, se joignit avec la majorité de l'ordre de la noblesse aux deux autres ordres de l'assemblée.
Le roi et la reine, qui n'avaient jamais cessé d'avoir pour M. de la Marck une grande affection et la plus complète estime, le prièrent, alors que la révolution suivait déjà son cours impétueux, d'attirer M. de Mirabeau dans le parti de la cour. C'était une colossale entre prise, et ce qui eût été inexécutable pour tout autre fut possible pour' M. le comte de la Marck. Il opéra la conversion du fougueux orateur et quel qu'ait été le résultat de cet acte politique,il n'en renditpas moins unbien grand service au roi parle zèle, l'intelligence et l'activité qu'il déploya dans la conduite de cette épineuse affaire. M. de la Marck recueillit le dernier soupir de Mirabeau qui mourut dans ses bras le 2avril 1791. Il fut, conjointement avec M. Frochot, son exécuteur testamentaire, et jusqu'au derniôr jour de sa vie, il ne cessa de regretter cet homme éminent et de le défendre contre les attaques de la calomnie.
L'acceptation de la Constitution par le roi, et la clôture des travaux de l'Assemblée constituante au mois de septembre 1791, fournirent au comte de la Marck l'occasion la plus convenable pour lui de quitter la France, où il n'était plusretenu désormais par d'autres liens que son stérile désir d'être utile à la reine. Il pensa qu'il lui serait plus facile de réaliser ce désir, en allant rejoindre le comte de Mercy qui continuait à remplir, dans les Pays-Bas, le posteimportant auquel le gouvernement autrichien l'avait appelé après les conférences de la Haye. La connaissance qu'il avait acquise des hommes et des affaires en France et la confiance que le comte de Mercy lui accordait pouvaient, croyait-il,lui donner le moyen d'aider le représentant de l'Autriche dans ses efforts pour sauver l'infortunée Marie Antoinette.
C'est ainsi qu'il revint à Bruxelles d'où il partit, en 1794, après la retraite de l'armée autrichienne, pour se fixer en Allemagne.
Le prince Auguste était un de ces derniers types du véritable grand seigneur, si rares aujourd'hui ; l'urbanité de ses manières , sa politesse exquise, ne faisaient jamais oublier la considération due à son rang et à son âge. Les év??nements dont ilavaitété témoin, ceux aux quels il avait pris part, ses voyages, les relations qu'il avait eues avec presque tous les hommes remarquables de son temps, donnaient à sa conversation un charme et un vif intérêt, qu'il rehaussait encore par
le tour passionné d'esprit qu'il conservait encore à quatre-vingts ans.
Il s'intéressait à tout ce qui ennoblit l'âme, il aimait les arts et les encourageait avec générosité. Jusqu'à son dernier jour, il resta libéral, dans la bonne acception du mot ; les excès des révolutions qui avaient éclaté sousses yeux etdont ilavait été victime n'avaient pu éteindre en lui le goût d'une sage liberté. On retrouve partout
dans ses écrits la marque d'un esprit ferme, hardi, généreux et impartial, que n'enchaîne aucun préjugé de caste, que n'entraîne aucune nouveauté téméraire. Il était enfin de cette race d'hommes qui font croire à la possibilité d'opérer sansdéchirements les grandes révolutions devenues nécessaires dans la vie des empires
Il n'avait que dix ans lorsque son père revint de la guerre de sept ans. Ce retour fut favorable aux études du jeune prince et de son frère dont l'éducation, pendant la guerre, avait été confiée successivement aux quatre instituteurs,honnêtes gens,mais hommes médiocres. Heureusement aussi pour les enfants, leur instruction religieuse ut dirige par un père jésuite, homme de bien et d'esprit, et le prince Auguste se félicita toujours d'avoir reçu de lui une bonne éducation morale qui lui inspira pour la religion catholique un attachement et un respect qu'il conserva jusqu'àsa mort.
Pendant les premières années qui suivirent la paix d'Hubertsbourg, le duc d'Arenberg réunissait habituellement chez lui beaucoup d'officiers généraux avec lesquels il avait servi. La guerre qui venait d'être terminée restait un fait important dansl'histoire de la maison d'Autriche et faisait l'objet de leurs entretiens ; le jeune prince Auguste y assistait souvent. c'est là qu'avec la vivacité des premières impressions de la jeunesse, il prit le goût de la carrièremilitaire.
Le nouveau système d'organisation et d'administration introduit dans l'armée autrichienne, à la suite de la guerre de sept ans, par le maréchal de Lucy donnèrent lieu aussi, à Bruxelles, à de grandes réunions de troupes qui amenèrentdes manoeuvreset des exercices fréquents
Les jeunes d'Arenberg y assistaient exactement ; ils entrèrent même tous deux alors comme cadets dans le régiment du duc Charles de Lorraine, gouverneur général des Pays-Bas. Le prince Auguste, dont nous écrivons l'histoire, avait alorsquinze ans. Il était destiné jusqu'alors a suivre sa carrière dans l'armée autrichienne.
Mais vers la fin de 1768, il fut question pour lui de prendre une autre direction. Le comte Louis de la Marck, dernier rejeton de cette illustre maison allemande, et père de la duchesse d'Arenberg, possédait en pleine propriété, au service de France, un régiment d'infanterie allemande qui, au temps de Louis XIV, avait été conduit en France , tout armé et équipé, aux frais de son grand-père. Le comte Louis de la Marck, n'ayant point de fils, proposa au duc d'Arenberg, son gendre,de faire
entrer l'un des siens au service de la France ; à cette condition il lui donnerait son régiment dont il pouvait disposer.
Le duc d'Arenberg accepta cette proposition pour son fils Auguste, qui fut dès lors destiné au service de la France et à prendre le titre de comte de la Marck à la mort de son grand-père maternel.
Né d'une maison souveraine de l'empire , le jeune prince Auguste n'était sujet ni de l'Autriche, ni d'aucune autre puissance ; mais' tous ses ancêtres paternels ayant constamment servi en Autriche , sa famille n'avait pas cessé d'être distinguée par tousles souverains de ce pays. Son père, particulièrement honoré et aimé par l'impératrice Marie Thérèse , jugea naturellement qu'il était convenable d'obtenir son agrément à l'entrée de son fils au service de France.
C'était le moment où se décidait le mariage de l'archiduchesse Marie Antoinette avec le dauphin de France. Marie Thérèse acquiesça avec bonté à la demande, et tout en exprimant le regret qu'il y eût un d'Arenberg qui ne fût pas à son service; elleajouta qu'elle avait recommandé spécialement le mariage avec le dauphin allait être célébr
Le prince Auguste , à peine âgé de dix - sept ans , fut présenté à Louis XV qui l'accueillit très-bien. Il assista à toutes les fêtes du mariage. Il fut présenté en particulier à la dauphine qui, dès les premiers mots qu'elle luiadressa , lui parlade l'intérêt que Marie Thérèse prenait à lui, et de la recommandation qu'elle lui avait faite à ce sujet. C'est de ce jour qu'ont commencé les bontés constantes dont cette princesse honora le prince Auguste d'Arenberg.
Peu après le mariage du dauphin , le comte de la Marck, alors âgé de soixante-douze ans , conduisit son petit-flls à son régiment, qui était en garnison à Uzès dans le Languedoc, et revenait de la guerre de Corse. Après le départ ducomte, qui eutlieu au bout de trois semaines de présence à son régiment qu'il n'avait pas vu depuis
plusieurs années, le prince Auguste commença son service de sous lieutenant dans la compagnie dont il fut capitaine au bout de trois mois. Il s'occupa avec ardeur de toutes les parties du service; les souvenirs récents qu'il avait des troupes autrichiennes lui firent faire des comparaisons entre les deux services; aussi, dès cette époque et plus tard , essaya-t-il d'introduire dans le régiment de la Marck des améliorations imitées du règlement autrichien. Cette tâche était d'autant plus facile que tout le corps était composé d'Allemands , et que les commandements s'y faisaient en langue allemande. Les propriétaires de troupes allemandes au service de France avaient d'ailleurs beaucoup de latitude pour tout ce qui concernait l'équipement et la discipline.
Le prince Auguste passa ainsi une année à son régiment, pendant laquelle il fit plusieurs excursions en Languedoc et en Provence. Il visita Montpellier pendant que les États du Languedoc y étaient rassemblés. Durant son excursion en Provence, Marseille, dont le commerce était à un haut degré de prospérité, et Toulon , avec ses beaux établissements de marine militaire , le tinrent dans un continuel sentiment d'admiration.
En quittant Uzès, au bout d'un an de séjour, le prince d'Arenberg se rendit à Paris,et c'est alors réellement qu'il fit son entrée dansle monde.
D'après le désir de l'impératrice Marie Thérèse, le comte de la Marck fut présenté à la favorite, madame du Barry. Cette présentation répugnait à ses principes d'honneur et à ses habitudes de décence, mais il dut obéir. Blesséd'un spectaclequi renversaittoutes les idées qu'il s'était formées sur la véritable dignité, il se retira bientôt, faisant place aux courtisans qui, avides d'obtenir un mot, un regard de la favorite , se pressaient les uns sur les autres pour attirer sonattention. Bientôt après il fit un voyage à Bruxelles. Là, entouré d'une famille respectable , de parents qu'il aimait, allant souvent à la cour du prince Charles de Lorraine , si connu pour sa bonté et pour l'affection que lui portaient leshabitants des Pays-Bas,il vécut dans une atmosphère bien différente de celle de la cour de France.
Son esprit élevé, son caractère déjà plein de cette noble dignité qui le firent remarquer pendant toute sa vie, se trouvèrent à l'aise dans ce cercle si distingué, et c'est avec de vifs regrets qu'il le quitta pour retourner en France.
Là, sans cesse attiré à Versailles pour chasser avec le roi, invité, au moins de deux fois l'une, aux soupers qui suivaient les chasses, il était de tous les voyages de la cour et avait son logement dans tous les châteaux et palais royaux, mais cesfaveurs ne lui faisaient pas manquer à ses devoirs envers son régiment ; il y était plus assidu que la plupart des colonels ne l'étaient à cette époque. Il avait étudié l'art militaire dans tous ses détails et n'avait pasmanqué d'appliquer ses connaissances à son régiment, qui était cité comme un des plus distingués de l'armée française. Lorsque éclata la guerre entre la France et l'Angleterre, à l'occasion de la déclaration de l'indépendance desÉtats-Unis du Nord, le régiment du comte dela Marck fut envoyé dans l'Inde , et son colonel se trouva placé sous
les ordres du lieutenant général comte de Bussy et avec l'escadre brillamment commandée par M. le Bailly de Suffren. Quoique cette campagne dans l'Inde n'eût pas eu de résultat bien important, M. de la Mark avait été assez heureux pourse faire remarquer dans la petite armée dont il faisait partie. A la bataille de Gondelour, il fut grièvement blessé d'un coup de feu dans la poitrine, dont il se ressentit longtemps.
Après la paix, il rentra en France avec son régiment, et eut bientôt après son retour un duel qui fit grand bruit à Paris, et qui eut pour lui de funestes conséquences.
Un capitaine suédois , nommé Peyron , qui servait au régiment de la Marck , avait voulu quitter le corps au moment de son entrée en campagne. Le comte le laissa s'éloigner, mais non sans lui exprimer son mécontentement en paroles assezvives, qui furent entendues par d'autres officiers suédois. La réputation de M. Peyron souffrit de la situation fausse dans laquelle il s'était volontairement placé. Il voulut s'en venger, et, après son retour des Indes, il provoqua le comte de laMàrck en duel,dans un bal masqué que la cour donnait au roi Gustave III, en ce moment à Paris. Le comte de la Marck aurait pu, aurait dû peut-être refuser de se battre avec un officier sous ses ordres et pour un fait résultantd'une questionde service. Il n'hésita pas cependant à rendre raison au capitaine Peyron. Le combat eut
lieu le lendemain matin au bois de Boulogne. Il fut court. Après quelques minutes, M. Peyron tomba roide mort : il avait reçu un coup d'épée dans l'œil. M. de la Marck avait de son côté reçu une blessure grave. L'épée de son adversaire lui était entrée sous le bras, presque dans l'aisselle , avait percé les deux lobes du poumon et
laissé une petite marque dans le dos. Rentré chez lui, en voiture, il ne perdit pas connaissante, et cependant il était obligé de pencher la tète hors du cabriolet pour laisser couler le sang qui s'échappait de sa plaie et qu'il vomissait à pleinebouche.Il eut la force encore de monter seul à son appartement et obligea son valet de chambre, qui s'y refusait, à lui ouvrir la veine. Il échappa à grand'peine à la mort, mais sa convalescence fut très-longue, et même ilne fut jamais complétement guéri. Cetteblessure et celle qu'il avait reçue à la prise de Gondelour lui occasionnèrent plusieurs maladies de poitrine, dont l'une, entre autres, le condamna à un silence absolu pendant plus de deux ans
En dehors des affaires militaires qui l'occupèrent très-sérieusement jusqu'en 1789, il était toujours, à Versailles, très-bien accueilli par le roi et surtout par la reine Marie Antoinette « qui, dit-il dans un des beaux fragments laissés par lui,fut uneprincesse infortunée, poursuivie par la calomnie avec un rare acharnement, et qui
cependant méritait un autre sort par les qualités précieuses qui la distinguaient. »
Doué d'un esprit d'observation sagace et profond , M. de la Marck s'est livré avec autant de talent que de vérité à l'étude des personnages remarquables de son temps avec lesquels il s'est vu en rapport dans le cours de sa brillante carrière. Ainsi, pourn'en citer qu'un seul exemple, son aperçu sur M. de la Fayette est tout à la fois un morceau d'éloquence et une véritable page d'histoire ; mais quelle que soit du reste l'opinion qu'on ait de ses écrits, personne nepeut révoquer en doute l'impartialité de ses jugements.Nous touchons à la grande époque de sa vie. Ce fut à un dîner chez le prince de Poix, gouverneur de Versailles, que M. de la Marck rencontra pour la première fois le comte de Mirabeau. Dès le premier abord il fut frappépar l'extérieur decet homme remarquable ; l'abondance et la justesse de ses idées sur les questions de politique et d'administration, sa manière brillante et énergique de les exprimer le frappèrent bientôt davantage. Ilvoulut le revoir, eut le bonheur de lui rendre service, et conquit sur lui un ascendant qui devint très-grand, lorsque ces. deux hommes supérieurs se lièrent plus étroitement encore en 1789, où ils se revirent àl'assemblée des états généraux.
Lorsque ceux-ci furent convoqués, M. de la Marck, sans être naturalisé Français, possédait par son régiment et par les fiefs considédérables qu'il tenait du chef de sa femme, les qualités d'éligibilité requises d'après le mode deconvocationde M. deNecker. C'est ainsi qu'il fit partie de la députation du Quesnoy dont l'autre député pour la noblesse était M. le duc de Croy. Là, M. de la Marck resta fidèle à la majorité de l'ordre qui l'avait élu, c'est-à-direqu'il vota avec laminorité libérale« attendu, dit-il, qu'il lui a toujours paru qu'un corps politique est placé dans une situation révolutionnaire du jour où les décisions de la majorité ne lient plus la minorité. » Bientôt,
cependant , il revint aux principes qui avaient été ceux de toute sa carrière, et sur la demande formelle du roi, se joignit avec la majorité de l'ordre de la noblesse aux deux autres ordres de l'assemblée.
Le roi et la reine, qui n'avaient jamais cessé d'avoir pour M. de la Marck une grande affection et la plus complète estime, le prièrent, alors que la révolution suivait déjà son cours impétueux, d'attirer M. de Mirabeau dans le parti de la cour. C'était une colossale entre prise, et ce qui eût été inexécutable pour tout autre fut possible pour' M. le comte de la Marck. Il opéra la conversion du fougueux orateur et quel qu'ait été le résultat de cet acte politique,il n'en renditpas moins unbien grand service au roi parle zèle, l'intelligence et l'activité qu'il déploya dans la conduite de cette épineuse affaire. M. de la Marck recueillit le dernier soupir de Mirabeau qui mourut dans ses bras le 2avril 1791. Il fut, conjointement avec M. Frochot, son exécuteur testamentaire, et jusqu'au derniôr jour de sa vie, il ne cessa de regretter cet homme éminent et de le défendre contre les attaques de la calomnie.
L'acceptation de la Constitution par le roi, et la clôture des travaux de l'Assemblée constituante au mois de septembre 1791, fournirent au comte de la Marck l'occasion la plus convenable pour lui de quitter la France, où il n'était plusretenu désormais par d'autres liens que son stérile désir d'être utile à la reine. Il pensa qu'il lui serait plus facile de réaliser ce désir, en allant rejoindre le comte de Mercy qui continuait à remplir, dans les Pays-Bas, le posteimportant auquel le gouvernement autrichien l'avait appelé après les conférences de la Haye. La connaissance qu'il avait acquise des hommes et des affaires en France et la confiance que le comte de Mercy lui accordait pouvaient, croyait-il,lui donner le moyen d'aider le représentant de l'Autriche dans ses efforts pour sauver l'infortunée Marie Antoinette.
C'est ainsi qu'il revint à Bruxelles d'où il partit, en 1794, après la retraite de l'armée autrichienne, pour se fixer en Allemagne.
Le prince Auguste était un de ces derniers types du véritable grand seigneur, si rares aujourd'hui ; l'urbanité de ses manières , sa politesse exquise, ne faisaient jamais oublier la considération due à son rang et à son âge. Les év??nements dont ilavaitété témoin, ceux aux quels il avait pris part, ses voyages, les relations qu'il avait eues avec presque tous les hommes remarquables de son temps, donnaient à sa conversation un charme et un vif intérêt, qu'il rehaussait encore par
le tour passionné d'esprit qu'il conservait encore à quatre-vingts ans.
Il s'intéressait à tout ce qui ennoblit l'âme, il aimait les arts et les encourageait avec générosité. Jusqu'à son dernier jour, il resta libéral, dans la bonne acception du mot ; les excès des révolutions qui avaient éclaté sousses yeux etdont ilavait été victime n'avaient pu éteindre en lui le goût d'une sage liberté. On retrouve partout
dans ses écrits la marque d'un esprit ferme, hardi, généreux et impartial, que n'enchaîne aucun préjugé de caste, que n'entraîne aucune nouveauté téméraire. Il était enfin de cette race d'hommes qui font croire à la possibilité d'opérer sansdéchirements les grandes révolutions devenues nécessaires dans la vie des empires